NewsStand: la presse doit-elle sortir de l’AppStore ?

Le 13 juin 2011

Apple s'apprête à sortir son kiosque numérique pour iPad, une application où il dicte ses règles. Certains éditeurs de presse entendent bien ne pas entrer dans son jeu et proposer leur solution.

Migrer le traditionnel kiosque à journaux vers un kiosque virtuel, c’est l’ambition d’Apple dont la prochaine version de son système d’exploitation mobile proposera “NewsStand”, le premier kiosque numérique sur iPad [en].

Au premier regard, NewsStand est une bonne bonne nouvelle pour la presse : il rassemble toute l’offre de magazines et de quotidien en un seul endroit et vous permet d’acheter à l’unité ou de vous y abonner. Si vous ne trouvez pas votre journal au coin de la rue (parce que le kiosque a fermé ou parce qu’il n’est pas sur votre chemin), vous pourrez désormais le trouver au coin de l’iPad. Problème : Apple s’est mis à dos une bonne partie de la presse. En France comme à l’étranger. Pourquoi ? Parce qu’en obligeant les éditeurs de presse de passer par iTunes, il prélève un droit de péage de 30% à l’étranger, 39% en France, sur chaque achat, mais aussi sur chaque abonnement. Pire : il interdit désormais aux éditeurs de proposer un abonnement depuis leurs applications iPad si ce dernier ne passe pas par son système de paiement intégré, donc s’ils ne paient pas la dîme de 39%.

Résultat : quand un magazine vend un magazine sur iPad (quelques milliers par mois seulement), il doit retirer 39% pour Apple et 19,6% de TVA… Surtout : il perd le contrôle de ses abonnés, qui passent par iTunes. Apple proposera aux abonnés s’ils veulent partager leurs données avec l’éditeur, mais c’est une option. Selon une étude de Fortune, 50% accepteraient d’envoyer leurs données aux éditeurs [en].

Le jeu est dangereux. Et la presse prépare sa riposte.

Le Financial Times vient de lancer la première application hors-AppStore de la presse écrite. Plus d’obligation de passer par l’AppStore, il suffit de vous rendre à l’adresse suivante sur votre navigateur Safari sur iPad  ou iPhone (ou n’importe quel mobile) : http://app.ft.com. On est sur le web et pourtant, on retrouve les mêmes fonctionnalités qu’une application : navigation en “sliding” (glissé) ou “flip” (tourner des pages)… Comment est-ce possible ? Le Financial Times a utilisé le langage HTML5, un langage web qui permet de recréer les fonctionnalités d’une application sur un navigateur Internet. Tous les navigateurs ne lisent pas le HTML5 (Internet Explorer par exemple), mais il fonctionne parfaitement sur les tablettes et les smartphones Apple ou Android. HTML5 permet même de stocker des données sur votre tablette pour consulter la “web-app”” (comme application web) lorsque vous êtes hors-ligne.

Inconvénient : le média ne bénéficie plus de la mise en avant sur l’AppStore. Avantage : il suffit de cliquer sur un bouton de votre navigateur pour créer une icône sur le bureau de votre tablette, comme pour une application, et quand vous souscrivez à un abonnement, Apple ne peut rien prélever.

Autre atout : si les chiffres de vente de contenus et d’acquisition de lecteurs ne sont pas nuls sur tablette via les applications (au Figaro, on annonce de “bons résultats” pour l’application iMad lancée en mai dernier), les possesseurs de tablettes privilégient la consommation d’informations via le navigateur, beaucoup plus confortable que sur les mobiles. Il y a donc un coup à jouer. D’autant plus que l’utilisation d’une web-app HTML5 permet de proposer une seule application pour tous les systèmes d’exploitation : iOS ou Android. Beaucoup moins cher donc…

En France, le GIE e-presse Premium qui rassemble les principaux éditeurs français, prépare un kiosque numérique et a l’intention d’entamer un bras de fer avec Apple pour récupérer le contrôle de ses abonnements. Avec une arme de choc entre ses mains : le HTML5.

Affaire à suivre…

Mise à jour 10/06/2011 : Apple est revenu sur ses conditions. Désormais, une application iPad ou iPhone pourra lire des contenus obtenus grâce à un abonnement souscrit en dehors de l’application. Par contre, il ne pourra pas y avoir de bouton ou de lien permettant de s’abonner à l’extérieur de l’application. C’est un vrai recul de la part d’Apple, mais qui conserve des limitations : pour s’abonner, les utilisateurs de l’application devront quitter l’application, aller sur le navigateur et chercher d’eux mêmes la page proposant l’abonnement… Il faudra être motivé !

Billet initialement publié sur La social NewsRoom

Image Flickr CC AttributionNoncommercial Brendan Lynch

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  • Boris le 13 juin 2011 - 11:17 Signaler un abus - Permalink

    Sympa le troll IE mais Internet Explorer 9 supporte parfaitement HTML 5.
    Go Firefox quand même pour la licence libre ;)

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  • Benjamin le 13 juin 2011 - 12:04 Signaler un abus - Permalink

    La presse devrait surtout avoir le courage d’attaquer Apple (en France au moins) pour abus de position dominante sur l’AppStore : c’est un monopole et ils en abusent.

    Connaissez-vous un lieu de vente de votre application ou des abonnements sur iPhone/iPad & co qui ne passe pas par l’AppStore et qui ne passe pas par la taxe d’Apple ?

    … Mais bon, c’est comme Hadopi vis à vis des artistes ou encore SFR vis à vis du DPI qu’ils imposent à leurs clients : c’est à ceux qui sont concernés d’aller en justice, pas à moi…

    défendez-vous !

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  • 513 le 13 juin 2011 - 12:09 Signaler un abus - Permalink

    ” il interdit désormais aux éditeurs de proposer un abonnement depuis leurs applications iPad si ce dernier ne passe pas par son système de paiement intégré, donc s’ils ne paient pas la dîme de 39%”

    Apple vient de revenir là-dessus récemment.

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  • Benoit Raphaël le 13 juin 2011 - 12:24 Signaler un abus - Permalink

    @513 : Je sais, mais ce billet avait été publié avant sur mon blog. Je l’ai mis à jour depuis.

    “Apple est revenu sur ses conditions. Désormais, une application iPad ou iPhone pourra lire des contenus obtenus grâce à un abonnement souscrit en dehors de l’application. Par contre, il ne pourra pas y avoir de bouton ou de lien permettant de s’abonner à l’extérieur de l’application. C’est un vrai recul de la part d’Apple, mais qui conserve des limitations : pour s’abonner, les utilisateurs de l’application devront quitter l’application, aller sur le navigateur et chercher d’eux mêmes la page proposant l’abonnement… Il faudra être motivé !”

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  • gggrrreee le 13 juin 2011 - 12:37 Signaler un abus - Permalink

    IE 9 compatible HTML5, oui, peut être, je sais pas…
    En tout cas il est pas compatible sur mon Windows XP, LOL !!

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  • Steph le 14 juin 2011 - 1:01 Signaler un abus - Permalink

    De tels site en HTML 5 ne nuisent absolument pas à Apple, il ne s’agit en aucun cas d’une défaite pour eux, d’un retour de bâton ou autre. Il faut se rappeler que la création de tels sites a été explicitement incitée par Apple, qui fait de plus partie des sociétés ayant poussé le plus vers ce standard. Il faut comprendre également que l’iTunes Store ne sert pas directement à gagner de l’argent, mais à valoriser les produits iOS (qui eux rapportent vraiment beaucoup grâce à de fortes marges). Tant que du contenu riche et abondant sera disponible pour les iDevices, Apple sera content, ces fameux 30 % sur les apps et autres n’étant absolument pas un but en soi (ils servent surtout à faire tourner le store dont le fonctionnement coûte très cher). La vraie inquiétude originelle qui a du pousser à la création de cet écosystème doit surtout être de ne plus jamais revivre les années 90-2000, où il était presque devenu indispensable d’avoir un PC sous Windows pour pouvoir profiter du web et des medias numériques (il s’en est fallu de peu)…

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