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		<title>La prison déconnectée</title>
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		<pubDate>Tue, 01 May 2012 14:45:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Leclercq</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cultures numériques]]></category>
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		<category><![CDATA[Process éditorial]]></category>
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		<description><![CDATA[En France, les détenus n’ont pas accès à Internet. Malgré les potentialités d’un tel outil, l’opportunité de son introduction en milieu carcéral ne fait pas l’unanimité. L’Administration pénitentiaire a fait un premier pas, frileux, tout en justifiant son inertie par les évidents enjeux de sécurité. Près de 30 après la télévision, Internet, en détention provisoire, attend son incarcération définitive.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-108456" title="prison-computer-control-ordinateur-internet-culture-5" src="http://owni.fr/files/2012/04/prison-computer-control-ordinateur-internet-culture-5.jpg" alt="" width="640" height="426" /></p>
<p>Le garde des Sceaux, Robert Badinter, aidé d’une conjoncture sportive opportune, avait fini par convaincre l’Administration pénitentiaire : nous sommes en décembre 1985, et la télévision entrait, enfin, en prison. Les postes sont alors loués et installés à la hâte dans les cellules françaises, révolution carcérale de dernière minute qui devait permettre aux détenus de suivre la coupe du monde 1986 au Mexique. Le détenu français devient alors téléspectateur, suspendu à cette salutaire lucarne, qui, moyennant 65 francs par mois, lui raconte ‘le dehors’.</p>
<h2>Fracture numérique</h2>
<p>27 ans plus tard, la lucarne semble bien étroite. A l’extérieur, la télévision demeure l’écran le plus regardé, mais la société de l’information a consacré un nouveau roi, Internet. Informatif et récréatif, comme la télévision, mais aussi et surtout interactif, outil pédagogique, professionnel, administratif, pratique, etc., aujourd’hui incontournable. Le Conseil constitutionnel en a même fait un droit. Que les 67.161 détenus français, eux, n’ont pas.</p>
<p>Dans un avis du 20 juin 2011, le Contrôleur général des lieux des privations de libertés (CGLPL), M. Jean-Marie Delarue, a mis les pieds dans le plat, contre cette fracture numérique dont on ne parle pas :</p>
<p>« Pour que chaque établissement assure depuis ces locaux le lien avec les services en ligne (« internet »). (…) L’accès aux services de messagerie électronique doit également être assuré, dans les seules limites actuellement ouvertes par la loi pour les correspondances [lecture et contrôle de tous les messages entrants ou sortants, ndlr] ».</p>
<h2>Vecteur de droits</h2>
<p>Aux yeux du Contrôleur général, il faut franchir ce pas technologique. Pour Owni, il justifie sa prise de position, et égrène les potentialités et usages de l’outil Internet en milieu carcéral, rappelant que « jamais un juge n’a condamné quelqu’un à être privé d’Internet » :</p>
<blockquote><p>1/ Un instrument récréatif, bien sur : au même titre que la télévision, face à la triviale nécessité de « passer le temps »</p></blockquote>
<blockquote><p>2/ Un moyen d’expression de soi : « aujourd’hui en France, les détenus crèvent de ne pas pouvoir s’exprimer », assène-t-il. A ce titre, « l’accès à Internet est susceptible de faire évoluer considérablement la condition pénitentiaire », car il est vecteur de droits fondamentaux, tel le maintien des liens familiaux, enjeu central d’une détention ;</p></blockquote>
<blockquote><p>3/ Un outil de réinsertion : Internet doit pouvoir « compenser l’insuffisance du travail social en détention », et donner au détenu la possibilité de trouver job et logement, les deux piliers de leur réinsertion. Consulter les annonces de Pôle emploi, de logement, accéder aux services publics (santé, RSA, etc.), préparer son code la route, pour anticiper la sortie et responsabiliser « des détenus infantilisés en détention ».</p></blockquote>
<p>Mais les résistances demeurent fortes au sein de l’Administration pénitentiaire. Et une crispation, évidente, sur la question de la sécurité et du contrôle. Dans sa réponse du 7 juillet 2011 à l’avis du CPLG, le garde des Sceaux, Michel Mercier, tourne autour du pot, appelant à « l’introduction graduelle, maitrisée et contrôlée de certains aspects de la ‘société de l’information’ » en prison, tout en rejetant de fait l’accès à Internet et aux messageries électroniques, arguant d’une administration pénitentiaire qui <em>« n’est pas aujourd’hui en capacité, financièrement et humainement, de mettre en œuvre les mécanismes de contrôle ».<br />
</em></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-108454" title="prison-computer-control-ordinateur-internet-culture-2" src="http://owni.fr/files/2012/04/prison-computer-control-ordinateur-internet-culture-2.jpg" alt="" width="630" height="430" /></p>
<p>Pour le CGLPL, l’enjeu est supérieur au coût. Rappelons d’ailleurs que le même argument financier avait été invoqué en 1985 contre la télévision par l’Administration pénitentiaire (AP), avant que celle-ci n’intègre finalement le coût de l’investissement aux redevances des détenus, qui ont donc financé le dispositif.</p>
<h2>Les Cyber-bases® Justice : la quête d’un Internet inoffensif</h2>
<p>Et pourtant, « l’AP » a fait un premier pas. Des expérimentations ont été lancées, résultats d’un partenariat entre le Ministère de la Justice et la Caisse des dépôts et consignations signé en 2007 : les Cyber-bases® Justice. Soit 7 espaces numériques testés en milieu carcéral.</p>
<p>Un dispositif qui demeure particulièrement frileux et restrictif. « Les détenus ont accès à du contenu web, mais ne peuvent pas intervenir dessus : pas de clic droit, pas de moteur de recherche, pas de liens extérieurs cliquables ou de formulaires à remplir », explique Arnaud Bertrande, formateur informatique en prison. L’envoi de mails est lui aussi virtuel: « sur deux ordinateurs, une application simule l’envoi et la réception de courriels, d’un poste à l’autre ». Les vertus des Cyber-bases® Justice sont donc purement pédagogiques : le détenu pourra par exemple visiter le site de Pôle emploi sans toutefois s’y inscrire.</p>
<p>En d’autres termes, une façade d’Internet que les détenus peuvent contempler, mais dont la porte reste désespérément close. « Les participants viennent dans l’idée de surfer sur Internet pour s’évader, ils trouvent donc le dispositif insuffisant », concède Arnaud Bertrande. Reste que ce public « au niveau scolaire assez bas » y trouve autre chose, comme « l’écriture » et « le b.a.ba des logiciels informatiques ».</p>
<h2><em>« Paresse intellectuelle et précaution inutile »</em></h2>
<p>La sécurité justifie pour l’instant l’extrême prudence de l’expérience. Car Internet, c’est aussi le vivier de sites de propagande extrémistes, de manuels de fabrication d’armes artisanales, et un outil de communication avec l’extérieur qui inquiète le personnel pénitentiaire. Le précédent Fofana illustre le type de dérives que craint l’AP : l’ex-chef du « gang des barbares » est suspecté d’avoir posté, depuis sa cellule, une quinzaine de vidéos sur YouTube, fin 2011.</p>
<p><em>« Bien sûr que ça fait peur »</em>, témoigne Corinne Peltier, coordinatrice de la Cyber-base® justice de la maison d&#8217;arrêt de Gradignan (Gironde), saisissant l’exemple des forums en ligne, sur lesquels <em>« on retrouve n&#8217;importe qui, et n&#8217;importe quoi », et où « l’on peut imaginer qu&#8217;organiser son évasion est possible ».</em></p>
<p>La sécurité rythme le travail de cette contractuelle de l’AP, qui pilote une vingtaine d’intervenants à la Cyber-base® (enseignants, formateurs, bénévoles, et intervenants culturels). <em>« Tous les sites sont interdits, je ne fais qu&#8217;autoriser »</em>, explique-t-elle. Et pour autoriser, la demande remonte jusqu’au ministère, une navette qui prend « environ 6 mois ». Sa persévérance lui aura permis de réunir plusieurs centaines de références, de Wikipédia à la BBC, en passant par leboncoin.fr, Pôle emploi ou les Pages Jaunes. Tout site contenant des plans est en revanche recalé, à l’image de Mappy.com.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-108459" title="prison-computer-control-ordinateur-internet-culture" src="http://owni.fr/files/2012/04/prison-computer-control-ordinateur-internet-culture.jpg" alt="" width="709" height="510" /></p>
<p>Pour Jean-Marie Delarue, la phase expérimentale a assez duré : il faut la généraliser. Les prisons françaises ne peuvent plus se contenter d’un ersatz d’Internet, accessible dans 7 des 200 établissements pénitentiaires. La sécurité est un enjeu clé, convient-il, mais ne peut pas justifier l’inertie de l’Administration pénitentiaire, dont il dénonce <em>« le raisonnement de paresse intellectuelle et de précaution inutile » :<br />
</em></p>
<blockquote><p>Je crois que l’administration pénitentiaire, les élus politiques, ne se sont pas vraiment posé la question de savoir si l’on pouvait réellement contrôler Internet pour le rendre inoffensif. La sécurité a toujours raison. Et elle se moque des droits fondamentaux.</p></blockquote>
<p>Un élément non moins inattendu qu’une coupe du monde illustre l’urgence d’une décision sur ce sujet : les consoles de jeux. Tous les modèles de dernières génération (PS3, Xbox360, etc.) sont interdits car disposant d’une connectivité réseau, et les veilles consoles commencent à s’épuiser, faute de pièces de rechange. Autrement dit, la recréation favorite des détenus est en sursis, et les cellules grondent.</p>
<h2>L’AP : <em>« Rappelez dans trois mois »</em></h2>
<p>De fait, l’obstacle de la sécurité est franchissable. Le CGLPL préconise d’ailleurs l’usage d’Internet dans des salles prévues à cet effet, sous contrôle d’un surveillant, et en aucun cas en cellule, ainsi que le contrôle des emails entrants et sortants. <em>« D’un point de vue technique, sécuriser Internet pour l’adapter au milieu carcéral serait très simple »</em>, argue Mohamad Badra, chercheur au CNRS (Laboratoire LIMOS) et spécialiste de la sécurité d’Internet. La mise en place d’un proxy, intermédiaire filtrant entre le client (le détenu) et le serveur, permet d’exclure les sites prohibés, sur le modèle du contrôle parental. Idem pour les forums.</p>
<p><em>« Des systèmes de détection de mots interdits sont également très efficaces, qui alertent le contrôleur en cas de saisie »</em>. Et Mohamad Badra de comparer le dispositif à celui d’un café internet :</p>
<blockquote><p>l’essentiel est de sécuriser la machine, en protéger l’accès administrateur, pour que personne ne puisse modifier paramètres et détourner les proxy.</p></blockquote>
<p>Jointe par téléphone, la Direction de l’Administration pénitentiaire déclare qu’elle n’est <em>« pas au point sur le sujet »</em>, et invite à <em>« rappeler dans trois mois »</em>.<br />
<em><br />
« La pénitentiaire dira toujours non »,</em> confie, fataliste, Jean-Marie Delarue. <em>« C’est le politique qui doit franchir le pas ».</em> Internet attend son Badinter pour avoir, enfin, droit de cité derrière les barreaux.</p>
<hr />Illustrations et photos sous licences Creative Commons par<a href="https://secure.flickr.com/photos/nuridao/galleries/72157629568466818/"> Larskflem, Ti.Mo, Heretakis via Flickr</a><br />
Références :<br />
<a href="http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2009/2009-580-dc/communique-de-presse.45951.html">Avis du Conseil Constitutionnel sur l’accès à internet </a><br />
<a href="http://www.cglpl.fr/wp-content/uploads/2011/07/Avis-JO_informatique_20110712.pdf">Avis du CGLPL du 20 juin 2011 (PDF) </a><br />
<a href="http://www.cglpl.fr/wp-content/uploads/2011/07/AVIS_informatique_obs-justice_201107071.pdf">Réponse du garde des Sceaux au CGLPL (PDF)</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;état du prisonnier français</title>
		<link>http://owni.fr/2011/12/08/prisons-detenus-infographie-bracelet-electronique/</link>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 11:25:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Alonso</dc:creator>
				<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Inédit]]></category>
		<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Pouvoirs]]></category>
		<category><![CDATA[Process éditorial]]></category>
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		<category><![CDATA[prison]]></category>

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		<description><![CDATA[Les prisons françaises explosent. Pour comprendre, OWNI et WeDoData plongent dans le système carcéral. Une enquête graphique sur les détenus qui remplissent les cellules des prisons.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="color: #888888;">Dans l&#8217;application ci-dessus, passez le curseur sur les divers thèmes (femmes, jeunes, peines, étrangers, cellule, suicides) pour afficher les informations relatives. Cette application est tirée d&#8217;une infographie réalisée par <a href="http://www.facebook.com/WeDoData">WeDoData</a> en partenariat avec OWNI pour le numéro 10 </span></em><span style="color: #888888;"><em>du mensuel</em> Snatch<em>, dans les kiosques samedi 10 décembre. Dans un dossier de 60 pages, le magazine s’est penché sur les prisons : rencontre avec Patrick Dils, enquête sur la perpétuité et les tatouages en milieu carcéral, <a href="http://owni.fr/2011/12/08/snatch-prisons-alternatives/">tour d’horizon des alternatives</a> (plus ou moins) surprenantes à l’étranger.</em></span></p>
<hr />
<p><em>&#8220;C&#8217;est tout le système pénitentiaire qui est en sur-chauffe&#8221;</em> se désole Alexis Saurin, président de la Fédération des Associations Réflexion-Action, Prison Et Justice (<a href="http://farapej.fr/FrameIndex.php">Farapej</a>). Les prisons françaises sont pleines, <a href="http://owni.fr/2011/12/07/prison-carte-surpopulation-carcerale-france/">surpeuplées même</a>. Le 1er novembre 2011, 73 149 personnes étaient sous écrou en France, dont 64 711 détenus.</p>
<p>La différence s&#8217;explique par les condamnés à un placement sous surveillance électronique (PSE), indique Pierre Fournier, chercheur au CNRS. Cette utilisation du bracelet électronique a explosé depuis 10 ans, mais sans le suivi nécessaire, condition de son efficacité. Alexis Saurin regrette le manque d&#8217;accompagnement :</p>
<blockquote><p>Le suivi est insuffisant sur les PSE. Sans suivi, il y a un risque de récidive.</p></blockquote>
<p>Le PSE fait parti des dispositions visant à aménager les peines, et à diminuer la pression à l&#8217;intérieur des murs des prisons. Au même titre que la liberté conditionnelle, le bracelet électronique devait remplacer des peines d&#8217;enfermement. Le 1er novembre 2001, trois personnes étaient placées sous surveillance électronique. Elles sont 7 386 aujourd&#8217;hui. En dix ans, le nombre de PSE a crû de façon constante, avec une accélération en 2011. Les placés sous surveillance électronique représentent aujourd&#8217;hui près de 10% des personnes sous écrou (intra et extra muros).</p>
<p>Dans <a href="http://www.oip.org/index.php/component/k2/item/968-le-rapport-les-conditions-de-d%C3%A9tention-en-france-loutil-pour-savoir-et-faire-savoir">un rapport sur les conditions de détention</a> en France, publié le 2 décembre, l&#8217;Observatoire international des prisons (OIP) s&#8217;inquiète du projet de loi de programmation sur l&#8217;exécution des peines qui <em>&#8220;sous-tend un renoncement à l&#8217;exécution des courtes peines en milieu ouvert&#8221;</em>.</p>
<p><em><span style="color: #888888;"><a href="http://owni.fr/files/2011/12/img-prisonniers2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-89627" title="img-prisonniers2" src="http://owni.fr/files/2011/12/img-prisonniers2-e1323270496193.jpg" alt="" width="640" height="221" /></a></span></em></p>
<p>En milieu fermé, trois personnes sur 100 sont des femmes, un est condamné à perpétuité, 18 sont des étrangers et huit ont moins de 21 ans. En creux se dessine le portrait-type d&#8217;un détenu : un homme de 36 ans, de nationalité française. La durée des peines tend à s&#8217;allonger. Majoritairement inférieures à un an dans les années 1970, elles durent cinq ans et plus dans les années 2000.</p>
<h2>121 suicides en 2010</h2>
<p><em>&#8220;On meurt dans les prisons françaises&#8221;</em> écrivait le 25 novembre dernier <a href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/25/on-meurt-dans-les-prisons-francaises_1609260_3232.html"><em>Le Monde</em></a> dans son éditorial. 121 personnes se sont suicidées en 2010. Dans la revue, <em>Arpenter le Champ Pénal</em>, Pierre Tournier détaille :</p>
<blockquote><p>Parmi les 121 suicides sous écrou recensés, 12 se sont déroulés hors détention : six sous placement sous surveillance électronique (PSE), trois lors d&#8217;une permission de sortir ou dans le cadre d&#8217;un placement extérieur et trois à l&#8217;hôpital.</p></blockquote>
<p>Soit 109 suicides en détention stricto sensu, précise Pierre Tournier. Parmi eux, cinq mineurs. Un chiffre <em>&#8220;considérable&#8221;</em> rapporté à la population des mineurs sous écrou, écrit le chercheur. L&#8217;Observatoire international des prisons relève que &#8220;<em>la fréquence des suicides (un tous les trois jours) et le taux de mortalité par suicide (14,6 pour 10 000 placements) sont dramatiquement identiques&#8221;</em> en 2003 et en 2010 malgré la mise en œuvre de programmes de prévention en 2004 et 2009.</p>
<p><em><span style="color: #888888;"> </span></em></p>
<hr />Retrouvez <a href="http://owni.fr/navigation-temporelle/?jour=9&amp;mois=12&amp;annee=2011">notre Une</a> sur les prisons :</p>
<ul>
<li><a href="http://owni.fr/2011/12/07/prison-carte-surpopulation-carcerale-france/">La France carcérale</a></li>
<li><a href="http://owni.fr/2011/12/08/snatch-prisons-alternatives/">Bizarres mitards</a></li>
</ul>
<p>Photographie de Une © <a title="Aimée Thirion" href="http://www.athirion.com/">Aimée Thirion</a></p>
<p>Enquête graphique (app et infographie) réalisée par <a href="http://www.facebook.com/WeDoData">We Do Data</a> avec OWNI<em> </em>en partenariat avec le magazine <em><a href="http://snatch-mag.com/">Snatch</a> </em>qui consacre son dossier au prison dans son numéro 10, dans kiosques à partir de samedi<em> </em>10 décembre<em>.</em></p>
<p>OWNI<em> </em>avait consacré <a href="http://owni.fr/navigation-temporelle/?jour=24&amp;mois=11&amp;annee=2010">un dossier</a> sur les alternatives à la prison en novembre 2010.</p>
<hr />Précision : Le 1er novembre, le nombre de détenus dormant sur un matelas à même le sol était de 446, soit quatre de plus par rapport à juin 2011.</p>
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		</item>
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		<title>Drôles de prisons</title>
		<link>http://owni.fr/2011/12/08/snatch-prisons-alternatives/</link>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 08:21:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thomas De Ambrogi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cross-post]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Pouvoirs]]></category>
		<category><![CDATA[Process éditorial]]></category>
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		<category><![CDATA[Snatch]]></category>

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		<description><![CDATA[La vie tragique du prisonnier n'est pas une fatalité. Sauf en France. Ailleurs, des initiatives étonnantes essaiment. Luxe, ornithologie, autogestion... Tour d'horizon de prisons innovantes, avec le magazine Snatch. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #888888;"><em>Cet article paraîtra samedi 10 décembre dans le numéro 10 du bimestriel Snatch</em></span><em><span style="color: #888888;"> dont OWNI est partenaire. Dans un dossier de 60 pages, le magazine s’est penché sur les prisons : rencontre avec Patrick Dils,  enquête sur la perpétuité et les tatouages en milieu carcéral&#8230; OWNI et <a href="http://www.facebook.com/WeDoData">WeDoData</a> ont réalisé une enquête graphique <a href="http://owni.fr/2011/12/07/prison-carte-surpopulation-carcerale-france/">sur la France carcérale</a> et <a href="http://owni.fr/2011/12/08/prisons-detenus-infographie-bracelet-electronique/">l&#8217;état du prisonnier français</a> : les infographies sont à découvrir dans </span></em><span style="color: #888888;">Snatch<em> et</em></span><span style="color: #888888;"><em> les cartes interactives sur OWNI /-).</em><br />
</span></p>
<hr />Avis aux ennuyés des cellules et autres limeurs de barreaux, voilà une liste non exhaustive des prisons qui ont le mérite d&#8217;être particulières, au-delà de nos frontières. Histoire de voir un peu ce qui se fait ailleurs.</p>
<h2>Le luxe en Océanie et Asie</h2>
<h3>Comme à l&#8217;hôtel à Jakarta, Indonésie [1]</h3>
<p>Au placard, tout  est négociable. Surtout en Indonésie, où des  traitements très spéciaux  sont appliqués aux détenus qui ont les moyens  de se les offrir. C&#8217;est  comme ça que Artalyta Suriyani, une influente  femme d&#8217;affaire du pays  purge aujourd’hui ses cinq années de prison –  elle a été condamnée dans  une affaire de corruption – dans une grande  pièce avec table basse,  canapé pour chiller et écran plat. Elle dispose  même d&#8217;une salle de  bain et d&#8217;un coin cuisine. Et le room service ?</p>
<h3>Private Taule à Somang, Yeoju, Corée du Sud [2]</h3>
<p>C&#8217;est la première prison privée du pays. Fruit d’un partenariat entre  l’État et une fondation protestante, cette prison se singularise en  dispensant un enseignement et une étude complète des valeurs chrétiennes  aux détenus. Derrière les barreaux, ça catéchise sévère. Le but de  cette affaire est de spiritualiser et apaiser les cœurs des prisonniers  pour diminuer le risque de récidive. Miracle, ce dernier n’excède pas  les 6% à la sortie. Curiosité, on notera que parmi les communiants, on  ne trouve ni dealers, ni gangsters. Pas de repentir pour ces derniers ?</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="Océanie_asie" src="../files/2011/12/Oc%C3%A9anie_asie-e1323275422477.jpg" alt="" width="640" height="426" /></p>
<h3>Jailhouse Rocks à Cebu, Philippines [3]</h3>
<p>Pendant que les détenus des prisons <em>« normales »</em> soulèvent de  la fonte, tapent des dunks ou se plantent au cutter,  leurs homologues de  la prison de Cebu apprennent à danser. Une idée de  la réinsertion pour  le moins originale : danser tous ensemble sur de la  pop music. Célèbres  pour leur vidéo de danse sur Thriller en hommage à  Michael Jackson, les  mille cinq cents agités de Cebu font des  représentations publiques à des  fins humanitaires, avec photos et  dédicaces de tee-shirts pour les  spectateurs. Et en sortant,  embarquement chez Kamel Ouali ?</p>
<h2>Au Cap, la réhabilitation par l&#8217;élevage d&#8217;oiseaux</h2>
<h3>Oiseaux en cage à Pollsmoor, Le Cap, Afrique du Sud [4]</h3>
<p>Au bout du bout du monde, la prison de Pollsmoor applique un  programme de réhabilitation de haut vol. En acceptant de renoncer aux  gangs et aux clopes, des promotions de douze détenus à la conduite  irréprochable peuvent s’initier à l&#8217;élevage des oiseaux et ainsi  découvrir une nouvelle grille de lecture du monde. Le concept a pour but  d&#8217;adoucir les mœurs des prisonniers : en prenant soin des oiseaux, ils  apprennent à prendre soin d&#8217;eux. Coucou les tout doux. Privilège ultime  des apprentis ornithologues : des chambres individuelles de 6m². Cinq  étoiles.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="afrique" src="../files/2011/12/afrique-e1323275398838.jpg" alt="" width="640" height="426" /></p>
<h2>L&#8217;Europe et ses prisons atypiques</h2>
<h3>Détenus en Transe à Pozzale, Empoli, Italie [5]</h3>
<p>La vie entre les barreaux, Johnny Cash aurait pu confirmer, ce n’est  pas la joie. Et le problème s&#8217;aggrave lorsque l’on est en faible  minorité parmi les méchants prisonniers. À chaque problème sa solution.  Quand la prison pour toxicomanes de Pozzale affiche un nombre de détenus  presque nul, autant remplir les cellules avec les prisonniers  transsexuels d&#8217;Italie. Normal. L&#8217;endroit est maintenant exclusivement  réservé à ces derniers, améliorant ainsi les conditions carcérales d&#8217;une  communauté trop opprimée.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="europe" src="../files/2011/12/europe-e1323287435400.jpg" alt="" width="660" height="440" /></p>
<h3>Prison de retraite à Singen, Allemagne [6]</h3>
<p>Au centre d&#8217;un quartier résidentiel du sud de l&#8217;Allemagne se dressent deux étages enceintés d&#8217;un mur haut de cinq mètres. Pas de barbelés et peu de précautions de sécurité. Il s’agit ici d’une prison pour seniors. La vie carcérale y est largement améliorée : les cellules restent ouvertes, l&#8217;hygiène est au top et le travail facultatif. Un tel endroit est une chance pour ces détenus qui, dans une banale prison, <em>« seraient réduits à cirer les pompes des autres »</em> comme le souligne Thomas Maus le directeur de l’établissement. Pas malheureux les petits vieux.</p>
<h3>Chambre Double à Sark, Guernesey, Royaume Uni [7]</h3>
<p>La plus petite prison du monde. Située sur l’île anglo-normande de Guernesey, la prison de Sark érigée en 1856 offre de la place pour tout juste deux personnes. Sark ressemble d’ailleurs plus à une guérite en briques rouges, démunie de fenêtre, qu&#8217;à une véritable prison. Devenu un spot touristique, l&#8217;endroit fait office de lieu d’appoint, une nuit de détention pour les fouteurs de troubles et basta. Et pour ceux qui osent récidiver après une nuit dans ce cagibi, c’est le transfert illico vers une prison digne de ce nom.</p>
<h2>Les extrêmes de l&#8217;Amérique</h2>
<h3>Prison City à San Pedro, La Paz, Bolivie [8]</h3>
<p>A l’intérieur de cette prison autogérée, on trouve un hôtel, des églises, des magasins, mais pas un seul maton. Véritable ville dans la ville, San Pedro abrite mille six cents détenus qui ont le droit de vivre avec leurs familles. Comme dans toute micro-société, les détenus doivent trouver un gagne-pain. Les plus riches peuvent se payer une cellule de luxe sur plusieurs étages, là où les plus pauvres s&#8217;entassent à vingt par chambre. Dans ce haut lieu touristique (d&#8217;où l&#8217;hôtel), un labo produisant soit disant <em>« la meilleure cocaïne du monde »</em> a récemment été démantelé.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="amériquedusud" src="../files/2011/12/am%C3%A9riquedusud-e1323275482109.jpg" alt="" width="640" height="426" /></p>
<h3>Barbus au mitard à Wallens Ridge, Virginie, Etats-Unis [9]</h3>
<p>Cette prison impose des règles drastiques aux détenus chevelus ou barbus. Le rasage est obligatoire à l&#8217;arrivée des prisonniers, question d&#8217;hygiène et de sécurité : <em>« Ils pourraient cacher des armes dans leur barbes »</em> raconte-t-on à Wallens Ridge. Les têtus refusant de suivre ce programme sont isolés au mitard, privés de tout. Une injustice criante, évidemment, pour les indomptables croyants – rasta, islam ou le culte viril du poil – dont la foi tolère assez mal qu’ils se coupent la barbe.</p>
<h3>Gangs en stock à Pelican Bay, Californie, Etats-Unis [10]</h3>
<p>Quand on nous dit Pelican Bay, on imagine des palmiers et des verres  glacés de Pinacolada. Wrong ! Pelican Bay est juste la prison la plus  dangereuse des États-Unis. Avec mille cinq cents gardiens pour trois  mille deux cents détenus, l&#8217;endroit est une jungle où les blessés sont  quotidiens et les morts hebdomadaires. Pas étonnant dans une prison où  les détenus sont tous affiliés à un gang. Quant aux nouveaux, plus  faibles, ils doivent vite se résoudre à se faire recruter, vu l&#8217;absence  de choix à disposition. Prison mentale derrière les barbelés, la loi du <em>« blood-in blood-out »</em> oblige même les détenus à rester membre de leurs gangs après leur sortie. Pas glop.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-89650" title="amériquedunord" src="http://owni.fr/files/2011/12/amériquedunord-e1323287623947.jpg" alt="" width="640" height="426" /></p>
<h3>Service pénitentiaire à Edmonton Canada [11]</h3>
<p>Inaugurée en 1949 et destinée à réhabiliter les soldats canadiens dans l&#8217;exercice des leurs fonctions, la caserne de détention des forces canadiennes (CDFC) est l&#8217;unique prison militaire du pays. Le régime y est drastique : exercices et entraînements militaires tous les jours. Pour éviter les conflits, les détenus ont interdiction de se parler, de fumer, de lire ou d&#8217;appeler leurs proches. La vie est dure pour les bidasses, mais <em>« quand ils retournent dans leur base, ce sont de meilleures personnes et de meilleurs soldats. »</em> explique le Major Taylor, actuel responsable des lieux. On n’en doute pas chef.</p>
<hr />Article publié dans le magazine <em><a href="http://snatch-mag.com/">Snatch</a> </em>qui consacre un dossier aux prisons dans son numéro 10, dans les kiosques à partir de samedi<em> </em>10 décembre<em>.</em></p>
<p>Retrouvez <a href="http://owni.fr/navigation-temporelle/?jour=9&amp;mois=12&amp;annee=2011">notre Une</a> sur les prisons :</p>
<ul>
<li><a href="../2011/12/07/prison-carte-surpopulation-carcerale-france/">La France carcérale</a></li>
<li><a href="http://owni.fr/2011/12/08/prisons-detenus-infographie-bracelet-electronique/">L&#8217;état du prisonnier français<br />
</a></li>
</ul>
<p>Photographie de Une © <a title="Aimée Thirion" href="http://www.athirion.com/">Aimée Thirion</a></p>
<p>Illustrations de Majan Dutertre © pour Snatch.</p>
<p>OWNI<em> </em>avait consacré <a href="http://owni.fr/navigation-temporelle/?jour=24&amp;mois=11&amp;annee=2010">un dossier</a> sur les alternatives à la prison en novembre 2010.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;antiterrorisme tient sa nouvelle victime</title>
		<link>http://owni.fr/2011/09/19/lantiterrorisme-tient-une-nouvelle-victime/</link>
		<comments>http://owni.fr/2011/09/19/lantiterrorisme-tient-une-nouvelle-victime/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 19 Sep 2011 14:26:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Alonso</dc:creator>
				<category><![CDATA[Antiterrorisé]]></category>
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		<category><![CDATA[terrorisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Deux ans après son arrestation, le physicien Adlène Hicheur devrait demeurer en détention provisoire pour des faits de terrorisme qui restent à prouver. Ses proches pointent les lacunes d'un dossier ficelé par l'antiterrorisme français. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-79930" title="Hicheur santé2" src="http://owni.fr/files/2011/09/Hicheur-santé2-e1336154743831.jpg" alt="" width="640" height="426" /></p>
<p>Malgré l&#8217;absence d&#8217;éléments matériels, le physicien <a href="http://owni.fr/2011/09/05/adlene-hicheur-cern-terrorisme/" target="_blank">Adlène Hicheur</a> devrait voir son mandat de dépôt prolongé par le juge des libertés, lors d&#8217;une audition prévue ce mardi 20 septembre. Le chercheur entamera donc prochainement sa troisième année de prison.</p>
<p>Arrêté le 8 octobre 2009, ce physicien de l&#8217;Organisation européenne pour la recherche nucléaire, le Cern, est mis en examen pour association de  malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Il est accusé d&#8217;avoir  échangé des messages sur Internet avec un membre supposé d&#8217;Al Qaida au Maghreb Islamique. Deux ans après, personne d&#8217;autre n&#8217;a été mis en examen dans cette affaire. Celui qui est présenté par l&#8217;accusation comme son interlocuteur, Mustapha Debchi, a été arrêté début février en Algérie. Aucun élément nouveau n&#8217;a été versé au dossier depuis.</p>
<h2>Nouveau renouvellement</h2>
<p>Ses avocats et ses proches ne se font aucune illusion quant à la décision de demain. Le prolongement de  son mandat de dépôt rythme la détention d’Adlène Hicheur tous les quatre  mois depuis deux ans. Le débat contradictoire en présence du juge des  libertés, du prévenu et de ses défenseurs devrait aboutir, demain, à un  renouvellement malgré les alternatives envisagées et un état de santé dégradé.</p>
<p><em>“Il est affaibli, il marche avec une canne”,</em> nous a  confié Me  Baudouin, l’un de ses avocats. Avant son arrestation, au printemps 2009,  il avait été  hospitalisé plusieurs mois en vue d’une intervention  chirurgicale,  finalement annulée. Pendant sa garde à vue, il n’avait pu  porter la  ceinture lombaire et avait effectué son transfert à Paris,  500 km assis dans un véhicule,  quand les médecins lui recommandaient la  position debout ou couché. Et  c’est couché au sol dans sa cellule  qu’il avait fini sa garde à vue  rappelle son frère, Halim.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 660px"><img title="Hicheur santé" src="../files/2011/09/Hicheur-sant%C3%A9.jpg" alt="" width="650" height="433" /><p class="wp-caption-text">La prison de Fresnes</p></div>
<p>Une  première expertise médicale conclut le 17 décembre 2009, deux  mois  après son arrestation, à la compatibilité de son état de santé  avec une  incarcération. Ce que ses avocats ont contesté, jusque devant  la Cour de  Cassation. Dans les arrêts <a href="http://www.legifrance.com/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000023869053&amp;fastReqId=388803055&amp;fastPos=1">du 15 mars</a> et <a href="http://www.legifrance.com/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000024366563&amp;fastReqId=600342746&amp;fastPos=1#">du 15 juin 2011</a>,  les magistrats de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire  rappellent les arguments de la chambre de l’instruction :</p>
<blockquote><p>Sur l’état de  santé de M. X (Adlène Hicheur),  l’intéressé est suivi régulièrement en  détention et y reçoit les soins  appropriés à son état (&#8230;) il est pris  en charge par les médecins  intervenants dans les établissements  pénitentiaires et ne produit aucun  certificat médical révélant un  changement de sa situation.</p></blockquote>
<p>Le 3 mai 2011, un certificat médical  établissait que <em>“les pathologies chroniques ont un retentissement  psychologique accentué par la détention”</em>.</p>
<h2>Vingt demandes refusées</h2>
<p>Plus de vingt demandes ont été déposées par ses avocat. Toutes ont été refusées, y  compris le placement sous bracelet électronique alors que  les conditions  étaient réunies. En  juin 2010, le service pénitentiaire d’insertion et de probation  (Spip) a  mené une enquête en vue d’un placement en liberté  conditionnelle sous  bracelet électronique. Adlène Hicheur pouvait être  hébergé par un membre  de sa famille en Seine-Saint-Denis, à  proximité d’un lieu de  soins.</p>
<p>Réalisée en lien avec les forces de police  dont le domicile dépend,  l’enquête a conclu à la possibilité technique  de mettre en place un tel  dispositif. Mais la question des horaires de  pointage au commissariat  n’a pas été traitée. Et c’est ce point qui a  justifié le refus du juge  des libertés, en juillet 2010, de mettre fin à  la détention à la  centrale de Fresnes.</p>
<p>La chambre de l’instruction a justifié ses rejets de remise en liberté par des motifs généraux comme le montre <a href="http://www.legifrance.com/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&amp;idTexte=JURITEXT000024366563&amp;fastReqId=600342746&amp;fastPos=1#">l’arrêt de la Cour de Cassation</a> du 15 juin 2011. Le maintien en détention vise à <em>“mettre fin à l’infraction et [à] empêcher  son renouvellement”</em>, à  <em>“garantir son maintien à la disposition de la justice”</em> et prévenir toute  fuite à l’étranger <em>“compte tenu de la double nationalité du mis en  examen [et]</em><em> “du fait qu’il soit coutumier des voyages à l’étranger”</em>. Son  maintien enfin vise à <em>“empêcher une  concertation frauduleuse avec les co-auteurs ou les complices”</em>.</p>
<hr />Crédits photo CC Wikimedia Commons by-sa <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Fresnes_Prison_08.jpg">Lionel Allorge</a> / FlickR CC by <a href="http://www.flickr.com/photos/vectorportal/5718613730">Vectorportal</a></p>
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		<title>&#8220;Enfermer des gens en prison et les priver de sexe est un acte criminel&#8221;</title>
		<link>http://owni.fr/2011/03/29/enfermer-des-gens-en-prison-et-les-priver-de-sexe-est-un-acte-criminel/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Mar 2011 09:30:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Linda Maziz (Zélium)</dc:creator>
				<category><![CDATA[Best-Of]]></category>
		<category><![CDATA[Cross-post]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<category><![CDATA[sexualité]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien avec Jacques Lesage de La Haye, ancien prisonnier doctorant en psychologie. Il dénonce la négation en France d'un droit fondamental : celui d'avoir une vie sexuelle et affective en prison. Un constat dramatique, qui résulte de choix politiques populistes. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-53972" src="http://owni.fr/files/2011/03/prison.jpg" alt="" width="639" height="426" /></p>
<p>Jacques  Lesage de La Haye, 72 ans, ex-taulard et doctorant en psychologie, dénonce depuis  plus de quarante ans le caractère destructeur de l’univers carcéral. À  commencer par la privation de relations affectives et sexuelles en détention qu’il considère comme <em>&#8220;une castration pure et simple de l’être humain&#8221;</em>.</p>
<p>Assimilée aux châtiments corporels,  dénoncée par la Commission européenne des droits de l’Homme, le comité  européen pour la prévention de la torture et des peines  ou traitements inhumains et dégradants, la privation de sexe  engendre chez les détenus des dégâts considérables, identifiés et connus  depuis bien longtemps par les autorités publiques.</p>
<p>Et pourtant, la France, dans ce domaine, fait toujours figure de lanterne rouge. Une  actualité toute relative (une     entreprise qui voulait offrir mille sextoys à des taulardes pour  leur Saint-Valentin) nous a donné envie de remettre le sujet sur la  table.</p>
<p>Et pour en parler, on s’est évidemment adressé au grand spécialiste de la question. Rencontre avec l’auteur de <em>La Guillotine du sexe</em> et de <em>L’Homme de     métal</em>, et l’animateur de l’émission Ras-les-murs, diffusée chaque mercredi à 20h30 sur <em>Radio-Libertaire</em>.</p>
<div class="answer">Zélium : Pour la  Saint-Valentin, une entreprise a voulu offrir 1.000 sextoys à des  détenues, mais l’administration pénitentiaire a rétorqué <em>&#8220;que le     recours à cet accessoire relève de la sphère privée&#8221;</em> et que <em>&#8220;l’administration n’a pas à le proposer elle-même hors cadre de demandes expresses&#8221;</em>.<br />
Cette réponse, ça vous inspire quoi ?</div>
<p><strong>Jacques Lesage de La Haye :</strong> En l&#8217;occurrence, il s’agit d’un coup médiatique d’une entreprise qui a voulu tirer profit de la misère sexuelle en     prison pour essayer de récolter un nouveau marché. Déjà ça, c’est crapuleux.</p>
<p>Mais ce qui me scandalise le plus,  c’est que l’administration pénitentiaire ose donner une réponse aussi  lénifiante, hypocrite et ambiguë, laissant entendre que ce  type de commerce était possible dans l’enceinte de la prison.</p>
<div class="answer">L’administration n’a donc pas évolué sur la question du sexe en prison ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> Les  seuls progrès enregistrés à ce jour sont extrêmement partiels et  insuffisants. On est pourtant quelques-uns à harceler     l’administration sur cette question depuis quatre décennies, mais la  France en est toujours à un point qui est désespérément grotesque et  ridicule.</p>
<p>La problématique de la sexualité en  prison a été mise sur le tapis en 1971. À cette époque, il y avait déjà  25 où 30 pays qui s’étaient emparés du sujet à bras le corps.</p>
<p>Avec Michel Foucault et d’autres,  intellectuels et taulards, on a créé le Groupe Information Prison, qui a  posé le problème. Surtout moi, puisque c’était mon sujet  de thèse de doctorat de psychologie et que je voulais qu’on en parle  pour que ça change.</p>
<p>Je n’étais pas le seul à avoir  constaté les dégâts causés par la frustration affective et sexuelle.  Déjà, à ce moment-là, il était urgent de trouver des solutions     qui permettraient une prévention et une neutralisation de la  souffrance pour que les dégâts ne soient pas aussi considérables qu’ils  ne l’étaient.</p>
<div class="answer">C’était pas trop compliqué de mettre le dossier sur la table ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> La  sexualité en prison, ça a toujours été un sujet tabou qui met tout le  monde mal à l’aise. J’ai même des copains qui par souci     de dignité me disent <em>&#8220;moi j’ai fait 18 ans, j’ai pas eu de problèmes&#8221;</em>. Je trouve ça idiot, ce n’est parce qu’on est un homme, qu’on a pas de problèmes.</p>
<p>Et celui qui le tait est un  imposteur. Ça peut paraître dévalorisant de dire qu’on a souffert, qu’on  a été cassé, qu’on a eu du mal à s’en sortir mais ce n’est     qu’en disant la vérité qu’on pose le problème et qu’on peut trouver  des remèdes.</p>
<div class="answer">Qu’est-ce que vous avez entrepris ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> J’ai continué à m’occuper et à débattre de cette question-là, j’ai publié la première édition de <em>La Guillotine du sexe</em> en     1978 qui reprenait l’essentiel de ma thèse. Il y a eu ensuite la  commission architecture prison, où Badinter m’avait chargé en 1984-85  d’interviewer des prisonniers pour savoir s’ils souhaitaient     l’équivalent des parloirs intimes. Autant dire qu’on enfonçait une  porte ouverte, mais c’était une étape de plus qui amenait cette fois-ci  le problème au niveau gouvernemental.</p>
<p>Je me souviens notamment du directeur  du centre pénitentiaire de Mauzac en Dordogne qui avait appliqué nos  recommandations. Il avait demandé de son propre chef aux     gardiens de regarder par terre ou en l’air mais surtout pas à  l’intérieur lorsqu’ils surveillaient les parloirs. Derrière cette  consigne, il y avait le respect de l’intimité des gens. Sachant     qu’il n’y avait pas de regards inquisiteurs, les gens ont pu faire  l’amour. Je le sais parce que de septembre 86 à juin 89, il y eu la  naissance de huit &#8220;bébés parloirs&#8221;.</p>
<p>Ça s’est ensuite arrêté avec  l’arrivée d’une nouvelle directrice ultra-conservatrice qui s’est  empressée de suivre les directives de la droite. De nouveau et comme   partout ailleurs, s’ils étaient surpris, les prisonniers risquaient  d’être privés de parloir ou d’être mis au quartier disciplinaire.</p>
<div class="answer">Pourtant, depuis, il y a bien eu la mise en place des parloirs intimes, les unités de vie familiale ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> La première unité de vie familiale a été mise en route pour la première fois en 2003. Pour l’occasion, j’ai été invité sur un     plateau télé où on m’a demandé si j’étais content.</p>
<p>À ce moment là il y avait 187 prisons  et une seule équipée. On lance le combat en 1971. C’est déjà urgent et  ça devrait être fait depuis longtemps. On commence  seulement à les mettre en place en 2003 et on ose me demander si je  suis content ? Non, je ne suis pas content, je suis indigné, je suis  révolté, je suis scandalisé. Et aujourd’hui, on est en 2011, et les choses ont très peu avancé.</p>
<p>C’est une très belle vitrine, mais ce  n’est pas la panacée dont on parle. Soyons clairs, les unités de vie  familiale ne concernent que très peu d’établissements et  elles ne bénéficient qu’à un pourcentage infime de détenus. La  majorité n’en profite pas et la France continue de faire figure de  lanterne rouge.</p>
<p><a href="http://owni.fr/files/2011/03/Capture-d’écran-2011-03-29-à-11.22.32.png"><img class="alignnone size-full wp-image-54065" title="Des coeurs enfermés" src="http://owni.fr/files/2011/03/Capture-d’écran-2011-03-29-à-11.22.32-e1301391138373.png" alt="" width="640" height="420" /></a></p>
<div class="answer">Vous comparez la privation affective et sexuelle à la castration pure et simple de l’être humain ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> Enfermer  des hommes et des femmes dans les prisons et les priver officiellement  et matériellement de relations affectives et     sexuelles est un acte criminel. C’est quelque chose qui les castre,  qui les détruit et qui en fait, pour une partie d’entre eux, des obsédés  sexuels et affectifs.</p>
<p>Quand j’ai réalisé mon enquête à  Caen, la privation engendrait des conséquences incroyables. Un détenu  sur trois avait eu une ou plusieurs relations homosexuelles.   Évidemment, l’homosexualité me semble être une des choses les plus  naturelles, par contre je reste très réservé sur une homosexualité de  &#8220;circonstance&#8221; et donc forcée.</p>
<p>Quand on ne peut pas aller vers le  sexe qui nous est habituellement complémentaire, il est bien légitime de  retrouver ses partenaires sexuels chez des personnes du  même sexe. Il y en a qui y trouvent leur bonheur, mais pour  beaucoup, ça se fait dans un climat de honte, de colère, avec une  culpabilité prégnante et massive et, à l’intérieur de soi, une haine,     une rage et un réel désir de vengeance qui ne présagent pas de  lendemains qui chantent à la libération.</p>
<div class="answer">Quelles sont les autres conséquences ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> J’ai  relevé qu’il y avait aussi 97 % des détenus qui recourraient de manière  systématique à l’onanisme. J’ai des témoignages  de détenus qui se masturbent huit, dix fois en une journée, pendant  des mois et des années. Il faut voir à la longue dans quel état ils se  retrouvent.</p>
<p>D’autres avaient développé à  l’intérieur de la prison un comportement déviant que l’on va retrouver  ensuite à l’extérieur. Il y en avait qui faisaient de  l&#8217;exhibitionnisme à travers les barreaux en se persuadant qu’on les  observait, d’autres qui espionnaient des femmes avec des lunettes  optiques.</p>
<p>Je me suis aperçu qu’il existait des  tas de moyens de compensation et de substitution pour faire face à cette  frustration. Il y avait notamment un jardinier qui     était devenu le proxénète d’une truie et qui la louait aux détenus.  Il y avait aussi l’histoire d’un jeune qui avait attrapé une chatte et  qui avait agrandi son vagin avec un canif pour pouvoir  la violer, sans parler de celui qui avait éduqué un serpent pour  qu’il lui fasse des fellations&#8230;</p>
<p>Quand la relation qu’il peut y avoir  entre deux êtres humains prend la forme d’une simple éjaculation dans la  gueule d’un serpent, c’est bien que la personne en est  réduite psychologiquement, affectivement et émotionnellement à  quelque chose de l’ordre d’une désorganisation totale de son psychisme.</p>
<div class="answer">En gros, au lieu de réinsérer les détenus dans la société, on crée des monstres ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> C’est  sûr que si on veut décapiter symboliquement les être humains, les  décérébrer et les détruire émotionnellement et     affectivement, il suffit de les enfermer et de les priver de  sexualité pendant des années. C’est comme ça qu’on produit des robots et  des espèces de monstres détraqués.</p>
<p>Quand ils sortent, les détenus ne  sont plus dans le désir, mais dans le besoin. Le désir, c’est la  rencontre de l’autre, le besoin, c’est un manque viscéral qui     détruit le corps humain, qui écartèle le psychisme et qui rend la  relation pathologique.</p>
<p>Si on regarde les sujets &#8220;normaux&#8221;,  c’est-à-dire ceux qui ne sont pas des criminels sexuels, donc la grande  majorité des détenus, cette espèce de destruction  psychologique va créer un état permanent de surexcitation et de  frustration, que moi j’ai appelé le &#8220;syndrome de sursollicitation&#8221;.</p>
<p>En fait, ils sont tellement  sous-sollicités sur le plan affectif, émotionnel et donc sexuel, qu’une  fois sortis du contexte de l’isolement carcéral et remis en     circulation dans la société, ils ont l’impression d’être  sursollicités : une fille qui passe dans la rue, une publicité avec un  corps dénudé, un film avec une scène érotique, ça les perturbe     énormément, parce que ça les renvoie à leur frustration.</p>
<div class="answer">Et pour les criminels sexuels alors ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> Si  le sujet est de surcroît perturbé au départ, parce que c’est un  psychopathe, un paranoïaque ou un pervers, non seulement    il ne sera pas guéri en sortant, parce que quoi qu’on raconte dans  les médias, il ne sera pas suivi, mais en plus, cela va aggraver ces  désirs de vengeance et de haine.</p>
<p>Il faut d’ailleurs s’étonner qu’il y  en ait si peu qui récidivent. Bien souvent, ils sont dans l’incapacité  de recommencer, non pas parce qu’ils sont guéris, mais     parce qu’ils sont bien trop traumatisés, dans un état grave  d’angoisse, de désespoir, voire d’implosion psychologique.</p>
<p>Il y en a néanmoins qui récidivent et  on ne cite que ceux-là, pour nous faire croire que les prisons en sont  peuplées. Mais si on regarde la moyenne des peines, en     France, c’est huit mois et quelques jours, ce qui prouve bien que ce  ne sont pas eux qui sont les plus nombreux en prison.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-53979" src="http://owni.fr/files/2011/03/464874441_784dad1fcf_z.jpg" alt="" width="640" height="431" /></p>
<div class="answer">Tout ce que vous racontez, les politiques le savent très bien. Pourquoi les choses n’avancent pas ?</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> Pour  considérer les choses au point de vue politique, il faut s’intéresser  au sens politicien et non pas au sens de gestion   de la cité, qui serait une prise de conscience qui nous amène à  réfléchir collectivement sur la façon dont on va s’organiser  socialement.</p>
<p>La politique, c’est un désir de  pouvoir, d’argent, de notoriété et de reconnaissance. C’est quelque  chose qui monte à la tête, qui donne du prestige et un quotidien     sans le moindre souci matériel. Pour se faire élire et garder le  pouvoir, les politiciens savent qu’ils ont intérêt à caresser dans le  sens du poil une humanité peureuse, conservatrice et     moralisante. En gros, leur discours c’est : <em>&#8220;Vous avez peur ?  J’en ai conscience, mais ne vous inquiétez pas, je vais vous protéger.  Avec moi, vous serez en sécurité et d’ailleurs ce qui crée     l’insécurité, ce sont les jeunes, les étrangers, les drogués, les  homosexuels&#8221;</em>, et tout un tas de gens qui sont des boucs émissaires désignés.</p>
<p>Donc diviser pour mieux régner,  mettre de la discorde et ensuite apparaître comme le sauveur. Ces  stratégies font que sont élus successivement des droites très     réactionnaires et des gauches conservatrices obligées de s’aligner  sur le moule sécuritaire pour s’attirer les faveurs des électeurs.</p>
<div class="answer">C’est pas ça qui va aider à faire baisser le taux de récidive&#8230;</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> Si  au lieu d’augmenter les effectifs de surveillants dans les prisons pour  faire plaisir à l’opinion publique, on se disait,     il faut multiplier les alternatives à la prison, prévoir davantage  d’éducateurs, de psychologues et de travailleurs sociaux pour les aider à  surmonter leurs problèmes psychologiques, à acquérir     de la culture, à préparer des professions, c’est sûr qu’il y aurait  beaucoup moins de récidive.</p>
<p>On a des exemples d’expériences  menées dans d’autres pays, où les taux de récidives ont dégringolé.  Manque de chance, ce sont des solutions humanistes,     progressistes et futuristes, donc on va les décréter &#8220;utopistes&#8221;.  Peut-être qu’elles le sont aujourd’hui, mais comme toujours avec  l’utopie, c’est ce qui est impossible aujourd’hui et possible  demain.</p>
<p>À partir de là, ceux qui sont élus  sont représentatifs d’une opinion publique caressée dans le sens de sa  propre peur. C’est pour ça qu’on se retrouve avec des gens     très agressifs, rigides et autoritaires comme Hortefeux, Sarkozy,  MAM, Rachida Dati&#8230; Des gens qui n’ont aucune réflexion, aucune  prospective, aucune espérance en l’être humain, aucun sens de     l’entraide et de la solidarité. L’inconvénient, c’est que ces  politiques à courte vue sont celles qui fabriquent de la récidive.</p>
<div class="answer">Et c’est mal parti pour s’arranger&#8230;</div>
<p><strong>J. L. de La H. :</strong> Effectivement.  Les États-Unis, qui détiennent le record du monde, avec plus de 2  millions de détenus, nous proposent un     modèle qu&#8217;on est en train d’enfourcher comme un dada : les prisons  privées, un formidable système pour permettre que les prisons soient  rentables.</p>
<p>En gros, on laisse la construction,  la gestion, la logistique et l’intendance à des entreprises type  Bouygues, La Lyonnaise des eaux ou la Sodexo et il n’y a au  fond plus que la surveillance qui reste la propriété de  l’administration pénitentiaire.</p>
<p>Autant dire que si les prisons sont  confortées par des idées capitalistes de rentabilité, c’est évident que  la logique moralisante et sécuritaire ne va pas     s’arrêter comme ça. Au contraire. Alors c’est sûr que les centres  privés apportent un confort incontestable par rapport aux prisons  classiques. Mais, c’est encore moins la prise en compte de     l’intérêt des individus, parce que c’est de la recherche de  rentabilité.</p>
<p>On a l’impression d’avoir des  conditions plus favorables parce qu’il y a un frigo et une douche dans  la chambre ou parce qu’il y a une carte d’identité interne     bidon, mais pour moi, cet enfermement, c’est le même, sauf qu’il est  plus pervers, parce qu’il est moins brutal et moins frontal.</p>
<p>En vérité, l’incarcération devient  totalement inhumaine, puisque tout est informatisé et électronique, et à  la fin les types ne s’en sortiront pas mieux que ceux     qui sont passé par les prisons d&#8217;État, parce que ce n’est qu’une  espèce de soumission à l’autorité par le biais d’un confort économique.</p>
<p><strong>Propos recueillis par Linda Maziz</strong></p>
<p>&#8212;</p>
<p>Billet initialement publié sur <a href="http://www.leblogdezelium.info/article-en-plus-du-papier-zelium-n-2-interview-de-jacques-lesage-de-la-haye-69441623.html">le blog du journal satirique <em>Zélium</em> </a></p>
<p>Image CC Flickr <a href="http://www.flickr.com/photos/irteza/">Colourless Rainbow</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/yourplace/">lucborell</a> et <a href="http://www.flickr.com/photos/spacelion/">Gueorgui Tcherednitchenko</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/tofsrud/">etgeek (Eric)</a></p>
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		<title>Prison automate: l&#8217;exemple d&#8217;une gare</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Feb 2011 13:28:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Noël Lafargue</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En prenant pour exemple la rénovation d'une gare du Val d'Oise, Jean-Noël Lafargue explique comment les machines peuvent nous prendre en otage et en quoi leur mise en place n'est pas neutre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Après de longs mois de travaux, la gare de <a href="http://maps.google.fr/maps?q=cormeilles-en-parisis&amp;ie=UTF8&amp;hq=&amp;hnear=Cormeilles-en-Parisis,+Val-d'Oise,+Ile-de-France&amp;gl=fr&amp;ll=48.968837,2.213016&amp;spn=0.023721,0.066047&amp;t=h&amp;z=15">mon modeste et bucolique village du Val-d’Oise</a> a été complètement ré-agencée.</p>
<p>La comparaison entre « avant » et « après » me semble très instructive à faire en ce qu’elle témoigne des changements opérés dans les rapports entre la société des chemins de fer, ses usagers et ses employés.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46671" title="Portillons de la gare de Cormeilles" src="http://owni.fr/files/2011/02/portillons_cormeilles.jpeg" alt="" width="640" height="346" /></p>
<p>Je ne suis pas certain que mes schémas seront très clairs et je sais qu’ils ne sont pas très exacts.</p>
<p>Le premier dessin (ci-dessous) montre la gare avant les travaux. Depuis la rue, on accédait librement aux voies, c’était à chacun de prendre la responsabilité du compostage du billet, comme sur les quais des grandes gares parisiennes. On pouvait aussi accéder à l’intérieur de la gare, dont le gros de la surface était occupé par le personnel de la SNCF, réparti en deux guichets et un bureau de réservation grandes lignes, bureau qui avait déjà été fermé plusieurs mois avant le début des travaux et qui avait été remplacé par un automate capricieux : « si vous voulez acheter un billet grandes lignes au guichet, il faut aller à <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=13355">Argenteuil</a> [5km] ou à Paris [15km]. »</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46672" title="Plan de la gare avant rénovation" src="http://owni.fr/files/2011/02/carte_gare_old.png" alt="" width="530" height="233" /></p>
<p>Après les travaux (ci-dessous), la gare a été vidée des agents, il ne reste qu’un unique guichet, fréquemment fermé. L’espace de services a été transformé en un simple hall, que l’on peut traverser. Le lieu est équipé d’automates d’achat de billets (banlieue et grandes lignes) et une zone a été réservée pour accueillir une boutique semble-t-il, mais elle est pour l’instant inoccupée. Ce hall n’est pas assez spacieux pour qu’on y ait disposé des bancs.</p>
<p>Pour accéder aux voies, depuis la gare ou depuis la rue, il faut à présent passer des portillons automatiques, c’est à dire être muni d’un ticket ou d’un passe RFID.</p>
<p>Il n’est plus question, par exemple, de se rendre sur le quai pour tenir compagnie à quelqu’un qui va prendre son train.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46673" title="Plan de la gare rénovée" src="http://owni.fr/files/2011/02/carte_gare_new.png" alt="" width="530" height="238" /></p>
<p>En fait, si l’on utilise des tickets, et non un passe, on se trouve prisonnier sur le quai dès lors que l’on a passé les portillons, car si on décide de sortir, on ne pourra plus revenir dans la gare. Le quai fonctionne alors un peu comme une nasse.</p>
<p>Sur une vue satellite, j’ai indiqué en jaune la zone à laquelle l’usager qui a passé les portillons est contraint.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46674" title="Position des portillons" src="http://owni.fr/files/2011/02/gare_cormeilles.png" alt="" width="640" height="290" /></p>
<p>Supposons qu’une annonce informe les voyageurs de la suppression d’un train. C’est très fréquent et cela signifie que le prochain train ne passera pas avant un quart d’heure. Autrefois, on patienter en sortant et la gare, typiquement pour profiter d’un des services qui se situent à proximité immédiate : bar-tabac, maison de presse, distributeur bancaire, boulangerie, épicerie, cabines téléphoniques, pharmacie. À présent, il est impossible de sortir, le voyageur doit rester sur le quai, abrité de la pluie par un préau mais pas du vent ni du froid, et ceci, donc, pendant un quart d’heure.<br />
Il existe sur le quai un distributeur « Selecta » où l’on peut acheter une bouteille d’eau à près de deux euros ou des biscuits et autres aliments sucrés.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46675" title="Tu passes, tu passes pas" src="http://owni.fr/files/2011/02/passe_passe_pas.jpeg" alt="" width="640" height="232" /></p>
<p>La raison d’être des portillons est, comme dans le métro  et le RER je suppose, de limiter la fraude des usagers (fréquente) et d’empêcher la circulation de personnes qui n’ont rien à faire sur le quai (rare). C’est légitime sans doute, mais en même temps assez autoritaire et contraignant. Ce système avantage par ailleurs fortement les voyageurs qui utilisent une carte de transport du type « Navigo » .</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46676" title="Portillons à l'intérieur" src="http://owni.fr/files/2011/02/gare_cormeilles_-interieur.jpeg" alt="" width="640" height="427" /></p>
<p>Ceux qui utilisent de simples tickets sont, comme on l’a vu, prisonniers sur le quai, quai auquel ils peuvent par ailleurs avoir des difficultés à accéder car seul un petit nombre de portillons (parfois en panne) sont équipés pour le passage des tickets.</p>
<p>La langue médiatique actuelle aime bien prétendre que les voyageurs sont « otages » des mouvements sociaux, eh bien ils peuvent aussi être « séquestrés », « piégés » par des portillons automatiques.</p>
<div id="attachment_46679" class="wp-caption aligncenter" style="width: 650px"><img class="size-full wp-image-46679 " title="Partie non rénovée" src="http://owni.fr/files/2011/02/gare_cormeilles_souterrain.jpeg" alt="" width="640" height="213" /><p class="wp-caption-text">Pour les gens qui arrivent par la partie sud de la ville (la gare se trouve du côté nord), un distributeur de billets a été installé dans un couloir vide et crasseux, sous la surveillance d&#39;une caméra. Une partie de la gare a été refaite, mais la partie non-refaite n&#39;a même pas été nettoyée !</p></div>
<p>Les automates coûtent cher à fabriquer, à installer et à maintenir, notamment ceux qui sont en permanence disposés en extérieur. J’ignore s’ils coûtent à l’usage plus ou moins cher que les employés qu’ils remplacent. Je soupçonne dans l’emploi de l’automate une lâche manière de laisser la machine, réputée impartiale et implacable, faire des choses qu’un élément humain ne pourrait jamais faire. Si un employé de la SNCF nous cognait ou nous coinçait lorsque nous n’entrons ou ne sortons pas à la vitesse qu’il juge bonne, il aurait sans doute à s’expliquer ; et s’il laissait quelqu’un muni d’un titre de transport valide sortir de la gare mais plus y retourner, il semblerait de la même manière agir de façon hostile et injuste.</p>
<div id="attachment_46680" class="wp-caption aligncenter" style="width: 650px"><img class="size-full wp-image-46680 " title="Écran en temps réel" src="http://owni.fr/files/2011/02/affichage_temps_reel.jpeg" alt="" width="640" height="338" /><p class="wp-caption-text">L&#39;affichage mécanique a été remplacé par des écrans. La lisibilité est moins bonne car les écrans sont petits. Les noms de gares ou doivent souvent être abrégés. Lorsqu&#39;il fait grand jour et que les écrans sont face au soleil, on ne voit pas grand chose non plus. Dans l&#39;exemple ci-dessus, les écrans sont simplement éteints, ce qui arrive souvent. La nuit, en revanche, on les voit briller, y compris aux heures où la gare est fermée et où plus aucun train ne circule.  </p></div>
<p>Il faut pourtant bien rappeler qu’un automate n’a rien d’impartial. Son activité est toujours le résultat d’un programme, c’est à dire que ses actions ont été prévues, pensées, voulues. <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=6768">Derrière chaque machine, se trouve un projet, une volonté.</a></p>
<p>En fait, les technologies grâce auxquelles fonctionnent les automates pourraient rendre toutes les opérations plus fluides et plus amicales si elles étaient voulues ainsi. Il pourrait par exemple être possible de souscrire à des abonnements faits « sur mesure » (deux jours par semaine par exemple) ou d’accepter qu’une personne munie d’un ticket valide puisse sortir et rentrer dans la gare librement. Le fait que cela ne soit pas fait ne montre sans doute rien d’autre que le mépris avec lequel les usagers sont considérés ou, au mieux, montre seulement que leur confort ou leur agrément ne sont pas particulièrement pris en compte.</p>
<div id="attachment_46681" class="wp-caption aligncenter" style="width: 650px"><img class="size-full wp-image-46681 " title="Écran en temps réel" src="http://owni.fr/files/2011/02/affichage_temps_reel2.jpeg" alt="" width="640" height="259" /><p class="wp-caption-text">L&#39;affichage des horaires de train a récemment changé de fonctionnement. Puisque les écrans peuvent être mis à jour, ils s&#39;adaptent au trafic réel au lieu d&#39;indiquer les horaires de référence. Il ne faut pas croire que cela constitue un avantage, au contraire cela permet que des changements ne soient pas signalés clairement et même, ce qui n&#39;arrivait jamais auparavant, cela permet que des trains passent deux ou trois minutes avant l&#39;horaire prévu.  </p></div>
<p>Il n’y a pas que du mépris, il y a aussi de la méfiance, ainsi que le démontre l’ahurissante inflation du nombre de caméras de surveillance nouvellement installées. Il y en a sur les quais, à chaque point de passage et à l’intérieur de la gare. Sans les avoir recensées précisément, je pense pouvoir en dénombrer plus d’une vingtaine, et ce pour une toute petite gare située dans une paisible commune bourgeoise et sans histoires. On peut supposer que le coût d’exploitation de ces caméras est plutôt important. J’ignore si toutes appartiennent à la SNCF ou si certaines sont la propriété de la commune ou de la police nationale.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46682" title="Différentes CCTV de la gare" src="http://owni.fr/files/2011/02/gare_cormeilles_cameras.jpeg" alt="" width="640" height="432" /></p>
<p>Le réseau Transilien (les trains de banlieue dont le terminus est toujours une grande gare parisienne) appartient à la SNCF et à Réseaux ferrés de France mais son coût d’exploitation est en très grande partie financé par le syndicat des transports d’Île-de-France, c’est à dire par le secteur public. La SNCF, quand à elle, est un établissement public, mais ce statut est amené à changer, la commission européenne a récemment exigé que, comme la Poste, la société nationale des chemins de fer français devienne une société anonyme. Le motif officiel est l’ouverture loyale à la concurrence, mais des arrières-pensées peuvent être soupçonnées : après tout, la SNCF brasse des dizaines de milliards d’euros mais, en dehors de quelques partenaires, prestataires   ou sous-traitants, cela ne rapporte à personne, des actionnaires privés ne se distribuent pas de dividendes ou de coupons…</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-46683" title="Les automates de la gare" src="http://owni.fr/files/2011/02/gare_cormeilles_-automates.jpeg" alt="" width="640" height="209" /></p>
<p>Une fois devenue une société comme les autres, la SNCF pourra rapporter des sommes importantes, à condition sans doute d’augmenter ses tarifs, d’augmenter le montant des subventions qu’elle perçoit des collectivités locales et de baisser le coût et la marge de manœuvre de ses usagers comme de sa main d’œuvre, c’est à dire les gens qui ont fait vivre directement ou indirectement cette société pendant près de trois-quarts de siècle.</p>
<p>&#8212;</p>
<p>Article publié initialement sur le <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?p=15066">Dernier Blog</a></p>
<p>Photo CC Flickr par <a href="http://www.flickr.com/photos/toddography/5203186545/in/photostream/">Todd Anderson</a></p>
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		<title>Ces soldes au rayon justice qui provoquent l’ire des magistrats</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Feb 2011 11:56:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Huyette (Paroles de juges)</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A Nicolas Sarkozy qui leur demande d'assumer leurs responsabilités, les magistrats le renvoient aux siennes en matière de budget : avec des réductions d'effectifs des prisons aux prétoires, la révolte de la justice n'est qu'un retour logique à l'envoyeur. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des jours comme cela. On croit avoir tout entendu, on croit ne  plus être surpris par grand chose, mais il n’empêche que l’on sursaute,  avant d’avoir envie de hausser le ton. Et c’est peu dire. <a href="http://www.huyette.net/article-a-propos-encore-de-la-recidive-65753643.html">Revenons un tout petit peu en arrière …</a></p>
<p>Voici quelques jours, un drame des plus épouvantables a secoué toute  la France. Une jeune fille a été tuée dans des circonstances apparemment  barbares , et un homme, présenté dans les medias comme le probable  coupable, a été incarcéré. Aussitôt dans la bouche des élus il a été  question de récidive, sans même qu’il soit démontré que tel était le  cas, et, au plus haut sommet de l’Etat, une fois de plus, il a été  promis la sanction des “responsables” de la justice et de la police.</p>
<p>Le Président de la République aurait dit notamment :</p>
<blockquote><p>Quand on laisse sortir de prison un individu comme le  présumé coupable sans s’assurer qu’il sera suivi par un conseiller  d’insertion, c’est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette  faute seront sanctionnés, c’est la règle</p></blockquote>
<h2>Les raisons de la colère? Le manque de personnels et les coupes dans le budget</h2>
<p>Sauf que les éléments rapportés ces derniers jours nous apportent un éclairage bien différent.</p>
<p>Au service de probation du tribunal de grande instance de Nantes , il  y aurait selon les informations apportées 16 travailleurs sociaux  devant suivre chacun 181 personnes alors que la moyenne nationale est de  84 dossiers par fonctionnaire. A cause du manque majeur de personnel, à  la date des faits 896 dossiers n’étaient pas traités, ce qui signifie  que cela correspond à près de 900 personnes non suivies (L’Express). (Au  même moment le service de probation d’un tribunal important de la  région parisienne faisait savoir qu’il existe chez lui 600 dossiers non  traités).</p>
<p>Notons en passant que l’individu arrêté faisait l’objet d’un sursis  avec mise à l’épreuve pour outrage, ce qui est un très petit délit et  peut expliquer, administrativement, que les agents de probation débordés  aient privilégié les dossiers impliquant des individus condamnés pour  des délits plus graves ou des crimes.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="justice" src="http://ownipolitics.com/files/2011/02/justice-e1297348425232.jpg" alt="" width="660" height="439" /></p>
<p>Il a été indiqué à plusieurs reprises que toute la chaîne  hiérarchique, jusqu’au ministère de la justice, était totalement au  courant et cela depuis longtemps. Pourtant, le ministère de la justice,  tout en sachant qu’il manque un juge d’application des peines sur 5  (soit 20 % du personnel), aurait décidé en 2010 de ne pas nommer de  quatrième magistrat (Le Point).</p>
<p>Dans un rapport parlementaire (n° 2378) du 15 juin 2005 un député de la majorité écrivait :</p>
<blockquote><p>A cette faiblesse des effectifs des JAP (ndlr : Juge de l&#8217;application des peines) [3.5% des  effectifs du corps - 680 dossiers suivis par juge] s’ajoute celle, tout  aussi regrettable des services pénitentiaires d’insertion et de  probation et des greffes sur lesquels ces juges s’appuient. Compte tenu  de ce qui précède, votre rapporteur ne peut que plaider, une nouvelle  fois, pour le renforcement drastique des moyens dévolus à l’exécution et  à l’application des peines qui doivent être considérées comme une  véritable priorité car, à défaut, c’est l’ensemble de l’édifice pénal  qui s’en trouve fragilisé.</p></blockquote>
<p>Le syndicat de la magistrature a rappelé <a href="http://www.syndicat-magistrature.org/Affaire-de-Pornic-a-qui-la-faute.html">dans un communiqué</a> que “<em>Par  des rapports des 19 janvier et 22 octobre 2010, les juges de  l’application des peines du tribunal de Nantes ont averti leur  hiérarchie que l’absence, depuis un an, d’un quatrième juge de  l’application des peines les obligeait à effectuer des choix de  priorités”, autrement dit et en clair que tous les dossiers ne pouvaient  pas être traités</em>“, et que <em>“Le 4 novembre 2010, le premier  président de la cour d’appel de Rennes a répondu que malgré de multiples  rapports et mises en garde de sa part, la chancellerie avait décidé de  ne pas pourvoir le poste manquant de juge de l’application des peines de  Nantes, qu’il n’était dès lors pas illégitime que les magistrats  établissent des priorités de traitement des affaires et que leurs choix  n’étaient pas inopportuns”</em>.</p>
<p>L’union syndicale des magistrats a de son côté <a href="http://www.union-syndicale-magistrats.org/web/p364_-l-affaire-de-pornic-une-illustration-du-manque-de-moyens-alloues-a-la-justice-.html">fait part de son “écoeurement”</a>, et souligné que</p>
<blockquote><p>800 dossiers ont, en outre, dû être laissés en  souffrance, soit l’équivalent de 10 postes de conseillers d’insertion et  de probation que le Ministère de la Justice a fait choix de laisser  vacants à Nantes, malgré les rapports répétés des services.</p></blockquote>
<p>C’est ensuite un syndicat de personnels de l’administration pénitentiaire qui a publié <a href="http://www.ugsp-cgt.org/LETTRE-OUVERTE-a-Monsieur-Nicolas">une lettre ouverte</a> adressée au chef de l’Etat. On y lit notamment :</p>
<blockquote><p>(..) L’inspection générale des services pénitentiaires  était venue au SPIP (ndlr : Service pénitentiaire d&#8217;insertion et de probation) de Nantes, il y a quelques mois. Le manque de moyens  conduisant à la mise en place, en concertation avec les autorités  compétentes, de la mise au placard des dossiers que le service ne  pouvait prendre en charge faute de moyens, était connu ! Cette  situation, qui existe dans de nombreux services, a été dénoncée à de  multiples reprises. (..) En novembre 2010, la CGT Pénitentiaire, en  mouvement, demandait entre autres, le recrutement de 1000 travailleurs  sociaux, conformément à l’étude de l’impact de la loi pénitentiaire !  Madame Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux, nous avait gentiment dit  que le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire étaient  des privilégiés : pas d’emplois supplémentaires, hormis les 40  recrutements de travailleurs sociaux pénitentiaires pour l’année 2011.  (..) la politique pénale menée par les ministres obéissant à vos ordres,  a engendré une surpopulation carcérale, sans recruter des  fonctionnaires supplémentaires tant à l’administration pénitentiaire  qu’à la Justice en général. (..) a famille de la victime doit savoir que  les dysfonctionnements de la Justice ne sont pas le fait d’un  fonctionnaire d’un SPIP ou d’ailleurs, d’un magistrat, mais que c’est le  fait de la défaillance d’un système, celui de l’Etat qui s’est  désengagé de ses obligations depuis de longues années.</p></blockquote>
<p>Le 15 décembre 2010, le directeur inter-régional de l’administration  pénitentiaire avait déjà alerté sur les manques en personnels, en ces  termes : <em>“Les difficultés en matière de ressources humaines au sein  du ministère de la justice nous imposent d’opérer des choix en termes de  répartition des effectifs ne permettant pas de satisfaire les besoins  exprimés par chaque chef de service. Aujourd’hui c’est l’ensemble des  services pénitentiaires d’insertion et de probation et les  établissements qui se trouvent en sous-effectif, alors que la loi  pénitentiaire vient ajouter de nouvelles missions aux compétences.”</em> (Marianne)</p>
<h2>Unanimité chez les magistrats et les fonctionnaires: tous derrière Nantes</h2>
<p>De leur côté, profondément heurtés par les propos du chef de l’Etat,  les magistrats et fonctionnaires du TGI de Nantes ont décidé de cesser  (sauf urgences) toute activité juridictionnelle pendant au moins une  semaine, ce qui, dans une sorte de mouvement désespéré de légitime  défense, est plus que compréhensible. Et ils ont <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/motions/TGINantes0211.pdf">rédigé une motion</a> dans laquelle ils écrivent notamment que :</p>
<blockquote><p>(..) le poste de juge de l’application des peines que le  ministère de la justice s’est engagé dans la précipitation à pourvoir et  le contrat d’objectif décidé dans l’urgence sont un aveu clair de  l’incurie des pouvoirs publics et démontrent que la situation déplorable  de la justice aurait pu être évitée depuis longtemps.</p></blockquote>
<p>La conférence des premiers présidents de cour d’appel a – ce qui est  rare – publié un communiqué dans lequel il est écrit qu’elle <em>“exprime  sa vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les  magistrats et fonctionnaires, y compris à travers l’imputation de fautes  disciplinaires, la responsabilité des difficultés de fonctionnement que  connaissent les cours et tribunaux sous les effets conjugués des  contraintes budgétaires et des charges nouvelles imposées par la  succession des réformes législatives.”</em><br />
Dans son sillage, <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/magistrature/confPG0211.pdf">la conférence des procureurs généraux</a> a fait valoir, sur un ton inhabituellement clair pour des magistrats de  haut rang soumis au pouvoir hiérarchique du ministère de la justice,  qu’elle :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">Regrette que la responsabilité de magistrats et  fonctionnaires judiciaires et pénitentiaires, comme celle des officiers  de police judiciaire, qui oeuvrent au service de leurs concitoyens avec  courage et détermination, soit publiquement et immédiatement affirmée  avant même la publication du résultat des inspections en cours; Assure  de sa totale confiance les magistrats et fonctionnaires mis en cause,  alors même qu’ils avaient alerté leur hiérarchie de leur situation de  pénurie; Constate que paraissent ignorés les efforts anciens et  significatifs des magistrats et fonctionnaires pour faire face à  l’accroissement constant des charges résultant de l’augmentation du  nombre d’affaires à traiter, de l’exigence de performances plus  quantitatives que qualitatives et de réformes législatives  ininterrompues et complexes, voire divergentes, en particulier en  matière d’exécution et d’application des peines tandis que les moyens  humains et matériels sont chaque jour plus contraints;<br />
<a href="http://ownipolitics.com/files/2011/02/jail2.jpg"><img class="aligncenter" title="jail2" src="http://ownipolitics.com/files/2011/02/jail2.jpg" alt="" width="455" height="303" /></a><br />
Souligne que cette situation ne permet plus à l’institution judiciaire  de remplir intégralement ses missions, obligeant les magistrats et  fonctionnaires à fixer des « priorités parmi les priorités »; Appelle en  conséquence l’attention sur l’insuffisance critique de moyens qui, dans  de nombreuses juridictions, engendre des situations à risque, en  particulier dans les domaines de l’exécution et de l’application des  peines; Ne méconnaît pas pour autant les mesures qu’il est de la  responsabilité des magistrats et fonctionnaires de mettre en œuvre pour  améliorer le service qu’ils doivent à leurs concitoyens (..)</p>
</blockquote>
<p>Les <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/motions/confpdtpr.pdf">conférences des présidents et des procureurs ont, ensemble, fait </a><em>”  part de leur inquiétude devant la recherche systématique, fondée sur  une analyse objectivement contestable, des responsabilités individuelles  de magistrats et de fonctionnaires qui effectuent leurs missions avec  dévouement et en fonction des moyens limités dont le Gouvernement et le  Parlement dotent l’institution judiciaire”</em>, et constaté que <em>”  les restrictions budgétaires et la multiplicité des charges nouvelles  confrontent les chefs de juridiction à l’impossibilité d’assurer toutes  leurs obligations et les contraignent à des choix de gestion par nature  insatisfaisants pour une bonne administration de la justice tant civile  que pénale et les intérêts des justiciables.” </em></p>
<p>L’association des juges d’application de peines <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/AnJap/Anjap0211.pdf">a diffusé un communiqué de presse</a></p>
<p>Les enseignants des facultés de droit ont à leur tour voulu faire connaître <a href="http://www.petitionenligne.fr/petition/les-facutles-de-droit-soutiennent-les-magistrats/905">leur point de vue</a>.</p>
<h2>Levée de boucliers chez les familles de victimes</h2>
<p>Il est particulièrement intéressant, au vu du drame qui est en partie  à l’origine de la polémique, de connaître l’avis de deux grandes  associations de victimes, qui ont <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/assocVictimes/Andeva.pdf">publié un communiqué</a> dans lequel elles écrivent, notamment :</p>
<p><em> “elles demandent que les paroles du président de la République  réclamant des sanctions pour les responsables des dysfonctionnements du  suivi de l’assassin présumé de la jeune Laëtitia, soient traduites en  actes. En effet, il apparaît que les responsables en question, ce sont  essentiellement les représentants du pouvoir exécutif qui avaient été  avertis du manque de moyens de la juridiction nantaise et des  difficultés de celle-ci à suivre tous les dossiers des détenus en  liberté conditionnelle”, </em></p>
<p>que <em>” Les responsables de l’exécutif, pourtant parfaitement  informés de la situation délétère dans laquelle sont plongés les  services de la probation et de l’insertion, n’ont pris aucune mesure  pour y remédier. Pire, obnubilés par la réduction des dépenses publiques  et la diminution du nombre de fonctionnaires, ils n’ont fait ces  dernières années qu’aggraver la situation”</em>,</p>
<p>que <em>” Trois rapports officiels, en effet, ont conclu au  nécessaire renforcement des effectifs de conseillers d’insertion et de  probation (CIP) : le rapport Warsmann en 2003 qui préconisait la  création de 3000 postes, le rapport Lamanda en 2008 qui réclamait  d’augmenter sensiblement les effectifs de l’insertion et de la probation  et, plus récemment, le sénateur UMP Lecerf, rapporteur de la dernière  loi pénitentiaire, qui, en 2009, estimait qu’il fallait la création de  1000 postes de CIP, la loi de finances de 2010 n’en prévoira que 260″</em>,</p>
<p>que <em>“Le problème des moyens se pose en fait d’un bout à l’autre  du système judiciaire, des juges d’instruction aux juges d’application  des peines : 100 000 peines de prison non exécutées, des prisons qui  sont une honte pour notre pays et qui, du fait de la surpopulation  carcérale et de l’absence de moyens pour le suivi des détenus se  transforment en véritables écoles du crime”</em>,</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="family" src="http://ownipolitics.com/files/2011/02/family.jpg" alt="" width="480" height="640" /></p>
<p>que <em>” Monsieur Sarkozy préfère rejeter la faute sur les «  lampistes » plutôt que d’assumer les conséquences de ses choix  politiques. Il est plus facile de surfer sur l’émotion de l’opinion à  chaque fois qu’un drame horrible se produit, en désignant des boucs  émissaires, que de reconnaître ses propres erreurs d’appréciation et de  remédier à la situation en prenant les mesures concrètes dont le système  judiciaire a besoin et qui seules permettront de prévenir la survenue  d’autres drames dans le futur”</em>,</p>
<p>que <em>” L’ANDEVA et la FNATH demandent que le gouvernement cesse  ses attaques incessantes contre le système judiciaire, qu’il cesse de se  précipiter sur chaque crime odieux dans le seul souci de l’exploiter  politiquement dans sa lutte contre les magistrats, sans jamais apporter  le moindre remède concret aux difficultés pourtant évidentes dont  souffre le système judiciaire français”</em>,</p>
<p>enfin que <em>“L’intérêt des victimes, et plus généralement des  citoyens, est d’avoir une justice indépendante, responsable et  respectée, disposant des moyens nécessaires à son exercice. Force est de  constater que ce n’est pas le cas actuellement et que le système  judiciaire ne dispose ni du soutient politique ni des moyens lui  permettant de remplir pleinement son rôle”</em>.</p>
<p>Résumons tout ce qui précède : la situation catastrophique du service  d’application des peines du TGI de Nantes est connue depuis longtemps,  mais le ministère de la justice a choisi, en pleine connaissance de  cause et en étant conscient des risques encourus, de ne pas y affecter  le personnel nécessaire.</p>
<h2><em>“C’est alors que l’inacceptable rejoint l’injuste”</em></h2>
<p>Mais allons encore un peu plus loin car, d’une certaine façon, ce qui  atteint l’institution judiciaire, à Nantes, n’est que l’un des arbres  de la même forêt.<br />
Que signifie tout ceci ?</p>
<p>Que de nos jours ceux qui, au moment de la préparation et du vote des  budgets, décident en pleine connaissance de cause de réduire et limiter  les moyens des services publics, n’hésiteront jamais, même en cas de  dysfonctionnement découlant essentiellement de l’insuffisance de ces  moyens, à désigner comme seuls coupables et comme boucs-émissaires des  professionnels étranglés par l’ampleur de leurs missions et incapables  de faire mieux quelle que soit leur bonne volonté.</p>
<p>D’un point de vue psychologique cela est relativement aisé à  décrypter. En effet quand, comme à Nantes, il semble que la réduction du  budget ait entraîné une réduction insupportable des effectifs et que  les coupes financières soient à l’origine d’un dysfonctionnement, l’Etat  n’a que deux solutions : soit reconnaître qu’il est responsable des  choix budgétaires et des décisions permanentes de réduction des moyens  humains et financiers des services publics, donc que c’est lui le  principal responsable quand la machine ne fonctionne plus, soit essayer,  en jouant sur l’émotion pour dissimuler le stratagème tout de même un  peu grossier, de trouver un tiers qui puisse être vu comme responsable à  sa place.</p>
<p>C’est pas moi, parce que je veux pas que ce soit moi, alors forcément  c’est les autres. Un grand classique que l’on voudrait voir limité à la  cour des collèges.</p>
<p>L’enjeu n’est donc pas autour de la justice. Tous les professionnels de tous les services publics  (<a href="http://www.rue89.com/2011/02/03/infirmiere-a-lhopital-je-dors-tres-mal-jai-peur-de-faire-une-erreur-188924"> la</a> <a href="http://www.rue89.com/2010/12/22/hopital-je-suis-surpris-quand-un-patient-ne-minsulte-pas-181979">santé</a>,  éducation nationale, services sociaux, police et gendarmerie etc..), en  tous cas tous ceux dont l’activité professionnelle peut présenter des  risques importants pour eux ou pour des tiers, doivent comprendre que  demain encore plus qu’hier ils sont susceptibles d’être désignés comme  responsables en cas de problème grave, et cela peu important la  situation réelle à laquelle ils doivent faire face.</p>
<p>C’est alors que l’inacceptable rejoint l’injuste. C’est alors  qu’apparaît, à travers des dénonciations injustifiées, un véritable  mépris pour des professionnels qui ne demandent pas mieux que d’offrir  le meilleur service possible à leurs concitoyens. Sans doute y a-t-il  bien longtemps que l’on sait que politique et morale sont deux termes  inconciliables. Mais quand mensonges et mépris se conjuguent il n’est  plus possible de se taire.</p>
<p><a href="http://ownipolitics.com"><img class="size-full wp-image-37890 alignleft" title="logownipolitics" src="http://owni.fr/files/2010/12/logownipolitics1-e1291374321354.jpg" alt="" width="180" height="190" /></a>Billet initialement publié sur <a href="http://www.huyette.net/">Paroles de juge</a> sous le titre <a href="http://www.huyette.net/article-de-la-recidive-aux-moyens-des-services-publics-entre-mensonges-et-mepris-66381590.html">De la récidive au moyen des services publics: entre mensonges et mépris</a> et sur <a href="http://ownipolitics.com/2011/02/08/juge-et-justice-pour-demain/" target="_blank">OWNIpolitics</a></p>
<p><a href="http://www.huyette.net/article-de-la-recidive-aux-moyens-des-services-publics-entre-mensonges-et-mepris-66381590.html">Illustrations Flickr CC </a><a href="http://www.flickr.com/photos/scottmontreal/3239341045/">ScottMontreal</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/marisseay/1674396201/">Marisseay</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/sercasey/251142094/">Sercasey</a> et <a href="http://www.flickr.com/photos/stuant63/2255781557/">Stuant63</a></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Ces soldes au rayon justice qui provoquent l&#8217;ire des magistrats</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Feb 2011 19:34:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Huyette (Paroles de juges)</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A Nicolas Sarkozy qui leur demande d'assumer leurs responsabilités, les magistrats le renvoient aux siennes en matière de budget : avec des réductions d'effectifs des prisons aux prétoires, la révolte de la justice n'est qu'un retour logique à l'envoyeur.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des jours comme cela. On croit avoir tout entendu, on croit ne plus être surpris par grand chose, mais il n&#8217;empêche que l&#8217;on sursaute, avant d&#8217;avoir envie de hausser le ton. Et c&#8217;est peu dire. <a href="http://www.huyette.net/article-a-propos-encore-de-la-recidive-65753643.html">Revenons un tout petit peu en arrière &#8230;</a></p>
<p>Voici quelques jours, un drame des plus épouvantables a secoué toute la France. Une jeune fille a été tuée dans des circonstances apparemment barbares (1), et un homme, présenté dans les medias comme le probable coupable, a été incarcéré. Aussitôt dans la bouche des élus il a été question de récidive, sans même qu&#8217;il soit démontré que tel était le cas, et, au plus haut sommet de l&#8217;Etat, une fois de plus, il a été promis la sanction des &#8220;responsables&#8221; de la justice et de la police.</p>
<p>Le président de la République (2) aurait dit notamment :</p>
<blockquote><p>Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s&#8217;assurer qu&#8217;il sera suivi par un conseiller d&#8217;insertion, c&#8217;est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c&#8217;est la règle</p></blockquote>
<h2>Les raisons de la colère? Le manque de personnels et les coupes dans le budget</h2>
<p>Sauf que les éléments rapportés ces derniers jours nous apportent un éclairage bien différent.<br />
Au service de probation du tribunal de grande instance de Nantes (3), il y aurait selon les informations apportées 16 travailleurs sociaux devant suivre chacun 181 personnes alors que la moyenne nationale est de 84 dossiers par fonctionnaire. A cause du manque majeur de personnel, à la date des faits 896 dossiers n&#8217;étaient pas traités, ce qui signifie que cela correspond à près de 900 personnes non suivies (L&#8217;Express). (Au même moment le service de probation d&#8217;un tribunal important de la région parisienne faisait savoir qu&#8217;il existe chez lui 600 dossiers non traités).</p>
<p>Notons en passant que l&#8217;individu arrêté faisait l&#8217;objet d&#8217;un sursis avec mise à l&#8217;épreuve pour outrage, ce qui est un très petit délit et peut expliquer, administrativement, que les agents de probation débordés aient privilégié les dossiers impliquant des individus condamnés pour des délits plus graves ou des crimes.</p>
<p><a href="http://ownipolitics.com/files/2011/02/justice-e1297348425232.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-38002" title="justice" src="http://ownipolitics.com/files/2011/02/justice-e1297348425232.jpg" alt="" width="660" height="439" /></a></p>
<p>Il a été indiqué à plusieurs reprises que toute la chaîne hiérarchique, jusqu&#8217;au ministère de la justice, était totalement au courant et cela depuis longtemps. Pourtant, le ministère de la justice, tout en sachant qu&#8217;il manque un juge d&#8217;application des peines sur 5 (soit 20 % du personnel), aurait décidé en 2010 de ne pas nommer de quatrième magistrat (Le Point).</p>
<p>Dans un rapport parlementaire (n° 2378) du 15 juin 2005 un député de la majorité écrivait :</p>
<blockquote><p>A cette faiblesse des effectifs des JAP [3.5% des effectifs du corps - 680 dossiers suivis par juge] s&#8217;ajoute celle, tout aussi regrettable des services pénitentiaires d&#8217;insertion et de probation et des greffes sur lesquels ces juges s&#8217;appuient. Compte tenu de ce qui précède, votre rapporteur ne peut que plaider, une nouvelle fois, pour le renforcement drastique des moyens dévolus à l&#8217;exécution et à l&#8217;application des peines qui doivent être considérées comme une véritable priorité car, à défaut, c&#8217;est l&#8217;ensemble de l&#8217;édifice pénal qui s&#8217;en trouve fragilisé.</p></blockquote>
<p>Le syndicat de la magistrature a rappelé <a href="http://www.syndicat-magistrature.org/Affaire-de-Pornic-a-qui-la-faute.html">dans un communiqué</a> que &#8220;<em>Par des rapports des 19 janvier et 22 octobre 2010, les juges de l&#8217;application des peines du tribunal de Nantes ont averti leur hiérarchie que l&#8217;absence, depuis un an, d&#8217;un quatrième juge de l&#8217;application des peines les obligeait à effectuer des choix de priorités&#8221;, autrement dit et en clair que tous les dossiers ne pouvaient pas être traités</em>&#8220;, et que <em>&#8220;Le 4 novembre 2010, le premier président de la cour d&#8217;appel de Rennes a répondu que malgré de multiples rapports et mises en garde de sa part, la chancellerie avait décidé de ne pas pourvoir le poste manquant de juge de l&#8217;application des peines de Nantes, qu&#8217;il n&#8217;était dès lors pas illégitime que les magistrats établissent des priorités de traitement des affaires et que leurs choix n&#8217;étaient pas inopportuns&#8221;</em>.</p>
<p>L&#8217;union syndicale des magistrats a de son côté <a href="http://www.union-syndicale-magistrats.org/web/p364_-l-affaire-de-pornic-une-illustration-du-manque-de-moyens-alloues-a-la-justice-.html">fait part de son &#8220;écoeurement&#8221;</a>, et souligné que (4)</p>
<blockquote><p>800 dossiers ont, en outre, dû être laissés en souffrance, soit l&#8217;équivalent de 10 postes de conseillers d&#8217;insertion et de probation que le Ministère de la Justice a fait choix de laisser vacants à Nantes, malgré les rapports répétés des services.</p></blockquote>
<p>C&#8217;est ensuite un syndicat de personnels de l&#8217;administration pénitentiaire qui a publié <a href="http://www.ugsp-cgt.org/LETTRE-OUVERTE-a-Monsieur-Nicolas">une lettre ouverte</a> adressée au chef de l&#8217;Etat. On y lit notamment :</p>
<blockquote><p>(..) L’inspection générale des services pénitentiaires était venue au SPIP de Nantes, il y a quelques mois. Le manque de moyens conduisant à la mise en place, en concertation avec les autorités compétentes, de la mise au placard des dossiers que le service ne pouvait prendre en charge faute de moyens, était connu ! Cette situation, qui existe dans de nombreux services, a été dénoncée à de multiples reprises. (..) En novembre 2010, la CGT Pénitentiaire, en mouvement, demandait entre autres, le recrutement de 1000 travailleurs sociaux, conformément à l’étude de l’impact de la loi pénitentiaire ! Madame Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux, nous avait gentiment dit que le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire étaient des privilégiés : pas d’emplois supplémentaires, hormis les 40 recrutements de travailleurs sociaux pénitentiaires pour l’année 2011. (..) la politique pénale menée par les ministres obéissant à vos ordres, a engendré une surpopulation carcérale, sans recruter des fonctionnaires supplémentaires tant à l’administration pénitentiaire qu’à la Justice en général. (..) a famille de la victime doit savoir que les dysfonctionnements de la Justice ne sont pas le fait d’un fonctionnaire d’un SPIP ou d’ailleurs, d’un magistrat, mais que c’est le fait de la défaillance d’un système, celui de l’Etat qui s’est désengagé de ses obligations depuis de longues années.</p></blockquote>
<p>Le 15 décembre 2010, le directeur inter-régional de l&#8217;administration pénitentiaire avait déjà alerté sur les manques en personnels, en ces termes : <em>&#8220;Les difficultés en matière de ressources humaines au sein du ministère de la justice nous imposent d&#8217;opérer des choix en termes de répartition des effectifs ne permettant pas de satisfaire les besoins exprimés par chaque chef de service. Aujourd&#8217;hui c&#8217;est l&#8217;ensemble des services pénitentiaires d&#8217;insertion et de probation et les établissements qui se trouvent en sous-effectif, alors que la loi pénitentiaire vient ajouter de nouvelles missions aux compétences.&#8221;</em> (Marianne)</p>
<h2>Unanimité chez les magistrats et les fonctionnaires: tous derrière Nantes</h2>
<p>De leur côté, profondément heurtés par les propos du chef de l&#8217;Etat, les magistrats et fonctionnaires du TGI de Nantes ont décidé de cesser (sauf urgences) toute activité juridictionnelle pendant au moins une semaine, ce qui, dans une sorte de mouvement désespéré de légitime défense, est plus que compréhensible. Et ils ont <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/motions/TGINantes0211.pdf">rédigé une motion</a> dans laquelle ils écrivent notamment que (5) :</p>
<blockquote><p>(..) le poste de juge de l&#8217;application des peines que le ministère de la justice s&#8217;est engagé dans la précipitation à pourvoir et le contrat d&#8217;objectif décidé dans l&#8217;urgence sont un aveu clair de l&#8217;incurie des pouvoirs publics et démontrent que la situation déplorable de la justice aurait pu être évitée depuis longtemps.</p></blockquote>
<p>La conférence des premiers présidents de cour d&#8217;appel a &#8211; ce qui est rare &#8211; publié un communiqué dans lequel il est écrit qu&#8217;elle <em>&#8220;exprime sa vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et fonctionnaires, y compris à travers l&#8217;imputation de fautes disciplinaires, la responsabilité des difficultés de fonctionnement que connaissent les cours et tribunaux sous les effets conjugués des contraintes budgétaires et des charges nouvelles imposées par la succession des réformes législatives.&#8221;</em><br />
Dans son sillage, <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/magistrature/confPG0211.pdf">la conférence des procureurs généraux</a> a fait valoir, sur un ton inhabituellement clair pour des magistrats de haut rang soumis au pouvoir hiérarchique du ministère de la justice, qu&#8217;elle :</p>
<blockquote><p>Regrette que la responsabilité de magistrats et fonctionnaires judiciaires et pénitentiaires, comme celle des officiers de police judiciaire, qui oeuvrent au service de leurs concitoyens avec courage et détermination, soit publiquement et immédiatement affirmée avant même la publication du résultat des inspections en cours; Assure de sa totale confiance les magistrats et fonctionnaires mis en cause, alors même qu’ils avaient alerté leur hiérarchie de leur situation de pénurie; Constate que paraissent ignorés les efforts anciens et significatifs des magistrats et fonctionnaires pour faire face à l’accroissement constant des charges résultant de l’augmentation du nombre d’affaires à traiter, de l’exigence de performances plus quantitatives que qualitatives et de réformes législatives ininterrompues et complexes, voire divergentes, en particulier en matière d’exécution et d’application des peines tandis que les moyens humains et matériels sont chaque jour plus contraints;<br />
<a href="http://ownipolitics.com/files/2011/02/jail2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-37986" title="jail2" src="http://ownipolitics.com/files/2011/02/jail2.jpg" alt="" width="455" height="303" /></a><br />
Souligne que cette situation ne permet plus à l’institution judiciaire de remplir intégralement ses missions, obligeant les magistrats et fonctionnaires à fixer des « priorités parmi les priorités »; Appelle en conséquence l’attention sur l’insuffisance critique de moyens qui, dans de nombreuses juridictions, engendre des situations à risque, en particulier dans les domaines de l’exécution et de l’application des peines; Ne méconnaît pas pour autant les mesures qu’il est de la responsabilité des magistrats et fonctionnaires de mettre en œuvre pour améliorer le service qu’ils doivent à leurs concitoyens (..)</p></blockquote>
<p>Les <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/motions/confpdtpr.pdf">conférences des présidents et des procureurs ont, ensemble, fait </a><em>&#8221; part de leur inquiétude devant la recherche systématique, fondée sur une analyse objectivement contestable, des responsabilités individuelles de magistrats et de fonctionnaires qui effectuent leurs missions avec dévouement et en fonction des moyens limités dont le Gouvernement et le Parlement dotent l&#8217;institution judiciaire&#8221;</em>, et constaté que <em>&#8221; les restrictions budgétaires et la multiplicité des charges nouvelles confrontent les chefs de juridiction à l&#8217;impossibilité d&#8217;assurer toutes leurs obligations et les contraignent à des choix de gestion par nature insatisfaisants pour une bonne administration de la justice tant civile que pénale et les intérêts des justiciables.&#8221; </em></p>
<p>L&#8217;association des juges d&#8217;application de peines <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/AnJap/Anjap0211.pdf">a diffusé un communiqué de presse</a></p>
<p>Les enseignants des facultés de droit ont à leur tour voulu faire connaître <a href="http://www.petitionenligne.fr/petition/les-facutles-de-droit-soutiennent-les-magistrats/905">leur point de vue</a>.</p>
<h2>Levée de boucliers chez les familles de victimes</h2>
<p>Il est particulièrement intéressant, au vu du drame qui est en partie à l&#8217;origine de la polémique, de connaître l&#8217;avis de deux grandes associations de victimes, qui ont <a href="http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/55/93/89/assocVictimes/Andeva.pdf">publié un communiqué</a> dans lequel elles écrivent, notamment :</p>
<p><em> &#8220;elles demandent que les paroles du président de la République réclamant des sanctions pour les responsables des dysfonctionnements du suivi de l’assassin présumé de la jeune Laëtitia, soient traduites en actes. En effet, il apparaît que les responsables en question, ce sont essentiellement les représentants du pouvoir exécutif qui avaient été avertis du manque de moyens de la juridiction nantaise et des difficultés de celle-ci à suivre tous les dossiers des détenus en liberté conditionnelle&#8221;, </em></p>
<p>que <em>&#8221; Les responsables de l’exécutif, pourtant parfaitement informés de la situation délétère dans laquelle sont plongés les services de la probation et de l’insertion, n’ont pris aucune mesure pour y remédier. Pire, obnubilés par la réduction des dépenses publiques et la diminution du nombre de fonctionnaires, ils n&#8217;ont fait ces dernières années qu&#8217;aggraver la situation&#8221;</em>,</p>
<p>que <em>&#8221; Trois rapports officiels, en effet, ont conclu au nécessaire renforcement des effectifs de conseillers d’insertion et de probation (CIP) : le rapport Warsmann en 2003 qui préconisait la création de 3000 postes, le rapport Lamanda en 2008 qui réclamait d’augmenter sensiblement les effectifs de l’insertion et de la probation et, plus récemment, le sénateur UMP Lecerf, rapporteur de la dernière loi pénitentiaire, qui, en 2009, estimait qu’il fallait la création de 1000 postes de CIP, la loi de finances de 2010 n&#8217;en prévoira que 260&#8243;</em>,</p>
<p>que <em>&#8220;Le problème des moyens se pose en fait d&#8217;un bout à l&#8217;autre du système judiciaire, des juges d&#8217;instruction aux juges d&#8217;application des peines : 100 000 peines de prison non exécutées, des prisons qui sont une honte pour notre pays et qui, du fait de la surpopulation carcérale et de l&#8217;absence de moyens pour le suivi des détenus se transforment en véritables écoles du crime&#8221;</em>,</p>
<p><a href="http://ownipolitics.com/files/2011/02/family.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-38005" title="family" src="http://ownipolitics.com/files/2011/02/family.jpg" alt="" width="480" height="640" /></a></p>
<p>que <em>&#8221; Monsieur Sarkozy préfère rejeter la faute sur les « lampistes » plutôt que d’assumer les conséquences de ses choix politiques. Il est plus facile de surfer sur l’émotion de l’opinion à chaque fois qu&#8217;un drame horrible se produit, en désignant des boucs émissaires, que de reconnaître ses propres erreurs d’appréciation et de remédier à la situation en prenant les mesures concrètes dont le système judiciaire a besoin et qui seules permettront de prévenir la survenue d&#8217;autres drames dans le futur&#8221;</em>,</p>
<p>que <em>&#8221; L&#8217;ANDEVA et la FNATH demandent que le gouvernement cesse ses attaques incessantes contre le système judiciaire, qu&#8217;il cesse de se précipiter sur chaque crime odieux dans le seul souci de l&#8217;exploiter politiquement dans sa lutte contre les magistrats, sans jamais apporter le moindre remède concret aux difficultés pourtant évidentes dont souffre le système judiciaire français&#8221;</em>,</p>
<p>enfin que <em>&#8220;L&#8217;intérêt des victimes, et plus généralement des citoyens, est d&#8217;avoir une justice indépendante, responsable et respectée, disposant des moyens nécessaires à son exercice. Force est de constater que ce n&#8217;est pas le cas actuellement et que le système judiciaire ne dispose ni du soutient politique ni des moyens lui permettant de remplir pleinement son rôle&#8221;</em>.</p>
<p>Résumons tout ce qui précède : la situation catastrophique du service d&#8217;application des peines du TGI de Nantes est connue depuis longtemps, mais le ministère de la justice a choisi, en pleine connaissance de cause et en étant conscient des risques encourus, de ne pas y affecter le personnel nécessaire. (6)</p>
<h2><em>&#8220;C&#8217;est alors que l&#8217;inacceptable rejoint l&#8217;injuste&#8221;</em></h2>
<p>Mais allons encore un peu plus loin car, d&#8217;une certaine façon, ce qui atteint l&#8217;institution judiciaire, à Nantes, n&#8217;est que l&#8217;un des arbres de la même forêt.<br />
Que signifie tout ceci ?</p>
<p>Que de nos jours ceux qui, au moment de la préparation et du vote des budgets, décident en pleine connaissance de cause de réduire et limiter les moyens des services publics, n&#8217;hésiteront jamais, même en cas de dysfonctionnement découlant essentiellement de l&#8217;insuffisance de ces moyens, à désigner comme seuls coupables et comme boucs-émissaires des professionnels étranglés par l&#8217;ampleur de leurs missions et incapables de faire mieux quelle que soit leur bonne volonté.</p>
<p>D&#8217;un point de vue psychologique cela est relativement aisé à décrypter. En effet quand, comme à Nantes, il semble que la réduction du budget ait entraîné une réduction insupportable des effectifs et que les coupes financières soient à l&#8217;origine d&#8217;un dysfonctionnement, l&#8217;Etat n&#8217;a que deux solutions : soit reconnaître qu&#8217;il est responsable des choix budgétaires et des décisions permanentes de réduction des moyens humains et financiers des services publics, donc que c&#8217;est lui le principal responsable quand la machine ne fonctionne plus, soit essayer, en jouant sur l&#8217;émotion pour dissimuler le stratagème tout de même un peu grossier, de trouver un tiers qui puisse être vu comme responsable à sa place.</p>
<p>C&#8217;est pas moi, parce que je veux pas que ce soit moi, alors forcément c&#8217;est les autres. Un grand classique que l&#8217;on voudrait voir limité à la cour des collèges.</p>
<p>L&#8217;enjeu n&#8217;est donc pas autour de la justice. Tous les professionnels de tous les services publics  (<a href="http://www.rue89.com/2011/02/03/infirmiere-a-lhopital-je-dors-tres-mal-jai-peur-de-faire-une-erreur-188924"> la</a> <a href="http://www.rue89.com/2010/12/22/hopital-je-suis-surpris-quand-un-patient-ne-minsulte-pas-181979">santé</a>, éducation nationale, services sociaux, police et gendarmerie etc..), en tous cas tous ceux dont l&#8217;activité professionnelle peut présenter des risques importants pour eux ou pour des tiers, doivent comprendre que demain encore plus qu&#8217;hier ils sont susceptibles d&#8217;être désignés comme responsables en cas de problème grave, et cela peu important la situation réelle à laquelle ils doivent faire face.</p>
<p>C&#8217;est alors que l&#8217;inacceptable rejoint l&#8217;injuste. C&#8217;est alors qu&#8217;apparaît, à travers des dénonciations injustifiées, un véritable mépris pour des professionnels qui ne demandent pas mieux que d&#8217;offrir le meilleur service possible à leurs concitoyens. Sans doute y a-t-il bien longtemps que l&#8217;on sait que politique et morale sont deux termes inconciliables. Mais quand mensonges et mépris se conjuguent il n&#8217;est plus possible de se taire.</p>
<p>&#8211;<br />
1. Le corps de cette jeune fille a été découpé avant d&#8217;être dispersé.<br />
2. Si le sujet n&#8217;était pas si sérieux la phrase semblerait amusante. Il est en effet suggéré de garder les condamnés en prison, même quand ils ont effectué l&#8217;intégralité de leur peine, tant qu&#8217;il n&#8217;y a pas assez d&#8217;agents de probation pour s&#8217;occuper de tous !  Autrement dit, vous êtes condamné à 2 années de prison dont 1 année avec sursis, vous faites 365 jours de prison, mais comme vous êtes à nantes et qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;agent de probation pour vous suivre, en attendant que les effectifs augmentent vous faites une 2ème, puis une 3ème, puis une 4ème&#8230;. année de prison.<br />
3. Les services d&#8217;exécution des peines comprennent notamment un ou plusieurs juges d&#8217;application des peines, ainsi que des agents affectés au service de probation.<br />
4. L&#8217;USMA a aussi publié <a href="http://www.union-syndicale-magistrats.org/web/p361_livre-blanc-2010-l-etat-de-la-justice-en-france.html">un livre blanc sur l&#8217;état de la justice</a>, que vous trouverez ici.<br />
5. D&#8217;autres tribunaux ont adopté des motions semblables.<br />
6. A la question qui lui était posée à l&#8217;Assemblée nationale le 2 novembre 2010 sur l&#8217;insuffisance des effectifs dans les services de probation <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2010-2011/20110038.asp">la ministre de la justice d&#8217;alors a répondu</a> : &#8220;Vous estimez le nombre supplémentaire de SPIP insuffisant. Ce n’est pas notre analyse au ministère où plusieurs réunions de travail ont eu lieu sur ce sujet : ce que nous avons prévu semble correspondre aux besoins.&#8221;&#8230;&#8230;</p>
<p>Billet initialement publié sur <a href="http://www.huyette.net/">Paroles de juges</a> sous le titre <a href="http://www.huyette.net/article-de-la-recidive-aux-moyens-des-services-publics-entre-mensonges-et-mepris-66381590.html">De la récidive au moyen des services publics: entre mensonges et mépris</a></p>
<p><a href="http://www.huyette.net/article-de-la-recidive-aux-moyens-des-services-publics-entre-mensonges-et-mepris-66381590.html">Illustrations Flickr CC </a><a href="http://www.flickr.com/photos/scottmontreal/3239341045/">ScottMontreal</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/marisseay/1674396201/">Marisseay</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/sercasey/251142094/">Sercasey</a> et <a href="http://www.flickr.com/photos/stuant63/2255781557/">Stuant63</a></p>
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		<title>WikiLeaks: Bradley Manning en isolement</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Dec 2010 17:34:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Marc Manach</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Suspecté d'avoir transmis des documents à WikiLeaks, Bradley Manning serait aujourd'hui placé en isolement dans une prison américaine. Des conditions particulièrement éprouvantes, pour un individu vierge de toute condamnation.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://standwithbrad.org/"><img class="alignright size-full wp-image-39327" title="manning-logo-250" src="http://owni.fr/files/2010/12/manning-logo-250.gif" alt="" width="250" height="249" /></a><a href="http://www.lemonde.fr/sujet/b4b3/bradley-manning.html">Bradley Manning</a>, le soldat américain de 22 ans soupçonné d&#8217;être la &#8220;<em>gorge profonde</em>&#8221; de WikiLeaks, n&#8217;a pas été condamné pour cela, ni pour aucun autre crime. Il n&#8217;est est pas moins incarcéré depuis cinq mois en Virginie (après être resté deux mois dans une prison militaire au Koweit), et soumis à des &#8220;<em>traitements cruels et inhumains considérés dans de nombreux pays comme relevant de la torture, susceptibles d&#8217;entraîner des séquelles psychologiques à long terme</em>&#8220;.</p>
<p>C&#8217;est ce que révèle Glenn Greenwald, juriste et chroniqueur au magazine <em>Salon</em>, dans un <a href="http://www.salon.com/news/opinion/glenn_greenwald/2010/12/14/manning/index.html">long article</a> basé sur les témoignages de plusieurs personnes en contact direct avec lui.<br />
<span id="more-39321"></span></p>
<p>On y apprend que, depuis son arrestation, en mai, Bradley Manning est un détenu modèle, sans problèmes de violence ni de discipline. Il n&#8217;en a pas moins été classé détenu particulièrement surveillé (&#8220;<em>Maximum Custody Detainee</em>&#8220;), le plus haut niveau dans la classification des prisons militaires, et confiné à l&#8217;isolement 23 heures sur 24. Il n&#8217;a pas le droit de faire de l&#8217;exercice, et est sous constante surveillance.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-39322" title="manning_buttons-300" src="http://owni.fr/files/2010/12/manning_buttons-300.jpg" alt="" hspace="3" vspace="3" width="300" height="170" align="right" /><em>Pour des raisons qui semblent exclusivement punitives</em>&#8220;, souligne Greenwald, il n&#8217;a pas de drap, et il ne comprend toujours pas pourquoi il n&#8217;a pas non plus droit à un oreiller, alors qu&#8217;il passe la majeure partie de son temps à dormir. Il n&#8217;a pas non plus le droit de se tenir informé de l&#8217;actualité, et le personnel médical de la prison lui administre des antidépresseurs afin de pallier ses conditions de détention :</p>
<blockquote><p>En résumé, Manning est soumis depuis des mois, de façon constante, à un isolement inhumain, abrutissant, propre à lui nier toute forme de personnalité, voire à le rendre fou, sans même avoir jamais été condamné pour quoi que ce soit.</p></blockquote>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-39323" title="whistle300" src="http://owni.fr/files/2010/12/whistle300.jpg" alt="" hspace="3" vspace="3" width="300" height="131" align="right" />&#8220;Greenwald a été, dans la foulée, contacté par un responsable de la prison où Bradley Manning est interné. Le seul point qu&#8217;il lui a demandé de rectifier porte sur le fait que ses gardiens n&#8217;interdiraient à Manning de s&#8217;informer lorsqu&#8217;il a le droit de regarder la télévision, ce qui serait cela dit démenti par plusieurs des personnes en contact avec lui. Ce qui, note Greenwald, ne bouleverse pas non plus profondément le portrait qu&#8217;il dresse de ses conditions de détention.</p>
<h2>L&#8217;isolement carcéral ? Une &#8220;torture&#8221;</h2>
<p>Pour mieux comprendre ce que peut entraîner untel isolement carcéral, Greenwald<br />
rappelle que de nombreux pays ne placent en isolement que les seuls détenus particulièrement violents, pour la simple et bonne raison que ce type de confinement  &#8220;<em>peut être aussi pénible qu&#8217;une torture physique</em>&#8220;. C&#8217;est en tout cas ce qui ressort de la lecture d&#8217;un <a href="http://www.newyorker.com/reporting/2009/03/30/090330fa_fact_gawande">article du New Yorker</a>, qui semble faire autorité en la matière, d&#8217;une <a href="http://www.hrw.org/en/news/2010/03/22/solitary-confinement-and-mental-illness-us-prisons">étude</a> du Journal de l&#8217;académie américaine de psychiatrie et de droit, et d&#8217;une autre, de l&#8217;armée américaine, portant sur 150 militaires américains détenus au Vietnam, et qui, toutes, dénoncent l&#8217;isolement, notamment carcéral, au vu des dégâts psychologiques que cela entraîne généralement chez les détenus.</p>
<p>Un <a href="http://www.prisoncommission.org/pdfs/Confronting_Confinement.pdf">rapport</a> de la commission nationale sur la sécurité et les abus dans les prisons américaines (composée de Républicains et de Démocrates) avait ainsi appelé, en 2006, à l&#8217;abandon de ce genre d&#8217;isolement carcéral, au motif que cela &#8220;<em>ne pouvait être décrit que comme relevant de la torture</em>&#8220;.</p>
<p>Le rapport citait plusieurs études de psychiatres décrivant une constellation de symptômes allant de l&#8217;anxiété, la confusion, l&#8217;hallucination, la dépression, la colère, des distorsions de perception, de la paranoïa, jusqu&#8217;à des formes de violences extrêmes, de psychoses ou d&#8217;auto-destruction.</p>
<p>Des examens médicaux pratiqués, en 1992, sur des prisonniers yougoslaves soumis en moyenne à 6 mois d&#8217;isolement carcéral, avaient ainsi démontré des &#8220;<em>anormalités cérébrales</em>&#8221; des mois après leur libération :</p>
<blockquote><p>Sans interaction sociale soutenue, le cerveau humain peut être aussi endommagé qu&#8217;un cerveau qui a subi un traumatisme physique.</p></blockquote>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-39325" style="margin: 3px;" title="manning-shirt-300" src="http://owni.fr/files/2010/12/manning-shirt-300.jpg" alt="" hspace="3" vspace="3" width="270" height="293" align="right" />Ironie de l&#8217;histoire, Julian Assange, le porte-parole de WikiLeaks, est lui aussi <a href="http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iN3eDh1x_d3DdU6cP6cQqfpIgWUQ?docId=CNG.c533c225c666b03ea4b1e8a2148f847e.901">placé dans une cellule d&#8217;isolement</a>, &#8220;<em>pour sa propre sécurité</em>&#8220;. Recevant sa maman, venu d&#8217;Australie, il lui a <a href="http://www.sunshinecoastdaily.com.au/story/2010/12/14/Julian-Assange-wikileaks-first-words-jail-plea/">expliqué</a> qu&#8217;il était également placé sous vidéosurveillance constante, de peur qu&#8217;il ne soit assassiné&#8230;</p>
<h2>L&#8217;information veut être libre</h2>
<p>En conclusion, et pour mieux conceptualiser les conditions de détention de Bradley Manning, Greenwald rappelle cet extrait du &#8220;<em>chat</em>&#8221; que le jeune soldat avait eu avec Adrian Lamo, le hacker qui l&#8217;a finalement dénoncé aux autorités américaines :</p>
<blockquote><p>Manning : je veux que les gens connaissent la vérité, parce que sans information, on ne peut pas prendre de décision. Si j&#8217;avais été quelqu&#8217;un de malintentionné, j&#8217;aurai pu les vendre à la Russie, la Chine, et faire péter mon compte en banque.</p>
<p>Lamo : pourquoi ne l&#8217;as-tu pas fait ?</p>
<p>Manning : parce que ce sont des données publiques, elles appartiennent au domaine public -&#8221;l&#8217;information veut être libre&#8221; (maître-mot des hackers et défenseurs des libertés sur le Net, NDLR)- et devraient être un bien commun.</p></blockquote>
<p><em>Ceux qui voudraient soutenir Brad Manning peuvent aller sur <a href="http://www.bradleymanning.org/">BradleyManning.org&#8221; (</a><a href="http://www.facebook.com/savebradley">Facebook</a>, <a href="http://twitter.com/savebradley">Twitter</a>), ou <a href="http://www.couragetoresist.org/x/content/view/858/1/">CourageToResist.org</a>, qui soutient plusieurs objecteurs de conscience, déserteurs ou militaires qui dénoncent ce qu&#8217;ils sont amenés à faire, et qui vend un <a href="http://www.couragetoresist.org/x/content/view/851/124/">kit de soutien</a> (T-shirt, tickets, etc.) d&#8217;où sont issues les illustrations de cet article.</em></p>
<p><em>&#8212;</em></p>
<p><em></em>MaJ : l&#8217;avocat de Bradley Manning a publié un compte-rendu, plus mesuré, d&#8217;<a href="http://www.armycourtmartialdefense.info/2010/12/typical-day-for-pfc-bradley-manning.html">une journée-type de son client</a>.<br />
Illustration CC: <a href="http://www.flickr.com/photos/kevincollins/">Kevin Collins</a><em><br />
</em></p>
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		<title>[interview] Le juteux business des prisons</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Nov 2010 14:51:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Dufresne &#124; davduf</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La privatisation des prisons est rampante. Et tout le monde s’en moque. Les géants du BTP, comme Bouygues, et d'autres grands groupes (GDF-Suez, Sodexo) raflent des contrats impressionnants. Quand l’incarcération devient business...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Gonzague Rambaud, journaliste indépendant, est co-auteur du livre <a href="http://www.autrement.com/ouvrages.php?ouv=2746713604" target="_blank">Le Travail en prison. Enquête sur le business carcéral</a> (Autrement, 2010). Il revient ici sur les non dits d’un secteur florissant. Où les sommes sont astronomiques, les à côtés peu reluisants et l’indifférence quasi totale.</p>
<div class="answer">Commençons par le commencement&#8230; les prisons semi privées en France, combien de divisions ?</div>
<p>La privatisation des prisons s’accélère et s’impose désormais comme le système économique privilégié pour administrer les geôles françaises. Une cinquantaine d’établissements pénitentiaires sur 197 fonctionnent aujourd’hui sur le modèle de la « gestion mixte ». Désormais, toutes les prisons qui sortiront de terre seront gérées en grande partie par des entreprises privées. Ainsi, hormis les fonctions régaliennes (direction, surveillance, greffe), le privé s’occupe de tout. Soit : la maintenance, l’entretien, la fourniture des fluides et des énergies, la restauration, l’hôtellerie, la buanderie, la « cantine », le transport, l’accueil des familles, la formation professionnelle et le travail des détenus.</p>
<div class="answer">En quoi les prisons privées sont-elles profitables aux grands groupes comme Gepsa (filiale de GDF-Suez) ou Siges (filiale de Sodexo). Autrement dit, comme ces consortiums gagnent-ils de l&#8217;argent avec les prisons ?</div>
<p>Un juteux business pour GDF-Suez et Sodexo, qui se partagent âprement ce marché depuis plus de vingt ans. Lors des derniers contrats, signés en novembre 2009, Sodexo a remporté la gestion de 27 nouvelles prisons, en plus des 9 établissements acquis lors des appels d’offres précédents. Un contrat de « quasiment un milliard d’euros » pour une période de huit ans, a indiqué Michel Landel, directeur général de Sodexo, lors de la présentation des résultats du groupe le 10 novembre 2009. La Chancellerie devient ainsi le premier client français de Sodexo ! En remportant un lot de six prisons, GDF-Suez devra se contenter d’un « petit » contrat global d’un montant de 22 235 760 euros. En 2007, lors des précédents contrats, la filiale de GDF-Suez affichait une santé financière insolente au point de reverser à ses actionnaires un dividende de 2,9 millions soit… 100 % du résultat net.</p>
<div class="answer">Un marché sur lequel surfe désormais le groupe Bouygues…</div>
<p>Marchant sur les traces de son mentor Albin Chalandon &#8211; garde des sceaux sous la première cohabitation (1986-1988) et initiateur des premiers contrats de gestion mixte en prison &#8211; Rachida Dati a signé le 19 février 2008, un partenariat public-privé (PPP) avec Bouygues Construction, chargé de concevoir, réaliser, financer, entretenir et gérer trois nouvelles prisons  (la maison d’arrêt de Nantes : 570 places, le centre pénitentiaire de Lille-Annoeullin : 688 places et le centre pénitentiaire de Réau en Île-de-France : 798 places) livrées d’ici à 2011. Ce contrat représente un loyer annuel de 48 millions d’euros pour les trois établissements, soit une valeur totale de 1,8 milliard d’euros pour une durée de contrat de 27 ans. Par ailleurs, notre livre révèle que depuis mars 2008, au centre pénitentiaire de Rennes, douze femmes détenues travaillent pour l’opérateur de téléphonie Bouygues Télécom…</p>
<div class="answer">Et l&#8217;État ? Quel est son intérêt financier dans cette collaboration avec le privé ? On sait, par exemple, qu&#8217;aux États-Unis, le  coût d&#8217;un prisonnier placé dans le secteur privé revient sur la durée plus cher qu&#8217;un prisonnier dans le public. Quels arguments l&#8217;État français use-t-il pour (se) convaincre du bien fondé de la privatisation ?</div>
<p>Le 19 février 2008, lors de la signature du contrat avec Bouygues, Rachida Dati, alors ministre de la Justice, déclarait que le partenariat public privé avait pour but de « diminuer le coût global, parce que le partenaire optimise toute la chaîne, depuis la conception jusqu’à l’exploitation », arguant que le ministère de la Justice confie « au secteur privé des responsabilités qu’il sait parfaitement assumer ». Un avis que ne partage pas la Cour des comptes : « Force est de constater que ce choix stratégique [de la gestion déléguée NDLR] n’a reposé ni sur des critères de coût ni sur l’appréciation effective des performances, alors qu’il engage durablement les finances publiques », lit-on dans un rapport publié en 2006.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="../files/2010/11/prisonb-1-ok.jpg"><img class="aligncenter" title="prisonb-1-ok" src="../files/2010/11/prisonb-1-ok.jpg" alt="" width="640" height="427" /></a></p>
<p>Si les Sages de la rue Cambon ont reconnu que la gestion mixte était un peu « mieux contrôlée », ils épinglent – à nouveau – l’absence d’échelle de comparaison entre la gestion semi privée et la gestion publique, dans un rapport de juillet 2010. Ainsi, la Cour des comptes, préconise « d’élaborer une méthode fiable de comparaison entre la gestion déléguée et la gestion publique, en intégrant des indicateurs de coûts mais également de qualité de service ». En clair, rien ne prouve aujourd’hui que ce mode de gestion soit plus rentable pour l’Etat. En revanche, le PPP signé avec Bouygues permet à l’État de pas contracter de dette visible puisque c’est l’entreprise privée qui supporte le poids financier de l’investissement. Le coût des constructions de prisons n’apparait pas immédiatement, mais l’État paye toutefois un (onéreux) loyer durant près de 30 ans.</p>
<div class="answer">À vous lire, la gauche comme la droite sont plutôt sur la même longueur d&#8217;ondes à propos des partenariats publics/privés et ce malgré des rapports accablants dont vous venez de parlez&#8230; Comment expliquez-vous ce consensus: pour des raisons économiques (les prisons coûtent cher), par indifférence générale (qui se soucie des prisons ?), pour une autre raison ?</div>
<p>La privatisation des prisons s’ouvre avec la loi pénitentiaire du 22 juin 1987, initiée par Albin Chalandon. Les premiers contrats ont été signés en 1989, ils ont ensuite été reconduits en en 1997, 2002 puis 2009. Certes, le gouvernement de Lionel Jospin ne s’est pas opposé, entre 1997 et 2002, à ce mode de gestion. Toutefois, à propos des partenariats publics privés, qui englobent notamment la conception, le financement, et la réalisation &#8211; compétences qui n’apparaissent pas dans les contrats dits de « gestion mixte » signés par Sodexo et GDF-Suez notamment – Marylise Lebranchu, ancienne garde des sceaux de Lionel Jospin, est très sévère. Interviewée dans notre livre, elle fustige le procédé en ces termes : « Quand on a un loyer de 27 ans, on a une dette, donc, je crois qu’on joue sur une nomenclature budgétaire pour avoir une dette moins forte. Mais en fait, c’est la même chose. D’autre part, la prestation ne peut que coûter plus cher. Quand vous rémunérez un capital en plus, ça vous coûtera plus cher. Il n’y a donc pas de gain sur les finances publiques dans un PPP. »</p>
<div class="answer">On sait qu&#8217;il existe un risque de collusion entre la politique pénale d&#8217;un pays et les intérêts économiques de certains acteurs des prisons privées. Aux États-Unis, plusieurs leaders du secteur dépensent ainsi des millions de dollars pour un durcissement des peines. Des juges de Pennsylvanie ont même reconnu avoir perçu des pots de vins pour envoyer des gamins en taule. En France, quels sont les risques ?</div>
<p>Le cas de ces deux magistrats américains qui ont reconnu avoir envoyé des centaines d’enfants et d’adolescents en prison entre 2000 et 2007, en échange de 2,6 millions de dollars de pots-de-vin, payés par les deux entreprises gérant des centres de détention, n’a heureusement pas son équivalent en France. Toutefois, la réalité économique oblige à souligner que les bénéfices des gestionnaires privés de prisons françaises gonflent… à mesure que les prisons se remplissent.  Astucieusement, les entreprises privées infligent au ministère de la Justice des pénalités lorsque le taux d’occupation des prisons co-gérées dépasse 120 %, un taux facilement atteint en maison d’arrêt notamment. Alors que la population écrouée a augmenté de pratiquement 50 % entre 2001 et aujourd’hui, le durcissement de la politique pénale pourrait bien arranger les affaires des gestionnaires privés.</p>
<p><a href="http://owni.fr/files/2010/11/jackpot.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-36734" title="jackpot" src="http://owni.fr/files/2010/11/jackpot.jpg" alt="" width="346" height="301" /></a></p>
<div class="answer">Plusieurs prisons semi-privées sorties de terre récemment en France ont connu des problèmes de conception (système défectueux de serrures ou de réseau électrique à la centrale de Mont-de-Marsan). Pour certains, les exigences de rentabilité des entreprises privées sont incompatibles avec les besoins de qualité. Qu&#8217;en pensez-vous ?</div>
<p>Inauguré le 19 janvier 2009 par Rachida Dati et le Premier ministre François Fillon, le centre de détention de Roanne, conçu, construit et financé par Eiffage, a souffert de graves malfaçons à sa livraison : des serrures électriques extérieures qui ne fonctionnent pas, des infiltrations d’eau, des murs fendillés, des grilles de cour de promenade trop courtes, etc. Cette longue liste rappelle les déboires de la prison de Mont-de-Marsan. Construit par Bouygues et inauguré le 20 novembre 2008, ce centre pénitentiaire avait été plongé dans le noir, trois semaines après son ouverture, à la suite d’une panne générale d’électricité, qui avait conduit à évacuer les 87 détenus de cette prison (presque) rutilante, livrée à l’heure et dans des temps record.</p>
<p>Pour éviter les lourdes pénalités financières en cas de délais de livraison non satisfaits, ces groupes de BTP (Eiffage, Quille et Bouygues Construction) confondent vitesse et précipitation. Pour des questions de rentabilité, les entreprises privées respectent le cahier des charges au minimum. Raison pour laquelle la Cour des comptes, dans son un rapport de juillet 2010, recommande d’élaborer une méthode fiable de comparaison entre la gestion déléguée et la gestion publique, « en intégrant des indicateurs de coûts mais également de qualité de service ».</p>
<div class="answer">Comment voyez-vous le fait que l&#8217;État français se réserve ses fonctions régaliennes (à savoir la direction des prisons, la surveillance des détenus, et le greffe)? Est-ce le moindre des garde fous ou un simple cache sexe d&#8217;un marché qui ne dit pas son nom ?</div>
<p>Je ne pense pas que cela soit un « cache sexe », c’est plutôt un garde-fou qui ne sera pas levé de sitôt. Privatiser, par exemple, les fonctions de surveillance et de direction serait très mal perçu et serait difficile à faire passer à l’Assemblée Nationale et au Sénat, et dans une grande partie de l’opinion. Des surveillants armés et salariés d’un groupe privé de surveillance ? Ce n’est pas pour tout de suite, à mon avis.</p>
<div class="answer">Dans votre livre, vous dressez un constat sévère: « côté détenus, la plus-value en termes de travail et de formation professionnelle se perçoit difficilement [...] : l’offre de travail qualifiant, le nombre et la qualité des formations professionnelles fait tout autant défaut dans les prisons privées [que publiques] » Pouvez-vous en dire plus ?</div>
<p>Je fais ici allusion au travail et à la formation professionnelle des détenus, deux compétences déléguées aux entreprises privées, filiales de Sodexo, GDF-Suez, Bouygues, etc, dans les prisons semi-privatisées. Le travailleur-détenu évolue dans une zone de non droit dont la pierre angulaire se niche dans l&#8217;article 717-3 du code de procédure pénale. Lequel souligne expressément que « les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l&#8217;objet d&#8217;un contrat de travail » dans l&#8217;enceinte d&#8217;une prison. De fait, tous les droits attachés au contrat de travail disparaissent : pas de SMIC, pas d&#8217;indemnités chômage, de maladie ou d&#8217;accident du travail, pas de congés payés, ni de droit syndical. Un système totalement dérogatoire au droit commun qui permet aux entreprises de s&#8217;implanter en prison à moindre frais.</p>
<p>Pour des raisons d’image notamment, les entreprises privées, que nous citons dans le livre (EADS, BIC, Renault, Agnès B, Orange, Bouygues Telecom, etc.), s’abritent derrière une kyrielle de sous-traitants. Bien que le travail soit rémunéré, en moyenne, 3 euros brut de l’heure, en prison, l’offre est inférieure à la demande. Or, la gestion mixte devait en théorie favoriser la venue de donneurs d’ordre en prison, au prétexte que les groupements privés gestionnaires de prisons seraient de meilleurs interlocuteurs que l’administration pénitentiaire. Or, il n’en est rien. Les postes de travail font autant défaut dans les prisons publiques que dans les prisons semi-privées, durement frappées par la crise économique, notamment en raison de la désertion des sous-traitant automobiles, une des branches professionnelles les mieux implantés dans les ateliers pénitentiaires.</p>
<p>Crédits photo cc FlickR : <a href="http://www.flickr.com/photos/r80o/">Mark Strozier</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/funky64/">Funky64 (www.lucarossato.com)</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/ventriloblog/">Max Sparber</a>.</p>
<p>&#8211;</p>
<p><em>David Dufresne est auteur et co-réalisateur du webdocumntaire <a href="prisonvalley.arte.tv" target="_blank">Prison Valley</a>.</em></p>
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