OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Naissance d’un mythe de la bidouille http://owni.fr/2011/12/16/arduino-naissance-mythe-bidouille/ http://owni.fr/2011/12/16/arduino-naissance-mythe-bidouille/#comments Fri, 16 Dec 2011 18:01:18 +0000 aKa (Framasoft) http://owni.fr/?p=90471 Arduino

L’histoire retiendra que c’est dans un bar d’une petite ville du nord de l’Italie qu’est né le projet Arduino qui, de manière totalement inattendue, est en train de révolutionner le domaine de l’électronique à l’échelle mondiale, puisque pour la première fois tout le monde peut vraiment s’y essayer et découvrir qu’il aime ça !

L’histoire retiendra également que rien de tout ceci n’aurait été possible sans le choix initial des licences libres qui a conditionné non seulement son bas prix et sa massive diffusion mais également son approche et son état d’esprit.

Acteur et non consommateur, on retrouve ici le goût de comprendre, créer et faire des choses ensemble. Concepts simple et plein de bon sens mais que notre époqu’Apple a fortement tendance à oublier.

PS : Ceci est la troisième traduction de suite initiée sur Twitter/Identica et réalisée dans un Framapad. Je remercie vivement tous les volontaires qui ont bossé dur hier soir pour arriver à un résultat d’un étonnante qualité quand on pense que les invitations sont ouvertes à tout le monde. On se donne rendez-vous, on communique, on se met d’accord sur tel ou tel passage via le chat intégré… au final on passe un moment ponctuel et commun agréable tout en travaillant (bénévolement). Je reste fasciné par le dynamisme et la bienveillance des gens et par la capacité d’Internet à favoriser cela. Si vous voulez vous aussi participer aux prochaines, il suffit de me suivre sur Twitter ou Identica avec le hashtag (que je viens d’inventer) « #EnFrSprint ».

La genèse d’Arduino

The making of Arduino

David Kushner – Octobre 2011 – Spectrum
(Traduction Framalang : Yoha, Keyln, Fab et Luc)

Ou comment cinq amis ont conçu la petite carte électronique qui a bouleversé le monde du DIY (Do It Yourself – Faites-le vous-même).

La pittoresque ville d’Ivrea, qui chevauche la rivière bleue-verte Dora Baltea au nord de l’Italie, est connue pour ses rois déchus. En l’an 1002, le roi Arduin (Arduino en italien) devint le seigneur du pays, pour être détrôné par Henri II d’Allemagne, deux ans plus tard. Aujourd’hui, le Bar di Re Arduino, un bar dans une rue pavée de la ville, honore sa mémoire, et c’est là qu’un nouveau roi inattendu naquit.

C’est en l’honneur de ce bar où Massimo Banzi a pour habitude d’étancher sa soif que fut nommé le projet électronique Arduino (dont il est le cofondateur). Arduino est une carte microcontrôleur à bas prix qui permet — même aux novices — de faire des choses époustouflantes. Vous pouvez connecter l’Arduino à toutes sortes de capteurs, lampes, moteurs, et autres appareils, et vous servir d’un logiciel facile à appréhender pour programmer le comportement de votre création. Vous pouvez construire un affichage interactif, ou un robot mobile, puis en partager les plans avec le monde entier en les postant sur Internet.

Sorti en 2005 comme un modeste outil pour les étudiants de Banzi à l’Interaction Design Institute Ivrea (IDII), Arduino a initié une révolution DIY dans l’électronique à l’échelle mondiale. Vous pouvez acheter une carte Arduino pour seulement 30 dollars ou vous construire la vôtre à partir de rien : tous les schémas électroniques et le code source sont disponibles gratuitement sous des licences libres. Le résultat en est qu’Arduino est devenu le projet le plus influent de son époque dans le monde du matériel libre.

Le couteau suisse rêvé devenu réalité

La petite carte est désormais devenu le couteau suisse de nombreux artistes, passionnés, étudiants, et tous ceux qui rêvaient d’un tel gadget. Plus de 250 000 cartes Arduino ont été vendues à travers le monde — sans compter celles construites à la maison. “Cela a permis aux gens de faire des choses qu’ils n’auraient pas pu faire autrement”, explique David A. Mellis, ancien étudiant à l’IDII et diplômé au MIT Media Lab, actuellement développeur en chef de la partie logicielle d’Arduino.

On trouve des alcootests, des cubes à DEL, des systèmes de domotique, des afficheurs Twitter et même des kits d’analyse ADN basés sur Arduino. Il y a des soirées Arduino et des clubs Arduino. Google a récemment publié un kit de développement basé sur Arduino pour ses smartphones Android. Comme le dit Dale Dougherty, l’éditeur et rédacteur du magazine Make, la bible des créateurs passionnés. Arduino est devenu “la partie intelligente dans les projets créatifs”.

Mais Arduino n’est pas qu’un projet open source ayant pour but de rendre la technologie plus accessible. C’est aussi une startup conduite par Banzi et un groupe d’amis, qui fait face à un challenge que même leur carte magique ne peut résoudre : comment survivre au succès et s’élargir. Banzi m’explique :

Nous devons passer à l’étape suivante, et devenir une entreprise établie.

arduino gps

Arduino a soulevé un autre défi formidable : comment apprendre aux étudiants à créer rapidement de l’électronique. En 2002, Banzi, un architecte logiciel barbu et avunculaire [NDT : qui ressemble à un oncle] y a été amené par l’IDII en tant que professeur associé pour promouvoir de nouvelles approches pour la conception interactive — un champ naissant parfois connu sous le nom d’informatique physique. Mais avec un budget se réduisant et un temps d’enseignement limité, ses options de choix d’outils étaient rares.

Comme beaucoup de ses collègues, Banzi se reposait sur le BASIC Stamp, un microcontrôleur créé et utilisé par l’entreprise californienne Parallax depuis près de 10 ans. Codé avec le langage BASIC, le Stamp était comme un tout petit circuit, embarquant l’essentiel : une alimentation, un microcontrôleur, de la mémoire et des ports d’entrée/sortie pour y connecter du matériel. Mais le BASIC Stamp avait deux problèmes auxquels Banzi se confronta : il n’avait pas assez de puissance de calcul pour certains des projets que ses étudiants avaient en tête, et il était aussi un peu trop cher — une carte avec les parties basiques pouvait coûter jusqu’à 100 dollars. Il avait aussi besoin de quelque chose qui puisse tourner sur Macintosh, omniprésents parmi les designers de l’IDII. Et s’ils concevaient eux-mêmes une carte qui répondrait à leurs besoins ?

Un collègue de Banzi au MIT avait développé un langage de programmation intuitif, du nom de Processing. Processing gagna rapidement en popularité, parce qu’il permettait aux programmeurs sans expérience de créer des infographies complexes et de toute beauté. Une des raisons de son succès était l’environnement de développement extrêmement facile à utiliser. Banzi se demanda s’il pourrait créer un logiciel similaire pour programmer un microcontrôleur, plutôt que des images sur l’écran.

Un étudiant du programme, Henando Barragán, fit les premiers pas dans cette direction. Il développa un prototype de plateforme, Wiring, qui comprenait un environnement de développement facile à appréhender et un circuit imprimé prêt-à-l’emploi. C’était un projet prometteur — encore en activité à ce jour — mais Banzi pensait déjà plus grand : il voulait faire une plate-forme encore plus simple, moins chère et plus facile à utiliser.

Banzi et ses collaborateurs croyaient fermement en l’open source. Puisque l’objectif était de mettre au point une plateforme rapide et facile d’accès, ils se sont dit qu’il vaudrait mieux ouvrir le projet au plus de personnes possibles plutôt que de le garder fermé. Un autre facteur qui a contribué à cette décision est que, après cinq ans de fonctionnement, l’IDII manquait de fonds et allait fermer ses portes. Les membres de la faculté craignaient que leurs projets n’y survivent pas ou soient détournés. Banzi se souvient :

Alors on s’est dit : oublions ça, rendons-le open source !

Le modèle de l’open source a longtemps été utilisé pour aider à l’innovation logicielle, mais pas matérielle. Pour que cela fonctionne, il leur fallait trouver une licence appropriée pour leur carte électronique. Après quelques recherches, ils se rendirent compte que s’ils regardaient leur projet sous un autre œil, ils pouvaient utiliser une licence Creative Commons, une organisation à but non-lucratif dont les contrats sont habituellement utilisés pour les travaux artistiques comme la musique et les écrits. Banzi argumente :

Vous pouvez penser le matériel comme un élément culturel que vous voulez partager avec d’autres personnes.

arduino schema

Aussi bon marché qu’un repas dans une pizzeria

Le groupe avait pour objectif de conception un prix particulier, accessible aux étudiants, de 30$. “Il fallait que ce soit équivalent à un repas dans une pizzeria” raconte Banzi. Ils voulaient aussi faire quelque chose de surprenant qui pourrait se démarquer et que les geeks chevronnés trouveraient cool. Puisque les autres circuits imprimés sont souvent verts, ils feraient le leur bleu ; puisque les constructeurs économisaient sur les broches d’entrée et de sortie, ils en ajouteraient plein à leur circuit. Comme touche finale, ils ajoutèrent une petite carte de l’Italie au dos de la carte. “Une grande partie des choix de conception paraîtraient étranges à un vrai ingénieur, se moque savamment Banzi, mais je ne suis pas un vrai ingénieur, donc je l’ai fait n’importe comment !”

Pour l’un des vrais ingénieurs de l’équipe, Gianluca Martino, la conception inhabituelle, entre chirurgie et boucherie, était une illumination. Martino la décrit comme une “nouvelle manière de penser l’électronique, non pas de façon professionnelle, où vous devez compter vos électrodes, mais dans une optique DIY.”

Le produit que l’équipe créa se constituait d’éléments bon marchés qui pourraient être trouvés facilement si les utilisateurs voulaient construire leurs propres cartes (par exemple, le microcontrôleur ATmega328). Cependant, une décision clé fut de s’assurer que ce soit, en grande partie, plug-and-play : ainsi quelqu’un pourrait la sortir de la boîte, la brancher, et l’utiliser immédiatement. Les cartes telles que la BASIC Stamp demandaient à ce que les adeptes de DIY achètent une dizaine d’autres éléments à ajouter au prix final. Mais pour la leur, l’utilisateur pourrait tout simplement connecter un câble USB de la carte à l’ordinateur — Mac, PC ou Linux — pour la programmer. Un autre membre de l’équipe, David Cuartielles, ingénieur en télécommunications, nous dit :

La philosophie derrière Arduino est que si vous voulez apprendre l’électronique, vous devriez être capable d’apprendre par la pratique dès le premier jour, au lieu de commencer par apprendre l’algèbre.

L’équipe testa bientôt cette philosophie. Ils remirent 300 circuits imprimés nus (sans composants) aux étudiants de l’IDII avec une consigne simple : regardez les instructions de montage en ligne, construisez votre propre carte et utilisez-la pour faire quelque chose. Un des premiers projets était un réveil fait maison suspendu au plafond par un câble. Chaque fois que vous poussiez le bouton snooze, le réveil montait plus haut d’un ton railleur jusqu’à ce que vous ne puissiez que vous lever.

D’autres personnes ont vite entendu parler de ces cartes. Et ils en voulaient une. Le premier acheteur fut un ami de Banzi, qui en commanda une. Le projet commençait à décoller mais il manquait un élément majeur : un nom. Une nuit, autour d’un verre au pub local, il vint à eux : Arduino, juste comme le bar — et le roi.

Rapidement, l’histoire d’Arduino se répandit sur la toile, sans marketing ni publicité. Elle attira très tôt l’attention de Tom Igoe, un professeur d’informatique physique au Programme de Télécommunications Interactives de l’Université de New York et aujourd’hui membre de l’équipe centrale d’Arduino. Igoe enseignait à des étudiants non techniciens en utilisant le BASIC Stamp mais fut impressionné par les fonctionnalités d’Arduino :

Ils partaient de l’hypothèse que vous ne connaissiez ni l’électronique, ni la programmation, que vous ne vouliez pas configurer une machine entière juste pour pouvoir programmer une puce — vous n’avez qu’à allumer la carte, appuyer sur upload et ça marche. J’étais aussi impressionné par l’objectif de fixer le prix à 30$, ce qui la rendait accessible. C’était l’un des facteurs clefs pour moi.

De ce point de vue, le succès de l’Arduino doit beaucoup à l’existence préalable de Processing et de Wiring. Ces projets donnèrent à Arduino une de ses forces essentielles : un environnement de programmation convivial. Avant Arduino, coder un microcontrôleur nécessitait une courbe d’apprentissage difficile. Avec Arduino, même ceux sans expérience électronique préalable avaient accès à un monde précédemment impénétrable. Les débutant peuvent à présent construire un prototype qui fonctionne vraiment sans passer par une longue phase d’apprentissage. Le mouvement est puissant, à une époque où la plupart des gadgets les plus populaires fonctionnent comme des “boîtes noires” fermées et protégées par brevet.

robot Arduino

La démocratisation de l’ingénierie

Pour Banzi, c’est peut-être l’impact le plus important d’Arduino : la démocratisation de l’ingénierie :

Il y a cinquante ans, pour faire un logiciel, il fallait du personnel en blouses blanches qui savait tout sur les tubes à vide. Maintenant, même ma mère peut programmer. Nous avons permis à beaucoup de gens de créer eux-mêmes des produits.

Tous les ingénieurs n’aiment pas Arduino. Les plus pointilleux se plaignent de ce que la carte abaisse le niveau créatif et inonde le marché des passionnés avec des produits médiocres. Cependant, Mellis ne voit pas du tout l’invention comme dévaluant le rôle de l’ingénieur :

Il s’agit de fournir une plateforme qui laisse une porte entrouverte aux artistes et aux concepteurs et leur permet de travailler plus facilement avec les ingénieurs en leur communiquant leurs avis et leurs besoins.

Et il ajoute :

Je ne pense pas que cela remplace l’ingénieur ; cela facilite juste la collaboration.

Pour accélérer l’adoption d’Arduino, l’équipe cherche à l’ancrer plus profondément dans le monde de l’éducation, depuis les écoles primaires jusqu’aux universités. Plusieurs d’entre elles, dont Carnegie Mellon et Stanford, utilisent déjà Arduino. Mellis a observé comment les étudiants et les profanes abordaient l’électronique lors d’une série d’ateliers au MIT Media Lab. Il a ainsi invité des groupes de 8 à 10 personnes à l’atelier où le projet à réaliser devait tenir dans une seule journée. Parmi les réalisations, on peut noter des enceintes pour iPod, des radios FM, et une souris d’ordinateur utilisant certains composants similaires à ceux d’Arduino.

Mais diffuser la bonne parole d’Arduino n’est qu’une partie du travail. L’équipe doit aussi répondre aux demandes pour les cartes. En fait, la plateforme Arduino ne se résume plus à un seul type de carte — il y a maintenant toute une famille de cartes. En plus du design originel, appelé Arduino Uno, on trouve parmi les nouveaux modèles une carte bien plus puissante appelée Arduino Mega, une carte compacte, l’Arduino Nano, une carte résistante à l’eau, la LilyPad Arduino, et une carte capable de se connecter au réseau, récemment sortie, l’Arduino Ethernet.

Arduino a aussi créé sa propre industrie artisanale pour l’électronique DIY. Il y a plus de 200 distributeurs de produits Arduino dans le monde, de grandes sociétés comme SparkFun Electronics à Boulder, Colorado mais aussi de plus petites structures répondant aux besoins locaux. Banzi a récemment entendu parler d’un homme au Portugal qui a quitté son travail dans une société de téléphonie pour vendre des produits Arduino depuis chez lui. Le membre de l’équipe Arduino Gianluca Martino, qui supervise la production et la distribution, nous confie qu’ils font des heures supplémentaires pour atteindre les marchés émergents comme la Chine, l’Inde et l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, près de 80% du marché de l’Arduino est concentré entre les États-Unis et l’Europe.

Puisque l’équipe ne peut pas se permettre de stocker des centaines de milliers de cartes, ils en produisent entre 100 et 3000 par jour selon la demande dans une usine de fabrication près d’Ivrea. L’équipe a créé un système sur mesure pour tester les broches de chaque carte, comme la Uno, qui comprend 14 broches d’entrée/sortie numériques, 6 broches d’entrée analogiques et 6 autres pour l’alimentation. C’est une bonne assurance qualité quand vous gérez des milliers d’unités par jour. L’Arduino est suffisamment peu chère pour que l’équipe promette de remplacer toute carte qui ne fonctionnerait pas. Martino rapporte que le taux de matériel défectueux est de un pour cent.

L’équipe d’Arduino engrange suffisamment d’argent pour payer deux employés à plein temps et projette de faire connaître de façon plus large la puissance des circuits imprimés. En septembre, à la Maker Faire, un congrès à New York soutenu par le magazine Make, l’équipe a dévoilé sa première carte à processeur 32 bits — une puce ARM — à la place du processeur 8 bits précédent. Cela permettra de répondre à la demande de puissance des périphériques plus évolués. Par exemple, la MakerBot Thing-O-Matic, une imprimante 3D à monter soi-même basée sur Arduino, pourrait bénéficier d’un processeur plus rapide pour accomplir des tâches plus complexes.

Arduino a bénéficié d’un autre coup d’accélérateur cette année quand Google à mis à disposition une carte de développement pour Android basée sur Arduino. Le kit de développement d’accessoires (ADK) d’Android est une plateforme qui permet à un téléphone sous Android d’interagir avec des moteurs, capteurs et autres dispositifs. Vous pouvez concevoir une application Android qui utilise la caméra du téléphone, les capteurs de mouvements, l’écran tactile, et la connexion à Internet pour contrôler un écran ou un robot, par exemple. Les plus enthousiastes disent que cette nouvelle fonctionnalité élargit encore plus les possibilités de projets Arduino.

L’équipe évite cependant de rendre Arduino trop complexe. Selon Mellis :

Le défi est de trouver un moyen de faire en sorte que chacun puisse faire ce qu’il veut avec la plateforme sans la rendre trop complexe pour quelqu’un qui débuterait.

En attendant, ils profitent de leur gloire inattendue. Des fans viennent de loin simplement pour boire au bar d’Ivrea qui a donné son nom au phénomène. ” Les gens vont au bar et disent ‘Nous sommes ici pour l’Arduino !’”, narre Banzi. “Il y a juste un problème“, ajoute-t-il dans un éclat de rire, “les employés du bar ne savent pas ce qu’est Arduino !”

Billet initialement publié sur Framablog sous le titre “Le making-of d’Arduino”

Crédits photos CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commerciale Anthony Mattox, PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification sean_carney, PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales atduskgreg et PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales atduskgreg

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Au Tetalab Hacker Space Factory, le courant alternatif passe http://owni.fr/2011/05/29/au-tetalab-hacker-space-factory-le-courant-alternatif-passe/ http://owni.fr/2011/05/29/au-tetalab-hacker-space-factory-le-courant-alternatif-passe/#comments Sun, 29 May 2011 18:03:19 +0000 Sabine Blanc et Ophelia Noor http://owni.fr/?p=64882

Nous sommes revenues cramées du Tetalab, le festival du hackerspace toulousain. Pourtant, nous ne sommes restées que le samedi. Le réveil à 5 h 30 et la jolie chaleur qui régnait sous le hangar du collectif d’artistes Mix’Art Myrys qui accueillait l’événement n’étaient pas les principaux coupables: non, ce qui nous a exalté, happé, épuisé, c’est le bouillonnement politique qui émanait de cette seconde édition placée sous le signe du Do-It-Yourself (DIY).

Pas politique au sens partisan, mais au sens de : quelle société je veux ? Une société de consommation passive ou je gobe du produit tout prêt, d’un coup de carte bancaire ? Ou ne vaut-il mieux pas se réapproprier les outils de production, apprendre à fouiner dans les objets pour les adapter, les réparer, les récupérer ?

À l’heure où la révolution gronde dans la proche Espagne, lassée du «système», le THSF, le temps d’un atelier de soudure ou d’une conférence sur Arduino, la fameuse plate-forme électronique open source, apportait une solution aussi tangible que les objets conçus durant ce week-end à l’aide des imprimantes 3D.

Les conversations avec les  participants sont denses et vivifiantes, à l’image de leurs parcours. Des festivaliers qui dans l’ensemble n’ont rien de vieux nostalgiques du Larzac: on tourne plutôt autour de 35 ans de moyenne d’âge, et à voir les ados et les enfants galoper entre un vieux fauteuil et un robot tout droit sorti de Metropolis, il est permis de croire que le courant alternatif continuera de passer.

Pour rendre compte de cette effervescence, voici une série de portraits-rencontres expresses, comme autant de mini-révolutions incarnées. Une lecture qui rendra définitivement détestables nos appartements peuplés de meubles IKEA.

Jérôme, hackable-devices: vivre de la technique éthique

John et Jérôme

La boutique en ligne de hardware open source hackable-devices (HD) est un peu aux festivals hacker ce que Renault est aux salons auto: un incontournable. John, son fondateur, était déjà venu l’année dernière lors de la première édition du THSF. Il est maintenant secondé par Jérôme, coordinateur développement.

Comme John, qui a quitté son bourgeois et lénifiant métier d’opticien, Jérôme a un parcours atypique: après un passage dans le commerce équitable, il y a vingt ans, avant que la grande distribution ne mette le grappin dessus, il a fait un tour du côté de la technique «pure et dure, Windows certifiée». Aujourd’hui, il parvient enfin à faire la synthèse en faisant de la « techno éthique, écoresponsable ».

Petite entreprise, HD espère bien évangéliser au-delà du noyau dur des hackers, Jérôme s’active dans ce sens. Aux côtés du shop virtuel, HD est en train de développer une activité de consulting en B to B.Jérôme:

Nous nous rapprochons des industriels, des collectivités locales et d’un public élargi en général.

HD se dirige vers des collaborations avec des villes en Bretagne et en Île-de-France sur la décroissance énergétique, avec des outils de monitoring de compteurs électriques. Négawatts plutôt que mégawatts. HD s’est associé sur ce projet avec les jeunes Toulousains de SnootLab, L’Internet des objets, c’est-à-dire la connexion au Net des objets du quotidien, est aussi un axe important de travail. La rentrée de septembre devrait être active…

Atelier de soudure avec John

En écumant les events hackers, Jérôme cherche à mieux connaître la communauté hacker au sens large du terme. Dans l’optique du développement de sa boîte, les Fab Labs, ces usines miniatures proposant des machines-outils pilotées par ordinateurs, sont un terrain fertile. « Nous voulons passer du stade du prototype à celui de la création digitale », explique Jérôme.

En clair, permettre aux gens de fabriquer eux-mêmes les objets en leur fournissant un «patron numérique» open source, avec cette idée primordiale de redonner aux consommateurs passifs le contrôle de la production. Le processus de fabrication passe par un décloisonnement des métiers, artisans, designers, techos, il insiste sur le mixage des compétences.

Pour conclure le programme aussi chargé qu’exaltant de Jérôme, on rajoutera la création de boutiques réelles, associant magasins et ateliers. Faire plutôt que faire faire, encore et toujours. Le stand de Jérôme est d’ailleurs entouré de MakerBots, ces imprimantes 3D open source et d’ateliers de soudure. Lui-même s’y essaye, il n’avait pas mis la main au fil d’étain depuis sa scolarité…

On fait un parallèle, en mode Cassandre, avec le commerce équitable: le DIY ne va-t-il pas se faire rattraper par le système ? Jérôme souligne une différence essentielle : acheter une tablette de chocolat équitable n’engage à rien. C’est un geste de deux secondes. Le DIY est une pratique, un mode de vie au quotidien. Nettement plus difficile à récupérer.

Massimo Banzi : « Everything has to be hackable »

Massimo Banzi [en], co-créateur des circuits imprimés Arduino [en], a un background assez étrange, selon ses propres mots : « J’ai commencé par étudier l’ingénierie électronique, et j’ai travaillé dans le logiciel pendant plusieurs années à l’international. ». Rien ne le prédestinait à être enseignant mais la proposition d’un ami au début des années 2000 lui fait sauter le pas. C’est à l’Institut d’Interaction Design d’Ivrea en Italie que Massimo Banzi se frotte à l’enseignement et à la pédagogie, et c’est là que naît le projet Arduino, en collaboration avec quatre enseignants développeurs et une bonne centaine d’élèves cobayes qui ont indirectement contribué à sa création.

Le succès d’Arduino aujourd’hui tient beaucoup à ce fondement pédagogique. Tout est basé sur le «faire». La théorie est bannie, la pratique est reine. Explication de Massimo pendant sa conférence au THSF:

Nous voulons que les gens mettent les mains dans le camboui. Nous avons conçu les circuits Arduino avec l’idée qu’un enfant pourrait s’en emparer.

Autant que les hackerspaces, beaucoup d’écoles se servent de ces circuits pour monter des projets. L’éducation, un créneau dans lequel Massimo et ses collaborateurs ont décidé d’investir. Ils lancent le 18 juin une plateforme d’échanges pédagogiques multilingue destinée aux personnes qui utilisent les circuits Arduino pour enseigner. Objectif affiché : collecter le maximum de tutoriels écrits dans un langage pédagogique, éloigné de celui des ingénieurs. Et surtout, continuer à travailler avec des écoles dans le monde entier.

Un autre atout d’Arduino est son modèle open source et sa philosophie DIY. « Ce modèle est fondamental. C’est ce qui nous a permis d’évoluer et d’embaucher aujourd’hui trois personnes à temps plein et d’autres pour des missions. » Ces circuits sont clonés dans le monde entier, de l’Inde en passant par la Chine.

Mais, selon Massimo Banzi, le géant Google ne se gêne pas non plus pour reprendre leurs inventions, comme dans le cas du Mega ADK . Tout cela ne l’inquiète pas, lui qui croit aux vertus de l’émulation et de la créativité que seuls peuvent apporter les projets sous licences libres. Pendant la conférence, Massimo présente plusieurs projets non dénués d’humour, réalisés à partir d’Arduino, comme la « tweeter plant » qui vous envoie un tweet pour vous dire qu’elle a besoin d’être arrosée… Il donne en exemple la création d’un autre module dont 80 % est en open source et le reste sous format propriétaire :

Je suis confiant en la communauté des utilisateurs. Dans moins de trois ans, le module sera à 100% open source. À chaque fois que nous enlevons des pièces sous propriété intellectuelle, les gens deviennent plus créatifs. Tout doit être hackable.

Un discours qui n’est pas sans échos avec la récente intervention de John Perry Barlow à l’eG8 forum [en] à Paris.

Massimo nous confie que c’est la première fois qu’il est invité dans un festival de hackers, bien qu’il côtoie assez régulièrement cette communauté. Tom Igoe [en], l’un des co-fondateurs d’Arduino est un membre reconnu du hackerspace new-yorkais NYC Resistor [en]. Et ajoute-il, le sourire en coin, « je ne refuse jamais un voyage en France ». L’autre date importante pour Massimo en 2011 est l’Open Hardware Summit [en] qui se tiendra à New York le 16 septembre pour lancer la version 1.0 d’Arduino et dévoiler plusieurs projets en cours…

Emmanuelle Roux : hacker l’université

Emmanuelle Roux

À la rentrée, l’université de Cergy-Pontoise accueillera FacLab, un Fab lab qui servira d’outil pédagogique, dans le cadre d’un diplôme universitaire. Le nom résume bien la philosophie d’Emmanuelle Roux : changer le monde est à portée de mains, un discours qu’elle martèle à ses élèves, trop passifs selon elle. Comme Laurent Ricard, avec qui elle a porté le projet, cette femme qui se définit comme «sympathisante hacker» présente un profil atypique dans le milieu universitaire.

Côté pile, elle est entrepreneuse, à la tête des Clés du Net, une web agency vendéenne: un aboutissement logique quand on est tombée dans la bidouille informatique à dix ans. Côté face, elle est vacataire universitaire, en charge d’une licence développement web et web mobile à Cergy. Pas une chercheuse pur jus.

Cette passionné de l’Internet des objets a fait une heureuse rencontre voilà un an, sur les conseils de son entourage: Arduino. Elle cherchait alors à « sortir de l’écran, qui enferme ». Le lien est fait. Emmanuelle fait l”apprentissage de la plate-forme électronique, et, dès cette année, met en place un cours sur le sujet. Pas courant en France.

Elle se heurte au cloisonnement du milieu, peu habitué à la transdisciplinarité, qui lui rentre dans le choux. « J’avais besoin d’étain, il n’y en avait pas chez nous, j’ai dû aller en chercher à l’étage en dessous en robotique, je l’ai découvert à cette occasion, on n’aurait pas eu l’idée de nous mettre en relation…» Encore balbutiant, ce cours a déjà abouti de façon concrète: les élèves ont connecté un objet à un programme en Flash.

Preuve que le milieu universitaire n’est tout de même pas si fermé, «on est financé par une faculté, c’est bien qu’on a convaincu. J’ai eu de la chance de tomber sur la bonne personne qui nous a montré de bonnes personnes», avance-t-elle pour expliquer ce que l’on pourrait appeler un hack d’université.

Si Emmanuelle est venue THSF «pour le plaisir», ses MakerBots sous le bras, les discussions avec les acteurs du milieu lui permettent de repérer au passage des intervenants pour sa licence. «Ils sont là, sous le hangar» : loin des théoriciens, elle cherche des praticiens, aux marges du système actuel. «John, typiquement, ferait un intervenant intéressant.» De là à voir se multiplier ce type de projet… La France attend encore son Neil Gershenfeld, on est en retard, « bien sûr », conclut-elle dans un sourire.

Heureux qui comme Alexandre Girard a fait la connexion entre Paris et l’Espagne

Lorsqu’il a créé le Tetalab en 2009, Alexandre Girard, un jeune développeur web, voulait montrer qu’entre les hackerspaces parisiens et ceux d’Espagne, il existait aussi des fans de bidouille. La première édition avait été placée sous ce signe franco-espagnols. Deux ans après, la connexion est définitivement faite, comme en témoigne la présence notable d’Espagnols, dont Lord Epsilon et d’Alex, les fondateurs du réseau social alternatif LOREA (voir ci-dessous). Créer très vite un festival était une évidence: après être allé au PHSF, le festival du premier hackerspace français le Tetalab, le Tetalab a appliqué « le principe du copié/collé », explique-t-il. Soit des ateliers, des conférences, des concerts, des performances et de la tambouille maison.

Du bar où il officie, Alex voit défiler le monde, déjà plus que l’année dernière. On trouve bien sûr la vingtaine de membres du Tetalab, dont les hommes sont pour l’occasion reconnaissables à leurs moustaches dignes des joueurs de foot de feu la RDA, ce sera du feutre pour les filles. « Nous comptons pas mal de jeunes, dont des pères de famille, précise-t-il. Par exemple ce soir, le fils de Sylvain fera du vidéomapping sur la façade. Il y a aussi des geeks, venus en famille. » Les autres hackerspaces français ont aussi fait le déplacement : le tmp/lab leur a rendu la pareille, Alex Korber et Ursula sont ainsi venus avec leur usinette, et un début de fraiseuse numérique, faite maison, une sorte de IKEA-killer ; le jeune ElectroLab, etc ; et de l’autre côté des Pyrénées, donc, entre autres, Hacktivistas [es].

Le mètre quatre-vingt-dix affable, Alex représente bien cette nouvelle génération de hackers, qui ne rechigne pas à sortir de l’ombre pour échanger sur la philosophie qui anime le groupe. Qu’ils fassent autant de travaux en lien avec l’art illustre bien cette tendance : «on a envie de montrer ce type de projet». Mais de là à s’institutionnaliser, il y a un pas que ces pieds chaussés de Vibram Fivefingers n’est pas près de franchir.

Lorea: «Les réseaux sociaux doivent être libres et non commerciaux»

Face aux géants des réseaux sociaux Facebook et Twitter, le positionnement et la philosophie de Lord Epsilon et Alex, fondateurs de Lorea sont clairs : « Les réseaux sociaux et Internet, c’est nous : la société civile doit se les réapproprier. Le réseau social est un outil qui vient de la société civile. » Lorea[en] est un réseau social libre créé en Espagne en 2008 par une communauté de hackers dont Lord Epsilon, 1m90, habillé de noir et la tchatche facile, et Alexandra, dite Alex, petite blondinette à l’air sérieux. Sur la scène du Tétalab, nous sommes loin du discours langue de bois de Mark Zuckeberg à l’eG8.

Lorea est un outil non commercial, à l’opposé de Facebook, fait par et pour la communauté et dont le but n’est pas de faire de l’argent ou de collecter des données pour les revendre à des tiers.

Les réseaux sociaux commerciaux ne respectent pas la vie privée, leur fonctionnement est opaque, ils bénéficient d’une certaine impunité juridique et leur culture de « l’honnêteté » par opposition à l’utilisation des pseudos rappelle fortement 1984 d’Orwell, résument nos deux activistes espagnols.

Alex et Lord Epsilon militent depuis des années pour un web social libre, dans la veine de l’open source et du respect de la neutralité du réseau « Actuellement, il n’est pas possible d’échanger entre MySpace et Facebook », s’agace Alexa sur la scène du Tetalab. En effet, pour échanger avec sa communauté, ses amis ou sa famille, il faut se créer un profil sur chacune des plateformes de ces réseaux sociaux, commerciaux.

Epsilon s’enflamme : « Lorea signifie “fleur” en basque, et nous espérons construire un champ du savoir entre les communautés, comme les abeilles qui viennent butiner de fleurs en fleurs, pour le disséminer à travers les cultures et les réseaux. Métaphoriquement, nous sommes un rhizome. » Applaudissement dans la salle. Ils restent lucides et prudents, admettent jouer le jeu de Twitter ou Facebook en les utilisant à fond dans certains cas, comme récemment, pendant les événements de la #spanishrevolution. Cependant, il se passe d’autre chose, ailleurs sur le web, où la résistance s’organise contre les ennemis de la neutralité du Net. Le petit réseau social alternatif a gagné des dizaines de milliers d’adhérents depuis les manifestations du 15 mai en Espagne.

Lorea sera de tous les rassemblements de hackers cette année et participera au Federated Social Webforum [en] de Berlin début juin où le thème des réseaux sociaux libres sera débattu. Organisé par le consortium W3C, ce dernier a récemment ouvert un groupe de travail sur l’interconnexion entre les réseaux sociaux, à la grande satisfaction d’Alexa et de Lord Epsilon.

Photos : Ophelia Noor [cc-by-nc-sa–] /-)
Affiche en Une de Stéphane Jungers téléchargez-la !

Retrouvez les autres articles notre dossier hackerspace #thsf :

Tétalab mixe art et hack

Les fab labs ou le néo artisanat

La prochaine révolution faites-la vous-même !

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http://owni.fr/2011/05/29/au-tetalab-hacker-space-factory-le-courant-alternatif-passe/feed/ 0
OWNI+NOVA=Nuit Sujet #2: Hack! http://owni.fr/2011/05/16/owninovanuit-sujet-2-hack-radio-pirate/ http://owni.fr/2011/05/16/owninovanuit-sujet-2-hack-radio-pirate/#comments Mon, 16 May 2011 06:30:51 +0000 Julien Goetz http://owni.fr/?p=62505 10 mai 1981 : François Mitterrand accède à la présidence de la République avec dans ses valises une série de réformes des médias. Côté radios, certaines vont passer de “pirates” à “libres”. Tiens donc, 30 ans que les flibustiers des ondes sont rentrés dans le cadre légal. Un prétexte comme un autre pour aborder une notion à visage multiple : la piraterie.

Savoir si quelqu’un ou non doit être qualifié de pirate est une question dont la réponse appartient à celui qui a le pouvoir

En une phrase à peine, on sent que ce n’est pas gagné et que là, pour le coup, si on veut vraiment parler de “culture” pirate, si on se pose deux secondes la question, alors on sent vite l’avalanche de pistes, de sujets, d’interrogations…

Six heures pour causer hack, piraterie et autres flibusteries, ce sera un minimum. Le temps qu’OWNI et Nova filent dans un recoin sombre – tel un Clark Kent foutraque hybridé – et reviennent fusionnés en “Nuit Sujet”, ça sera l’opus n°2 : “Hack!” parce qu’après “Dégage!” fallait que ça claque !

Qu’y a-t-il de commun entre l’image d’Épinal du drapeau noir à tête de mort flottant au large et l’ado qui récupère films, jeux ou mp3 en peer-to-peer ? Qu’est-ce qui lie le pirate agissant au large de la  Somalie au hacker qui se joue des secrets du réseau ? Qu’est-ce qui rapproche l’exil de capitaux dans les paradis fiscaux et des allumés qui ont décidé que défendre “l’abrogation des lois de la pesanteur préjudiciables aux buveurs” lors d’une élection présidentielle ?

Chic, on Hack !

Tous détournent, piratent, hackent, bidouillent, s’immiscent volontairement ou non dans les interstices de la légalité, voire carrément en dehors. Ils cherchent l’autrement, (re)créent d’autres espaces, investissent ceux délaissés. La piraterie c’est un territoire : maritime au XVIième siècle, liquide comme les flux numériques aujourd’hui et encore indéfini pour demain, en perpétuel mouvement, toujours protéiforme.

Hacker, c’est sans doute aussi une volonté de se réapproprier ce que l’on estime libre, ouvert, accessible à tous, “piller le pilleur” comme l’affirmaient certains capitaines de vaisseaux. Une façon de bidouiller le système pour rééquilibrer les forces, de promouvoir le partage, d’ouvrir des champs de recherches insoupçonnés, de créer des usages insoupçonnables, de hisser l’échange en étendard et de stimuler la créativité à tout prix sauf celui de vente. “Du bon usage de la piraterie” comme l’écrit Florent Latrive…

Tout se pirate et nous sommes tous pirates. Du coup autant en causer ensemble.

Avec un pareil sujet, on a plus que nécessaire pour remplir une antenne, on a même de quoi déborder dans une web-application dédiée revue et corrigée sur laquelle vous pourrez commencer à échanger en amont de l’émission, pendant et après.

On parlera de hack politique, économique, culturel, IRL, biologique. On évoquera flibustiers, DIY, monnaies libres, détournement d’objets, arduino, street art, propriété intellecutelle et droits d’auteurs. Un gros mashup de possibles, un fourre-tout de contre-culture qui devrait poser pas mal de questions et peut-être dessiner quelques réponses.

Alors c’est reparti pour 360 minutes d’antenne, une révolution, encore une.

Rendez-vous de vive voix, le 30 mai, 20h.

Et dès maintenant sur la web-application dédiée

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Retrouvez les 6 heures d’antennes de la Nuit Sujet #1 : Dégage !

L’implication des réseaux sociaux dans les révolutions du Maghreb

La communication et le marketing  des révolutions

Les expériences web comme outil de lutte, ailleurs dans le monde

La prédiction des révolutions par l’open-data

Le potentiel révolutionnaire du web français

Le web est-il un outil de la démocratie ?

La Nuit Sujet #1 en images

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et la webapp de ce numéro #1

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http://owni.fr/2011/05/16/owninovanuit-sujet-2-hack-radio-pirate/feed/ 10
Vers des objets open-source http://owni.fr/2010/08/20/vers-des-objets-open-source/ http://owni.fr/2010/08/20/vers-des-objets-open-source/#comments Fri, 20 Aug 2010 13:35:19 +0000 Olivier "Babozor" Chambon http://owni.fr/?p=25048 Depuis quelques mois maintenant se joue une guerre passionnante (à plus d’un titre), qui risque bien de révolutionner le monde de l’électronique et de l’informatique tel que nous le connaissons aujourd’hui, avec l’avènement d’un mouvement qui sera difficilement stoppé, celui de l’OpenSource Hardware (ou Matériel OpenSource, que nous résumerons par HSW).

Les exemples sont nombreux : prenez l’iPad ou le nouvel iPhone, avec un écran tactile multi-touch vraiment précis ou une batterie qui font rougir nos ordinateurs portables avec une longévité de plus de 8 heures (contre 2-3 maximum pour les autres batteries)… Ajoutez à cela un design bien pensé et des processus industriels maîtrisés et vous avez un véritable bijou technologique à la portée de (presque) tous.

Tout cela est très bien à une seule exception près, ces merveilleux gadgets sont tous “bloqués” aussi bien au niveau logiciel que matériel. Aucune possibilité de modifier ne serait-ce le code source des logiciels qui le pilotent, que de modifier, bidouiller le matériel que vous avez acheté.

Il y a peu, une cour de justice américaine a légalisé le fait de “jailbreaker” votre iPhone (de passer outre la restriction logicielle), mais avec le risque de se voir annuler la garantie par Apple.

Reprendre la main sur la technologie

Faites un tour de votre chez-vous et comptez le nombre d’appareils électroniques qui le truffent, des appareils de plus en plus sophistiqués, que ce soit votre téléphone (de plus en plus smart et qui sert de moins en moins à téléphoner), vos ordinateurs (portables ou non, avec différentes capacités, différents systèmes d’exploitations disponibles), votre télévision (dont l’arrière avec ses nombreux branchements ressemble de plus en plus à une navette spatiale), votre frigo (qui régule tout seul la température, la consommation optimale d’énergie et vous indique l’heure), votre lave linge (qui calcule automatiquement le poids de votre linge et le cycle le plus adapté)… etc.

Tous ces appareils sont des ordinateurs en puissance déportés et ils vous envahissent de plus en plus. Rien de mal à cela, puisque pour la plupart ils nous aident dans nos corvées quotidiennes… Nous sommes donc entourés par les nouvelles technologies, qui nous aident et nous permettent de faire plein de choses.

Seul problème: la plupart des gens sont perdus, voir noyés sous cette débauche de technologie. Mes parents étaient déjà largués quand il fallait programmer un magnétoscope, aujourd’hui brancher une télévision, ou réparer un frigo ressemble plus à une galère qu’à une réelle avancée technologique, un peu comme le changement dans les voitures il y a de cela quelques années. Je me souviens de mon père et de sa Renault 12 blanche, un vieux tacot, avec dans le coffre un chiffon, un marteau, un tournevis et une pince bécro… C’était le matériel nécessaire pour réparer 80% des pannes usuelles. Aujourd’hui ouvrez votre capot et vous vous trouverez bien embêté de réparer ça, puisque sans la mallette électronique de diagnostic, impossible d’initier la moindre réparation (à part changer l’huile et encore) sans passer par le garagiste agréé.

Je ne dis pas qu’il faut revenir aux technologies du Moyen Âge, revenir au feu de bois et au cellier, mais que pour pouvoir se libérer de la technologie il faut une technologie accessible, pas spécialement simple, mais accessible et c’est là tout le sens du combat de l’OpenSource Hardware.

Définition et utilité

De ces quelques remarques est né un mouvement semblable à celui du monde du logiciel, mais qui s’applique à tout le matériel qui nous entoure (et spécifiquement à l’électronique) en reprenant le système qui a fait ses preuves d’OpenSource.

Toutes les personnes dans ce mouvement répondent à quelques règles simples:

— Tous les fichiers de conception du matériel sont en libre accès à tous, distribuables, modifiables à volonté.

— Ces fichiers sont accessibles à tous sans discrimination ni échange monétaire.

— Vous êtes libre de fabriquer, distribuer, vendre, modifier le matériel du moment que vous citez sa source.

Le but est de libérer complètement le matériel et offrir la possibilité à tous de pouvoir se fabriquer (ou faire fabriquer) n’importe quel matériel, de pouvoir modifier, améliorer, adapter le matériel déjà disponible.

Soyons clair : l’innovation, la vraie, se fait dans les garages ou sur le bord d’un coin de table (je ne parle pas de la recherche fondamentale mais de l’innovation) puisque le plus souvent le but est de répondre à un problème simple, par une solution plus ou moins simple.

Aujourd’hui si vous voulez modifier ou améliorer un produit, vous pouvez le faire dans un contexte privé avec deux limitations : votre garantie est foutue et vous ne pouvez pas distribuer ou vendre votre trouvaille. Le but donc de l’OpenSource Hardware est double : redonner la main aux gens sur la technologie et booster l’innovation via les milliers de geeks qui peuplent le web, travailler sur la collaboration, l’intelligence collective plus que sur la concurrence et la guerre commerciale nourrie de brevets.

C’est certes pour l’instant encore un peu obscur et réservé à une minorités de technophiles (comme pouvait l’être Linux il y a encore une dizaines d’années) mais le mouvement prend de l’ampleur.

Deux exemples: le RepRap et l’Arduino

Le premier exemple est un appareil un peu étrange, un projet initié par un professeur de l’université de Bath en Angleterre : une imprimante 3D auto-réplicatrice. Le RepRap est une imprimante 3D qui vous permet d’imprimer via des couches successives de plastique fondues un objet : une tasse, un porte-manteau, une salière… Vous construisez votre objet sur un logiciel 3D et comme pour le papier, vous lancez votre impression et quelques minutes ou heures plus tard vous avez votre objet.

Le matériau utilisé est du filament ABS principalement (le plastique utilisé pour les briques de Lego, particulièrement dur et résistant, mais ils utilisent aussi d’autres plastiques, ainsi que des plastiques végétaux, comme le PLA), mais surtout la machine peut imprimer la moitié de ses propres pièces (toutes les pièces plastiques en fait) pour permettre à une autre personne de se construire à son tour sa propre imprimante 3D.

Nous n’en sommes pas encore au stade ou ma mère va imprimer son assiette ou son pot de fleur, ce système étant pour l’instant assez compliqué (même moi, bien que fasciné par le projet, j’avoue que j’ai du mal) et nécessitant un niveau technique élevé. Mais la troisième version de cette imprimante 3D est en cours de développement (de façon collective et collaborative) avec un prix de 350 euros environ (contre 15 000 pour un produit commercial) et surtout avec en point de mire le recyclage parfait : pouvoir utiliser les plastiques que vous récupérez tous les jours pour créer de nouveaux objets.

Le deuxième exemple est tout aussi technique mais beaucoup plus accessible. Arduino est une plaque électronique très simple qui vous permet de connecter plus ou moins n’importe quoi (des capteurs, des boutons, des relais, des moteurs, etc.) en entrée et en sortie et de tout contrôler via un langage de programmation très simple.

Vous pouvez ainsi sans trop d’effort faire un système lumineux qui vous prévient de l’arrivée d’un e-mail (via une diode et un EthernetShield, une plaque pour vous connecter au réseau), rajoutez un capteur d’humidité et votre plante verte vous twitte quand elle a besoin d’eau… Les applications sont virtuellement illimitées, avec une communauté très active et un prix d’entrée à 25 euros, ce qui la rend très abordable.

Comme on le voit, aujourd’hui ce sont des dispositifs encore limités (tout le monde n’a pas besoin d’une imprimante 3D ou d’être prévenu via Twitter quand sa plante à soif, encore que…) et qui demandent une certaine technicité pour être réalisés, mais tous les jours de nouveaux projets se lancent dans des domaines toujours plus divers les uns que les autres et se rapprochant de plus en plus de nos besoins.

Un business qui marche

J’entends déjà vos cris: “Ouais des trucs qui servent pas à grand chose, et puis tu te fera jamais de fric avec ça…” et là vous vous trompez.

Vu que les design des différents appareils sont disponibles pour tous, rien n’empêche à une grosse firme chinoise de les prendre, de les fabriquer et de les vendre et cela ne pose aucun problème, et ce pour deux raisons :

— Le but de l’OpenSource Hardware comme pour le logiciel est d’être distribué au plus grand nombre pour leur permettre de profiter des avancées technologiques ou des innovations (et aussi la possibilité de les modifier, bidouiller et de re-distribuer le nouveau design amélioré)

— On oublie le principe de communauté, très fort ici, et qui fonctionne très bien. Si vous savez (puisque c’est dans la licence) que cet appareil est fait par machin, et que vous pouvez l’acheter à différents endroits, il y a de grandes chances que vous alliez l’acheter directement chez le concepteur, plutôt que chez un obscur distributeur que vous ne connaissez pas.

Aujourd’hui il y a 13 distributeurs d’OpenSource Hardware aux États-Unis qui font un chiffre d’affaire supérieur à un million de dollar (ce qui est loin d’être négligeable, voir cette présentation de LadyAda de AdaFruitIndustries) ce qui valide sans problème que ce business model est viable, un business model équitable, qui démontre que donner gratuitement et vendre ne sont pas incompatibles.

Pour exemple en France, Hackable Device vend tout un tas de produits bidouillables et libres, des ordinateurs libres (dépourvus complètement de brevets, que ce soit pour le matériel, les drivers ou les logiciels), de l’Arduino, au premier téléphone libre, en passant par le TV-B-Gone (une télécommande universelle pour éteindre toutes les télés) et plein d’autres trucs…

Cela reste aujourd’hui encore au stade embryonnaire, adopté par quelques fadas dans mon genre, mais les avancées sont significatives et surtout cela montre qu’un autre mode de conception (collective et intelligente), de fabrication (où les usines sont là pour fabriquer et non pour nous emprisonner) et de vente (respectueux du concepteur, sans brider la vente à une seule entreprise) est possible.

Cela laisse aussi présager pour les années à venir, des projets passionnants qui verront le jour et qui je l’espère envahiront peu à peu nos salons. Cela nous permettra surtout de nous rapprocher de tous ces objets, des gadgets électroniques qui aujourd’hui font plus artéfacts (qu’on ne touche qu’avec attention et précaution) qu’outils.

Reprendre la main sur la technologie n’est jamais une mauvaise chose, le faire de façon collaborative et éthique,c’est encore mieux.

Notes

- Vous pouvez aller voir les articles de Adafruit sur l’OpenSourceHardware : http://www.adafruit.com/blog/category/opensourcehardware/ (qui est à la pointe en matière d’OpenSource Hardware)

- Ou encore les drafts de définitions de l’OpenSource Hardware : http://freedomdefined.org/OSHW

- Voir sa tentative de traduction sur LaGrotteDuBarbu : http://www.lagrottedubarbu.com/2010/07/14/open-source-hardware-oshw-ebauche-de-definition-traduction/

- Voir la définition sur Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Open-source_hardware

- Le projet RepRap : http://reprap.org/wiki/Main_Page

- Le projet Arduino : http://www.arduino.cc/

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Olivier Chambon, plus connu sous son pseudonyme Babozor, sévit dans la Grotte du barbu, mais cet article a été initialement publié sur Minorités, sous le titre “iPad contre Anduino, la révolution du matériel open-source“.

Crédits Photo CC Flickr : Leo Reynolds, Zoomar, Eric Gjerde.

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