OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 NewsStand: la presse doit-elle sortir de l’AppStore ? http://owni.fr/2011/06/13/newsstand-la-presse-doit-elle-sortir-de-l%e2%80%99appstore/ http://owni.fr/2011/06/13/newsstand-la-presse-doit-elle-sortir-de-l%e2%80%99appstore/#comments Mon, 13 Jun 2011 08:42:26 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=67578 Migrer le traditionnel kiosque à journaux vers un kiosque virtuel, c’est l’ambition d’Apple dont la prochaine version de son système d’exploitation mobile proposera “NewsStand”, le premier kiosque numérique sur iPad [en].

Au premier regard, NewsStand est une bonne bonne nouvelle pour la presse : il rassemble toute l’offre de magazines et de quotidien en un seul endroit et vous permet d’acheter à l’unité ou de vous y abonner. Si vous ne trouvez pas votre journal au coin de la rue (parce que le kiosque a fermé ou parce qu’il n’est pas sur votre chemin), vous pourrez désormais le trouver au coin de l’iPad. Problème : Apple s’est mis à dos une bonne partie de la presse. En France comme à l’étranger. Pourquoi ? Parce qu’en obligeant les éditeurs de presse de passer par iTunes, il prélève un droit de péage de 30% à l’étranger, 39% en France, sur chaque achat, mais aussi sur chaque abonnement. Pire : il interdit désormais aux éditeurs de proposer un abonnement depuis leurs applications iPad si ce dernier ne passe pas par son système de paiement intégré, donc s’ils ne paient pas la dîme de 39%.

Résultat : quand un magazine vend un magazine sur iPad (quelques milliers par mois seulement), il doit retirer 39% pour Apple et 19,6% de TVA… Surtout : il perd le contrôle de ses abonnés, qui passent par iTunes. Apple proposera aux abonnés s’ils veulent partager leurs données avec l’éditeur, mais c’est une option. Selon une étude de Fortune, 50% accepteraient d’envoyer leurs données aux éditeurs [en].

Le jeu est dangereux. Et la presse prépare sa riposte.

Le Financial Times vient de lancer la première application hors-AppStore de la presse écrite. Plus d’obligation de passer par l’AppStore, il suffit de vous rendre à l’adresse suivante sur votre navigateur Safari sur iPad  ou iPhone (ou n’importe quel mobile) : http://app.ft.com. On est sur le web et pourtant, on retrouve les mêmes fonctionnalités qu’une application : navigation en “sliding” (glissé) ou “flip” (tourner des pages)… Comment est-ce possible ? Le Financial Times a utilisé le langage HTML5, un langage web qui permet de recréer les fonctionnalités d’une application sur un navigateur Internet. Tous les navigateurs ne lisent pas le HTML5 (Internet Explorer par exemple), mais il fonctionne parfaitement sur les tablettes et les smartphones Apple ou Android. HTML5 permet même de stocker des données sur votre tablette pour consulter la “web-app”” (comme application web) lorsque vous êtes hors-ligne.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Inconvénient : le média ne bénéficie plus de la mise en avant sur l’AppStore. Avantage : il suffit de cliquer sur un bouton de votre navigateur pour créer une icône sur le bureau de votre tablette, comme pour une application, et quand vous souscrivez à un abonnement, Apple ne peut rien prélever.

Autre atout : si les chiffres de vente de contenus et d’acquisition de lecteurs ne sont pas nuls sur tablette via les applications (au Figaro, on annonce de “bons résultats” pour l’application iMad lancée en mai dernier), les possesseurs de tablettes privilégient la consommation d’informations via le navigateur, beaucoup plus confortable que sur les mobiles. Il y a donc un coup à jouer. D’autant plus que l’utilisation d’une web-app HTML5 permet de proposer une seule application pour tous les systèmes d’exploitation : iOS ou Android. Beaucoup moins cher donc…

En France, le GIE e-presse Premium qui rassemble les principaux éditeurs français, prépare un kiosque numérique et a l’intention d’entamer un bras de fer avec Apple pour récupérer le contrôle de ses abonnements. Avec une arme de choc entre ses mains : le HTML5.

Affaire à suivre…

Mise à jour 10/06/2011 : Apple est revenu sur ses conditions. Désormais, une application iPad ou iPhone pourra lire des contenus obtenus grâce à un abonnement souscrit en dehors de l’application. Par contre, il ne pourra pas y avoir de bouton ou de lien permettant de s’abonner à l’extérieur de l’application. C’est un vrai recul de la part d’Apple, mais qui conserve des limitations : pour s’abonner, les utilisateurs de l’application devront quitter l’application, aller sur le navigateur et chercher d’eux mêmes la page proposant l’abonnement… Il faudra être motivé !

Billet initialement publié sur La social NewsRoom

Image Flickr CC AttributionNoncommercial Brendan Lynch

]]>
http://owni.fr/2011/06/13/newsstand-la-presse-doit-elle-sortir-de-l%e2%80%99appstore/feed/ 0
De “tous sur Twitter” à “tout sauf twitter” http://owni.fr/2011/06/02/de-tous-sur-twitter-a-tout-sauf-twitter/ http://owni.fr/2011/06/02/de-tous-sur-twitter-a-tout-sauf-twitter/#comments Thu, 02 Jun 2011 15:09:11 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=65793

Il fallait s’y attendre. La gloire médiatique est un balancier. Gloire puis gloriole. Ou l’inverse. Après avoir été encensé par les médias dans l’emballement du “printemps des réseaux sociaux” : révolutions arabes, mort de Ben Laden et arrestation de DSK, Twitter est désormais la cible d’une contre-attaque médiatique. Et comme “médiatique” rime rarement avec “finesse”, voici un florilège de cette nouvelle vague des “Tous sauf Twitter” :

Du “sensationnalisme erroné”

Pendant l’affaire DSK, Twitter est devenu une plateforme incontournable pour les journalistes, le réseau social étant le seul outil capable de rendre compte en temps réel ce qui se disait dans la salle d’audience. Malgré cela, pour Canal +, utiliser Twitter, ce n’est pas faire du journalisme. La chaîne cryptée a “interdit” à sa correspondante Laurence Haïm de tweetter depuis le tribunal, rapporte David Medioni sur son blog. A la place, on lui a préféré le bon vieux SMS. La journaliste informait donc sa rédaction en chef par sms… Explication de Rodolphe Belmer, le patron de la chaîne chez Emmanuel Berretta du Point : Twitter c’est du sensationnalisme :

Les grands médias ont tout intérêt à assurer les règles de contrôle de l’information. Une chaîne comme Canal+ ou I>télé doit pouvoir maîtriser sa ligne éditoriale et non reprendre à son compte des tweets sensationnalistes quand ils ne sont pas erronés.

Sauf erreur de ma part, les tweets repris à l’antenne par les concurrents de Canal+ (LCI et BFM TV en tête) étaient les tweets des journalistes de CNN ou de France Info… bref, des sources identifiées. Soit Rodolphe Belmer est hypocrite, soit il ne comprend pas bien ce qu’est Twitter. “Les grands médias ont tout intérêt à assurer les règles de contrôle de l’information” ? Chiche. Faire son travail de journaliste c’est identifier ses sources sur Twitter, pas les ignorer. Un journaliste qui ne sait pas exploiter les réseaux sociaux ne fait pas son travail correctement. Ignorer que l’annonce de la mort de Ben Laden a été publiée d’abord par une source identifiable sur Twitter et se contenter d’attendre l’annonce officielle pour commencer à travailler, ce n’est plus acceptable pour un média en temps réel. Encore une fois, Twitter n’est pas l’AFP, mais un outil. Twitter n’est pas sensationnaliste, ni “erroné”, on pourrait le dire d’un média. Twitter est réactif. Aux journalistes d’y appliquer leurs règles.

Citer une marque c’est lui faire de la pub

La décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel a fait couler beaucoup de pixels sur la toile cette semaine. Les chaînes d’info et de radio ne pourront plus renvoyer leurs téléspectateurs et auditeurs vers leurs pages Facebook ou Twitter, estime le CSA. Elles devront désormais dire : allez voir notre page sur “les réseaux sociaux”, ce qui ne veut rien dire.
Mardi, Christine Kelly, conseillère au CSA, est même allée plus loin. Elle a déclaré à l’AFP : “On peut dire: ‘le ministre X qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux’”. Pas sur Twitter ! Absurde.
Sur Slate, Vincent Glad nuance : “On ne peut pas tout à fait esquiver l’alerte donnée par le CSA: il n’est pas très sain que deux entreprises privées gèrent un annuaire mondial électronique (Facebook) et la nouvelle particule élémentaire de l’information (Twitter).”

Il faudrait, ajoute-t-il, que les deux champions du média social perdent leurs majuscules pour entrer dans la famille des noms communs aux côtés de la poste, du scotch et du frigo. 10% de la population mondiale est membre de Facebook. Ça vaut bien une entrée dans le Robert, non ?

Nid à rumeurs ?

Ce n’est pas complètement faux, Twitter est un bistrot géant boosté à la viralité, où les internautes s’échangent librement des commentaires et des informations. Il y a donc autant de rumeurs qu’au café du commerce. Lundi, on a appris que Twitter avait été forcé à révéler l’identité d’un utilisateur de Twitter aux autorités britanniques. Un conseiller régional était accusé d’avoir diffusé anonymement sur Twitter des informations diffamatoires sur des collègues. A vérifier. L’affaire est résumée par Emmanuel Tellier de Télérama :

“Sous pseudo, ce monsieur – un certain Ahmed Khan – aurait propagé, via Twitter, un certain nombre d’allégations contre les membres du conseil régional au sein duquel il officie lui-même (dans le nord est de l’Angleterre, non loin de Newcastle). Ces représentants élus ont porté plainte, directement en Californie, et un juge a ordonné à Twitter de « donner » le corbeau qui gazouillait sur Twitter. Une fois l’enquête technique terminée, le juge a transmis le nom aux plaignants, et le « twittos » masqué fait aujourd’hui grise mine, tout en niant les faits. C’est une première, et évidemment, un cas amené à faire jurisprudence… Notamment dans « l’affaire Ryan Giggs », ce footballeur de Manchester United dont l’infidélité a été révélée sur Twitter, là aussi anonymement.”

Là encore, accuser Twitter est facile. Evidemment, il serait anormal de nier le droit à un citoyen ou à une personne morale de poursuivre un utilisateur de Twitter pour avoir publié des informations diffamatoires ou portant atteinte à sa vie privée. Même en 140 signes, l’estoc peut être fatal… Twitter est référencé sur Google, donc même si vous n’êtes pas abonné à l’auteur du tweet infamant, en tapant votre nom dans Google vous risquez de tomber sur de fausses informations vous concernant. Il y a donc bien un “dommage”, au sens juridique du terme, qui appelle “réparation”. De la même manière, quand vous hébergez des blogs, vous êtes susceptible de tomber sous le coup d’un mandat vous réclamant l’adresse IP d’un blogueur tombant sous le coup d’une plainte. Twitter n’est rien d’autre qu’une plateforme de micro-blogs, et donc soumise aux lois sur la liberté d’expression.

Problème : quid des re-tweets ? C’est à dire des tweets des internautes qui se contentent de partager un tweet diffamatoire ? Sachant que, vu sa petite taille, un tweet peut être retweeté des milliers de fois, vous imaginez la panique… En même temps, la spécificité de Twitter pourrait être une bonne affaire pour les avocats des peoples, dont la traque aux atteintes à la vie privée de leurs clients sur Internet est devenu un vrai business. Au risque de pousser les hébergeurs et les internautes à s’auto-censurer à outrance.

Mais le vrai risque est ailleurs : que Twitter réagisse aux injonctions de la justice d’un Etat de droit, soit. Mais comment réagira Twitter lorsque la demande d’identification proviendra d’une dictature comme la Lybie ? Jusque là, c’est un tribunal américain qui a répondu à une demande des autorités britanniques, Twitter n’a pas été saisi directement. Mais demain ? Twitter est de plus en plus exposé, de plus en plus populaire, donc de plus en plus attaqué. Twitter est un business, il devra protéger ses intérêts. Et quand un business devient une place publique incontournable pour les citoyens, il y a danger de conflit d’intérêt.

Dans les démocraties, la liberté doit s’inscrire dans le cadre de la loi, c’est normal. Mais il y a deux poids deux mesures. Car enfin, à force de méconnaître les réseaux sociaux et de les accuser de tous les maux, on en oublie parfois de voir la réalité : la rumeur n’est pas née sur Internet, la malveillance non plus, ni le mauvais journalisme. En attaquant systématiquement le couteau on en oublie l’assassin.

Et plutôt que d’entendre nos gouvernants prôner la nécessité de “réguler Internet”, voire de le “moraliser”, je préfèrerais qu’ils insistent d’abord sur cette autre nécessité, impérieuse celle là : protéger Internet. C’est aussi par les réseaux sociaux que tombent aujourd’hui les dictatures, c’est par eux que des voix continuent de s’exprimer et de dénoncer quand les autres médias ont été muselés.

Internet fait peur. Mais il souffle aussi un formidable vent de liberté, de transparence et de progrès. C’est aussi le devoir des journalistes : avant de dénoncer Internet, ils doivent accompagner l’information sur Internet. Mais pour accompagner, il faut comprendre.

À lire aussi le billet d’Erwann Gaucher sur CrossMediaConsulting

Article publié initialement sur La Social News Room sous le titre Après le “tous sur Twitter”, le “tout sauf Twitter” ?

Illustrations Flickr CC par Chollingsworth3

]]>
http://owni.fr/2011/06/02/de-tous-sur-twitter-a-tout-sauf-twitter/feed/ 11
La copie au service de l’innovation http://owni.fr/2011/05/17/copie-au-service-de-innovation-apple/ http://owni.fr/2011/05/17/copie-au-service-de-innovation-apple/#comments Tue, 17 May 2011 14:59:48 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=63061 J’ai entendu beaucoup de bêtises sur l’innovation. J’en ai dit quelques unes aussi (mais je me trompe souvent). La première, c’est que pour être innovant, il faut être forcément différent. “Ce n’est pas innovant, je l’ai déjà vu ailleurs”. Oui, mais est-ce que ça a marché ? “Non.” Ah… Être disruptif ne suffit pas. Être créatif non plus. Copier les bonnes idées peut être un acte d’innovation. Les bonnes idées ne font pas l’innovation. Les idées bien menées oui.

Le plus bel exemple d’une innovation parfaitement orchestrée est celui d’Apple. Je vous conseille de lire (que dis-je, de dévorer) l’article de Malcom Gladwell dans le dernier numéro du New Yorker sur l’innovation chez Apple.

Steve Jobs n’a pas inventé la souris

Ni même l’interface en fenêtres (“windows”, copié quelques années plus tard par Microsoft). Steve Jobs a découvert la souris et l’interface graphique dans le laboratoire de Xerox, en 1979.

En échange de parts dans sa boîte, le fondateur d’Apple, alors âgé de 24 ans, a obtenu de jeter un œil aux créations de Xerox dans son laboratoire de recherche, le Xerox PARC. C’est là qu’il a découvert l’ordinateur personnel inventé par Xerox. La démonstration était menée par Larry Tesler. L’ingénieur a saisi une “souris” avec laquelle il dirigeait un curseur sur l’écran de l’ordinateur. Mieux : au lieu de taper une commande pour piloter l’ordinateur, Tesler cliquait sur des boutons pour ouvrir des “fenêtres”… Il pouvait même envoyer des mails via le réseau interne de Xerox. Nous étions en 1979.

Très excité, Jobs marchait dans tous les sens dans la pièce, raconte Tesler. “Pourquoi ne faites vous rien avec ça ? C’est révolutionnaire !” Xerox a finalement sorti un produit en 1981, le “Star”. Mais il était trop lent et n’a jamais trouvé son public.
De retour chez Apple, Jobs a demandé à son équipe de changer de stratégie. Il voulait un ordinateur avec des fenêtres, et une souris pour le piloter ! Quelques mois plus tard naissait le premier “personal computer” à interface graphique, avec une souris : le célèbre Macintosh. On connait la suite.

Voici le “Star” de Xerox et le Macintosh :

La souris Xerox, à trois boutons (coût de fabrication : 300$ l’unité) et la souris du Mac à un bouton (coût de fabrication : 15$) :

Apple a-t-il volé l’idée de Xérox ?

Non, répond Malcom Gladwell, qui précise d’ailleurs que l’idée de la souris est sortie du cerveau d’un certain Douglas Engelbart, chercheur du Stanford Resarch Institute, à la fin des années 60. Elle était carrée et en bois, mais c’était bien une souris :

Si vous placez les trois objets à la suite, vous ne verrez pas la reproduction d’une même idée, mais plutôt l’évolution d’un concept, poursuit Gladwell.

S’inspirer et … faire mieux

Que faut-il en conclure ? Qu’avoir une bonne idée ne suffit pas. Que les idées sont dans l’air et qu’elles ne doivent pas être protégées si l’on veut continuer de nourrir l’innovation. Que reprendre les idées des autres est souvent une bonne méthode, parce que l’innovation n’a rien à voir avec l’idée originale. L’innovation est un process, souvent itératif, qui consiste à mettre en œuvre, faire des choix, tester, lancer sur le marché, se tromper.

Copier, c’est innover ? Oui et non. En fait, Jobs n’a pas cherché à reproduire ce qu’il avait vu. Il s’en est inspiré, mais surtout : il est allé beaucoup plus loin, parce qu’il voulait lancer le produit sur le marché. Il n’y a pas de limites aux sources d’inspiration. Même s’inspirer des idées des autres. C’est toute la force d’Internet aujourd’hui : favoriser la copie pour dynamiser le processus d’évolution en supprimant la phase R&D (recherche et développement) : la R&D c’est le marché.

Cette philosophie gagnante met en lumière toute l’absurdité du bac à la française : on interdit aux élèves de copier sur leurs voisins, alors qu’on devrait les encourager ! La première fois que j’ai entendu cette idée c’était en 1997, aux rencontres Internet d’Autrans. L’auteur de cette phrase était un cadre d’Apple France…

Être créatif est essentiel. Mais que faire de la créativité ? Dans créativité, il y a d’abord “création”. Faire. Comment intégrer les créatifs dans les process industriels d’une grande entreprise ? L’innovation, ce n’est pas l’originalité à tout prix. C’est d’abord un savoir-faire. Il y avait beaucoup de créatifs chez Xérox, qui avait eu la bonne idée d’offrir à ses ingénieurs un terrain de jeu avec le Xérox PARC. Mais il n’en n’est pas sorti beaucoup de projets gagnants parce que l’entreprise avait du mal à gérer ses créatifs, en d’autres terme : à piloter l’innovation.

Ah si, il y a eu l’imprimante laser. Mais lisez plutôt son histoire, relatée par Gladwell : l’inventeur de l’imprimante laser s’appelle Gary Starkweather. Quand il a commencé à travailler sur le concept, la direction de Xérox lui a répondu que ce n’était pas le business de Xérox. On lui a donc interdit de poursuivre ses recherches. Mais Starkweather s’est entêté, il a caché son travail derrière un rideau noir dans son labo ! Finalement, l’imprimante laser a été l’un des plus beaux succès de Xérox. Starkweather en était assez fier. Mais il avait beaucoup souffert également.

Il a donc quitté Xérox pour rejoindre une jeune entreprise bouillonnante : pas de laboratoire, ici. Le laboratoire, c’était l’entreprise. Le nom de la boîte ? Apple.

Initialement publié sur La Social News Room sous le titre Le cas Apple : faut-il être original pour être innovant ?

Illustration Flickr CC Raneko

]]>
http://owni.fr/2011/05/17/copie-au-service-de-innovation-apple/feed/ 14
La mort de Ben Laden, et des rédactions cloisonnées http://owni.fr/2011/05/10/la-mort-de-ben-laden-et-des-redactions-cloisonnees/ http://owni.fr/2011/05/10/la-mort-de-ben-laden-et-des-redactions-cloisonnees/#comments Tue, 10 May 2011 06:30:42 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=61962 Frédéric Filloux (Monday Note) et Felix Salmon de Reuters reviennent cette semaine sur la couverture de la mort de Ben Laden.

Ils notent deux choses :

  1. L’info vient de Twitter
  2. La plupart des journaux n’avaient pas l’info le lendemain



Voici le fil des publications :

Nous sommes le 1er mai 2011.

Au moment où les Américains entament leur raid sur le fief du leader d’Al Qaida, il se trouve un individu, Sohaib Athar, consultant, pour envoyer des messages sur Twitter via son téléphone portable. Il se trouve qu’il habite à côté… Il ne se rendra compte qu’après qu’il a en fait “couvert” en direct la mort d’Oussama. Symbole très fort de la puissance du mobile et de Twitter, et de comment l’explosion de l’usage des deux va continuer de bouleverser la couverture et le traitement de l’info. Notez bien : le tweet a été envoyé du fin fond du Pakistan…

Le traitement journalistique ensuite :

10h24 – Keith Urban, que personne ne connaissait jusqu’ici, annonce sur Twitter la mort d’Oussama Ben Laden, quelques heures après l’intervention des Navy Seals. En fait, Keith Urban est une source fiable : il est le responsable du staff de Donald Rumsfeld, l’ancien secrétaire d’État à la défense.

10h25 – le Tweet de Keith Urban est re-tweeté par un journaliste du New York Times, Brian Stelter.

Résultat :

Bizarrement, note Felix Salmon, quand Arthur Brisbane publie chronique dans le New York Times sur comment son journal a été le premier média à annoncer la mort d’Oussama Ben Laden, il omet de citer son confrère, pour lui préférer la journaliste qui a obtenu l’info de façon plus… traditionnelle disons, c’est à dire grâce à une “source”. Il écrit donc : à 10h34, une source prévient Ms Cooper de la mort de Ben Laden. L’info est sur le site à 10h40. Puis sur Twitter à 10h41. Il ne s’agit pas du tweet de Stelter, mais de celui de Zeleny, un autre confrère du journal. Schizophrénie, quand tu nous tiens…

La première leçon de cette histoire, c’est donc que sur cette info, Twitter a bien été le premier média. D’abord par un témoin, puis par une source semi-officielle, puis par les journalistes.

Le problème, c’est que les médias traditionnels ont encore du mal à le reconnaître, d’où l’exercice compliqué du chroniqueur du NYTimes, “oubliant” le tweet de son confrère parce que, sans doute, pour lui, “retweeter” ce n’est pas du journalisme. Si, M.Brisbane, retweeter c’est du journalisme ! Stelter n’a pas seulement retweeté, il a contextualisé son tweet et validé sa source. Bref, il a fait son métier de journaliste. Trop peu de rédactions savent faire une vraie veille sur Twitter, lui préférant l’AFP. Grave erreur.

Des Unes obsolètes

La deuxième leçon c’est que, évidemment, Ben Laden a eu la mauvaise idée de mourir après le bouclage de nombreux journaux, qui se sont retrouvés le lendemain avec une “Une” obsolète… Le quotidien papier, dans sa forme actuelle est un média dépassé. C’est la raison pour laquelle, notamment, les journalistes doivent tous travailler sur le numérique, pas pour le papier et un peu pour le web. Sur le numérique, d’abord, tout doit y être publié, en priorité. Puis re-mis en scène sur le papier. Le papier doit être un accessoire du numérique.

C’est au moment où Keith Urban lâche son tweet que l’on doit avoir toute la rédaction papier sur le pont pour une publication en temps réel. Pas seulement les journalistes du web. Les signatures sont essentiellement dans les rédactions papier, on le sait. Quand le monde apprend la mort de Ben Laden, les lecteurs ont besoin des journalistes des quotidiens tout de suite. Les analyses, les commentaires, les interviews doivent être publiés en temps réel. Maintenant, comme en radio ou en télé, mais avec cette capacité propre à Internet de s’étirer dans le temps et de proposer une sorte de viscosité du rythme : temps réel, puis approfondissement, sédimentation, archivage… Le web est une encyclopédie vivante et liquide de l’info.

C’est donc la rédaction entière qui doit faire le journal en ligne, pas une pauvre équipe web sous-staffée dépendante de l’AFP.

Je ne dis pas que le papier ne sert à rien, mais qu’il doit être remis à sa place, c’est un format parmi d’autres, et dans sa temporalité : il arrive après la fête. C’est d’ailleurs la grande force des magazines papier, habitués à traiter l’actualité avec le recul du rythme hebdomadaire. Ainsi le nouvel Observateur a-t-il pu publier trois jours après, 22 pages spéciales sur ce qu’il fallait comprendre de l’événement.

Après les révolutions arabes, et maintenant la mort de Ben Laden, 2011 a révélé la puissance des médias sociaux dans le traitement et la distribution de l’information. C’est loin d’être terminé.


Article initialement publié sur le site de Benoit Raphael, La Social Newsroom, sous le titre : “Mort de Ben Laden : pourquoi il faut fusionner les rédactions”.

Crédits Photo : FlickR by-nc-sa Pixel Form

]]>
http://owni.fr/2011/05/10/la-mort-de-ben-laden-et-des-redactions-cloisonnees/feed/ 4
William et Kate : au nom du tweet, je vous déclare… http://owni.fr/2011/04/29/william-et-kate-au-nom-du-tweet-je-vous-declare/ http://owni.fr/2011/04/29/william-et-kate-au-nom-du-tweet-je-vous-declare/#comments Fri, 29 Apr 2011 06:36:55 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=59950 J’ai enfin une bonne excuse pour parler du mariage princier et gagner quelques clics pas cher. Mashable nous apprenait que les invités à la cérémonie ne pourraient pas tweeter depuis leur siège demain [en] : une technologie bloquant les signaux mobiles aurait été installée à l’abbaye de Westminster. Une façon de mieux maîtriser le flux de photos et de vidéos. Finalement, l’information a été démentie dans le journée [en], relève CBS News. Les invités pourront donc tweeter. Ouf !

Des app Android et Blackberry dédiées par The Times et The Mirror

Le hashtag (mot clef) pour suivre le mariage royal sur Twitter est #rw2011. On s’attend à une participation massive sur le site de micro-blogging, relève le Huffington Post : Twitter vient de publier une photo de Biz Tone (co-fondateur de Twitter) devant le « serveur dédié » au mariage [en]… Une gentille blague, destinée à faire taire les rumeurs selon lesquelles Twitter aurait réservé des serveurs supplémentaires pour l’occasion. Si vous regardez la photo attentivement, vous constaterez qu’ils n’ont montré qu’un seul serveur pour le mariage de William et Kate, alors qu’il y en a déjà trois pour Justin Bieber ! Oui mais Justin sera au mariage, donc…

Par contre, on pourra suivre la cérémonie en direct vidéo sur YouTube. La plateforme de Google a obtenu le droit de diffuser le flux officiel. Une première. Mais, comme le constate Paid Content, il sera difficile de trouver un site qui ne diffuse pas le mariage [en]…

On pourra également le suivre depuis son mobile. 34% des Anglais ont téléchargé une application dédiée au mariage sur iPhone, Android et Blackberry. The Times et The Mirror ont même lancé des applications mobiles dédiées. Une initiative qui me conforte dans l’idée que les journaux doivent aborder le mobile comme les suppléments ou les hors-séries…

CNN, de son côté, a lancé une initative originale sur GetGlue [en], ce site qui permet de dire à ses amis quelle émission TV on regarde. Les téléspectateurs qui « checkeront » sur GetGlue recevront un badge collector sur leur page. La chaîne d’info diffusera également en direct les tweets et les statuts Facebook d’internautes et de célébrités via le hastag #CNNtv.

Un nouveau service pro pour les journalistes princiers

Les journalistes des sites d’info commenteront donc le mariage en live depuis leur télévision en essayant d’y intégrer au mieux les médias sociaux. L’outil le plus intéressant à disposition des rédactions est encore peu connu : il s’appelle Scribble Live [en]. Un service professionnel de live utilisé notamment par Reuters et Le Nouvel Observateur (disclaimer : je conseille Le Nouvel Observateur dans sa stratégie numérique) : comme « Storify » [en], mais en mieux, Scribble Live permet de couvrir l’événement en y intégrant des sélections de contenus vus ailleurs, notamment les tweets grâce à un moteur intégré.

Mieux : les journalistes sur place pourront, grâce à une application dédiée, envoyer en temps réel des photos, des vidéos et des commentaires directement dans le flux. Les journalistes pourront aussi glisser les meilleurs commentaires des internautes. Bonne nouvelle : le flux, même s’il est hébergé par Scribble Live, apportera du référencement sur Google au média, me dit Aurélien Viers, le rédacteur en chef web de L’Obs. Un “détail” qui le différencie de services comme CoveritLive, utilisé notamment par LeMonde.fr.

Selon le Wall Street Journal, 400 millions de personnes suivront le mariage sur Internet [en]. Contre 2 milliards à la télévision… Il y a encore de la marge.

Billet publié initialement sur La social News room sous le titre Pas de Twitter au mariage de William et Kate ?… Finalement oui.

Photo FlickR CC Adam Burt ; Steve Garfield ; waldopepper.

]]>
http://owni.fr/2011/04/29/william-et-kate-au-nom-du-tweet-je-vous-declare/feed/ 2
Le [vaste] débat de la rémunération des blogueurs http://owni.fr/2011/04/23/le-vaste-debat-de-la-remuneration-des-blogueurs/ http://owni.fr/2011/04/23/le-vaste-debat-de-la-remuneration-des-blogueurs/#comments Sat, 23 Apr 2011 08:30:16 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=58668 Quand les blogueurs du Huffington Post ont appris au début de l’année que le petit prodige des sites d’informations US avait été vendu 315M$, leur première réaction a été : et nous ? La semaine dernière, certains d’entre eux se sont rassemblés autour du blogueur activiste Jonathan Tasini [EN] pour poursuivre le Huffington Post. Ils réclament 105M$. Justification : les 9.000 personnes qui ont écrit des tribunes sur le site n’ont jamais été payées. Ils accusent : “Nous avons été transformés en esclaves modernes dans la plantation de Mme Arianna Huffington”.

Dans le Monde, Xavier Ternisien signe une enquête plutôt équilibrée à travers laquelle il évoque un début de “révolte” chez certains blogueurs (cet article est payant, pas simple pour fluidifier le débat sur la toile…). Xavier cite le blogueur Hugues Seraf qui a quitté le site d’infos Rue 89, faute d’être payé :

Bloguant à titre gracieux pour le site d’information depuis trois ans, il a demandé au rédacteur en chef, Pascal Riché, d’être payé en piges. En retour, il s’est vu proposer « une gratification nette de 200 euros par mois ». Une misère. « Je produis au minimum autant qu’un journaliste de la rédaction et mes papiers sont autant lus », argumente-t-il.

La réponse des responsables de ces médias est systématiquement la même.
Pascal Riché distingue l’info du commentaire :

Tout ce qui est journalistique, on le paye. Tout ce qui est commentaires, on ne le paye pas, pas plus que les journaux ne payent pour les tribunes qu’ils publient. Si l’on pouvait rémunérer les blogueurs, ce serait mieux, mais nous sommes une jeune société qui ne peut se le permettre. On leur offre de la visibilité…

Le Huffington Post est plus radical : une plateforme de blogs, c’est comme un plateau TV.

Nos blogueurs utilisent notre plateforme pour être connectés et faire en sorte que leur travail soit vu par le plus de gens possible. C’est pour la même raison que les gens vont sur les plateaux TV : pour promouvoir leurs points de vue et leurs idées.

Alors, qui a raison ?

Deux nuances, tout d’abord :

Le Huffington Post n’a jamais promis d’argent à ses blogueurs. Ils y sont donc allés de leur plein gré. La question du paiement est venue après. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas légitime, seulement que la motivation de départ était bien la visibilité. Le phénomène n’est pas né avec le Net. Certains chroniqueurs radios sont payés (ou pas) au lance-pierre, selon leur notoriété. Pourquoi ? Parce que la radio leur apporte de la visibilité.

Ensuite, l’apport des blogueurs ne constitue qu’une part minoritaire du trafic et de la conversation amenés sur le Huffington Post, qui tourne aujourd’hui avec une centaine de journalistes, dont une dizaine d’investigation. Nate Silver du New York Times en fait la démonstration [EN] : sur la seule section politique (15% de l’audience du site), les blogueurs apportent autant de contenus que les journalistes, mais génèrent 20 fois moins de commentaires. 80% des commentaires sur les blogs sont d’ailleurs apportés par seulement 20% d’entre eux. La fameuse règle des 80/20.

Affirmer que l’on va payer tous les contributeurs d’un média ou d’une rubrique participative n’a pas de sens. Il y a même des risques :

On risque en premier lieu de briser la dynamique et le naturel de la conversation, qui fait partie de l’ADN du Net (comme de la radio), en la faisant entrer dans un système de rémunération systématique.

Le problème d’ailleurs, ce n’est pas de savoir s’il faut payer une tribune ou pas. Le problème c’est quand ces contributions deviennent régulières… On passe de la tribune à la chronique. Là, il faut penser à payer. Mais avec un autre risque : celui de basculer dans le “piège” des fermes à contenus (“content farm”). La vertu du participatif, c’est d’être capable d’apporter de la proximité et des contenus de niche. Il faut donc beaucoup de volume. Et pour avoir beaucoup de volume il faut payer les contenus moins chers, commandés à des experts ou passionnés, non-journalistes, plus pertinents, mais avec qui on sera moins rigoureux. C’est un système assez proche de celui des correspondants locaux de presse. Qui a ses vertus (le membre du club de foot qui couvre les matchs de son village n’est pas un journaliste et ne le souhaite pas), mais aussi ses dérives (c’est souvent un moyen déguisé pour ne pas payer de piges à de jeunes débutants).

Il faut donc avancer au cas par cas, sans tomber dans la systématisation, encore moins dans la création d’un statut. Car le but du participatif est d’aller chercher de la richesse et de diversifier la prise de parole par les non journalistes.

Les médias en ligne s’appuient sur leurs contributeurs et blogueurs pour créer de la valeur, il me parait logique de redistribuer cette valeur. Dans ce calcul, il faut prendre en compte plusieurs éléments :

  • Il y a quand même un paiement en visibilité, qu’on ne peut pas écarter, et qui doit pouvoir faire varier les tarifs en fonction de la puissance du média.
  • Faire participer des blogueurs ou des chroniqueurs occasionnels demande un encadrement par une équipe de journalistes (pour éditer, mais surtout vérifier les informations): ce travail prend entre 15mn et 1h par post [NDLR : chez OWNI il s'agit plutôt d'une heure voire plus]. Il faut donc tenir compte de ce coût dans la redistribution.
  • Tous les blogueurs ne génèrent pas la même valeur , c’est la règle des 80/20 : il faut indexer la redistribution sur le “succès” de l’article (à chacun de définir son critère : nombre de reprises sur les réseaux sociaux, trafic, pub, commentaires…).
  • Il faut tenir compte de l’économie du Net, peu généreuse avec les médias en ligne, et ne pas s’aligner sur celle de la presse papier. Il faut plutôt opter pour le partage de revenus, qui peut être assorti d’un minimum garanti en fonction de l’engagement demandé au contributeur.
  • Cependant, on peut combiner toutes ces valeurs : partage de revenus sur le web (variable), apport de notoriété (moins cher), re-publication sur un support papier (plus cher) etc.

Le tout est de proposer un système souple, mais transparent et juste. Forcément indexé, forcément nuancé. Dans un modèle en pleine mutation, où le participatif est en train de prendre une place croissante, il faut évidemment sortir du tout gratuit, hypocrite et peu efficace. Il faut certes avancer prudemment, l’économie de la presse en ligne étant fragile, mais avancer quand même.


> Article publié initialement sur La Social News Room sous le titre Faut-il payer les blogueurs ?

> Illustrations Flickr CC Lisa Brewster

]]>
http://owni.fr/2011/04/23/le-vaste-debat-de-la-remuneration-des-blogueurs/feed/ 37
The Atavist, XXI sur Internet? http://owni.fr/2011/04/01/the-atavist-xxi-sur-internet/ http://owni.fr/2011/04/01/the-atavist-xxi-sur-internet/#comments Fri, 01 Apr 2011 06:35:28 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=54679 Et pourquoi pas ? On a tellement l’habitude de dire que sur le réseau les articles doivent être courts et gratuits, que le contraire doit certainement avoir un sens. De la même manière que le magazine XXI s’est construit en contraste avec le flux du web (un magazine papier, payant, avec des articles de 30.000 signes, vendu en librairie, pour arrêter le temps réel et retrouver le sens du récit), on se dit qu’il est possible de proposer un produit plus dense, présenté dans un emballage agréable, et le faire payer.

C’est ce propose The Atavist [en], une application iPhone, iPad, Android (également sur Kindle). Créée par Etan Ratliff, auteur pour le magazine Wired qui s’était fait connaître en tentant de disparaître aux yeux du monde et des réseaux [en].

Cliquer ici pour voir la vidéo.

The Atavist ne propose que des reportages longs (10 à 15.000 signes), qui se lisent comme des petits livres, mais avec de nombreuses options multimédia, ce qui rend l’interface un peu incompréhensible :

Depuis la barre de menus mais aussi à partir de certains mots soulignés, le lecteur peut sortir de sa lecture pour voir un diaporama (plutôt agréable), une note avec photo (très pratique), une vidéo (marche assez mal), un son, ou un lien (il faut être connecté !). Il peut même écouter une musique d’ambiance…

Bref, un bel objet éditorial, qui part un peu dans tous les sens, mais qui laisse une impression agréable de haut de gamme. Il se rapproche finalement plus du format du livre que du magazine. Jusqu’ici 40.000 exemplaires de l’application ont été téléchargés. Mais pas d’indications sur le nombre d’articles vendus.

Chaque reportage est proposé à 1,99 dollars. The Atavist paie les frais du reporter puis partage les revenus avec les ventes du reportage [en]. On verra si la formule fonctionne, mais elle valide une tendance : le réseau a rendu les moments de contact avec l’info plus nombreux, ce qui complexifie les modes de lecture. Tant mieux.

À côté du livre, moment solitaire et méditatif, forcément long, et de l’article web vite consommé, il y a sans doute une place pour un contenu entre l’article court et le livre long, que l’on peut consulter dans le bus, le métro, en attendant le médecin, ou simplement lorsque l’on est hors-ligne avec 30mn devant soi (c’est rare, je sais…).

Après Instapaper et Longread, et maintenant The Atavist, c’est la revanche des contenus longs sur Internet.

Billet initialement publié sur la social NewsRoom de Benoit Raphaël

Crédits photo Flickr CC Rodrigo Galindez

]]>
http://owni.fr/2011/04/01/the-atavist-xxi-sur-internet/feed/ 3
Un nouveau paywall bien compliqué pour le New York Times http://owni.fr/2011/03/21/un-nouveau-paywall-bien-complique-pour-le-new-york-times/ http://owni.fr/2011/03/21/un-nouveau-paywall-bien-complique-pour-le-new-york-times/#comments Mon, 21 Mar 2011 14:30:36 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=52502 (Tous les liens sont en anglais sauf mention contraire)

À partir du 28 mars (et c’est déjà le cas au Canada), il faudra payer entre 15 et 35$ par mois pour lire le New York Times intégralement. C’est le modèle inventé par le journal américain qui revient à l’offre payante après un premier échec en 2005 : Times Select a été arrêté en 2007, après avoir rapporté 10 millions de $. A l’époque, Vivian Schiller insistait sur le fait que le modèle “avait fonctionné”, mais freinait l’accès au Times par les moteurs de recherche, et donc la croissance du média.

Aujourd’hui, la “Gray Lady” (le surnom du NY Times) revient avec un modèle très complexe, qui divise déjà les spécialistes.

Anil Dash, d’Experts Labs, le résume ainsi sur le Nieman’s Lab :

C’est très difficile de comprendre un modèle qui vous laisse lire 20 articles par mois, sauf si vous venez de Google, et dans ce cas c’est 150 articles par mois, mais seulement 5 par jour, sauf si vous avez payé 15$, 20$ ou 35$, sauf si vous avez déjà payé pour la version papier, mais seulement si vous êtes au Canada jusqu’à ce que le modèle soit élargi aux Etats-Unis…

Hum…

Essayer de prendre en compte d’où vient le lecteur

En résumé les trois offres payantes sont celles-ci :

  • 15$ pour l’accès web + mobile.
  • 20$ pour l’accès web + tablettes
  • 35$ pour l’accès aux trois supports.

Mais le système se complique pour l’accès gratuit progressif, destiné à éviter l’effet couperet du mur payant, qui a fait perdre au Times de Londres près de 90% de son trafic. David Cohn compare le modèle non pas à un mur mais plutôt à une rampe d’accès, ”comme celle de l’étoile noire dans Star Wars”, plaisante-t-il, sans doute pour souligner les vertus acrobatiques du système.

- Les abonnés au papier auront un “full access” (web+tablettes+mobile). Même si vous êtes abonnés seulement à la “week-end edition”.

- Par contre, l’édition Kindle doit être payée séparément (20$ par mois !) et ne donne pas accès au web.

- Vous pourrez lire jusqu’à 20 articles par mois, sauf si vous venez d’un “referer” c’est à dire que vous avez cliqué sur un lien depuis un blog, ou un réseau social comme Facebook ou Twitter. Après, précise Paid Content, c’est 3,75$ par semaine .

- Si vous venez de Google, c’est 5 articles par jour maximum. Ce qui veut dire que vous pouvez cumuler 150 articles par mois via le moteur de recherche + 20 via le site + autant que vous voulez via les réseaux sociaux (c’est Facebook qui va être content).

Trop compliqué, s’énerve Boing-Boing, qui se demande comment le NY Times va vérifier que l’internaute a dépassé son quota d’articles (un cookie ? une faille dans le navigateur ?) et surtout comment il va le justifier auprès des utilisateurs. “Personne n’est capable de se souvenir combien d’articles du NY Times il a lu dans le mois”, ni s’il venait de Google, d’un réseau social ou du site du journal lui-même, insiste le blog, qui prédit que les utilisateurs vont plutôt mal accueillir le message du NY Times les informant qu’ils ont dépassé leur quota, parce qu’ils seront incapables de vérifier si le robot se trompe ou pas.

Gordon Crovitz, ancien publisher du Wall Street Journal a fait ses calculs : le modèle payant va générer 100 millions de $, qu’il ajoute aux 150 millions de $ générés par la publicité digitale aujourd’hui. Il estime donc que la couche payante va s’ajouter aux revenus publicitaires sans les faire baisser. Crovitz justifie ses chiffres par les récupérées chez les clients du système de paiement en ligne pour les contenus, “Press +”, dont il est le fondateur. Paid Content tombe sur les mêmes chiffres.

Difficile de juger. Les prédictions sont partagées. Personnellement, je serai le dernier à jeter la pierre à des médias qui tentent de trouver des solutions pour payer leurs journalistes et la production d’infos de qualité. Le modèle publicitaire est payant pour quelques site, comme le Huffington Post et Politico, tous les deux rentables. Pour l’instant, personne n’a réussi à démontrer la viabilité d’un système de paiement du contenu d’infos, hors presse pro et business (payées par des professionnels), à large échelle. Des sites comme Mediapart commencent à voir le bout du tunnel  : ils prévoient la rentabilité en 2011, malgré une perte d’1,5 million en 2010, selon l’Expansion[fr], mais il est difficile de savoir ce que les utilisateurs paient vraiment : l’accès au contenu, la participation à un club (comme pour Le Monde.fr) ou un soutien au média ?

L’arrivée des tablettes n’a pas renforcé le modèle payant. Lequel ne peut-être envisagé que comme un supplément au modèle publicitaire. C’est à dire qu’il faudrait parvenir à faire payer une petite couche d’utilisateurs, sans détruire l’audience gratuite. La mécanique de la contrainte fonctionne plutôt bien pour les social games (les jeux sur les réseaux sociaux comme Farmville), mais il est très compliqué à faire fonctionner sur les contenus pour une raison simple : si une information importante est publiée sur un média payant, elle se retrouvera instantanément reprise par les autres médias, synthétisée, recoupée, voire enrichie.

Un modèle frustrant le lecteur

Le seul modèle que je vois aujourd’hui est celui de la couche payante façon club : vous payez un abonnement non pas pour avoir accès aux contenus, mais pour participer à un club, bénéficier d’avantages exclusifs (la carte Fnac, par exemple, est payante, mais vous permet de bénéficier de réductions et de facilités de paiement), voire de contenus exclusifs sous forme d’alertes ou de newsletters. Pour le reste, laisser l’accès libre à vos contenus amènera trafic, publicité, et un potentiel de nouveaux abonnés qui ne réagiront pas par frustration mais par envie. Bien plus positif.

Autre modèle : une sorte de Nespresso de la presse. Un contenu à super valeur ajoutée, dans un packaging de grande qualité (tablette, smartphone), associés à des services VIP valorisants et exclusifs, avec un effet club et réseau. Le tout porté par un marketing puissant, façon Apple ou Nespresso. Ce type de modèle s’adapterait parfaitement à une offre business ou conso.

Ce ne sont pas les choix du New York Times. Leur modèle a un avantage et deux faiblesses : il est suffisamment complexe pour laisser passer le trafic sans gêner la pub (à vérifier avec le temps, cependant), mais trop compliqué pour ne pas frustrer et énerver les utilisateurs habitués à la transparence et à la gratuité. Enfin, il est focalisé sur la vente de contenus, sans apporter d’autres avantages. Ce ne sera peut-être pas suffisant.

>> Illustrations FlickR CC by Kevin Prichard

>> Article publié initialement sur La Social Newsroom sous le titre Le New York Times dévoile son mur payant : trop compliqué ?

]]>
http://owni.fr/2011/03/21/un-nouveau-paywall-bien-complique-pour-le-new-york-times/feed/ 3
Apple et la presse: les liaisons dangereuses http://owni.fr/2011/02/21/apple-et-la-presse-les-liaisons-dangereuses/ http://owni.fr/2011/02/21/apple-et-la-presse-les-liaisons-dangereuses/#comments Mon, 21 Feb 2011 16:09:42 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=47842 Depuis une semaine, les publishers (comme on les appelle outre-atlantique) sont en colère. Apple a présenté ses nouvelles règles concernant les abonnements “in app” (pris via les applications iPhone et iPad) pour la presse. La firme, qui détient plus de 90% des tablettes, prendra 30% sur la vente de contenus à l’unité et sur les abonnements, tout en interdisant aux médias de renvoyer leurs lecteurs vers des abonnements hors application. En Europe, ce sera même 39% (afin de prendre en compte la TVA bruxelloise, explique Frédéric Filloux).

On pourrait arguer qu’Apple joue simplement le rôle d’un distributeur et reste moins cher que le vieux modèle de distribution de la presse papier. Sauf que dans le print, rappelle James McQuivey sur PaidContent, les marges sont beaucoup plus faibles sur l’ensemble de la chaîne de distribution. Fabriquer le support papier, le distribuer, tout ça coûte de l’argent, des camions, de l’encre… et des arbres. Ce qui n’est pas le cas sur mobile et tablette : ce qui coûte de l’argent, c’est la création et l’édition de contenus. La distribution, elle, est quasiment gratuite.

Plus difficilement acceptable, à mon sens : Apple conserve la relation client. C’est à dire que l’abonné passera un contrat avec Apple, pas l’éditeur, qui n’aura pas accès à sa base de données d’abonnés.

Apple profite donc de la faiblesse des éditeurs sur le digital, incapables aujourd’hui de soutenir durablement un modèle de production qui reste encore très cher (mais produire de l’information de qualité coûte cher, rappelle Frédéric Filloux, même si l’on pourrait encore largement améliorer les process), et de son quasi monopole sur la distribution mobile.

Difficile de reprocher à Apple de fixer ses règles. C’est son droit. Mais on est aussi en droit de s’interroger sur la fiabilité du modèle.

Certes, le monopole pourrait ne pas durer. Google a proposé la même semaine son système de paiement in-app : Google Pass Media. 10% de commission, un accès aux données clients (mais Google ne précise pas lesquelles), et la liberté de fixer son prix. Problème : Google n’est pas une alternative. Juste une autre plateforme, même si le nombre de mobiles Android devrait dépasser celui des devices Apple prochainement. Les éditeurs ont besoin d’être présents sur les deux. De plus, les chiffres montrent que les utilisateurs d’Android sont moins enclins à payer que ceux d’Apple. Question de culture…

On se demande d’ailleurs si la proposition de Google doit être considérée comme une vraie stratégie économique ou comme une simple opération de communication auprès des éditeurs, historiquement fâchés avec le moteur de recherche.

Car pour l’instant, de quoi parle-t-on vraiment ? Si tout le monde semble vouloir croire au modèle du payant sur mobile et tablettes, les chiffres ne suivent pas. L’immense majorité des utilisateurs se déclare encore hostile au fait de payer pour accéder à du contenu d’information. Et les ventes de magazines in-app ne décollent pas.

Certes, dans ce nouvel univers digital, le désert du gratuit n’est pas impossible à irriguer avec un peu de payant. Mais c’est encore extrêmement difficile. Il faudra avancer par petites touches. Aujourd’hui, pour espérer séduire avec un modèle payant, il faut : 1) soit des prix très bas, soutenus par la publicité (le modèle de The Daily sur iPad), ce qui réduit encore les marges. Il faut aussi que le contenu soit facilement téléchargeable (aujourd’hui, c’est un enfer) ! 2) Soit un modèle freemium, avec un prix plus conséquent donc, mais associé à des services plus qu’à la délivrance de contenus. Il serait payé par une minorité de lecteurs qui soutiendrait le modèle, ou viendrait en complément de la pub et d’autres services. Ce qui ne veut pas dire que le modèle est viable. Juste qu’il pourrait séduire une minorité de lecteurs. On évoque l’explosion des tablettes dans les années à venir. Mais rien ne dit que les futurs possesseurs auront le même pouvoir d’achat que les early adopters de 2010…

Pour l’heure, Apple est donc en train d’installer un barrage sur un ruisseau. Et les éditeurs hurlent parce qu’ils voient là s’effriter un modèle qui a déjà du mal à tenir ses promesses. En asséchant les marges d’éditeurs déjà étranglés au lieu de jouer sur la sienne, Apple prend le risque de tuer le modèle dans l’œuf.

Reste la solution du HTML5 : ce nouveau langage permet de créer de l’applicatif sans passer par une application. En accédant simplement à la page web du média via le navigateur du mobile ou de la tablette, on peut vivre une expérience similaire à celle proposée par les applications. C’est ce que fait déjà Google sur iPhone et iPad. Le problème, c’est que l’AppStore reste encore un formidable moyen de diffuser son média. Il est d’ailleurs assez proche du modèle de distribution du papier (livres et presse), que les éditeurs connaissent bien. Comment promouvoir sa page web sur mobile ?

On pourrait imaginer créer des applications qui seraient de simples navigateurs HTML5, afin de continuer à promouvoir son média sur l’AppStore, mais pas sûr qu’Apple accepte ce détournement.

Et si tout le monde choisit la voie du HTML5, l’encombrement suscité ouvrira une nouvelle voie royale aux agrégateurs sur mobiles et tablettes. Et redonnera sans doute de la force au modèle de l’Appstore.

La presse écrite n’est pas encore sortie de l’auberge…

>> Article publié initialement sur la Social Newsroom

>> Photos FlickR CC : Brendan Lynch, Ben Dodson

>> Retrouvez aussi l’article Les Kiosques numériques sont-ils le problème ou la solution de la presse en ligne?

]]>
http://owni.fr/2011/02/21/apple-et-la-presse-les-liaisons-dangereuses/feed/ 9
Pourquoi Quora plait-il aux blogueurs ? http://owni.fr/2011/01/06/pourquoi-quora-plait-il-aux-blogueurs/ http://owni.fr/2011/01/06/pourquoi-quora-plait-il-aux-blogueurs/#comments Thu, 06 Jan 2011 12:18:37 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=41266 Cela fait plusieurs mois que je cite Quora en exemple sur ce blog. Créé en 2009 par  Charlie Cheever et Adam d’Angelo, un ancien de Facebook (photo), Quora reprend le meilleur des réseaux sociaux : Facebook, Twitter et Yahoo Answers, pour proposer une expérience qui, je ne suis pas le seul à en être convaincu, préfigure le visage du blogging du futur.

Depuis le mois de décembre, Quora est “hot”. C’est le service dont tout le monde parle dans les milieux techies. Il rassemblerait déjà plus de 500.000 utilisateurs. Et depuis le 3 janvier, les boîtes mail des membres de Quora explosent littéralement sous les alertes de nouveaux inscrits qui se sont abonnés à votre page. Cela me fait penser à FriendFeed, un excellent service d’agrégation de réseaux sociaux qui avait connu la même explosion avant d’être racheté et “tué” par Facebook.

En septembre, je le présentais plutôt comme un service de social search : vous cherchez quelque chose, vous posez une question à une communauté d’experts, dont vous faites partie, et vous avez votre réponse dans la minute ou la journée. En fait, Quora va beaucoup plus loin, et préfigure de plus en plus une nouvelle forme de blogging. D’aucuns, comme Techcrunch, pensent d’ailleurs que Quora pourrait prochainement ratrapper Twitter. Difficile à dire. Mais il est vrai que Twitter se positionnant de plus en plus comme une plateforme média, Quora propose sur ce point un service beaucoup plus accessible et efficace.

Quora répond aux aspirations des blogueurs

Pourquoi blogue-t-on ? Selon une étude Technorati en 2010, les trois principales motivations des blogueurs sont : 1) Dire ce que je pense sur mes centres d’intérêt. 2) Rencontrer des gens ayant la même vision des choses et communiquer avec eux. 3) Partager mes compétences et mon expérience avec d’autres.

Je rajouterai une autre motivation, plus sociale, qui est de se construire une réputation.

Quora répond admirablement à tous ces besoins, mais sans avoir à gérer toute la complexité d’un blog, et en préservant la qualité et la profondeur qui fait défaut à Twitter.

Que fait Quora ? Le service, très sobre, vous permet de poser des questions et des réponses sur les sujets et les domaines qui vous intéressent, ou dans lesquels vous êtes spécialiste. Vous ne le faites pas anonymement. Vous donnez votre nom et votre bio, le plus souvent en vous connectant via votre compte Facebook ou Twitter. Tout l’intérêt de Quora réside dans la construction d’une communauté qualifiée et de qualité. C’est l’une des grandes tendances du moment dans les réseaux sociaux : pour être plus efficace, il vaut mieux avoir moins d’amis, moins d’abonnés, mais une communauté plus concernée, qui se sent impliquée et en confiance, avec qui les relations sont de qualité. Si Facebook est dominant, l’avenir est aux concentrés de communautés. Sur son blog, Mark Suster (un “entrepreneur turned Venture Capitalist”) raconte que sur un autre service similaire, mais beaucoup plus confidentiel, Answers on Startups, qui devait rassembler 20.000 visites par mois, il a ramené beaucoup de trafic sur son blog, et ses visiteurs restaient plus longtemps sur son site que la moyenne (entre 8 et 20 minutes).

Une communauté d’experts

Sur Quora, vous intervenez comme expert sur les sujets qui vous passionnent. Votre bio est donc très importante. Vous êtes même invités à renseigner vos compétences pour tous les sujets auxquels vous vous abonnez. Vous pouvez également vous abonner à des utilisateurs, et envoyer des contenus à ceux qui suivent votre activité. Un peu comme sur Facebook et Twitter.

Mais là où Quora marque sa différence, c’est sur la qualité des interventions. En fait, si vous consultez sur la plupart des conversations (qui démarrent toujours par une question, et se construisent avec les réponses apportées par la communauté), par exemple ici sur Foursquare et Facebook,  ici sur les Beatles, ou ici sur “combien coûte un reportage au NY Times” vous vous rendez rapidement compte que la richesse des interventions fait de chaque question un véritable contenu de référence. Pour améliorer la qualité de l’ensemble, vous pouvez proposer des améliorations pour préciser la question d’un autre utilisateur et voter pour les meilleures réponses, ou encore créer un résumé des meilleures réponses, un peu comme avec un wiki. Mieux, chacune de vos réponses, parce qu’elle est forcément travaillée (vous jouez votre réputation), vaut finalement un post de blog.

Résultat : vous postez des contenus, analyses, opinions, arguments, chiffres, qui sont capables de toucher un grand nombre de personnes intéressées par le sujet que vous traitez. Pas seulement sur Quora, mais également ailleurs. Mark Suter note par exemple que sa réponse donnée sur une question concernant un service Internet arrivait en tête des requêtes Google !

Quora est donc bien une nouvelle façon de bloguer et un service de social search de qualité, qui ne demande qu’à grandir pour devenir incontournable.

Quelles perspectives pour Quora ?

L’ancien patron d’AOL, Steve Case, l’a bien compris, il s’est construit un véritable espace de conversation et de publication sur Quora. On peut penser que, demain, un certain nombre de leaders pourront faire passer leurs déclarations officielles (ou faussement officielles) en répondant à des questions ciblées sur Quora.

Pour l’instant, les conversations sont en anglais, et concernent essentiellement le business digital, ce qui est compréhensible, le site ayant été lancé au sein de la communauté de la Silicon Valley. Mais on imagine très facilement ce que pourrait donner un Quora dont se seraient emparés les personnalités politiques, les sociologues, les artistes ou même  les blogueuses mode !

D’autant plus que Quora est beaucoup plus accessible que Twitter. Il ne faut pas plus de quelques minutes pour avoir accès à du contenu intéressant et se créer son univers de veille, ce qui n’est pas le cas sur le service de microblogging. Et, à la différence d’un blog, ou même de services plus simples et mobiles comme Tumblr et Posterous, il ne faut pas plus d’une journée pour se créer une communauté d’abonnés ou de contacts qualifiés, intéressés par les mêmes sujets que vous, qui vous liront, répondront à vos questions.

L’une des leçons de Quora, c’est aussi que l’on n’a pas besoin d’être disruptif pour faire un grand succès. Quora est en fait une sorte de benchmark de ce qui se fait de mieux dans les médias sociaux. On prend le meilleur, on coupe ce qui dépasse, on simplifie, on lance et on adapte au fur et à mesure.

Bref, si vous n’y êtes pas encore, je vous invite à vous inscrire dès aujourd’hui. Le site n’est accessible que sur invitation encore. Je peux vous en envoyer si vous me laissez vos coordonnées dans les commentaires.

– — –

Article initialement publié sur le blog de Benoit Raphaël : La Social Newsroom

>> Photos flickr CC Jason Teser ; Robert Scoble

]]>
http://owni.fr/2011/01/06/pourquoi-quora-plait-il-aux-blogueurs/feed/ 338