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		<title>Les mécanismes séculaires de l’influence médiatique</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Sep 2010 06:31:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cyrille Frank</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les "influenceurs" se prétendent les défricheurs-interprètes des nouveaux territoires du web. Leurs techniques n'ont pourtant rien de nouveau... Elles s'appuient sur 5 principes séculaires.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les « influenceurs », interprètes des autochtones du web, sont les éclaireurs des nouveaux territoires médiatiques auprès des commerçants et politiques qui n’y entendent rien. Leur technique repose sur 5 principes séculaires.</p>
<p><strong>1- Inspirer la crainte</strong></p>
<p><strong>Inspirer la crainte plus que l’amour</strong> (<a href="http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Prince" target="_blank">Machiavel, « le Prince »</a>), susciter la terreur même, tel<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vlad_III_l%27Empaleur" target="_blank">Vlad l’empaleur</a> résistant à l’envahisseur ottoman qui a tellement frappé les imaginations ennemies, que son nom entra dans la légende sous le nom de Dracula.</p>
<p>Il faut s’attaquer à des ennemis redoutables pour <strong>mettre en scène son courage, sa force, sa vertu</strong>. Tout comme les héros grecs n’accédaient au mythe que via l’accomplissement rituel d’épreuves surhumaines (cf les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Travaux_d%27H%C3%A9racl%C3%A8s" target="_blank">12 travaux d’Héraclès</a>)</p>
<p>C’est la stratégie de <a href="http://guybirenbaum.com/20100610/tiens-jean-michel-bourdieu-cest-lui-et-il-parle-de-toi/" target="_blank">Birenbaum brocardant Aphatie</a>, ou de <a href="http://www.lepost.fr/article/2010/09/09/2212797_decheance-de-nationalite-elisabeth-levy-entre-mensonge-et-ignorance.html" target="_blank">Bruno Roger Petit épinglant Elisabeth Levy</a>. Il n’y a pas de grand héros, sans grands monstres. Le message adressé aux autres est clair : « attention, j’ai le pouvoir de détruire socialement, car je maîtrise le ridicule ».</p>
<h2><strong>2- Susciter l&#8217;amour</strong></h2>
<p>Raréfier son attention au vulgus pecum  et <strong>accorder ses faveurs avec une extrême parcimonie</strong>. Reproduire la geste aristocratique qui veut que l’on ne remercie jamais les serviteurs, que l’on n’accorde que le minimum d’attention au vulgaire, que l’on respecte son « rang ». C’est déchoir qu’user sa personne à des personnes ou des tâches subalternes.<a href="http://scpo.univ-paris1.fr/fichiers/Louis%20XIV%20dans%20la%20societe%20de%20cour.pdf" target="_blank"> Techniques de contrôle de l’aristocratie par Louis XIV</a> que Mitterrand a su fort bien reproduire vis à vis des élites intellectuelles et médiatiques.</p>
<p>Par le jeu classique de l’offre et la demande, <strong>la raréfaction des communications augmente leur valeur</strong>. Et quel meilleur moyen ensuite pour créer de la reconnaissance, voire de l’amour, de la part de ceux à qui l’on s’adresse exceptionnellement : « il m’a parlé, il m’a souris, il m’a répondu ! »</p>
<p>Même procédé que celui utilisé par les politiques qui se font <strong>souffler le nom des « petites gens » qu’ils rencontrent</strong>. Ou du Pdg qui lors d’une assemblée, s’adresse à l’employé du bas de l’échelle par son patronyme. Quel merveilleux gain d’image et d’estime du peuple gagné « à pas cher ».</p>
<h2><strong>3- Exagérer sa puissance</strong></h2>
<p>Un des instruments de la domination sociale est le bluff. <strong>Exagérer sa puissance et celles de ses ennemis pour intimider</strong>, glorifier son propre nom. Stratégie très efficace mise en place par ce pionnier de la propagande : Jules César qui dans la « <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/La_Guerre_des_Gaules" target="_blank">Guerre des Gaules</a> » accentue outrancièrement la férocité et la barbarie des celtes pour mieux réhausser son mérite de les avoir vaincus.</p>
<p><strong>Rappeler ses victoires ou les nommer comme telles</strong>, même quand il s’agit de défaite. Ainsi de Ségolène qui répète à l’envi qu’elle a réuni la moitié des Français sur son nom, considérant sa défaite comme une victoire à venir. Technique politique très ancienne qui rappelle la <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Kadesh" target="_blank">bataille de Kadesh</a> entre Ramsès II et Muwatali II, l’empereur hittite. Bataille au cours de laquelle les deux peuples se sont neutralisés mais dont chacun a revendiqué la victoire. Les Egyptiens ont toutefois gagné la bataille politique en inscrivant l’Histoire  sur les murs de leurs temples. <strong>La maîtrise de l’Histoire est éminemment politique</strong>. D’où la vigilance dont il faut faire preuve vis à vis de <a href="http://www.lepost.fr/article/2010/09/09/2212797_decheance-de-nationalite-elisabeth-levy-entre-mensonge-et-ignorance.html" target="_blank">ceux qui veulent la réécrire</a> à l’aune de leurs intérêts et convictions particuliers.</p>
<h2><strong>4- S’entourer de mystère</strong></h2>
<p>En matière d’influence web, il faut faire savoir le plus possible que l’on a des relations, des entrées, que l’on est un « insider »… Sans donner de noms, sans faire l’inventaire de son carnet d’adresses, mais en donnant par petites touches <strong>des gages réguliers de sa tentaculaire longueur de bras</strong>.</p>
<p><strong>Etre concis, pour ne pas dire laconique</strong>, afin que le propos ouvert puisse être interprété de 100 façons différentes. S’appuyer sur la fonction projective de l’individu, la fameuse <a href="http://a31.idata.over-blog.com/500x450/0/02/85/09/avril-2009/tache-rorschach.jpg" target="_blank">tâche de Rorschach</a>. Ou illusion de forme qui ne représente rien, si ce n’est ce que l’individu y met lui-même. Procédé superbement mis en scène par David Lynch dans <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mulholland_Drive_%28film%29" target="_blank">Mulholland Drive</a>, l’IKEA cinématographique, le film à monter soi-même.</p>
<p><strong>Etre obscur pour masquer le manque de profondeur</strong> de la pensée mais toujours avec des mots compliqués, supplétifs d’intelligence qui rassurent le lecteur. Cosmogonie, herméneutique, sérépendité… Autant de « name-dropping » qui visent parfois <strong>moins à développer une argumentation qu’à en mettre plein la vue</strong>. Technique classique en agence de pub où l’on « néologise » à tour de bras ou l’on use d’anglicismes abscons pour impressionner le client. Il s’agir de le mettre immédiatement en position d’infériorité : vous utilisez un langage qu’il ne comprend pas, c’est dire s’il a besoin de vous…</p>
<h2><strong>5- Fréquenter les puissants</strong></h2>
<p>C<strong>ommuniquer avec des élites médiatico-intellectuelles</strong> (Eric Zemmour ou <a href="http://twitter.com/davidabiker" target="_blank">David Abiker</a>par exemple), avec des politiques « tendance si possible (<a href="http://twitter.com/nk_m" target="_blank">nkm</a> est parfaitement indiquée), avec des puissance d’argent (grands patrons, directeurs d’agence de publicité et de communication…).</p>
<p>Par le <strong>jeu tacite de l’adoubement relationnel</strong>, si vous fréquentez les puissants, c’est que vous en êtes. D’où l’importance capitale d’être vu avec des pop-stars, tel Christian Audigier, affichant sur les murs de son club de nuit ses effusions avec Michael Jackson.</p>
<p>D’où la nécessité sur Twitter d’entretenir des conversation publiques avec des puissants ou du moins des influents : journalistes, créateurs d’entreprises, célébrités… Et surtout pas en message direct, <strong>le DM est le démon</strong>.</p>
<div id="attachment_27955" class="wp-caption aligncenter" style="width: 650px"><a href="http://owni.fr/files/2010/09/escalier-social.jpg"><img class="size-full wp-image-27955 " title="escalier-social" src="http://owni.fr/files/2010/09/escalier-social.jpg" alt="" width="640" height="470" /></a><p class="wp-caption-text">Escalier social</p></div>
<h2><strong>Atteindre le bol de sangria</strong></h2>
<p>Le but du jeu ultime est d’<strong>intégrer le cercle fermé des puissants</strong>, des vrais influenceurs : les médias traditionnels, au premier rangs desquels les médias audio-visuels. D’abord la radio, puis, si tout va bien, la télévision, seul média de masse (mais peut-être plus pour longtemps…) Ou intégrer des cercles politiques qui ouvrent bien des portes : business, médias, fonctions publiques…</p>
<p>Les « influents » sur la toile <strong>se servent surtout d’Internet comme un moyen d’ascension sociale</strong>. Ils monnaient leur savoir-faire et leur lien sur la masse auprès des vrais puissants qui leur achètent un moyen de contrôle supposé sur les opinions : pour vendre  des marques, des partis, des idées politiques…</p>
<p><a href="http://www.mediaculture.fr/2010/09/11/les-mecanismes-seculaires-de-linfluence-mediatique/" target="_blank">Article initialement publié sur Mediaculture</a></p>
<p>Crédit photo CC FlickR :  <a href="http://www.flickr.com/photos/23038117@N07/" target="_blank">musmacity1</a> et <a href="http://www.flickr.com/photos/29349907@N05/" target="_blank">pixel@work</a></p>
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		<title>Charte éditoriale d&#8217;Owni</title>
		<link>http://owni.fr/2010/03/23/charte-editoriale-downi/</link>
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		<pubDate>Tue, 23 Mar 2010 13:40:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Agir avec coeur ne suffit pas. Passons un contrat ! Une charte éditoriale. Une idée d'Adriano, qui a beaucoup travaillé dessus. Une idée crowdsourcée sur le blog des éditeurs puis publié sur la soucoupe. Voici notre "big deal" /-)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #888888">Nous publions ce jour la charte éditoriale d&#8217;Owni, qui a été discuté ces derniers jours sur <a href="http://editors.owni.fr/" target="_blank">le blog des éditeurs</a>, notamment. Ce travail collectif nous engage et contribue à définir les contours du chemin à parcourir ensemble. Un an après le décollage de la soucoupe, cette ancre numérique est dorénavant posée.</span></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://owni.fr/files/2010/03/9.jpg"><img class="size-full wp-image-10680  aligncenter" src="http://owni.fr/files/2010/03/9.jpg" alt="Unbonwordle" width="400" height="237" /></a></p>
<p><span style="color: #999999">&#8220;Editeur : celui qui prend soin&#8221;<br />
<em><span style="color: #999999">(Dictionnaire de L&#8217;Académie française, 1762)</span></em></span></p>
<p><span style="font-family: mceinline"><br />
</span></p>
<p><a href="http://owni.fr/" target="_blank">OWNI</a> Digital Journalism &#8211; Société, Pouvoirs et Cultures Numériques &#8211; est édité par <a href="http://22mars.com/" target="_blank">22mars</a> Social Media Editor et hébergé par <a href="http://www.typhon.com/" target="_blank">Typhon</a>.</p>
<h2>1.   Mission et identité</h2>
<p>OWNI est un média social européen. OWNI offre le meilleur de l&#8217;information et du débat sur l&#8217;évolution de la société numérique en France et en Europe, raconte et analyse l&#8217;impact d&#8217;Internet sur la société, les pouvoirs et les cultures.</p>
<p>OWNI fédère une communauté d&#8217;auteurs, de professionnels et d&#8217;internautes actifs, et met en scène au quotidien ses contenus à destination du plus grand nombre.</p>
<p>OWNI, né en avril 2009 en France lors de la bataille contre la loi Hadopi, est engagé pour les libertés numériques et la net neutrality, et vise à faciliter un débat public constructif, critique et technophile.</p>
<p>OWNI se donne également pour mission d&#8217;innover dans l&#8217;écosystème de l&#8217;information, de soutenir le journalisme en réseau ainsi que l&#8217;éducation populaire au numérique.</p>
<h2>2.   Originalité et paternité des œuvres</h2>
<p>La rédaction réalise des contenus inédits dans les cas où son réseau de contributeurs n&#8217;aurait pas couvert un sujet jugé pertinent par l&#8217;équipe éditoriale, en vertu du principe de subsidiarité (Publish the best and Cover the rest /-).</p>
<p>Les contenus sélectionnés &#8211; sauf exception signalée &#8211; sont publiés sur OWNI sous licence « <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/" target="_blank">Creative Commons by-nc-sa</a> » (liberté de reproduction ou modification à condition d&#8217;en citer la paternité et de respecter le type de licence C.C. utilisé, hors usage commercial).</p>
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<h2>3.    Exigence de qualité éditoriale</h2>
<p>Tous les articles publiés traitent de faits vérifiés par la rédaction sur le fond ; ils sont corrigés et enrichis, si nécessaire, sur la forme.</p>
<h2>4.   Impartialité et pluralité d&#8217;opinion</h2>
<p>OWNI s&#8217;engage à donner une place (articles, revue de liens, commentaires, forums&#8230;) à toutes les opinions, en soignant notamment la richesse et la diversité du réseau de ses contributeurs.</p>
<p>Cette ouverture d&#8217;esprit ne saurait justifier les abus. En particulier, la publication s&#8217;engage à retirer tout contenu injurieux, diffamant, xénophobe, raciste, antisémite ou qui violerait la législation en vigueur (voir les <a href="http://owni.fr/mentions-legales/" target="_blank">mentions légales</a>).</p>
<h2>5.   Intégrité, indépendance éditoriale et transparence</h2>
<p>La publication est indépendante de l&#8217;Etat et de tout annonceur. Les arbitrages de l&#8217;équipe rédactionnelle ne sont influencés par aucune pression politique ou quelque autorité que ce soit.</p>
<p>Les membres de l&#8217;équipe éditoriale s&#8217;interdisent d&#8217;accepter tout avantage en nature et s&#8217;engagent à refuser tout type de &#8220;publi-reportage&#8221; ou &#8220;billet sponsorisé&#8221;.</p>
<p>Au cas où ils devraient être amenés à s&#8217;éloigner de ces principes, les contributeurs s&#8217;obligent à en faire état par le biais d&#8217;une mention disclosure.</p>
<h2>6.   Responsabilité</h2>
<p>Votre confiance en notre travail éditorial est un élément esssentiel du contrat que nous scellons ensemble par le biais de cette charte. Nous reconnaîtrons nos erreurs et nous nous engageons à encourager un dialogue ouvert afin d&#8217;échanger et d&#8217;apprendre de tous.</p>
<p>L&#8217;éditeur prendra toutes ses responsabilités en défendant, si besoin devant les tribunaux compétents, les auteurs que nous rassemblons.</p>
<p>&#8212;</p>
<p>Cette charte a été rédigée par l&#8217;équipe éditoriale d&#8217;OWNI (Sabine Blanc, Guillaume Ledit, Nicolas Voisin) avec la collaboration d&#8217;Adriano Farano et le parrainage d&#8217;Eric Scherer (Directeur stratégie et prospective de l&#8217;AFP).</p>
<p>Toute nouvelle personne contribuant à OWNI est invitée à s&#8217;y référer.</p>
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		<title>Internet stimule l’imbécilité</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 11:30:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[De nos jours, aux États-Unis. Pour avoir participé à un viol collectif, 7 mois de prison. Pour un braquage à main armée, 18 mois. Pour l’enregistrement vidéo d’un film dans une salle, 24 mois. Pendant que de plus en plus de gens dénigrent Internet, prétendent qu’il n’a aucune influence politique et sociale, les tribunaux dispensent des peines disproportionnées pour des délits survenus sur Internet.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><img class="size-full wp-image-9357  aligncenter" src="http://owni.fr/files/2010/03/3648178346_7703e25f821-450x262.jpg" alt="3648178346_7703e25f821-450x262" width="450" height="262" /></p>
<p><strong>De nos jours, aux États-Unis. Pour avoir participé à un viol collectif, 7 mois de prison<a class="ftn" name="_ftnref1" href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/02/internet-imbecile/#_ftn1">1</a>. Pour un braquage à main armée, 18 mois. Pour l’enregistrement vidéo d’un film dans une salle, 24 mois<a class="ftn" name="_ftnref2" href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/02/internet-imbecile/#_ftn2">2</a>.</strong> Pendant que de plus en plus de gens dénigrent Internet, prétendent qu’il n’a aucune influence politique et sociale, les tribunaux dispensent des peines disproportionnées pour des délits survenus sur Internet. Dans le même temps, les gouvernements votent des lois pour réduire la liberté des internautes. N’est-ce pas paradoxal ?</p>
<p><strong>Si Internet n’avait aucune importance, pourquoi faudrait-il légiférer à son sujet ? </strong>Pourquoi faudrait-il pénaliser des activités qui ne mettent en danger la vie de personne ? Pourquoi même faudrait-il en parler ? Mais si on en parle autant, n’est-ce pas que quelque chose couve ? Peut-être pas quelque chose qui a été prévu, mais quelque chose d’encore innommable.</p>
<p><strong>Le viol, le braquage à main armé, le crime… n’effraient pas les structures de pouvoir.</strong> Elles les ont intégrés et même abondamment pratiqués au cours de l’histoire. Le piratage d’un film constitue, en revanche, une menace plus subversive. Il s’agit de manipuler l’information, de la transférer par des canaux alternatifs, des canaux qui échappent aux structures de pouvoir. Elles n’ont pas l’intention de se laisser contourner.</p>
<p><strong>Alors Internet n’a aucun impact sociétal ? Par leurs réactions musclées, les gens de pouvoir me paraissent plus lucides que l’intelligentsia techno-sceptique.</strong></p>
<h3>Books</h3>
<p><strong>Dans son numéro de mars-avril, la revue <em>Books</em> titre en cover <a href="http://www.booksmag.fr/magazine/d/internet-contre-la-democratie.html">Internet contre la démocratie ?</a> </strong>Bien sûr pour égratigner Internet. Je vais y revenir. Mais ne trouvez-vous pas étrange que ces revues papier qui peinent à cause d’Internet ne cessent de dénigrer Internet ?</p>
<p><strong>Comment les prendre au sérieux ? Si Internet change un tant soit peu la société, leur modèle ne tient pas.</strong> Comment voulez-vous que ces journalistes soient objectifs ? Le rédacteur-en-chef de <em>Books</em> avoue d’ailleurs dans son édito que sa revue est loin de l’équilibre.</p>
<p>J’imagine ce qu’il pense : « Que ce serait bien si Internet pouvait se dégonfler, si on pouvait en revenir à l’ancienne économie du papier. Alors essayons d’entretenir cette idée d’un Internet malsain pour entretenir cette autre idée que les informations de qualité ne se trouvent que sur le papier. » Ce point de vue traverse le dossier de <em>Books</em>.</p>
<p><strong>Vous allez peut-être vous demander si les défenseurs d’Internet sont eux-mêmes objectifs ?</strong> Si Internet se développe, nous gagnons par ricochet du prestige. D’un autre côté, nous aussi, surtout ceux qui comme moi vivent de l’écriture, nous ne gagnons rien à ce développement, il ne nous paie pas plus que les journalistes des magazines qui agonisent (et même moins). Si nous nous engageons pour Internet, c’est parce que nous croyons qu’il ouvre de nouvelles possibilités historiques. Nous le faisons, en tout cas je le fais, par militantisme.</p>
<p><strong>Oui, nous sommes des militants, nous ne sommes donc pas objectifs, mais nous ne nous contentons pas du monde que nous observons. </strong>Nous voulons le transformer, l’orienter dans la mesure de nos moyens dans une direction qui nous paraît plus agréable (je reste vague au sujet de cet agréable pour laisser la place à une pluralité d’agréables).</p>
<h3>La technique du Lone Wolf</h3>
<p>Lors de cette <a href="http://videos.senat.fr/video/videos/2010/video3893.html">brillante conférence</a>, Alain Chouet nous explique qu’Al Qaïda est morte entre 2002 et 2004 :</p>
<blockquote><p>Ce n’est pas avec un tel dispositif [une cinquantaine de terroristes vivant en conditions précaires dans des lieux reculés et avec peu de moyens de communication] qu’on peut animer à l’échelle planétaire un réseau coordonné de violence politique.</p></blockquote>
<p>Preuve : aucun des terroristes de Londres, Madrid, Casablanca, Bali, Bombay… n’ont eu de contact avec l’organisation. Chouet nous présente tout d’abord la vision traditionnelle de ce qu’est une structure politique hiérarchisée. Pour agir à l’échelle globale, elle a besoin de liens fonctionnels. Il faut que des gens se parlent et se rencontrent et se commandent les uns les autres. Si ces critères ne sont pas remplis, la structure n’existe pas, Al Qaïda n’existe pas.</p>
<p><strong>Chouet montre toutefois qu’une autre forme d’organisation existe, un réseau de gens isolés, les loups solitaires qui se revendiquent d’Al Qaïda</strong>. Maintenant que l’information circule, n’importe quel terroriste peut se dire d’Al Qaïda s’il se sent proche des valeurs d’Al Qaïda. Il n’a pas besoin adhérer au parti pour être membre du parti.</p>
<p><strong>Pour Chouet, on ne combat pas une structure en réseau avec des armées hiérarchisées.</strong> On ne fait ainsi que créer des dommages collatéraux qui ont pour effet d’engendrer de nouveaux terroristes. Pour s’attaquer au réseau, il faut une approche en réseau. Exemple : proposer en tout point du territoire une éducation et une vie digne aux hommes et aux femmes qui pourraient devenir membres du réseau.</p>
<p><strong>Tous ceux qui critiquent Internet et même tous ceux qui théorisent à tort et à travers à son sujet devraient écouter et réécouter cette conférence d’Alain Chouet.</strong> Trop souvent, ils pensent hiérarchies et oublient que le Web a été construit par des loups solitaires (à commencer par Tim Berners-Lee qui a travaillé en perruque au CERN). Pour créer un site Web, nous n’avons rien à demander à personne.</p>
<p><strong>Inversement, si des gens veulent utiliser internet pour s’attaquer à des structures centralisées, ils ont tout intérêt à adopter une stratégie en réseau</strong> (à moins d’être de force égale ou supérieure à leurs ennemis centralisés).</p>
<h3>Le cyberoptimisme</h3>
<p><strong>En introduction du dossier de <em>Books</em>, Olivier Postel-Vinay veut en finir avec le cyberoptimisme. </strong>C’est un peut comme s’il écrivait qu’il fallait en finir avec l’église catholique, l’anarchisme ou le capitalisme. Le cyberoptimisme, c’est l’engagement militant que j’évoquais.</p>
<p><strong>Il ne s’agit pas d’en finir mais de faire que cet optimisme se concrétise et transforme la société</strong>, cette société pas toujours belle à voir. Sans optimisme, elle risque de se gâter davantage. Et puis optimisme rime-t-il avec irréalisme ? Je ne vois pas de lien de cause à effet.</p>
<p>Et puis quand on écrit dans un canard qui se prétend sérieux et qu’on fait parler des gens comme Berners-Lee, on les cite. Où le père du Web a-t-il dit qu’Internet pouvait jouer un rôle sur le plan démocratique ?</p>
<blockquote><p>[Berners-Lee] se persuada très tôt du rôle positif, voire révolutionnaire, que ce nouvel instrument pourrait jouer sur le plan de la démocratie, écrit Postel-Vinay. Avec le Web, Internet offrait désormais à tout un chacun la possibilité de s’exprimer immédiatement dans la sphère publique et d’y laisser une trace visible par tous, dans le monde entier. Bien avant l’apparition de Google et autres Twitter, l’outil affichait un énorme potentiel de rénovation civique.</p></blockquote>
<p><strong>Que de confusions. Internet tantôt un instrument, tantôt un outil, pourquoi pas un media. Internet est bien plus que tout cela : un écosystème où l’ont peut entre autre, créer des outils.</strong> Il ne faut pas confondre le Web et les services Web comme Google ou Twitter. Cette confusion peut avoir des conséquences aussi dramatiques que de prendre Al Qaïda pour une structure hiérarchique et l’affronter comme telle.</p>
<p><strong>Le Web est une structure décentralisée, en grande partie auto-organisée. </strong>Google, Twitter, Facebook… sont des entreprises centralisées, structurées sur le même modèle que les gouvernements les plus autocratiques de la planète. Comment imaginer que des citoyens pourraient faire la révolution en recourant à ces services ? Il faut être un cyberdumb comme Clay Shirky pour le croire. Alors doit-on dénigrer Internet à cause d’un seul imbécile avec pignon sur rue outre atlantique ?</p>
<p><strong>La partie politique du dossier de <em>Books</em> ne s’appuie que sur les théories de Shirky critiquées par Evgueni Morozov.</strong> C’est surréaliste. Shirky vit dans le monde des capital-risqueurs américains. Vous vous attendez à une quelconque vision politique novatrice venant d’un tel bonhomme ?</p>
<p>Comment quelqu’un nourri à la dictature de l’argent pourrait penser la révolution politique ? Il ne le peut pas. Pour lui la révolution ne peut passer que par les services cotés en bourse. On n’abat pas la dictature avec des outils dictatoriaux sinon pour établir une nouvelle dictature.</p>
<p><strong>Il faut arrêter de prendre Shirky en exemple</strong> et de généraliser ses idées à tous les penseurs du Web. Surtout à Berners-Lee qui n’a jamais fait fortune. Qui s’est toujours tenu à l’écart du monde financier.</p>
<p>Dans <em>Weaving the Web</em>, il évoque le rôle de la transparence des données et de leur interfaçage (ce qu’il appelle le Web sémantique). Il a souvent depuis répété que les démocraties se devaient d’être transparentes, ce que permet le Web. Ce n’est pas quelque chose d’acquis et c’est pourquoi il faut des militants. Le Web en lui-même ne suffit pas. Sa simple existence ne change pas le monde. C’est à nous, avec lui, de changer le monde.</p>
<h3>La volonté de puissance</h3>
<p><strong>En 2006, quand j’écrivais <em>Le cinquième pouvoir</em>, nous en étions encore à une situation ouverte. </strong>Les militants comme les activistes politiques utilisaient divers outils sociaux de petite envergure qu’ils détournaient parfois de leur cible initiale. Personne ne savait a priori d’où le vent soufflerait.</p>
<p><strong>Aujourd’hui, tout le monde partout dans le monde utilise les mêmes outils,</strong> des monstres centralisés faciles à contrôler (espionner, bloquer, contraindre… il suffit de suivre les péripéties de Google en Chine). De leur côté, les partis politiques, à l’image des démocrates d’Obama durant sa campagne 2008, créent leurs propres outils pour mieux contrôler leurs militants. D’ouverte, nous sommes passés à une situation fermée. La faute en incombe à trois composantes sociales.</p>
<ol>
<li>Les engagés qui se mettent en situation de faiblesse en utilisant des outils centralisés.</li>
<li>Les forces politiques traditionnelles, au pouvoir ou à sa poursuite, qui elles aussi mettent en place des outils centralisés pour mieux contrôler (et on peut accuser tous ceux qui les conseillent afin de s’enrichir).</li>
<li>Les développeurs de services qui veulent eux aussi contrôler et qui poussent à la centralisation pour maximiser leurs bénéfices.</li>
</ol>
<p><strong>Ce n’est pas en utilisant Twitter, ou tout autre service du même type, que les citoyens renverseront la dictature ou même provoqueront des changements de fond dans une démocratie.</strong></p>
<blockquote><p>[…] les six derniers mois [de la révolution iranienne] peuvent être vus comme attestant l’impuissance des mouvements décentralisés face à un état autoritaire impitoyable – même quand ces mouvements sont armés d’outils de protestation moderne, écrit Morozov.</p></blockquote>
<p><strong>Nouvelle confusion entre bottom-up, ce mouvement qui monte de la base iranienne, et la décentralisation qui elle n’est accessible que par l’usage d’outils eux-mêmes décentralisés</strong>. La modernité politique est du côté de ces outils, pas de Twitter ou Facebook qui ne sont que du téléphone <em>many to many</em> à l’âge d’Internet.</p>
<p><strong>Avec ces outils centralisés, on peut au mieux jouer le jeu de la démocratie représentative installée</strong>, sans jamais entrer en conflit avec les intérêts de ces forces dominantes. Impossible de les utiliser pour proposer des méthodes réellement alternatives à celles choisies par les gouvernements. Par exemple, si les monnaies alternatives se développent avec des outils centralisés, elles seront contrées dès qu’elles dérangeront.</p>
<ol>
<li>Un service centralisé est contrôlable car il suffit d’exercer des pressions sur sa hiérarchie.</li>
<li>Un service centralisé est contrôlable car il dépend d’intérêts financiers. Rien de plus confortable que de céder à des tyrans en échange de revenus conséquents.</li>
<li>Un service centralisé n’est presque jamais philanthropique.</li>
<li>Un service centralisé dispose d’une base de données d’utilisateurs. Il ne garantit pas la confidentialité. « Sans le vouloir, les réseaux sociaux ont facilité la collecte de renseignements sur les groupes militants, écrit Morozov. » Sans le vouloir ? Non, leur raison commerciale est de recueillir des renseignements pour vendre des publicités.</li>
<li>Un service centralisé où tout le monde se retrouve c’est comme organiser des réunions secrètes aux yeux de ses ennemis.</li>
<li>Un service centralisé est par principe facile à infiltrer.</li>
</ol>
<p><strong>Cette liste des faiblesses politiques des outils comme Twitter ou Facebook pourrait s’étendre presque indéfiniment. </strong>Il faut être naïf pour songer un instant que la révolution passerait par ces outils. Le capitalisme ne peut engendrer qu’une révolution capitaliste. Une révolution pour rien : le passage d’une structure de pouvoir à une autre. Pour les asservis, pas beaucoup d’espoir à l’horizon.</p>
<p><strong>Dans <em>Le cinquième pouvoir</em>, je parle de la nécessité de nouvelles forces de décentralisation</strong>. Aujourd’hui, les partis mais aussi les militants n’utilisent le Web que comme un média un peu plus interactif que la télévision. Pas de quoi encore changer la face du monde. C’est ailleurs que se joue la révolution sociale de fond.</p>
<p>Si les dictatures s’adaptent sans difficulté aux outils centralisés comme le montre Morozov, elles sont tout aussi dans l’embarras que les démocraties pour lutter contre le P2P. Cela montre la voie à un activisme politique indépendant et novateur, quels que soient les régimes politiques. Pour envisager la rénovation avec le Web, il faut adopter la logique du Web, c’est-à-dire la stratégie des loups solitaires.</p>
<ol>
<li>Usage d’outils décentralisés, notamment du P2P.</li>
<li>Aucun serveur central de contrôle.</li>
<li>Anonymat garanti.</li>
<li>Force de loi auto-organisée pour éviter les dérives pédophiles, mafieuses…</li>
<li>Économie où Internet est si vital qu’il ne peut pas être coupé ou même affaibli sans appauvrir les structures dominantes. Ce dernier point est fondamental.</li>
</ol>
<p>À ce jour, seul le Web lui-même s’est construit en partie suivant cette approche, ainsi que les réseaux pirates et cyberlibertaires de manière plus systématique.</p>
<h3>La démocratie P2P</h3>
<p><strong>Mais qu’est-ce qu’on appelle démocratie ?</strong> <strong>Quelle démocratie Internet pourrait-il favoriser ?</strong> Utilisé pour sa capacité à engendrer des monstres centralisés, il ne peut que renforcer le modèle représentatif, quitte à le faire verser vers la dictature.</p>
<p><strong>Internet est potentiellement dangereux </strong>(mais qu’est-ce qui n’est pas dangereux entre nos mains ?). Il peut en revanche nous aider à construire un monde plus décentralisé, un monde où les pouvoirs seraient mieux distribués, où la coercition s’affaiblirait, où nous serions moins dépendants des structures d’autorités les plus contestables.</p>
<p><strong>Exemple. Les blogueurs ont potentiellement le pouvoir de décentraliser la production de l’information et sa critique.</strong> Je dis bien potentiellement. À ce jour, le phénomène est encore marginal. Mais ne nous précipitons pas. Le Web a vingt ans. Il y a dix ans la plupart des Internautes ne savaient rien d’Internet. Nous ne pouvons pas attendre du nouvel écosystème qu’il bouleverse la donne du jour au lendemain. Ce serait catastrophique et sans doute dangereux. Que les choses avancent lentement n’est pas un mal.</p>
<p><strong>Alors n’oublions pas de rêver. </strong>Mettons en place les outils adaptés à nos rêves et utilisons-les dès que nécessaire pour résister. Ne commettons pas l’imprudence de nous croire libres parce que nous disposons d’armes faciles à retourner contre nous.</p>
<p><strong>Avez-vous vu un gouvernement favoriser le développement du P2P ? </strong>Certains parmi les plus progressistes le tolèrent, les autres le pénalisent. Le P2P fait peur. Voilà pourquoi un pirate inoffensif écope de 2 ans de prison. Voilà pourquoi aussi il n’y aura de révolution politique qu’à travers une démocratie P2P.</p>
<p><strong>Cessons de nous demander en quoi Internet bouleverse la démocratie représentative. </strong>En rien, en tout cas en rien de plus que la télévision en son temps, il exige de nouvelles compétences et favorisent d’autres hommes, au mieux peut-être porteur d’idées plus novatrices, mais rien n’est moins sûr.</p>
<p><strong>Si Internet doit bouleverser la politique, c’est en nous aidant à inventer une nouvelle forme de démocratie, une démocratie moins autoritaire, une démocratie de point à point, une démocratie de proximité globale.</strong></p>
<p>Au fait, j’ai titré ce billet “Internet stimule l’imbécilité” parce que la peur d’Internet fait dire n’importe quoi à des gens qui ne savent pas ce qu’est Internet et qui recoupent des textes écrits par des intellectuels qui eux-mêmes ne connaissent pas Internet (et la régression pourrait être poussé bien loin).</p>
<hr /><a name="_ftn1" href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/02/internet-imbecile/#_ftnref1">(1)</a> J’ai trouvé ces peines dans un commentaire sur <a href="http://www.numerama.com/magazine/15131-deux-ans-de-prison-pour-avoir-filme-the-dark-knight-au-cinema.html">Numerama</a>. J’ai un peu fouillé pour constater que les peines pour viol aux US étaient de durée variable mais parfois de <a href="http://www.associatedcontent.com/article/310380/rape_punishment.html">juste 128 jours de prison</a>.</p>
<p><a name="_ftn2" href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/02/internet-imbecile/#_ftnref2">(2)</a> <a href="http://www.numerama.com/magazine/15131-deux-ans-de-prison-pour-avoir-filme-the-dark-knight-au-cinema.html">Dans le même article de Numerama.</a></p>
<p>&#8212;</p>
<p><strong>&gt;<a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/03/02/internet-imbecile/#more-15013" target="_blank"> Article initialement publié sur Le peuple des connecteurs</a></strong></p>
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