Les erreurs persistantes dans les films sont légion, les pénibles dans mon genre s’insurgent souvent et certains ont même franchi le pas en collectant l’ensemble des aberrations et anachronismes. Qu’il s’agisse de canons napoléoniens sans recul, de soldats de la Wehrmacht aux cheveux plus longs que 2 cm, de bruits de tirs spectaculaires (ceux qui tirent à balle réelle savent que le bruit est très sec), de sons dans le vide sidéral (une TIE Fighter et son bruit caractéristique), ou encore de gens qui parlent spontanément tous la même langue alors qu’ils sont étrangers les uns aux autres, la liste est longue, très longue.
Dans n’importe quel film ou série, en particulier dans les films policiers depuis quelques années, le numérique joue de plus en plus un rôle important : consultation de fichiers, recherche d’indices, analyse de l’ordinateur d’une victime ou d’un suspect, recoupement d’informations, le petit et le grand écran ont intégré l’informatique et les objets numériques. Mais il doit s’agir d’un monde parallèle, qui ne se comporte pas comme le notre. Les aberrations sont de différente nature. Petit panorama, et réflexion sur les effets de cette construction mentale.

Côté mobilité, les films et téléfilms sont également à la traîne par rapport aux pratiques déjà courantes.
Tout ceci paraît bien anodin, mais en réalité c’est assez gênant car petit et grand écran participent à la création d’un imaginaire collectif. Pour celui qui n’est pas historien, policier, technicien, réparateur auto, balisticien, physicien, l’image fait plus ou moins foi. Car on peut se dire légitimement, si on ne cherche pas à aller plus loin et/ou si l’on ne dispose pas des connaissances spécialisées, que c’est une reconstitution à peu près fidèle et que ça doit ressembler (ou ressemblait) à ce que l’on nous montre. Il est dommage que l’on nous présente une version faussée de l’histoire, ou de la physique dans certains cas bien particuliers, mais de toute façon cela ne nous touchera pas dans notre quotidien, d’abord parce que le voyage dans le temps ne fonctionne que dans un sens dans un même référentiel (au rythme d’une seconde par seconde), ensuite parce que les voyages dans l’espace, le tir à balles réelles ou les cascades en voiture ne concernent pas encore grand monde.
En revanche, pour ce qui est du numérique, c’est bien plus dommageable, car nous sommes dans un univers plein d’objets électroniques, où les réseaux, les télécommunications et Internet sont une réalité… au quotidien ! Pour un migrant digital, l’image qu’on lui propose des outils numériques de ces mondes virtuels (ou de cette nouvelle couche ?) est néfaste et angoissante. C’est un monde d’outlaws sans sheriffs, un univers de spécialistes qui s’y connaissent où les autres se font plumer ou dénigrer, un domaine qui tient de la magie car les choses s’y font comme par miracle et sans rapport avec d’autres univers plus grand public. Il n’y a aucune notion de limites : on trouve absolument tout, on peut toujours tout obtenir et pénétrer impunément n’importe quel réseau, rien ne demande de temps il suffit d’avoir le bon outil et la bonne technique, personne ne se heurte à des problèmes de compatibilité de formats ou d’interopérabilité.
Parce que petit et grand écran contribuent à la fabrique de nos représentations mentales de notre société et de notre histoire comme de notre présent (on dira Weltanschauung pour faire chic et briller dans les salons), il serait temps qu’ils contribuent également à vulgariser l’informatique, Internet, les réseaux sociaux et les appareils électroniques du quotidien avec davantage de fidélité à la réalité. Vulgariser au sens de démystifier, rendre populaire, faire comprendre, effectuer un peu du travail pédagogique qui manque dans les parcours scolaires. Les fictions françaises peinent déjà côté audiences en raison de scénarios planplan, de rythmes lents, d’un manque cruel de créativité dans les intrigues autant que dans les stéréotypes de personnages (faire d’un médecin toxicomane et misanthrope notre héros ? vous n’y pensez pas !) et d’un ancrage dans un proche passé intemporel (aucune référence à un événement historique daté) rassurant qui éloigne un moment le téléspectateur des turpitudes de son quotidien.
Et si on commençait à faire preuve d’ambition, de créativité, et de réalisme ? La connivence que prônent les grandes chaînes (le slogan de France 3 est : De près on se comprend mieux, la signature de la campagne publicitaire de TF1 est On se retrouve sur TF1) est encore au stade des mots. Il s’agit de s’y mettre dans les faits. Ou résumé en deux mots : moteur, action !
L’exemple le plus frappant c’est la série CSI. Même les objets hyper grand public, comme l’iPhone, se retrouvent affublé d’écrans étranges, souvent verdâtres.
La série qui s’en sort le mieux c’est 24. Tout est loin d’être parfait, mais tous les écrans ne sont pas retouchés, le héro utilise beaucoup son téléphone ou des PDA.