OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les notes de la DGSE sur les intermédiaires balladuriens http://owni.fr/2011/06/07/les-notes-de-la-dgse-sur-les-intermediaires-balladuriens/ http://owni.fr/2011/06/07/les-notes-de-la-dgse-sur-les-intermediaires-balladuriens/#comments Tue, 07 Jun 2011 12:53:37 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=66657 Les deux intermédiaires libanais du dossier Karachi continuent de bénéficier de contacts à haut niveau dans les milieux de l’armement. C’est l’une des conclusions qui se dégagent à la lecture des notes de la DGSE qui les concernent, datées d’avril 2009 et de février 2010, et que nous publions ci-dessous. Ces notes des services secrets ont été déclassifiées dans le cadre de l’instruction judiciaire sur l’attentat de Karachi.

Les noms de ces deux intermédiaires d’origine libanaise, Ziad Takieddine et Abdulrahman al Assir, ont été cités à plusieurs reprises depuis que la justice a relancé ses investigations sur cette attaque terroriste perpétrée le 8 mai 2002 à Karachi. L’attentat avait pris pour cible un bus transportant des employés français du groupe d’armement DCNS (appelé alors DCN) qui travaillaient sur place à la construction de sous-marins. Ce chantier reposait sur un contrat d’armement signé au Pakistan le 21 septembre 1994 par le gouvernement d’Édouard Balladur. Sur un plan financier, l’affaire s’était peu à peu révélée entachée de multiples opérations opaques, voire illicites.

Le juge antiterroriste Marc Trévidic, qui cherche à reconstituer les conditions de signature de ce contrat d’armement, s’intéresse ainsi à ces deux hommes d’affaires, présentés par de multiples témoins comme les intermédiaires alors imposés par les réseaux balladuriens. Selon la DGSE, le premier d’entre eux et le plus mystérieux, Abdulrahman al Assir, se révèle proche de trafiquants d’armes et de trafiquants de drogue, tout en fréquentant le gotha de la politique et de l’industrie de l’armement. La note de quatre pages ci-dessous, datée du 29 avril 2009, a ainsi été rédigée pendant les dernières négociations militaires et commerciales entre la France et le Qatar (les parties blanchies l’ont été par l’administration, les quelques bandes noires ont été rajoutées par la rédaction pour protéger l’identité et les adresses de tiers).

Au printemps 2009, l’Élysée suivait de près de multiples projets de coopération entre la France et le Qatar, notamment dans le domaine militaire. Les dossiers du moment portaient sur la vente de missiles Exocet à l’émirat, sur la fourniture d’hélicoptères de combats Tigre, ou encore sur l’installation à Doha (capitale du Qatar) de la première succursale à l’étranger de l’École militaire de Saint-Cyr.

Ziad Takieddine, l’autre intermédiaire libanais intéressant la justice – et la DGSE – , a toujours, pour sa part, nié avoir participé aux négociations de 1994 pour la vente des sous-marins Agosta au Pakistan. Cependant, de multiples cadres de l’armement ont affirmé le contraire sous serment. Et le 31 janvier dernier, François Léotard, ministre de la Défense au moment de la signature du contrat, a clairement confirmé sa participation au négoce lors de son audition dans le bureau du juge Trévidic. Dans sa note de trois pages, ci-dessous, la DGSE relève, pudiquement « l’important réseau relationnel de Takieddine » en France.

Sur les trois pages de cette note au sujet de Ziad Takieddine, la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a décidé d’en « blanchir » une en intégralité. Indiquant implicitement que cet homme d’affaire, naturalisé français en 1987, emporte dans son c.v, aujourd’hui encore, quelques secrets sensibles pour la République.

Avec le même esprit cachottier enfin, la CCSDN a transmis au juge une note de la DGSE du 6 juillet 1998 dont le titre est à lui seul une promesse : « Pakistan – France. Marchés de l’armement et affaires de corruption ». Mais sur les cinq pages déclassifiées, six paragraphes seulement n’ont pas été blanchis – comme vous le découvrir ci-dessous. Bien que très parcellaires, ces éléments mettent en évidence la corruption des militaires pakistanais sur ce contrat, et les tensions spécifiques que ces financements illicites ont provoquées à la fin des années quatre-vingt-dix sur place au Pakistan.

Globalement, ces liasses de la DGSE mettent en évidence l’importance des opérations occultes qui ont pu entourer le contrat de 1994. Qu’elles concernent les réseaux proches des balladuriens, ou qu’elles touchent des militaires pakistanais. Sans qu’il soit possible, à ce jour, de déterminer lesquelles auraient pu éventuellement représenter un mobile à l’attentat du 8 mai 2002.


Crédits de Une CC Elsa Secco

Retrouvez notre dossier du jour sur Karachi :

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Comment l’affaire Karachi entretient le «tous pourris» http://owni.fr/2010/12/10/comment-laffaire-karachi-entretient-le-%c2%abtous-pourris%c2%bb-balladur-sarkozy-roland-dumas/ http://owni.fr/2010/12/10/comment-laffaire-karachi-entretient-le-%c2%abtous-pourris%c2%bb-balladur-sarkozy-roland-dumas/#comments Fri, 10 Dec 2010 13:35:25 +0000 Aymeric Pontier http://owni.fr/?p=37338 Tuer une démocratie n’est pas une mince affaire. Il faut beaucoup de patience et de volonté. Le peuple qui se libéra autrefois du joug despotique de tyrans, pas vraiment éclairés, est très attaché à sa Liberté. Il faut donc, pour réussir cette entreprise, le détourner des principes démocratiques jusqu’à lui faire croire qu’une dictature ferait aussi bien l’affaire.

Pour cela, rien de mieux que la corruption et la compromission décomplexées. Il est absolument nécessaire d’instiller l’idée que les politiciens sont « tous les mêmes », qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. L’opacité et l’absence de sanctions envers les dévoiements devenant dès lors des alliées fidèles. Taire ce qui devrait être dénoncé. Fermer les yeux sur ce qui devrait nous horrifier. Cesser d’écouter ce qui pourrait déranger notre conscience. Voilà les recettes de base qui mènent vers une ruine assurée…

Changer la règle pour s’aligner sur le mauvais usage

Il y a actuellement deux illustrations : l’affaire Bettencourt et l’affaire Karachi. Je ne vais pas revenir sur le fond, tout le monde peut y avoir accès facilement en quelques clics. En revanche, je vais m’attarder sur un épisode très singulier : la validation des comptes de campagne d’Edouard Balladur par le Conseil Constitutionnel en 1995.

Pour résumer, ces comptes souffraient de graves irrégularités avec des sommes d’argent importantes qui n’étaient pas justifiées, car probablement non justifiables, et qui laissent planer un soupçon intense de corruption. Lors de la séance du 11 octobre, les rapporteurs qui ont épluché plusieurs mois durant les comptes de campagne de tous les candidats préconisent la non-validation de ceux d’Edouard Balladur. Embarras des neufs Sages…

Roland Dumas, alors Président du Conseil Constitutionnel estime que celui-ci ne saurait suivre la préconisation des rapporteurs, selon la justification suivante :

Les comptes de Jacques Chirac présentent, eux aussi, des recettes injustifiées et une sous-estimation des dépenses. Si on annule les comptes de l’ancien premier ministre, il faudra aussi annuler ceux du président élu. Peut-on prendre le risque d’annuler l’élection présidentielle et de s’opposer à des millions d’électeurs et ainsi remettre en cause la démocratie ?

Roland Dumas demande donc aux rapporteurs de revoir leur copie et de modifier les modes de calcul qu’ils ont retenus afin de pouvoir valider les comptes incriminés. Jacques Chirac demeurera Président de la France, et Edouard Balladur ruminera tranquillement sa défaite.

La sale habitude des passes-droits politiques

Le scandale ici ne réside pas uniquement dans la corruption des comptes, mais aussi et surtout dans la corruption des âmes et des esprits. La France, cette entité fictive en pleine régression est composée d’une élite politique dont la conscience a été altérée par trop de passe-droits et de privilèges, au point qu’elle en vient petit à petit, lentement mais sûrement, à détruire la démocratie qu’elle est sensée défendre et représenter.

Dans ce pays où les compromissions sont devenues l’alpha et l’oméga de toute décision et de toute pensée ou arrière-pensée, et où la seule idéologie encore présente est celle de l’Abdication perpétuelle, plus rien n’a de sens. On peut enterrer la Démocratie au nom de son Respect. On peut tolérer la Corruption au nom de la Continuité. On peut écraser le Peuple au nom de sa Volonté. Tout, absolument tout, est devenu possible.

Mais gardons nous de blâmer seulement l’élite ! Le petit peuple qui ne bronche jamais est tout autant coupable ! Si le Conseil Constitutionnel a fermé les yeux sur des malversations, se déshonorant pour longtemps au passage, ce n’est que parce que le peuple détourne son regard depuis trop longtemps. La lâcheté des uns se nourrit de la lâcheté des autres.

Cette société molle doit prendre garde : elle finira par s’auto-détruire à force de tout avaler !

Article publié initialement sur le blog Singularité et infosphère d’Aymric Pontier sous le titre Comment tuer petit à petit une démocratie.

Photo FlickR CC France.Diplomatie ; Bruno Girin.

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