La société de l’interaction et de la complexité

Le 19 février 2011

Pour Serge Soudoplatoff, la vraie caractéristique inédite de notre société moderne, c'est la complexité et la multiplicité des interactions en son sein. Comment gérer ce phénomène qui peut poser problème ?

Internet n’est pas la première technologie de l’histoire de notre humanité qui accompagne des bouleversements fondamentaux. J’ai coutume de dire que l’invention de l’alphabet est la révolution la plus proche de l’Internet, et son usage n’a probablement pas été facile à ses débuts. Il n’est pas neutre de passer d’un dessin à une série de symboles abstraits.

Mais la construction de l’Internet est aussi une manière de résoudre des problèmes. La lecture du livre L’homme et la matière d’André Leroi-Gourhan nous montre bien que l’idée de co-construction entre l’humain et l’outil est un des fondamentaux de l’humanité: « la main forge l’outil, et l’outil change l’homme. » Ce constat permet d’éviter deux écueils : la technologie Dieu, et la technologie Diable. Non, Internet n’est pas l’outil qui va rendre le monde meilleur. Mais Internet n’est pas non plus l’instrument qui pousse les enfants dans les griffes des pédophiles. Internet, comme l’écriture, est un média neutre. L’alphabet a permis de coder à la fois La Divine Comédie et Mein Kampf, des recettes de cuisines délicieuses et des livres pornographiques, Molière et Émile Henriot. Internet, de par la neutralité de son architecture, véhicule tous les paquets de manière indifférenciée.

Toutes les grandes révolutions technologiques qui ont marqué l’Humanité ont toujours été présentes parce qu’elles permettaient de franchir des étapes importantes. L’invention de l’alphabet permet aux sociétés paysannes de s’installer. L’imprimerie est un outil indispensable de la révolution industrielle, qui a besoin d’une manière simple de dupliquer à bas coût les savoirs aux quatre coins de la planètes.

Quelle est donc la société qu’Internet nous aide à créer ? On parle souvent de la société de la connaissance. Je suis dubitatif, l’humanité a passé son temps à créer, gérer, partager et utiliser des connaissances, et je ne vois pas en quoi notre monde est différent. Le partage des connaissances est, certes, rapide avec Internet ; mais en -15 000, les connaissances technologiques étaient non seulement de très haut niveau, mais elles se diffusaient en Europe de manière très rapide, comme le montre bien le livre de Sophie de Beaune Les hommes au temps de Lascaux. On parle parfois de société des médias, mais le concept de spectacle est très ancien, et de tous temps les individus se déplaçaient pour assister à des fêtes ou à des spectacles, comme le montre cet autre livre extraordinaire, Voyager dans l’antiquité, dans lequel on apprend qu’à l’Antiquité, il était très coutumier de voyager pour participer à des cérémonies « planétaires », au sens du bassin Méditerranéen en tout cas. Que la fête vienne chez soi via la télévision est une évolution, mais pas forcément une révolution, puisque l’idée de partage s’en trouve affaiblie.

Il est toujours bon de retourner aux fondamentaux. Il est souvent coutume de dire que le monde d’avant n’est pas le même que celui de maintenant, qu’il était meilleur, etc. en oubliant bien sûr tous les défauts horribles du passé. On voit toujours son paradis dans l’enfer des autres, surtout ceux d’antan.

Nous côtoyons plus de personnes, nous lisons des journaux, des emails…

À l’inverse, il est intéressant de chercher les invariants de l’humanité. Parmi ceux-ci, il y en a un qui est très amusant : le temps moyen que passe un urbain dans les transports. Il est le même à Londres, Tokyo, New-York, Los Angeles, Paris, San Francisco, il est d’une heure et demie (voir le livre Le territoire des hommes de Jean Poulit) . Donc, le RER ou les transports régionaux ne servent pas du tout à raccourcir les temps de trajet, contrairement à ce que beaucoup de décideurs déclament, ils servent à agrandir la ville. Plus intéressant : ce chiffre est le même depuis 40 ans, et les historiens disent qu’il est le même depuis le moyen-âge. En revanche, ce qui a fondamentalement changé, c’est la quantité d’interactions qui a lieu pendant cette heure et demie. Nous côtoyons plus de personnes, nous lisons des journaux, nous écoutons de la musique, nous recevons des textos et bientôt des tweets, nous lisons nos emails, etc.

Voici une véritable rupture : depuis 60 ans, la population mondiale est passée de 2 à 6,5 milliards d’individus. À l’échelle de l’humanité, la progression est vertigineuse.

Les êtres humains étant, pour la plupart, des animaux sociaux, ne vivent que parce qu’ils interagissent. Et voici donc le problème qui se pose : comme gérer une multitude d’interactions ? C’est la propriété d’un système complexe, que d’avoir de multiples interactions, parce qu’à chaque instant, le champs des possibles est immense.

Nous sommes donc rentrés dans une nouvelle société, que je propose d’appeler « la société de l’interaction et de la complexité » .

Pour gérer cette société, nous avons besoin d’un outil qui nous permet de rester efficace, et de ne pas nous laisser déborder par la complexité du monde. Ce n’est pas pas hasard si Internet s’installe. À ceux qui me disent qu’ils croulent sous la complexité, je répond qu’Internet est la solution, à condition de l’utiliser correctement, c’est-à-dire de changer nos comportements, nos structures, pour nous adapter. Chaque fois qu’un PDG me dit « comment je fais pour gérer toute l’information qui m’écrase ? », je répond que ce n’est plus à lui de gérer cette information, mais qu’il doit transformer son entreprise pour la mettre dans un mode d’intelligence collective, seule forme d’organisation capable de gérer la complexité.

Nous sommes encore en situation d’apprenant de l’Internet. Gardons-nous bien de détourner, ou de détruire, ce merveilleux outil. Il est la condition d’un monde vivable pour nous, et pour les générations à venir, qui seront encore plus dans l’interaction et la complexité.

Article initialement publié sur le blog de Serge Soudoplatoff

Photo Flickr CC Domenico Nardone

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  • heinquoi? le 19 février 2011 - 17:08 Signaler un abus - Permalink

    ” L’alphabet a permis de coder à la fois La Divine Comédie et Mein Kampf, des recettes de cuisines délicieuses et des livres pornographiques, Molière et Émile Henriot.”

    Associez vous les livres pornographiques, Emile henriot et Mein Kampf?

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  • K. le 20 février 2011 - 12:01 Signaler un abus - Permalink

    La société a toujours été complexe, c’est juste que les esprit simplificateur ( avec leurs capacités limité siplifié )
    vous savez pensé unique, “distribution du travail dans les usine a la mar, ou n’importe tiran patron d’il y a 1 ou 2 siecle

    La société a toujours été complexe, tous les esprits ne sont pas capable de comprendre la complexité e de la laisser vivre

    Une personnequi me parle de démographie, et de complexité

    sans parler de disbrition de richesse produite ( sans cette meme démographie : car on a pas besoin d’humain pour le “travail ” )

    est un aveugle qui fait une grossse erreur, comme marx, comme hitler, comme staline, comme adam smith, comme le capitalisme, comme le néolibéralisme, comme le communisme, comme le socialisme

    qu’importe la complexité : vous comprenez que dans une société du tertiaire, moins il y a d’économie , moin il y a d’économie, et moins il y a d’économie

    et encore j’ai meme pas dit : a ais votre call center on peut le mettre en tunisie , ou on peut mettre un répondeur automatique intelligen capable de comprendre

    Cette personne qui me dit qu’il y a du travail pour tout le monde est un con

    comme le dit mélenchon, il y a que les porcs et les imbéciles, pour croire que ca eput durer

    la technique peut tout faire

    et les progres, va continuer, on ne partage pas les richesses produite

    la technique va tout faire, et on meur tous, tellement on est con, enfin : plutot que la petit élite bourgeoisie, croit dans un style reve américain, qu’ellle aura ssa chance dans la loi de la jungle et que le plus fort surive

    meme dans ce cas la la petite bourgeoisie va y passer, quick par ses propres reves

    Petite bourgeoisie pour beaucoup sans cervelle, ( car pas besoin de cervelle pour etre un rentier capialiste ) : le moyen poisson qui a mangé le petit poisson, se fait manger par le gros poissson :et tu nest pas le gros poisson

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  • Araknee le 20 février 2011 - 13:22 Signaler un abus - Permalink

    Grosses lacunes dans la réflexion à mon sens. On est surpris de ne pas voir de mentions des termes les plus célèbres quand il s’agit de qualifier la société actuelle : société de l’information, ou société réticulaire.

    Le graphique employé pour montrer l’évolution de la population devrait par ailleurs être semi-logarithmique, si on voulait respecter les minima des critères démographiques : celui présenté ne révèle pas grand chose.

    Il est louable de vouloir dépasser l’antagonisme “homme qui détermine l’outil” et “l’outil qui détermine l’homme” mais on n’a pas l’impression d’y arriver .. L’imprimerie a moins servi à la révolution industrielle qu’à la réforme, et a permis un nouveau regard.

    On trouvera chez Latour et dans la sociologie de la traduction des clés utiles aux questions posées ici, notamment dans les articles “Les vues de l’esprit”, “Le prince : machines et machinations” et “Redéfinir le lien social : des babouins aux humains” de Bruno Latour (en dl sur son site avec une recherche google), qui propose au contraire de nommer société “compliquée” une société où les “princes” contemporains ont beaucoup plus d’alliées (humains ou non humains) mobilisables que les princes d’avant pour se maintenir au pouvoir, au contraire d’une société “complexe”, telle que celle des babouins, qui disposent de peu d’inscriptions immuables pour ancrer les rapports sociaux dans le temps, et doivent donc agir les marquer en permanence.

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  • Jerome Lecoq le 21 février 2011 - 9:43 Signaler un abus - Permalink

    très intéressant. Je trouve aussi qu’il y a une prise en charge de ce média neutre que nous devons tous faire plutôt que de rester passifs face à l’explosion de la quantité d’informations qui nous sollicite en permanence…

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  • Green IT le 22 février 2011 - 12:48 Signaler un abus - Permalink

    La problématique que vous soulevez est fondamentalement celle du temps. En une journée nous croisons autant d’inconnus qu’un être humain du moyen-âge pendant, parfois, toute sa vie.

    Les deux questions essentielles sont :
    - toutes ces informations absorbées en 24 heures sont elles utiles et plaisantes pour notre vie ?
    - Quelle sont les conséquences de la faible intensité relationnelle avec tous ces inconnu(e)s croisés en 24 heures ?

    Au final, notre idolâtrie de la science et de la technologie n’apaise pas notre peur de mourir. Sinon, pourquoi et vers quoi courons nous ?

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