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	<title>OWNI</title>
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		<title>Encadrer les réseaux sociaux: pourquoi les médias se trompent</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Aug 2011 06:30:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Morgane Tual</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Après l'apparition de règles d'utilisation des réseaux sociaux  à l'AFP et chez France Télévisions, Morgane Tual s'interroge sur la relation que les journalistes entretiennent avec Twitter et Facebook. Journalistes souvent, internautes toujours. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ça y est. Avec l’affaire DSK, les médias français ont pris conscience  de l’existence des réseaux sociaux. Ou tout du moins, de leur  importance. Comme les hommes politiques, qui semblent avoir découvert il  y a peu Internet, il est désormais temps de &#8220;régulariser&#8221;, de  &#8220;charter&#8221;, bref, de censurer.</p>
<p>De quoi souffre la presse aujourd’hui ? Les plus  hypocrites répondront « des journaux gratuits et du Web ». Les plus  honnêtes admettront que la presse souffre d’une immense crise de  confiance de la part de ses lecteurs, qui critiquent ses collusions avec  le pouvoir politique et économique, son manque de transparence,  d’audace, et la docilité de ses journalistes.</p>
<p>Que veut faire la presse aujourd’hui ? Empêcher ses  journalistes de raconter ce qu’ils veulent sur les réseaux sociaux. Les  empêcher par exemple de <a href="http://www.telerama.fr/medias/les-medias-francais-ne-rigolent-plus-avec-les-reseaux-sociaux,71183.php">critiquer « son entreprise, sa direction, son  service »</a>, (<a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/">Nouvel Obs.com</a>) ou d’émettre « une opinion personnelle en  contradiction avec celle de l’entreprise » (Rémy Pfimlin, France Télévisions). Tout en les incitant à faire « attention aux tweets  humoristiques » (NouvelObs.com again).</p>
<p>Pour la transparence, l’indépendance d’esprit et le reste, on repassera.</p>
<h2>Rafraîchir l&#8217;image de la presse</h2>
<p>Pourtant, la liberté de ton que les journalistes ont trouvée sur Twitter est, je pense, une énorme opportunité pour rafraîchir  l’image de la presse en France. Ici, le réseau a très vite été trusté  par des hordes de journalistes, qui ont très récemment été rejoints en  masse par les autres. Qu’y ont découvert ces personnes ? Des  journalistes très différents les un des autres, très différents aussi de  l’image du  jeune-cadre-dynamique-sourire-colgate-pisseur-de-copie-formaté-un-brin-trop-propret.</p>
<p>Ils y ont découvert des humains, dans toute leur  diversité, qui tweetent corporate, parlent de leurs gamins, évoquent  leurs problèmes de cœur, balancent des photos cochonnes, des blagues  stupides, s’émeuvent des conflits du bout du monde, se gaussent des  dernières âneries de nos « représentants », photographient leur dîner,  leurs pieds sur la plage, leur chien, live-tweetent une manif, racontent  ce qui se passe au bureau ou dans <a href="http://www.m6.fr/emission-l_amour_est_dans_le_pre/">l’Amour est dans le Pré</a>. Des gens comme eux.</p>
<p>Et des journalistes motivés, intéressés, passionnés, indignés, des journalistes accessibles, qui leur racontent comment ça se passe à l’intérieur,  là où se fait le journal, et aussi là où se fait le pouvoir. Bref, des  journalistes qui font leur boulot, et qui redonnent confiance, je crois, à leurs lecteurs.</p>
<p>Je comprends qu’un média puisse être dérangé par le tweet d’une de ses journalistes s’étonnant que la rédaction soit vide à  9h. C’est ce qui s’est passé au NouvelObs.com. Mais que doit-on remettre  en cause ici ? Le tweet de la journaliste ? Ou le fait que la rédaction  soit vide à 9h – si tant est que ce soit un problème ?</p>
<p>Que des journalistes parlent de ce qui se passe au sein  de leur rédaction avec un œil critique donnera finalement, je pense, une  image de la presse plus transparente, plus accessible, moins arrogante.</p>
<h2>En critiquant Libé, ses journalistes lui ont rendu service</h2>
<p>Regardez ce qui s’est passé à l’arrivée d’Anne Lauvergeon au conseil de surveillance de Libération. Dans le journal, <a href="http://www.liberation.fr/economie/01012348770-anne-lauvergeon-a-liberation" target="_blank">un sobre filet</a> annonce sa nomination « dans l’intérêt du journal ».</p>
<p>Sur Twitter, autre ambiance : les journalistes de  Libération se déchaînent avec des tweets tout à fait contraires à la  ligne du papier, « contradiction » relevée avec humour par <a href="http://libesaluelarriveedelauvergeon.tumblr.com/" target="_blank">un TumblR dédié</a>. Mais qu’auraient donc pensé les lecteurs de Libération si les journalistes s’étaient tenus à carreau  après cette annonce ? Si le décalage entre la ligne du journal et  l’expression personnelle de ses journalistes est effectivement risible,  le silence des journalistes sur les réseaux l’aurait été encore plus !  Comment un lecteur de Libération, journal supposé engagé, décalé, transparent, aurait pu accepter que les journalistes se taisent sur une  énormité de ce genre ? Le journal et son équipe n’en auraient été que  plus décrédibilisés, ce dont ils n’ont clairement pas besoin. En  critiquant leur entreprise sur les réseaux sociaux, les journalistes de  Libération lui ont en fait rendu service.</p>
<p>Toujours est-il que les contours de ces  chartes/recommandations restent très flous, et qu’il me paraît difficile  de les éclaircir. On en revient à l’éternelle distinction entre prise  de parole publique et privée, arbitrant du fameux « devoir de réserve ».  Sauf qu’aujourd’hui, les limites n’ont plus rien de clair. A quel  moment notre parole doit-elle être « modérée » ? Dans un dîner avec des  amis ? Dans un dîner avec des journalistes ? Dans une formation entre  professionnels ? Dans une conférence ? Sur un blog ? Sur Twitter ? A la  télé ? Sur Facebook ? – ce dernier étant particulièrement problématique :  ce que nous y postons est-il privé ou public, étant donné que nous  choisissons nos “amis”/”lecteurs” ?</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-75243" title="facebook_smartphone" src="http://owni.fr/files/2011/08/facebook_smartphone.jpg" alt="" width="640" height="427" /></p>
<h2>Quand je tweete ivre à trois heures du matin, je ne suis pas  journaliste</h2>
<p>Autre question : qu’a-t-on le droit de dire ou non ? Un  tweet anti-gouvernement est-il interdit ? Blague raciste ? Gif scato ?  Critique de l’entreprise ? Jeu de mot foireux sur un fait-divers ? Dire  qu’on mange des pâtes ? Dire qu’on a croisé une star dans l’ascenseur du  journal ? Appel au boycott ? Poster un lien vers un média concurrent ?  Mort aux vaches, mort aux condés ?…</p>
<p>A vrai dire, je crois que je m’en contrefous. Le simple fait d’avoir à me demander, en France, en 2011, ce que je suis autorisée à écrire ou non me colle un franc bourdon.  L’impression que toutes ces années passées à bloguer, à Tweeter,  participer à la création d’un nouvel espace auto-géré pétillant et  ultra-fertile n’aura servi à rien. Il faut, encore une fois, que  l’establishment vienne s’en mêler pour expliquer ce qu’il convient, ou  non, de faire, de dire, de penser.</p>
<p>Cela dit, certains médias, comme le Nouvel Obs,  expliquent que les restrictions s’appliquent « si vous indiquez  ‘journaliste de l’Obs’ dans votre bio ». Pourquoi pas. S’il faut un  compromis, autant que ce soit celui là. Ou le coup du double-compte : un  pro, un perso. Mais c’est un peu hypocrite. Et limite prendre les gens  pour des idiots, puisqu’avec une simple recherche sur Google, chacun  peut savoir à quel média appartient le journaliste en question.</p>
<p>L’autre souci est que cette règle ne semble pas si  claire puisque, quelques lignes plus loin, il est recommandé de limiter  les blagues, « si vous mentionnez votre vie professionnelle », ce qui  est TRES différent de « si vous indiquez ‘journaliste de l’Obs’ dans  votre bio ». – ceci dit, ces indications sont issues d’un mail envoyé  par le rédacteur en chef à son équipe, ce n’est pas une charte  longuement ruminée.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, les frontières entre vie  professionnelle et vie privée ont bougé. On n’est plus, de 9h à 19h, le  prototype du journaliste parfait, pour devenir un anonyme une fois  gentiment rentré chez lui. Notre identité virtuelle nous poursuit. Cela  signifie-t-il que l’on est journaliste 24/24h ? Non, mille fois non.  Quand je tweete ivre à trois heures du matin, je ne suis pas  journaliste. Mais je suis toujours une internaute, qui publie du contenu  en ligne. Et je ne vois pas de quel droit mon entreprise aurait le  droit de s’immiscer là-dedans.</p>
<h2>Entre auto-censure et bon sens</h2>
<p>Mais finalement, le fait que je raconte, comme tout le  monde, des bêtises sur Twitter signifie-t-il que je suis une mauvaise  journaliste ? Les personnes me suivant sur ce réseau auront-ils moins  confiance dans mes articles ? Et au final, les rédactions  rechigneront-elles plus à collaborer avec moi ? Je ne crois pas – en  tout cas jusqu’ici. Et j’aurais même tendance à dire, sans certitude  toutefois, « au contraire ».</p>
<p>D’autant plus que, si les entreprises de presse  s’inquiètent d’avantage de ce que leurs employés balancent sur les  réseaux sociaux, elles sont néanmoins les premières à leur réclamer de tweeter du contenu  corporate, d’autant plus s’ils disposent d’un nombre conséquent de  followers. Personnellement, j’ai toujours détesté qu’une rédaction me  demande de tweeter du contenu. Et je me suis quasiment toujours  débrouillée pour ne pas le faire : mon blog, mon Facebook, mon Twitter  n’appartiennent pas à l’entreprise. Partager du contenu sur mes espaces  personnels ne fait pas partie du contrat. Cela dit, bien évidemment, je  retweete de moi-même les contenus que je juge intéressants produits par  le média en question. Rester maître de son contenu est aussi une  question de crédibilité vis-à-vis de ses followers. Car si Twitter  devient une zone « corporate », où chacun propage, sans saveur, ce que  sa boîte lui demande… qui ira s’abonner à ces comptes ? Un peu de <a href="https://twitter.com/#%21/search/%23lol" target="_blank">#LOL</a>, de <a href="https://twitter.com/#%21/search?q=%23nsfw" target="_blank">#NSFW</a> (<em>ndlr</em> : &#8220;not safe for work&#8221;) et d’insolence font tout le charme de nombreux comptes « influents ».</p>
<p>Toutefois je dois admettre que, même si je ne me gêne pas pour exprimer mes opinions sur l’actualité et propager des <a href="http://lolcoiffeurs.tumblr.com/" target="_blank">LOLcoiffeurs</a> stupides, je ne critique néanmoins jamais les entreprises dans  lesquelles je travaille. Certains diront que c’est du bon-sens. Qu’il ne  faut pas cracher dans la soupe. En réalité, ce n’est rien d’autre que de l’auto-censure. De la peur. « Si je dis ça, je risque de déplaire à  mon employeur, peut-être de perdre mon job et d’être mal vue dans le  milieu », point.</p>
<p>Il est loin, le journalisme gonzo.</p>
<p>&#8212;</p>
<p>Billet initialement publié sur le blog de <a href="http://morganetual.com/" target="_blank">Morgane Tual</a> sous le titre <a href="http://morganetual.com/?p=537" target="_blank">&#8220;Encadrer les réseaux sociaux : pourquoi les médias se trompent&#8221;</a></p>
<p>Illustrations FlickR CC <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/"><img title="Paternité" src="http://l.yimg.com/g/images/cc_icon_attribution_small.gif" border="0" alt="Paternité" /><img title="Pas d'utilisation commerciale" src="http://l.yimg.com/g/images/cc_icon_noncomm_small.gif" border="0" alt="Pas d'utilisation commerciale" /><img title="Pas de modification" src="http://l.yimg.com/g/images/cc_icon_noderivs_small.gif" border="0" alt="Pas de modification" /></a> par <a href="http://www.flickr.com/photos/laughingsquid/">Laughing Squid </a><a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/"><img title="Paternité" src="http://l.yimg.com/g/images/cc_icon_attribution_small.gif" border="0" alt="Paternité" /></a> par <a href="http://www.flickr.com/photos/johanl/">Johan Larsson</a></p>
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		<title>Jeunes journalistes: qu&#8217;est-ce qu&#8217;on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ?</title>
		<link>http://owni.fr/2011/01/10/jeunes-journalistes-quest-ce-quon-attend-pour-ne-plus-suivre-les-regles-du-jeu/</link>
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		<pubDate>Mon, 10 Jan 2011 14:45:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Morgane Tual</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jeune journaliste web, Morgane Tual pousse un double coup de gueule contre ses confrères. Anciens ou petits nouveaux, secouez-vous !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #333333;"><strong><a href="http://owni.fr/files/2011/01/scrabble.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-41697" title="scrabble" src="http://owni.fr/files/2011/01/scrabble.jpg" alt="" width="638" height="425" /></a></strong></span></p>
<p><em><span style="color: #333333;">[Préambule de Jean-Christophe Féraud, sur le blog duquel ce billet a été publié.] </span></em></p>
<p><span style="color: #333333;"><em>Cela faisait un moment que j&#8217;avais envie de savoir comment les jeunes journalistes web-natives vivaient leur entrée dans une profession qui, dans les faits, n&#8217;a plus rien d&#8217;un rêve de gosse rose bonbon : précarité institutionnalisée en forme de stages et CDD à répétition, productivisme Shiva en guise de vadémécum, règne des petits chefs sur des rédactions web organisées pour le flux et rien que pour le flux, arrogance aveugle des &#8220;newsosaures&#8221; de l&#8217;ère imprimée face à la grande mutation numérique de l&#8217;information&#8230; La condition faite à cette génération surdiplômée et bien mieux formée que nous ne l&#8217;étions est indigne. Et la crise de la presse n&#8217;explique pas tout. Notre génération, celle de Gutenberg, a été jusque-là incapable de comprendre et de s&#8217;adapter aux enjeux de la révolution Internet. Et dans bien des cas, tue toute velléité d&#8217;innovation dans les rédactions en ignorant superbement ce que les jeunes ont à nous apprendre du web. Je voulais lire tout cela sous la plume d&#8217;un confrère de moins de 30 ans. <a href="http://morganetual.com/">Morgane Tual</a>, qui fut ma stagiaire il y a quelques années, a relevé le gant. Et le résultat décoiffe au-delà de mes espérances. Car la &#8220;Génération Y&#8221; en prend aussi pour son grade&#8230; Lisez plutôt le billet de mon invitée.</em><strong><strong><br />
</strong></strong></span><strong><strong> </strong></strong></p>
<p>Envie d&#8217;écrire, mais manque d&#8217;inspiration. Twitter sert à tout, même à trouver de quoi bloguer. C&#8217;est Jean-Christophe Feraud, mon ancien patron aux <em>Échos</em>, <a href="http://twitter.com/#%21/JCFeraud/status/11139907902">vieux con autoproclamé</a> du genre qu&#8217;on aimerait voir plus souvent, qui m&#8217;a soufflé cette idée de sujet : &#8220;Jeunes/vieux journalistes, papier/internet, conflits de génération ?&#8221;.</p>
<p>À la lecture, j&#8217;étais moyennement emballée. J&#8217;en ai un peu marre du branlage de nouille journalistico-twitto-intello du moment. Et puis j&#8217;ai changé d&#8217;avis. <strong>Les vieux journalistes et leurs grands principes, les jeunes journalistes et leur manque de principes</strong>, j&#8217;en parle souvent, à l&#8217;oral. Alors autant l&#8217;écrire. En précisant bien qu&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;un coup de gueule, et que mes propos sur les cons, vieux ou jeunes, ne sont pas à généraliser.</p>
<h2>Les vieux cons</h2>
<p>La seule fois où nous avons eu un semblant de cours sur Internet, dans mon école de journalisme, c&#8217;est un vieux type, une &#8220;pointure&#8221;, qui est venu nous faire la leçon. Globalement, j&#8217;ai toujours trouvé cela étrange que <strong>des personnes de soixante berges viennent nous apprendre la presse, alors qu&#8217;ils l&#8217;ont fichue en l&#8217;air</strong>. Ils nous lèguent des médias au bord de la faillite, un mépris généralisé (et bien mérité) des citoyens à notre égard, et nous enseignent la bonne vieille méthode pour continuer.</p>
<p>C&#8217;est d&#8217;autant plus amusant quand un journaliste d&#8217;un certain âge vient nous faire la leçon sur Internet. Ces types, qu&#8217;on a balancés à la tête de rédactions web parce qu&#8217;ils avaient &#8220;du bagage&#8221; et l&#8217;audace d&#8217;avoir ouvert un compte Facebook en 2007, ont tout appris dans des colloques. <strong>Ils sont généralement aussi sensibles au web qu&#8217;un ornithorynque confronté à une Playstation</strong>. Ils nous racontent avec une certitude insensée qu&#8217;écrire pour le web, c&#8217;est écrire court. C&#8217;est mélanger du texte avec de la vidéo et du son. Sinon, ce n&#8217;est pas &#8220;web&#8221;. Encore moins &#8220;web 2.0&#8243;.</p>
<p>Pas d&#8217;accord. En fait, <strong>personne ne sait ce qu&#8217;est le journalisme web</strong>, et finalement, c&#8217;est aussi bien. Ce qui est valable aujourd&#8217;hui ne le sera plus demain. Nous pédalons tous dans la semoule/choucroute/caviar et, confidence pour confidence, j&#8217;adore ça. Chercher à établir des &#8220;règles&#8221;, des &#8220;pratiques&#8221;, peut-être que c&#8217;est finalement cela qui est anti-web. Néanmoins, qu&#8217;un type de 40, 50, 60 ans – ou de n&#8217;importe quel âge &#8211; ne détienne pas toutes les vérités sur la publication en ligne n&#8217;est pas choquant en soi. Ce qui l&#8217;est, en revanche, c&#8217;est le manque de curiosité. Pendant ces cours, <strong>il ne viendrait pas à l&#8217;esprit du journaliste-professeur de nous interroger sur nos pratiques</strong>, tout occupé qu&#8217;il est à se faire mousser devant des jeunes admiratifs. On l&#8217;a vu, les vieux journalistes ne sont pas à une contradiction près. Entre le discours et la pratique, il y a un grand canyon.</p>
<p>Entre eux, dans les conférences où ils interviennent, tous tiennent le même discours : <strong>les jeunes sont formidable</strong>s. &#8220;Nous avons tout à apprendre des digital-natives, ils ont le web dans le sang, nous sommes très à l&#8217;écoute des jeunes et des nouvelles pratiques&#8221;. Étrangement, dans les nombreuses rédactions que j&#8217;ai fréquentées, personne ne m&#8217;a jamais demandé mon avis de (presque) digital-native.<strong> Tu peux marquer HTML en capitales rouges sur ton CV, tout le monde s&#8217;en tamponne</strong>. Pour parader dans des séminaires en expliquant que les jeunes sont formidables, il n&#8217;y a aucun problème.</p>
<p>Mais la réalité, c&#8217;est que <strong>les jeunes moisissent dans des rédactions pourries, payés que dalle</strong>, parfois ignorés, rarement remerciés, pour des stages aux limites de la légalité, à bosser comme des bêtes à pondre de la dépêche minable jusqu&#8217;à pas d&#8217;heure. La remise en question, ce n&#8217;est bon que pour les conférences. En vrai, on attend sagement la retraite, en glorifiant le temps d&#8217;avant, en accusant le web de tous les maux de la presse, en évitant soigneusement de se sentir responsable. Après nous, le déluge.</p>
<h2>Les jeunes cons</h2>
<p><img class="alignright size-full wp-image-41702" title="no-future" src="http://owni.fr/files/2011/01/no-future.jpg" alt="" width="321" height="482" />Heureusement, la jeune génération est là pour prendre le relais. Non ? Non. <strong>La génération Y, c&#8217;est surtout la génération plan-plan. Aussi bien pensants que nos aînés</strong>. Sauf que les vieux, eux, ont au moins le mérite d&#8217;avoir été jeunes une fois dans leur vie, en essayant de tout foutre en l&#8217;air dans les années 60-70. Aujourd&#8217;hui, on fait du journalisme pour être reconnu socialement, et surtout pas pour faire évoluer le métier. On rêve de parler dans le poste avec le même ton cloné, d&#8217;écrire dans des journaux prestigieux et, si on a de la chance et la belle gueule qui va avec, de faire de la présentation à la télévision, summum de la gloire. Quitte à reproduire éternellement le même modèle qui, on le sait désormais, est voué à l&#8217;échec. <strong>Bref, réinventer le journalisme, très peu pour nous</strong>. Dorénavant, les rares à lancer de nouveaux projets ambitieux ont souvent passé la cinquantaine. Et le seul à s&#8217;être montré impertinent comme nous, jeunes cons, devrions l&#8217;être si nous remplissions notre rôle social, est <a href="http://www.sinehebdo.eu/">un vieil anar octogénaire</a>. Aujourd&#8217;hui, lancer un média est pourtant devenu techniquement et financièrement bien plus accessible qu&#8217;auparavant. <strong>Nous disposons d&#8217;une liberté immense. D&#8217;un espace de jeu illimité. Et nous n&#8217;en prenons pas possession. </strong>Les quelques journaux lancés par des jeunes motivés, même s&#8217;ils sont souvent d&#8217;une remarquable qualité, restent néanmoins d&#8217;une sagesse désespérante.</p>
<p>Nous sommes la génération CPE. Notre combat, ce n&#8217;était pas de changer le monde. Non, nous,<strong> tout ce qu&#8217;on voulait, c&#8217;est un putain de CDI !</strong> En 1968, les jeunes voulaient abolir le travail et le consumérisme. Nous on veut un contrat afin de pouvoir s&#8217;acheter une bagnole à crédit. La sécurité. le confort. Surtout ne rien changer. Quid des &#8220;digital-natives&#8221; ? Dans ce contexte d&#8217;insécurité complète du marché de l&#8217;emploi, le web est devenu une immense opportunité pour se faire connaître, hors des sentiers-battus du CV à papa. Le <strong>&#8220;personal branding&#8221;</strong>, dépasser les mille followers sur Twitter, se faire inviter dans des soirées parisiennes VIP, chics et underground est devenu un but en soi.</p>
<p>Nous passons beaucoup de temps sur ces futilités, nous éloignant chaque jour davantage du reportage de terrain, de l&#8217;enquête et, surtout, des gens. De tous ces gens qui ne savent pas ce qu&#8217;est le web 2.0, encore moins ce qu&#8217;est Twitter, qui s&#8217;en foutent et qui, en plus, ont sans doute bien raison.Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ? Qui prendra la suite de Siné, pour chier dans la colle, à notre façon ?</p>
<p>&#8212;</p>
<p>Billet initialement publié sur <a href="http://monecranradar.blogspot.com/2011/01/jeunes-journalistes-quest-ce-quon.html">Mon écran radar</a></p>
<p>Image CC Flickr <a href="http://www.flickr.com/photos/squid_testicals/">squidtestes</a> et <a href="http://www.flickr.com/photos/infomatique/">infomatique</a></p>
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		<title>Je suis une personal branleuse</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Sep 2010 06:40:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Morgane Tual</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Suite au billet de Jérémy Joly, Morgane Tual réagit à son tour. On "l'accuse" de se personal branler ? Elle assume. So what ? Elle souligne le grand intérêt de Twitter comme outil de communication, réseau où elle se présente sans fard.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jeune journaliste <a href="http://twitter.com/jeremyjoly" target="_blank">Jeremy Joly</a> s’est récemment défendu <a href="http://regardailleurs.fr/wordpress/2010/09/ne-mappelez-pas-brandeur/" target="_blank">sur son blog</a> de mener une campagne de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Personal_branding" target="_blank">personal  branding</a>. Parce que c’est une accusation. Il y a quelques jours,  j’ai moi même été « accusée » de personal branding. J’ai mis mon CV à  jour et, naturellement, je l’ai signalé sur Twitter. Ce qui m’a valu  quelques remarques acerbes me traitant, donc, de personal brandeuse.</p>
<p>Oui, et alors ?</p>
<p>Je suis une personal brandeuse. Et je ne vois pas où est le problème.  Je traîne sur la toile, fabrique des sites et y publie du contenu  depuis une douzaine d’années maintenant. En 2006, à mon entrée en école  de journalisme, j’ai décidé, pour la première fois, de créer un site  sous mon vrai nom. L’objectif – entre autres : me créer une vitrine sur  internet, à destination de mes potentiels futurs employeurs. C’était il y  a quatre ans, et je n’avais jamais entendu parler de personal branding.</p>
<p>Avec le développement des réseaux sociaux, j’ai comme tout le monde  ouvert un compte Facebook, à usage purement personnel, créé une page <a href="http://www.doyoubuzz.com/morgane-tual" target="_blank">DoYouBuzz</a>,  <a href="http://fr.linkedin.com/pub/morgane-tual/21/a4b/402/" target="_blank">LinkedIn</a> et ouvert un compte <a href="http://twitter.com/morganetual" target="_blank">Twitter</a>.</p>
<p><strong>C’est là que les  choses ont changé de dimension.</strong> Pour une journaliste  web, Twitter permet de se connecter à tous ses semblables, d’échanger  avec eux, de s’enrichir à leur côtés et… de se faire connaître d’eux.  Auparavant, j’envoyais des CV. Aujourd’hui, je tweete. Et autant vous  dire que le résultat est incomparable.</p>
<p>Je ne vois pas en quoi cela est un problème. Je n’ai pas le sentiment  de me corrompre, ni de jouer un rôle. Je prends mon pied sur ce réseau  social. Je poste des articles très professionnels, des photos de  Scarlett Johanson aguicheuses, des gifs de pets, que cela plaise ou non à  mes futurs – ou actuels – employeurs.</p>
<p>Il ne s’agit pas de se faire remarquer à tout prix, de plaire, de  « rechercher la célébrité » ou « la reconnaissance », comme le déplore  Jérémy Joly. Je suis ce que je suis, je suis simplement plus  « accessible » aux personnes avec lesquelles je partage des intérêts  communs.</p>
<p>Il ne s’agit que d’une simple affaire de réseau professionnel. Le  personal branding a toujours existé, après tout. Avant aussi, on  essayait « de se faire un nom ». On traînait dans les cocktails chics,  on serrait les pinces des gens « importants », on distribuait des cartes  de visite, on essayait de donner une certaine image de soi. Maintenant,  tout va plus vite. Le personal branding, c’est comme Internet en  général : la vraie vie, mais en amplifié.</p>
<p><a href="http://owni.fr/files/2010/09/ODD-1.gif"><img class="aligncenter size-full wp-image-28679" title="ODD-1" src="http://owni.fr/files/2010/09/ODD-1.gif" alt="" width="260" height="270" /></a></p>
<p>&#8212;</p>
<p>Billet initialement publié sur <a href="http://morganetual.com/blog/?p=387">le blog de Morgane Tual</a></p>
<p>Photo CC Flickr <a href="http://www.flickr.com/photos/rachel_patterson/">marichica88</a></p>
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		<title>L’auto-critique, oui, mais seulement dans le discours</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Feb 2010 10:53:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Morgane Tual</dc:creator>
				<category><![CDATA[Medias]]></category>
		<category><![CDATA[AFP]]></category>
		<category><![CDATA[agence de presse]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[information]]></category>
		<category><![CDATA[journaliste]]></category>

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		<description><![CDATA[[...]Les journalistes sont conscients de faire de la merde, mais ils continuent gaiement tout en se disant « ce qu’il faut, c’est arrêter de faire de la merde ».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il est impressionnant de voir comment, dans le documentaire d’Arte  « Huit journalistes en colère », les « pointures » des médias sont  capables de se remettre en question. Avec des discours parfois assez  justes.</p>
<p>Cela m’a toujours surprise. Dans la plupart des rédactions dont j’ai  croisé la route, même dans les plus suivistes et critiquables, les  journalistes ont souvent fait preuve d’une grande capacité de remise en  question. Là où je pensais que la plupart d’entre eux consacraient  l’essentiel de leur temps de cerveau à reproduire bêtement l’AFP, je me  suis rendue compte qu’il existait malgré tout une lueur d’intelligence,  une petite place dans les méninges consacrée à l’auto-critique.</p>
<p>Le plus surprenant, c’est que malgré cette réflexion, la plupart  d’entre eux (d’entre nous, devrais-je dire) passent toujours l’essentiel  de leur temps à bâtonner des dépêches ou à ordonner aux autres de le  faire. Même si certains ne l’assument pas et dissimulent cette triste  vérité à eux-mêmes sous couvert de beaux discours. En clair, les  journalistes sont conscients de faire de la merde, mais ils continuent  gaiement tout en se disant « ce qu’il faut, c’est arrêter de faire de la  merde ».</p>
<p><span style="color: #ed0089"><strong>C’est du vécu</strong></span></p>
<p>Un exemple m’a particulièrement frappée. En faisant le tour des  dépêches (évidemment), je tombe sur <a href="http://2emedu-hautrhin.over-blog.com/article-36073383.html" target="_blank">cette information</a>. Un virus tout aussi dangereux  qu’Ebola a été découvert en Afrique du Sud. Point de rouge clignotant  sur la dépêche, pas même un léger jaune, pas de redit, juste une dépêche  perdue au milieu de mille autres. J’en informe mon rédacteur en chef  qui, intrigué, vérifie aussitôt sur son propre fil AFP (une information  donnée par un journaliste n’est validée par ses semblables que si elle a  été donnée par un membre de la sacro-sainte Trinité AFP-AP-Reuters,  mais c’est un autre débat).</p>
<p>L’information le souffle, « c’est dingue », s’exclame-t-il. Il montre  ça à un collègue, et ils s’esclaffent, tous les deux « Ce qui est  hallucinant c’est qu’un truc comme ça, tout le monde s’en fout alors  qu’on en fait des caisses sur la grippe A ! » Bien, même dans un des  médias les plus conformistes du secteur, on est conscient de l’absurdité  de certains choix éditoriaux.</p>
<p>Sauf que. Une fois avoir bien ri, chacun est retourné à son poste. Et  aucun sujet n’a jamais vu le jour.</p>
<p>&gt; Article initialement publié sur <a href="http://morganetual.com/blog/" target="_blank">le blog de Morgane Tual</a></p>
<p>&gt; Photo d&#8217;illustration <a href="http://www.flickr.com/photos/truthout/" target="_blank">Truthout.org</a> sur Flickr</p>
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