<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>OWNI</title>
	<atom:link href="http://owni.fr/tag/autodocumentation/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://owni.fr</link>
	<description>News, Augmented</description>
	<lastBuildDate>Mon, 17 Dec 2012 22:09:16 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.9.2</generator>
	<language>fr</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<atom:link rel="hub" href="http://pubsubhubbub.appspot.com"/><atom:link rel="hub" href="http://superfeedr.com/hubbub"/>		<item>
		<title>Nos vies gérées par les données</title>
		<link>http://owni.fr/2010/07/08/nos-vies-gerees-par-les-donnees/</link>
		<comments>http://owni.fr/2010/07/08/nos-vies-gerees-par-les-donnees/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 08 Jul 2010 14:01:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cross-post]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Process éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[autodocumentation]]></category>
		<category><![CDATA[autosuivi]]></category>
		<category><![CDATA[data]]></category>
		<category><![CDATA[documentation]]></category>
		<category><![CDATA[données]]></category>
		<category><![CDATA[machines]]></category>
		<category><![CDATA[mesure]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://owni.fr/?p=21513</guid>
		<description><![CDATA[De plus en plus de gens "mesurent leurs vies" et accumulent des données sur leur activités quotidiennes pour la mesurer et donc mieux la maîtriser. Cette vie gouvernée par les données n'est pourtant pas sans poser problème.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous prenons des décisions avec des informations partielles. Souvent,  nous ne savons pas répondre aux questions les plus simples : où  étais-je la semaine dernière ? Depuis combien de temps ai-je cette  douleur au genou ? Combien d’argent dépensé-je habituellement chaque  jour ?…</p>
<p>Pour répondre à cela, <strong>certains documentent leurs existences pour  obtenir des informations précises et concrètes sur leur quotidien</strong>, comme  c’est le cas de <a href="http://www.sublime.org/">Robin Barooah</a>, un  concepteur de logiciel de 38 ans, qui vit à Oakland, Californie.  Barooah a ainsi décidé de se désintoxiquer du café. Pour cela, il s’est  rempli une grande tasse de café et a décidé d’enlever 20 ml par semaine.  Cela lui a pris 4 mois.</p>
<blockquote><p>Si vous voulez remplacer les aléas de  l’intuition par quelque chose de plus fiable, vous devez d’abord  recueillir des données. Une fois que vous connaissez les faits, il est  possible de mieux les gérer.</p></blockquote>
<p><a href="http://fennetic.net/">Ben  Lipkowitz</a> documente également sa vie via son agenda électronique. <strong>Il  sait ce qu’il a mangé, ce qu’il a dépensé, les livres qu’il a lus, les  objets qu’il a achetés, le temps qu’il passe à nettoyer son appartement…</strong> Mark Carranza détaille également son existence depuis ses 21 ans, en  1984, via une base de données qui recueille désormais plusieurs millions  d’entrées (voir notamment <a href="http://www.kk.org/quantifiedself/2009/09/the-social-memex.php">cette  intervention pour le Quantified Self</a>). La plupart de ses pensées et  actions sont ainsi documentées.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 607px"><img style="border: 0px initial initial" title="lesjourneesdeBenLipkowitz" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/lesjourneesdeBenLipkowitz.png" border="0" alt="lesjourneesdeBenLipkowitz" width="597" height="568" /><p class="wp-caption-text">Les journées de Ben Lipkowitz</p></div>
<h2>Je me mesure, donc je suis</h2>
<p><em>“Ces gens semblent avoir un comportement anormal. Aberrant. Mais  pourquoi ce qu’ils font nous semble si étrange ?”</em>, se demande <a href="http://aether.com/">Gary Wolf</a> dans <a href="http://www.nytimes.com/2010/05/02/magazine/02self-measurement-t.html">un  passionnant article pour le <em>New York Times</em></a> (dont cet  article n’est en grande partie qu’une traduction). Dans d’autres  contextes, il est normal de récolter des données. C’est le cas des  managers, des comptables… Nous tolérons bien souvent les pathologies de  la quantification, parce que les résultats s’avèrent puissants. Enumérer  les choses permet d’accomplir des tests, des comparaisons, des  expériences. <strong>Les documenter permet d’amoindrir leur résonnance  émotionnelle et de les rendre intellectuellement plus traitables</strong>. En  sciences, en affaire, et dans la plus grande part des secteurs, les  chiffres, carrés et justes, l’emportent.</p>
<blockquote><p>Pendant longtemps, le  domaine de l’activité humaine a semblé à l’abri. Dans les limites  confortables de la vie personnelle, nous utilisons rarement la puissance  du nombre. Les techniques d’analyse, si efficaces, sont laissées au  bureau à la fin de la journée et reprises le lendemain. Imposé à soi ou à  sa famille, un régime d’enregistrement objectif semble ridicule. Un  journal est respectable, mais une feuille de calcul est effrayante.</p></blockquote>
<p><strong>Pourtant, les nombres s’infiltrent dans le domaine de la vie  personnelle</strong>. Mesurer son sommeil, son exercice physique, son humeur, sa  nourriture, sa sexualité, sa localisation, sa productivité, son  bien-être spirituel semble de plus en plus affiché et partagé. S<strong>ur </strong><a href="http://www.medhelp.org/"><strong>MedHelp</strong></a><strong>, un des plus grands forums  internet pour l’information de santé, quelque 30 000 nouveaux projets  personnels sont ainsi documentés par les utilisateurs chaque mois</strong>.  Foursquare, et son million d’utilisateurs, permets à ses usagers de  construire automatiquement le journal détaillé de leurs mouvements et de  les publier. La Wii Fit, qui permet entre autres de mesurer ses  activités corporelles, a été vendue à plus de 28 millions d’unités.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 610px"><img style="border: 0px initial initial" title="quantifiedselfmeeting" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/quantifiedselfmeeting.png" border="0" alt="quantifiedselfmeeting" width="600" height="443" /><p class="wp-caption-text">Image : cliché d’une réunion du Quantified Self.</p></div>
<p><a href="http://www.kk.org/quantifiedself/2010/05/bay-area-qs-showtell-13---reca.php"></a>Gary Wolf rappelle que depuis deux ans il anime avec Kevin Kelly le <a href="http://www.quantifiedself.com/">Quantified Self</a>, un site web  et des réunions régulières sur le sujet de la documentation de soi, qui  l’a amené à se demander si l’autosuivi était une conséquence logique de  notre obsession à l’efficacité (voire notre édito sur le sujet : <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/13/finalement-documentez-moi/">“Finalement,  documentez-moi !”</a>). Mais cette recherche d’efficacité implique des  progrès rapides vers un but connu. Or, pour beaucoup de gens qui  documentent leur existence, <em>“l’objectif est inconnu”</em>. Si  beaucoup commencent à le faire avec une question précise à l’esprit, la  plupart continuent parce qu’<strong>ils croient que cette documentation de soi  fait surgir des chiffres qu’ils ne peuvent se permettre d’ignorer, y  compris des réponses à des questions qu’ils n’ont peut-être pas encore  pensé à se poser</strong>.</p>
<h2>La montée des capteurs de soi</h2>
<p>Cette autodocumentation est un rêve d’ingénieur. Pour comprendre  comment les choses fonctionnent, les techniciens sont souvent  douloureusement conscients du mystère du comportement humain. <strong>Les gens  font des choses pour des raisons insondables. Ils sont opaques à  eux-mêmes.</strong> Les formes de l’auto-exploration de soi (psychanalyse  notamment) passent par les mots. Les traceurs explorent une autre voie. <em>“Au  lieu d’interroger leurs mondes intérieurs par la parole et l’écrit, ils  utilisent les nombres.”</em></p>
<p>Pour cela, il faut prendre en compte quatre changements importants.  Les capteurs électroniques sont devenus plus petits, plus accessibles et  de meilleure qualité. Les gens ont eu accès à des dispositifs de  calculs puissants et facilement inscriptibles (notamment via leurs  mobiles). Les sites sociaux ont montré qu’il n’était pas anormal de  partager ces données. Enfin, nous avons commencé à apercevoir la montée  d’une superintelligence mondiale dans les nuages (l’informatique en  nuage est l’infrastructure <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/12/vers-la-naissance-dun-superorganisme/">de  la Machine unique de Kevin Kelly</a>).</p>
<p>Les méthodes d’analyses familières sont désormais enrichies par des  capteurs qui surveillent notre comportement, par des processus  d’autosuivis plus séduisants et significatifs… qui nous rappellent que  notre comportement ordinaire contient d’obscurs signaux quantitatifs qui  peuvent être utilisés pour documenter nos comportements. Ainsi Ken  Fyfe, l’un des pionniers des dispositifs de surveillance biométrique  vestimentaire, rappelle que dans les années 90, quand un coureur voulait  avoir des informations sur la mécanique de leurs performances (rythme,  cadence…), il devait se rendre dans un laboratoire pour que sa  performance soit enregistrée. <strong>Désormais, il suffit d’un téléphone mobile  ou d’une puce dotée d’accéléromètres et de GPS, pour connaître ces  informations</strong>, comme le font tous ceux qui utilisent ces outils pour  surveiller leurs résultats sportifs. <em>“L’expertise dont vous avez  besoin consiste dans le traitement du signal et l’analyse statistique  des résultats”</em>, explique James Park, cofondateur de <a href="http://www.fitbit.com/">Fitbit</a>, un capteur de mouvement.  Philips commercialise désormais <a href="http://www.directlife.philips.com/">DirectLife</a>, <a href="http://www.myzeo.com/">Zeo</a> un petit capteur qui capte les  signaux électriques du cerveau pendant votre sommeil. L’accéléromètre de  Ken Fyfe, développé par <a href="http://www.dynastream.com/">Dynastream</a>,  est utilisé dans les montres d’Adidas et Polar et mesure également la  pression artérielle, le niveau de glucose, le poids, le sommeil… <a href="http://nikerunning.nike.com/nikeos/p/nikeplus/fr_FR/">Nike+</a> commercialisé depuis 2006 a été adopté par 2,5 millions de coureurs.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 670px"><img class=" " title="zeo" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/zeo.png" alt="zeo" width="660" /><p class="wp-caption-text">Image : Le Zeo et un exemple de mesure de sommeil obtenu depuis cet appareil.  </p></div>
<p>Le rêve de Ken Fyfe est de démocratiser la recherche objective sur  les sujets humains. Le coeur de ce laboratoire personnel est désormais  le téléphone portable, qui nous enveloppe d’un nuage de calculs, couplé  aux sites sociaux. <em>“Les gens se sont habitués à partager”</em>,  explique David Lammers-Meis, qui dirige la conception des produits de  remise en forme de <a href="http://connect.garmin.com/">Garmin</a>, la  firme spécialisée dans l’intégration de GPS. <em>“Plus ils veulent  partager, plus ils veulent avoir des choses à partager.”</em> Même si on  n’a rien à dire on veut avoir quelque chose à partager. 1,5 million de  personnes utilisent <a href="http://www.mint.com/">Mint</a>, leur  permettant de partager leurs dépenses pour mieux les maîtriser.</p>
<h2>Maîtriser les machines qui nous mesurent</h2>
<p>Les manies de quelques geeks sont en passe de paraître normales. Pour  Gary Wolf, l’une des raisons pour lesquelles l’autosuivi se répand  au-delà de la culture technique qui lui a donné naissance réside dans le  fait que dans notre quête à nous comprendre, nous souhaitons récupérer  une partie du pouvoir de contrôle et de documentation de nous-mêmes que  nous confions aux machines.</p>
<p>Sophie Barbier, une enseignante de 47 ans résidant à Palo Alto, a  ainsi commencé à partager les données de ses parcours cyclistes (temps,  distance, fréquence cardiaque). Puis elle a commencé à noter son humeur,  son sommeil, sa capacité de concentration, sa consommation de caféine…  Elle a pris un complément alimentaire, le tryptophane, pour faire  disparaître ses insomnies et s’est rendu compte qu’il avait aussi un  effet sur sa capacité de concentration. <a href="http://blog.sethroberts.net/">Seth Roberts</a>, professeur de  psychologie à l’université de Californie a ainsi développé un logiciel  de mesure de la performance cognitive, qui, couplé à un système  d’autosuivi pour adapter son régime alimentaire, lui a permis de  démontrer que le beurre a contribué a améliorer ses performances  cognitives.</p>
<p>Bien sûr, ces auto-expériences ne sont pas des essais cliniques. <strong>Le  but n’est pas de comprendre quelque chose au sujet des êtres humains en  général, mais de découvrir quelque chose sur vous-même</strong>. Leur validité  est circonscrite, mais elle peut s’avérer pertinente. En général,  lorsque nous essayons de changer une habitude, un comportement, on  improvise, on oublie nos résultats ou on modifie les conditions sans  même mesurer très bien les résultats. Bien sûr, les erreurs sont  possibles : il est facile de confondre un effet transitoire avec un  effet permanent ou manquer un facteur caché qui influence vos données et  leurs conclusions… <em>“Mais une fois que vous démarrez la collecte de  données, l’enregistrement des dates, les conditions de basculement  d’avant en arrière tout en gardant un registre précis des résultats,  vous gagnez un avantage énorme par rapport à la pratique normale”</em>.</p>
<p><em>“L’idée que notre vie mentale est affectée par des causes cachées  est un des piliers de la psychologie”</em>, estime Gary Wolf. “<em>Ce n’est  pas seulement le cadre de nos pensées qui nous échappe : nos actions  aussi</em>” Terry Paul a développé un outil qui mesure le développement du  langage des enfants par le suivi de nos échanges conversationnels avec  lui, en traduisant les bruits de l’environnement d’un bébé par des  données. Son moniteur – <a href="http://www.lenafoundation.org/">le Lena</a> – est utilisé par la recherche universitaire. Pour beaucoup de parents,  il ressemble à un cauchemar de surveillance névrotique : qui voudrait  d’un enregistreur numérique qui vous note sur la façon dont vous parlez à  votre enfant ? Pourtant, les parents sous-estiment le rôle du langage  préverbal sur le développement de leur enfant. .</p>
<p><em><strong>&#8220;Nous ne nous apercevons pas de ce que nous faisons parce que nous sommes  motivés à ne pas nous en apercevoir&#8221;</strong></em>, explique encore Gary Wolf. <a href="http://www.shaunrance.com/">Shaun Rance</a> a ainsi commencé à  suivre sa consommation d’alcool il y a deux ans, après que son père ait  reçu un diagnostic de cancer du foie en phase terminale. Il ne s’est pas  engagé à arrêter de boire, il a commencé à compter, en utilisant le  site anonyme <a href="http://www.drinkingdiary.com/">DrinkingDiary</a>.  Par ce biais, il a aiguisé sa conscience du problème, a augmenté sa  maîtrise de soi et a réduit sa consommation d’alcool. Il ne peut plus se  mentir à lui-même ou sous-estimer sa consommation. Il ne ment pas à la  machine, car il n’a pas de raison de le faire.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 670px"><img class=" " title="drinkingdiary" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/drinkingdiary.png" alt="drinkingdiary" width="660" /><p class="wp-caption-text">Image : Drinking Diary, le journal de votre alcoolémie.  </p></div>
<p>Pour Dave Marvit, vice-président des <a href="http://www.fujitsu.com/us/about/other/fla/">laboratoires Fujitsu  aux Etats-Unis</a>, où il dirige un projet de recherche sur l’autosuivi,  si nous avions un signal doux sur la quantité de sucre dans notre sang,  changerions-nous notre façon de manger ? La colère, la joie, notre  énergie ou la baisse de forme de notre métabolisme sont des matériaux de  notre vie quotidienne. Peut-on ramasser ces signaux faibles pour en  faire un levier de nos comportements ? <a href="http://www.intel.com/technology/itj/2007/v11i1/7-heart-mind/9-authors.htm">Margaret  Morris</a>, psychologue et chercheuse chez Intel a récemment publié une  série d’essais utilisant le téléphone mobile pour faire du suivi  d’émotion. A plusieurs moments dans la journée, le téléphone des  utilisateurs sonnait pour leur réclamer de documenter leur humeur. L’un  des utilisateurs s’est ainsi rendu compte que son humeur massacrante  commençait chaque jour à la même heure. <strong>Les données l’ont aidé à voir le  problème et il a introduit une pause dans son emploi du temps pour  faire le vide du stress accumulé.</strong></p>
<h2>L’insupportable objectivité des machines</h2>
<p>Pour Gary Wolf, beaucoup de nos problèmes viennent du simple manque  d’instruments pour les comprendre. Nos mémoires sont pauvres, nos  préjugés nombreux, notre capacité d’attention limitée. Nous n’avons pas  de podomètres à nos pieds, d’alcootest dans notre bouche ou un moniteur  de glucose dans nos veines – enfin, pas encore. Il nous manque  l’appareil psychique et physique pour faire le point sur nous-mêmes. <strong>Et  pour cela, nous avons besoin de l’aide des machines. </strong>Mais cette  surveillance par les machines ne fait pas tout. Alexandra Carmichael,  l’une des fondatrices du site d’autosuivi <a href="http://www.curetogether.com/">CureTogether</a>, a récemment évoqué  sur son blog pourquoi elle avait cessé son suivi. <em>“Chaque jour, mon  estime de soi était liée aux données”</em>. La quarantaine de données  d’elle-même qu’elle suivait n’a pas résisté à sa volonté et à son  amour-propre.</p>
<blockquote><p>C’était comme un retour à l’école”  reconnaissait-elle. “Les traceurs électroniques n’ont pas de  sentiments. Mais ils sont de puissants miroirs de nos propres valeurs et  jugements. L’objectivité d’une machine peut sembler généreuse ou  impitoyable, tolérante ou cruelle.</p></blockquote>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 670px"><img title="curetogether" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/curetogether.png" alt="curetogether" width="660" /><p class="wp-caption-text">Image : CureTogether, mesurer sa santé.  </p></div>
<p>Cette ambivalence est également à prendre en compte. Le programme de  désaccoutumance au tabac mis au point par Paypal Kraft, chercheur  norvégien à l’université d’Oslo, a implémenté dans son programme un  droit à l’erreur. Quand les gens avouent avoir repris une cigarette, un  message les encourage à réessayer, sans les culpabiliser. Même si cet  exemple ne trompe personne, <strong>les recherches en interaction homme-machine  montrent que lorsque les machines sont dotées de caractéristiques  émotionnelles, d’empathie, elles sont aussi capables de nous rassurer.</strong></p>
<p><a href="http://www.jonathancousins.com/">Jon Cousins</a>,  développeur logiciel, a construit un système d’autosuivi de sentiments – <a href="http://www.moodscope.com/">Moodscope</a> – suite à un diagnostic  en 2007 de trouble affectif bipolaire. Utilisé par quelque 1000  personnes, le logiciel envoie automatiquement un mail avec les résultats  d’humeur à quelques amis. Désormais, ses amis savent pourquoi il a  parfois un comportement étrange. Quand son résultat n’est pas bon, ses  amis peuvent l’appeler ou le réconforter par mail, ce qui suffit souvent  à le faire se sentir mieux. Moodscope est un système mixte dans lequel  la mesure est complétée par la sympathie humaine. <strong>L’autosuivi peut  sembler parfois narcissique, mais il permet aussi aux gens de se  connecter les uns aux autres de façon nouvelle.</strong> Les traces de nous-mêmes  que laissent ces nouvelles métriques sont comme les pistes de  phéromones des insectes : ces signaux peuvent nous conduire vers des  gens qui partagent nos préoccupations.</p>
<p><strong>Souvent les pionniers de l’autosuivi ont le sentiment d’être à la  fois aidés et tourmentés par les systèmes qu’ils ont construits. </strong>Gary  Wolf lui-même a expérimenté ce suivi pour mesurer finement son temps de  travail. L’outillage a montré que ses journées étaient un patchwork de  distraction, agrémenté de quelques rares moments d’attention (moins de  trois heures par jour). Après avoir digéré l’humiliation de ce constat,  il s’en est servi comme d’une source de perspective critique, non pas  sur la performance, mais sur ce qu’il était important de mesurer.  Le  standard de l’expérience humaine universelle n’existe pas,  rappelle-t-il. Les outils de mesure permettent aussi de personnaliser et  d’adapter les soins, régimes et diagnostic à son état précis. Et de  citer un dernier exemple, celui de Bo Adler, un informaticien des  laboratoires Fujitsu souffrant d’apnée du sommeil. Les docteurs  souhaitaient lui faire subir une opération chirurgicale, comme ils le  font dans la plupart des cas critiques d’apnée du sommeil. Mais Adler  n’a pas voulu.</p>
<p>Ceux qui mesurent leur santé savent mieux adapter leurs  entraînements sportifs ou leurs régimes à leur condition physique ou à  leurs objectifs. Ils connaissent mieux leurs forces et leurs faiblesses.  <strong>L’autosuivi n’est pas tant un outil d’optimisation que de découverte de  soi</strong>. Et leur effet le plus intéressant pourrait bien être de nous aider  à réévaluer ce que “normal” veut dire, conclut Gary Wolf.</p>
<p>__</p>
<p>Billet originellement publié <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/26/nos-vies-gerees-par-les-donnees/" target="_self">sur InternetActu</a>.</p>
<p>Crédit Photo CC Flickr : <a href="http://www.flickr.com/photos/aussiegall/" target="_self">Aussie Gall</a>.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://owni.fr/2010/07/08/nos-vies-gerees-par-les-donnees/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>12</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Nos vies gérées par les données</title>
		<link>http://owni.fr/2010/07/08/nos-vies-gerees-par-les-donnees-2/</link>
		<comments>http://owni.fr/2010/07/08/nos-vies-gerees-par-les-donnees-2/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 08 Jul 2010 14:01:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sélection]]></category>
		<category><![CDATA[autodocumentation]]></category>
		<category><![CDATA[autosuivi]]></category>
		<category><![CDATA[data]]></category>
		<category><![CDATA[découvertes]]></category>
		<category><![CDATA[documentation]]></category>
		<category><![CDATA[données]]></category>
		<category><![CDATA[machines]]></category>
		<category><![CDATA[mesure]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://owni.fr/?p=21513</guid>
		<description><![CDATA[De plus en plus de gens "mesurent leurs vies" et accumulent des données sur leur activités quotidiennes pour la mesurer et donc mieux la maîtriser. Cette vie gouvernée par les données n'est pourtant pas sans poser problème.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous prenons des décisions avec des informations partielles. Souvent,  nous ne savons pas répondre aux questions les plus simples : où  étais-je la semaine dernière ? Depuis combien de temps ai-je cette  douleur au genou ? Combien d’argent dépensé-je habituellement chaque  jour ?…</p>
<p>Pour répondre à cela, <strong>certains documentent leurs existences pour  obtenir des informations précises et concrètes sur leur quotidien</strong>, comme  c’est le cas de <a href="http://www.sublime.org/">Robin Barooah</a>, un  concepteur de logiciel de 38 ans, qui vit à Oakland, Californie.  Barooah a ainsi décidé de se désintoxiquer du café. Pour cela, il s’est  rempli une grande tasse de café et a décidé d’enlever 20 ml par semaine.  Cela lui a pris 4 mois.</p>
<blockquote><p>Si vous voulez remplacer les aléas de  l’intuition par quelque chose de plus fiable, vous devez d’abord  recueillir des données. Une fois que vous connaissez les faits, il est  possible de mieux les gérer.</p></blockquote>
<p><a href="http://fennetic.net/">Ben  Lipkowitz</a> documente également sa vie via son agenda électronique. <strong>Il  sait ce qu’il a mangé, ce qu’il a dépensé, les livres qu’il a lus, les  objets qu’il a achetés, le temps qu’il passe à nettoyer son appartement…</strong> Mark Carranza détaille également son existence depuis ses 21 ans, en  1984, via une base de données qui recueille désormais plusieurs millions  d’entrées (voir notamment <a href="http://www.kk.org/quantifiedself/2009/09/the-social-memex.php">cette  intervention pour le Quantified Self</a>). La plupart de ses pensées et  actions sont ainsi documentées.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 607px"><img style="border: 0px initial initial" title="lesjourneesdeBenLipkowitz" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/lesjourneesdeBenLipkowitz.png" border="0" alt="lesjourneesdeBenLipkowitz" width="597" height="568" /><p class="wp-caption-text">Les journées de Ben Lipkowitz</p></div>
<h2>Je me mesure, donc je suis</h2>
<p><em>“Ces gens semblent avoir un comportement anormal. Aberrant. Mais  pourquoi ce qu’ils font nous semble si étrange ?”</em>, se demande <a href="http://aether.com/">Gary Wolf</a> dans <a href="http://www.nytimes.com/2010/05/02/magazine/02self-measurement-t.html">un  passionnant article pour le <em>New York Times</em></a> (dont cet  article n’est en grande partie qu’une traduction). Dans d’autres  contextes, il est normal de récolter des données. C’est le cas des  managers, des comptables… Nous tolérons bien souvent les pathologies de  la quantification, parce que les résultats s’avèrent puissants. Enumérer  les choses permet d’accomplir des tests, des comparaisons, des  expériences. <strong>Les documenter permet d’amoindrir leur résonnance  émotionnelle et de les rendre intellectuellement plus traitables</strong>. En  sciences, en affaire, et dans la plus grande part des secteurs, les  chiffres, carrés et justes, l’emportent.</p>
<blockquote><p>Pendant longtemps, le  domaine de l’activité humaine a semblé à l’abri. Dans les limites  confortables de la vie personnelle, nous utilisons rarement la puissance  du nombre. Les techniques d’analyse, si efficaces, sont laissées au  bureau à la fin de la journée et reprises le lendemain. Imposé à soi ou à  sa famille, un régime d’enregistrement objectif semble ridicule. Un  journal est respectable, mais une feuille de calcul est effrayante.</p></blockquote>
<p><strong>Pourtant, les nombres s’infiltrent dans le domaine de la vie  personnelle</strong>. Mesurer son sommeil, son exercice physique, son humeur, sa  nourriture, sa sexualité, sa localisation, sa productivité, son  bien-être spirituel semble de plus en plus affiché et partagé. S<strong>ur </strong><a href="http://www.medhelp.org/"><strong>MedHelp</strong></a><strong>, un des plus grands forums  internet pour l’information de santé, quelque 30 000 nouveaux projets  personnels sont ainsi documentés par les utilisateurs chaque mois</strong>.  Foursquare, et son million d’utilisateurs, permets à ses usagers de  construire automatiquement le journal détaillé de leurs mouvements et de  les publier. La Wii Fit, qui permet entre autres de mesurer ses  activités corporelles, a été vendue à plus de 28 millions d’unités.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 610px"><img style="border: 0px initial initial" title="quantifiedselfmeeting" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/quantifiedselfmeeting.png" border="0" alt="quantifiedselfmeeting" width="600" height="443" /><p class="wp-caption-text">Image : cliché d’une réunion du Quantified Self.</p></div>
<p><a href="http://www.kk.org/quantifiedself/2010/05/bay-area-qs-showtell-13---reca.php"></a>Gary Wolf rappelle que depuis deux ans il anime avec Kevin Kelly le <a href="http://www.quantifiedself.com/">Quantified Self</a>, un site web  et des réunions régulières sur le sujet de la documentation de soi, qui  l’a amené à se demander si l’autosuivi était une conséquence logique de  notre obsession à l’efficacité (voire notre édito sur le sujet : <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/13/finalement-documentez-moi/">“Finalement,  documentez-moi !”</a>). Mais cette recherche d’efficacité implique des  progrès rapides vers un but connu. Or, pour beaucoup de gens qui  documentent leur existence, <em>“l’objectif est inconnu”</em>. Si  beaucoup commencent à le faire avec une question précise à l’esprit, la  plupart continuent parce qu’<strong>ils croient que cette documentation de soi  fait surgir des chiffres qu’ils ne peuvent se permettre d’ignorer, y  compris des réponses à des questions qu’ils n’ont peut-être pas encore  pensé à se poser</strong>.</p>
<h2>La montée des capteurs de soi</h2>
<p>Cette autodocumentation est un rêve d’ingénieur. Pour comprendre  comment les choses fonctionnent, les techniciens sont souvent  douloureusement conscients du mystère du comportement humain. <strong>Les gens  font des choses pour des raisons insondables. Ils sont opaques à  eux-mêmes.</strong> Les formes de l’auto-exploration de soi (psychanalyse  notamment) passent par les mots. Les traceurs explorent une autre voie. <em>“Au  lieu d’interroger leurs mondes intérieurs par la parole et l’écrit, ils  utilisent les nombres.”</em></p>
<p>Pour cela, il faut prendre en compte quatre changements importants.  Les capteurs électroniques sont devenus plus petits, plus accessibles et  de meilleure qualité. Les gens ont eu accès à des dispositifs de  calculs puissants et facilement inscriptibles (notamment via leurs  mobiles). Les sites sociaux ont montré qu’il n’était pas anormal de  partager ces données. Enfin, nous avons commencé à apercevoir la montée  d’une superintelligence mondiale dans les nuages (l’informatique en  nuage est l’infrastructure <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/12/vers-la-naissance-dun-superorganisme/">de  la Machine unique de Kevin Kelly</a>).</p>
<p>Les méthodes d’analyses familières sont désormais enrichies par des  capteurs qui surveillent notre comportement, par des processus  d’autosuivis plus séduisants et significatifs… qui nous rappellent que  notre comportement ordinaire contient d’obscurs signaux quantitatifs qui  peuvent être utilisés pour documenter nos comportements. Ainsi Ken  Fyfe, l’un des pionniers des dispositifs de surveillance biométrique  vestimentaire, rappelle que dans les années 90, quand un coureur voulait  avoir des informations sur la mécanique de leurs performances (rythme,  cadence…), il devait se rendre dans un laboratoire pour que sa  performance soit enregistrée. <strong>Désormais, il suffit d’un téléphone mobile  ou d’une puce dotée d’accéléromètres et de GPS, pour connaître ces  informations</strong>, comme le font tous ceux qui utilisent ces outils pour  surveiller leurs résultats sportifs. <em>“L’expertise dont vous avez  besoin consiste dans le traitement du signal et l’analyse statistique  des résultats”</em>, explique James Park, cofondateur de <a href="http://www.fitbit.com/">Fitbit</a>, un capteur de mouvement.  Philips commercialise désormais <a href="http://www.directlife.philips.com/">DirectLife</a>, <a href="http://www.myzeo.com/">Zeo</a> un petit capteur qui capte les  signaux électriques du cerveau pendant votre sommeil. L’accéléromètre de  Ken Fyfe, développé par <a href="http://www.dynastream.com/">Dynastream</a>,  est utilisé dans les montres d’Adidas et Polar et mesure également la  pression artérielle, le niveau de glucose, le poids, le sommeil… <a href="http://nikerunning.nike.com/nikeos/p/nikeplus/fr_FR/">Nike+</a> commercialisé depuis 2006 a été adopté par 2,5 millions de coureurs.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 670px"><img class=" " title="zeo" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/zeo.png" alt="zeo" width="660" /><p class="wp-caption-text">Image : Le Zeo et un exemple de mesure de sommeil obtenu depuis cet appareil.  </p></div>
<p>Le rêve de Ken Fyfe est de démocratiser la recherche objective sur  les sujets humains. Le coeur de ce laboratoire personnel est désormais  le téléphone portable, qui nous enveloppe d’un nuage de calculs, couplé  aux sites sociaux. <em>“Les gens se sont habitués à partager”</em>,  explique David Lammers-Meis, qui dirige la conception des produits de  remise en forme de <a href="http://connect.garmin.com/">Garmin</a>, la  firme spécialisée dans l’intégration de GPS. <em>“Plus ils veulent  partager, plus ils veulent avoir des choses à partager.”</em> Même si on  n’a rien à dire on veut avoir quelque chose à partager. 1,5 million de  personnes utilisent <a href="http://www.mint.com/">Mint</a>, leur  permettant de partager leurs dépenses pour mieux les maîtriser.</p>
<h2>Maîtriser les machines qui nous mesurent</h2>
<p>Les manies de quelques geeks sont en passe de paraître normales. Pour  Gary Wolf, l’une des raisons pour lesquelles l’autosuivi se répand  au-delà de la culture technique qui lui a donné naissance réside dans le  fait que dans notre quête à nous comprendre, nous souhaitons récupérer  une partie du pouvoir de contrôle et de documentation de nous-mêmes que  nous confions aux machines.</p>
<p>Sophie Barbier, une enseignante de 47 ans résidant à Palo Alto, a  ainsi commencé à partager les données de ses parcours cyclistes (temps,  distance, fréquence cardiaque). Puis elle a commencé à noter son humeur,  son sommeil, sa capacité de concentration, sa consommation de caféine…  Elle a pris un complément alimentaire, le tryptophane, pour faire  disparaître ses insomnies et s’est rendu compte qu’il avait aussi un  effet sur sa capacité de concentration. <a href="http://blog.sethroberts.net/">Seth Roberts</a>, professeur de  psychologie à l’université de Californie a ainsi développé un logiciel  de mesure de la performance cognitive, qui, couplé à un système  d’autosuivi pour adapter son régime alimentaire, lui a permis de  démontrer que le beurre a contribué a améliorer ses performances  cognitives.</p>
<p>Bien sûr, ces auto-expériences ne sont pas des essais cliniques. <strong>Le  but n’est pas de comprendre quelque chose au sujet des êtres humains en  général, mais de découvrir quelque chose sur vous-même</strong>. Leur validité  est circonscrite, mais elle peut s’avérer pertinente. En général,  lorsque nous essayons de changer une habitude, un comportement, on  improvise, on oublie nos résultats ou on modifie les conditions sans  même mesurer très bien les résultats. Bien sûr, les erreurs sont  possibles : il est facile de confondre un effet transitoire avec un  effet permanent ou manquer un facteur caché qui influence vos données et  leurs conclusions… <em>“Mais une fois que vous démarrez la collecte de  données, l’enregistrement des dates, les conditions de basculement  d’avant en arrière tout en gardant un registre précis des résultats,  vous gagnez un avantage énorme par rapport à la pratique normale”</em>.</p>
<p><em>“L’idée que notre vie mentale est affectée par des causes cachées  est un des piliers de la psychologie”</em>, estime Gary Wolf. “<em>Ce n’est  pas seulement le cadre de nos pensées qui nous échappe : nos actions  aussi</em>” Terry Paul a développé un outil qui mesure le développement du  langage des enfants par le suivi de nos échanges conversationnels avec  lui, en traduisant les bruits de l’environnement d’un bébé par des  données. Son moniteur – <a href="http://www.lenafoundation.org/">le Lena</a> – est utilisé par la recherche universitaire. Pour beaucoup de parents,  il ressemble à un cauchemar de surveillance névrotique : qui voudrait  d’un enregistreur numérique qui vous note sur la façon dont vous parlez à  votre enfant ? Pourtant, les parents sous-estiment le rôle du langage  préverbal sur le développement de leur enfant. .</p>
<p><em><strong>&#8220;Nous ne nous apercevons pas de ce que nous faisons parce que nous sommes  motivés à ne pas nous en apercevoir&#8221;</strong></em>, explique encore Gary Wolf. <a href="http://www.shaunrance.com/">Shaun Rance</a> a ainsi commencé à  suivre sa consommation d’alcool il y a deux ans, après que son père ait  reçu un diagnostic de cancer du foie en phase terminale. Il ne s’est pas  engagé à arrêter de boire, il a commencé à compter, en utilisant le  site anonyme <a href="http://www.drinkingdiary.com/">DrinkingDiary</a>.  Par ce biais, il a aiguisé sa conscience du problème, a augmenté sa  maîtrise de soi et a réduit sa consommation d’alcool. Il ne peut plus se  mentir à lui-même ou sous-estimer sa consommation. Il ne ment pas à la  machine, car il n’a pas de raison de le faire.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 670px"><img class=" " title="drinkingdiary" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/drinkingdiary.png" alt="drinkingdiary" width="660" /><p class="wp-caption-text">Image : Drinking Diary, le journal de votre alcoolémie.  </p></div>
<p>Pour Dave Marvit, vice-président des <a href="http://www.fujitsu.com/us/about/other/fla/">laboratoires Fujitsu  aux Etats-Unis</a>, où il dirige un projet de recherche sur l’autosuivi,  si nous avions un signal doux sur la quantité de sucre dans notre sang,  changerions-nous notre façon de manger ? La colère, la joie, notre  énergie ou la baisse de forme de notre métabolisme sont des matériaux de  notre vie quotidienne. Peut-on ramasser ces signaux faibles pour en  faire un levier de nos comportements ? <a href="http://www.intel.com/technology/itj/2007/v11i1/7-heart-mind/9-authors.htm">Margaret  Morris</a>, psychologue et chercheuse chez Intel a récemment publié une  série d’essais utilisant le téléphone mobile pour faire du suivi  d’émotion. A plusieurs moments dans la journée, le téléphone des  utilisateurs sonnait pour leur réclamer de documenter leur humeur. L’un  des utilisateurs s’est ainsi rendu compte que son humeur massacrante  commençait chaque jour à la même heure. <strong>Les données l’ont aidé à voir le  problème et il a introduit une pause dans son emploi du temps pour  faire le vide du stress accumulé.</strong></p>
<h2>L’insupportable objectivité des machines</h2>
<p>Pour Gary Wolf, beaucoup de nos problèmes viennent du simple manque  d’instruments pour les comprendre. Nos mémoires sont pauvres, nos  préjugés nombreux, notre capacité d’attention limitée. Nous n’avons pas  de podomètres à nos pieds, d’alcootest dans notre bouche ou un moniteur  de glucose dans nos veines – enfin, pas encore. Il nous manque  l’appareil psychique et physique pour faire le point sur nous-mêmes. <strong>Et  pour cela, nous avons besoin de l’aide des machines. </strong>Mais cette  surveillance par les machines ne fait pas tout. Alexandra Carmichael,  l’une des fondatrices du site d’autosuivi <a href="http://www.curetogether.com/">CureTogether</a>, a récemment évoqué  sur son blog pourquoi elle avait cessé son suivi. <em>“Chaque jour, mon  estime de soi était liée aux données”</em>. La quarantaine de données  d’elle-même qu’elle suivait n’a pas résisté à sa volonté et à son  amour-propre.</p>
<blockquote><p>C’était comme un retour à l’école”  reconnaissait-elle. “Les traceurs électroniques n’ont pas de  sentiments. Mais ils sont de puissants miroirs de nos propres valeurs et  jugements. L’objectivité d’une machine peut sembler généreuse ou  impitoyable, tolérante ou cruelle.</p></blockquote>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 670px"><img title="curetogether" src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/curetogether.png" alt="curetogether" width="660" /><p class="wp-caption-text">Image : CureTogether, mesurer sa santé.  </p></div>
<p>Cette ambivalence est également à prendre en compte. Le programme de  désaccoutumance au tabac mis au point par Paypal Kraft, chercheur  norvégien à l’université d’Oslo, a implémenté dans son programme un  droit à l’erreur. Quand les gens avouent avoir repris une cigarette, un  message les encourage à réessayer, sans les culpabiliser. Même si cet  exemple ne trompe personne, <strong>les recherches en interaction homme-machine  montrent que lorsque les machines sont dotées de caractéristiques  émotionnelles, d’empathie, elles sont aussi capables de nous rassurer.</strong></p>
<p><a href="http://www.jonathancousins.com/">Jon Cousins</a>,  développeur logiciel, a construit un système d’autosuivi de sentiments – <a href="http://www.moodscope.com/">Moodscope</a> – suite à un diagnostic  en 2007 de trouble affectif bipolaire. Utilisé par quelque 1000  personnes, le logiciel envoie automatiquement un mail avec les résultats  d’humeur à quelques amis. Désormais, ses amis savent pourquoi il a  parfois un comportement étrange. Quand son résultat n’est pas bon, ses  amis peuvent l’appeler ou le réconforter par mail, ce qui suffit souvent  à le faire se sentir mieux. Moodscope est un système mixte dans lequel  la mesure est complétée par la sympathie humaine. <strong>L’autosuivi peut  sembler parfois narcissique, mais il permet aussi aux gens de se  connecter les uns aux autres de façon nouvelle.</strong> Les traces de nous-mêmes  que laissent ces nouvelles métriques sont comme les pistes de  phéromones des insectes : ces signaux peuvent nous conduire vers des  gens qui partagent nos préoccupations.</p>
<p><strong>Souvent les pionniers de l’autosuivi ont le sentiment d’être à la  fois aidés et tourmentés par les systèmes qu’ils ont construits. </strong>Gary  Wolf lui-même a expérimenté ce suivi pour mesurer finement son temps de  travail. L’outillage a montré que ses journées étaient un patchwork de  distraction, agrémenté de quelques rares moments d’attention (moins de  trois heures par jour). Après avoir digéré l’humiliation de ce constat,  il s’en est servi comme d’une source de perspective critique, non pas  sur la performance, mais sur ce qu’il était important de mesurer.  Le  standard de l’expérience humaine universelle n’existe pas,  rappelle-t-il. Les outils de mesure permettent aussi de personnaliser et  d’adapter les soins, régimes et diagnostic à son état précis. Et de  citer un dernier exemple, celui de Bo Adler, un informaticien des  laboratoires Fujitsu souffrant d’apnée du sommeil. Les docteurs  souhaitaient lui faire subir une opération chirurgicale, comme ils le  font dans la plupart des cas critiques d’apnée du sommeil. Mais Adler  n’a pas voulu.</p>
<p>Ceux qui mesurent leur santé savent mieux adapter leurs  entraînements sportifs ou leurs régimes à leur condition physique ou à  leurs objectifs. Ils connaissent mieux leurs forces et leurs faiblesses.  <strong>L’autosuivi n’est pas tant un outil d’optimisation que de découverte de  soi</strong>. Et leur effet le plus intéressant pourrait bien être de nous aider  à réévaluer ce que “normal” veut dire, conclut Gary Wolf.</p>
<p>__</p>
<p>Billet originellement publié <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/26/nos-vies-gerees-par-les-donnees/" target="_self">sur InternetActu</a>.</p>
<p>Crédit Photo CC Flickr : <a href="http://www.flickr.com/photos/aussiegall/" target="_self">Aussie Gall</a>.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://owni.fr/2010/07/08/nos-vies-gerees-par-les-donnees-2/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>30</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

