OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’immigration légale, nouvelle cible du gouvernement http://owni.fr/2011/05/05/immigration-legale-cible-gouvernement/ http://owni.fr/2011/05/05/immigration-legale-cible-gouvernement/#comments Thu, 05 May 2011 10:03:27 +0000 Damien Dubuc http://owni.fr/?p=60935 Finie “l’immigration choisie” chère à Nicolas Sarkozy. Le gouvernement s’est trouvé une nouvelle marotte, censée séduire les électeurs du FN et prouver sa détermination sur le front du chômage: la lutte contre l’immigration légale. Mais, le discours n’est pas encore bien rodé et les arguments un tantinet contradictoires.

D’un côté Claude Guéant, qui entend supprimer 20 000 autorisations de séjour par an.“Aujourd’hui il y a à peu près 200 000 étrangers supplémentaires (par an) qui sont autorisés à séjourner en France“, assure le ministre de l’Intérieur, interrogé sur TF1. “Mon objectif, c’est de réduire ce nombre de 20 000, c’est-à-dire de passer de 200 000 à 180 000, dans un premier temps.” Motif invoqué:

Il faut savoir que 24 % des étrangers non Européens qui se trouvent en France sont des demandeurs d’emploi. C’est presque trois fois plus que le taux de chômage national.

De l’autre côté, son collègue Xavier Bertrand a annoncé dimanche son intention de réduire la liste des métiers pour lesquels le recours à une main d’œuvre étrangère est ouvert sans restriction. Figurent sur cette liste les métiers pour lesquels il existe des difficultés de recrutement, dits “métiers en tension”. Le ministre du Travail entend “former les demandeurs d’emploi pour occuper ces postes” au lieu de faciliter le recours à des travailleurs étrangers.

Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé

Contradictions

D’un côté donc, si l’on comprend bien, les immigrés peinent à s’intégrer sur le marché du travail. De l’autre, ils s’y intègrent si bien qu’ils occuperaient la place des Français. Qu’importe les contradictions ! L’essentiel est ailleurs: à mots feutrés, accréditer l’idée que le marché du travail et les finances publiques se porteraient mieux avec moins d’immigrés. Deux idées fixes, deux idées fausses.

D’abord cette précision: en 2010, l’immigration légale a bien augmenté de plus de 10%, avec 188 780 nouveaux arrivants – pas 200 000 – d’après les statistiques fournies par France Terre d’Asile et l’Office français de l’immigration (OFII). Une poussée qui s’explique surtout par le nombre d’étudiants (65 840, en augmentation de 28,5%) admis sur le territoire français. L’immigration professionnelle n’a concerné que 31 500 personnes, dont 20 000 environ ont obtenu un visa pour établissement professionnel.

L’immigration, cause du chômage ?

Restreindre la liste des métiers ouverts aux immigrés légaux ? Hors-sujet, répond la patronne des patrons. Plus précisément, Laurence Parisot estime que ce n’est pas “le cœur du sujet”:“on parle de 20 000 personnes. Est-ce qu’il y a un sujet sur 20 000 personnes ?”

La CGT conteste plus durement:

Même s’ils durcissent cette liste, cela n’aura aucun impact et ne répondra en rien à la problématique du chômage en France,

explique (à l’AFP) Mourad Rabhi.

La proposition de Xavier Bertrand est d’autant plus curieuse que les quelques 20 000 personnes à qui un visa de travail a été accordé l’an passé ne vont pas venir grossir les rangs des chômeurs – bien au contraire. Sauf à prétendre que les travailleurs étrangers chipent les emplois des Français. Or, c’est faux. Pour au moins deux raisons.

1. Les visas de travail délivrés chaque année répondent à des besoins de main d’œuvre qualifiée. Xavier Bertrand propose de former les demandeurs d’emplois. Va-t-on en faire des géomètres, des ingénieurs experts ou des façonneurs bois – autant de “métiers en tension” qui recrutent – en quelques semaines ? “Il y a aujourd’hui quelques 150 000 postes de travail qui ne sont pas pourvus parce qu’on manque de travailleurs qualifiés”a précisé François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, sur France info.

2. A l’inverse, un tiers des offres d’emplois ne trouvent pas preneur, selon la dernière enquête sur les besoins de main d’œuvre réalisée par Pôle emploi. Tout simplement parce qu’il s’agit de métiers difficiles ou peu rémunérés. “Accepter les emplois dont les autochtones ne veulent pas” serait la fonction principale des immigrés, résume Gérard Cornilleau, économiste à l’OFCE, cité par l’Expansion. “Aucune étude sérieuse n’a réussi à établir un impact visible de l’immigration sur le chômage, souligne Xavier Chojnicki. Par ailleurs, la concurrence sur le marché du travail s’exerce d’avantage entre anciennes et nouvelles vagues de migrants qu’entre migrants et natifs.”

Un coût pour les finances publiques ?

Le patron de l’UMP l’assure, l’immigration a un coût.

Sur l’immigration à caractère strictement social, nous allons nous heurter à un problème, c’est que nous n’aurons plus les moyens de payer, c’est-à-dire que derrière cela, le coût social pour le contribuable est tellement élevé qu’il y aura un moment où on ne tiendra plus le coup financièrement, parce que c’est du déficit et qu’on y arrive plus,

a expliqué François Copé, le 12 avril dernier, au micro de RFI.

Une étude de 2009 réalisée par une équipe d’universitaire de Lille chiffre ce coût : 47,9 milliards d’euros par an. Les principaux postes de dépense sont, dans l’ordre, les pensions de retraites (16,3), les prestations de santé (11,5) et les allocations familiales (6,7). Pour plus de détails, cliquez ici ou .

Mais, ce calcul n’a de sens que si l’on tient compte aussi des recettes. Surprise : elles sont estimées à 60,3 milliards d’euros et le solde est, au final, positif : les immigrés rapportent 12,4 milliards à la collectivité.

Dans un article récent, Xavier Chojnicki – qui a coordonné l’étude précédente -, s’efforce une nouvelle fois de savoir combien coûte l’immigration. Il commence par noter que :

par rapport aux autochtones, les immigrés (hors Union Européenne) seraient environ 1,6 fois plus nombreux à recevoir des allocations chômage, 3,8 fois plus représentés parmi les bénéficiaires du RMI et en moyenne 2,5 fois plus dépendants des aides au logement.

Les explications sont simples et bien connues : les immigrés sont plus jeunes, moins qualifiés et font plus d’enfants que le reste de la population.

A l’inverse, les immigrés “utilisent moins le système” de santé et perçoivent des “pensions [de retraites] relativement plus faibles”. Loin de représenter une charge pour l’Etat-providence, les travailleurs étrangers peuvent au contraire être une aubaine pour l’économie et la société. Ils contribuent au financement de la protection sociale.

Un rôle crucial, à long terme

Tous comptes faits, Xavier Chojnicki conclut que :

la contribution nette globale de l’immigration au budget des administrations publiques serait positive et de l’ordre de 3,9 milliards d’euros pour l’année 2005. Au final, moins d’immigration c’est à la fois moins de dépenses sociales mais c’est aussi et surtout moins de cotisants.

Depuis le début de la crise économique, l’OCDE note que “les chiffres du chômage des immigrés de sexe masculin (dont beaucoup travaillaient dans les secteurs durement touchés par la crise comme le bâtiment ou l’hôtellerie-restauration), ont progressé davantage que ceux de la population autochtone”.

Mais, plutôt que d’appeler à freiner l’immigration légale, l’organisme appelle les Etats à “faire tout leur possible pour aider les immigrés qui ont perdu leur emploi.” Pourquoi? Parce que“l’immigration (…) continuera de jouer un rôle crucial, à long terme, dans les pays de l’OCDE [qui] auront besoin de travailleurs supplémentaires pour préserver la croissance et la prospérité (…)”


Article initialement publié sur MyEurop.

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Emploi : le Medef espère enfin un effort de la part des jeunes et des vieux http://owni.fr/2010/12/17/emploi-le-medef-espere-enfin-un-effort-de-la-part-des-jeunes-et-de-vieux/ http://owni.fr/2010/12/17/emploi-le-medef-espere-enfin-un-effort-de-la-part-des-jeunes-et-de-vieux/#comments Fri, 17 Dec 2010 15:22:53 +0000 Slovar http://owni.fr/?p=37444 Enchantée par l’offre de la CFDT de « passer à autre chose » après le conflit des retraites, Laurence Parisot vient de communiquer aux syndicats son « agenda social ». Celui-ci, freine des 4 fers sur les jeunes et fait l’impasse sur l’emploi des seniors !

Le MEDEF n’a pas mis longtemps à réagir aux propos de Xavier Bertrand le ministre du travail qui avait indiqué : «  qu’il allait lancer une « concertation spécifique » avec les partenaires sociaux sur l’emploi des jeunes, notamment pour trouver de « nouveaux outils » sur l’alternance. »

Ami jeune, cesse donc de multiplier les diplômes !

Laurence Parisot, s’appuyant sur un courrier envoyé aux syndicats « pour leur proposer la « trame » d’un agenda social pour les deux années à venir » n’a pas retrouvé le ton « aimable », employé sur les plateaux de télévision, nous expliquent Les Echos.

Le contenu sera borné : « Il n’est pas question d’inventer un méandre de plus dans les usines à gaz des particularités contractuelles », a indiqué hier Laurence Parisot. Le mandat est plutôt d’ « améliorer, optimiser voire créer » des dispositifs « opérationnels », par exemple sur le logement des jeunes, un sujet déjà évoqué ces derniers mois.

Du côté de l’apprentissage, que Nadine Morano qualifie «d’ objectif national partagé», la réponse est nette :

L’accroissement des effectifs en apprentissage et en contrat de professionnalisation dépend d’abord du carnet de commandes, d’une simplification des procédures et d’une baisse de la durée de la formation en apprentissage.

En bref, il est urgent de ne rien faire ou alors en revoyant à la baisse la qualification des jeunes !

Voyons, jeune sans diplôme, ne vois-tu pas que les entreprises n'ont pas encore besoin de toi ?

En ce qui concerne l’emploi des seniors : le dossier est renvoyé … à plus tard, du fait que « Nous sommes prudents et souhaitons avancer pas à pas », a-t-elle indiqué, privilégiant la mise en oeuvre des plans d’action dans les branches et entreprises. »

C’est à dire immobilisme total pour une population que le MEDEF veut faire travailler plus longtemps !

Et pourtant, que déclarait le même MEDEF au sujet de l’emploi des seniors en mars 2006 ? « Trop de personnes en France sont écartées du marché du travail en raison de leur âge. Il faut faire changer les mentalités. » Puis en avril 2008 : « d’une part, et comme l’ont fait l’ensemble des pays européens, il faut relever l’âge légal de la retraite toutes les études et statistiques le montrent en effet chez nos voisins : les salariés restent plus longtemps dans les entreprises Ensuite, il faut supprimer la dispense de recherche d’emploi pour les plus de 57 ans et demi. Cette dispense n’incite pas à rechercher du travail. »

Persuadé d’avoir mis en place la flexsécurité

Mais peu importe pour Laurence Parisot a d’autres priorités. Dont une : « délibération économique sur le financement de la protection sociale (..) et « estime qu’il y a des « échanges utiles et intéressants à mener sur les questions de « vie au travail », notamment l’égalité hommes-femmes ou la lutte contre les discriminations. »

Ce qui ne coûte pas cher dans un cas et pourrait même rapporter gros aux entreprises dans l’autre !

Et de lancer cette phrase énigmatique :

La nécessité de franchir une étape supplémentaire dans la réflexion sur la mise en oeuvre des stages offerts aux jeunes pourrait nous conduire à aborder la question générale des contrats de travail dans le cadre d’une réflexion plus globale sur l’emploi et la sécurisation des parcours professionnels.

Ce qui fait dire aux Echos : « Une prudence sur la flexisécurité jugée assez étonnante au sein de l’exécutif. »

Il faut dire que le MEDEF est persuadé d’avoir mis en place la flexisécurité, en janvier 2008. mais que sa vision est assez … restrictive en termes d’embauches :

La présidente du Medef Laurence Parisot a salué « l’acquis majeur pour tous que constitue la rupture du contrat à durée indéterminée à l’amiable », dans un communiqué remis à la presse. «  C’est une vraie bonne nouvelle pour l’embauche en France qui se modernise et se dynamise ». Cathy Kopp qui conduisait la délégation patronale, a salué « une négociation en plusieurs points historique qui pour la 1ère fois en France créé une flexisécurité.

Séparabilité qui, rappelons le, porte à présent le joli nom de « rupture conventionnelle » et dont les seniors ont été les plus nombreux à découvrir cet « acquis majeur pour tous ».

Mais, les dernières déclarations de Laurence Parisot mettent un point final au catalogue de « bonnes intentions » du MEDEF.

Nous entrons maintenant dans un cycle où, tous ceux, à commencer par le Président de la République (probable candidat à un deuxième mandat), qui n’avaient pas saisi toute l’ampleur de la petite phrase issue du (seul) texte publié sur l’éphémère blog de la patrone des patrons : «  Nous avons contribué à changer la France, elle est devenue plus dynamique, plus présente dans le monde, plus consciente des défis à relever, plus réaliste. Il faut continuer ! » sont prévenus : le MEDEF fera roi … celui qui lui prêtera allégeance !

Billet publié intialement sur le blog de Slovar sous le titre : Agenda social du MEDEF : Les jeunes en “stand by” et les seniors sur la touche !

Photo FlickR CC World Economic Forum ; The Library of Congress.

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Comment l’UMP utilise le troll politique pour accaparer le débat http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/ http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/#comments Wed, 22 Sep 2010 08:26:32 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=28813 Nicolas Sarkozy doit beaucoup à Léon Zitrone. A une maxime surtout : « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » Une leçon d’homme de télévision assimilée par le Président de la République comme une leçon de communication : dans une société du bruit médiatique, gueuler le plus fort est ce qui compte, quitte à dire n’importe quoi. A ceci prêt que ce « n’importe quoi » doit être assez efficacement conçu pour marquer les esprits dans le sens où la politique veut les mener.

Depuis la rentrée, le gouvernement a déployé un arsenal de communication prodigieux pour occuper tout l’espace médiatique, couvrant de ses déclarations fracassantes ou édifiantes les moindres mots de mise en garde ou d’indignation de l’opposition, des syndicats ou des penseurs qui se débattent à pointer ce qui a été défait par la « rupture ». Et ce simple fait marque la force d’un gouvernement sûr de lui : en 2007, c’est en remportant la bataille du discours que Nicolas Sarkozy a marqué les esprits. Sur chaque sujet, ses concurrents, à commencer par Ségolène Royal, ne faisaient que s’aligner, réagir dans le débat lancé par l’UMP. La plus grande défaite de la gauche ayant été de voir sa « vie chère » recallée par le « pouvoir d’achat » du programme de la droite.

Cette rentrée, la dernière avant le début de la campagne, marque une accélération dans un accaparement du débat qui, à première vue, ressemble à un troll massif de l’agora médiatique. Mais dont les effets de manche consistent surtout en trois techniques redoutables maquillée en grossièreté politique.

La mithridatisation ou « les sourds préfèrent qu’on leur parle doucement »

En déclarant qu’il aurait préféré que « le Luxembourg n’existe pas », après la critique de Viviane Reding sur la politique de la France envers les Roms, le sénateur Philippe Marini a battu des records d’indignité. Ses déclarations étaient jugées par le ministre des Affaires étrangères du Grand Duché « du même niveau que les discours de Mahmoud Ahmdinejad ». Remarquable en effet.

Car, en fixant la barre aussi haut dans la violence verbale, toute proposition un cran au dessous est considérée comme « relativement raisonnable ». De quoi couper l’herbe sous le pied de tout parti d’opposition qui, à moins de vouloir rentrer dans un concours se retrouve le souffle coupé au premier round. En lançant des projets de loi absurdes ou honteux, le même Philippe Marini avait opéré un joli coup en décembre 2008 : proposant de déduire des impôts les pertes de ceux qui avaient joué en Bourse et perdu avec la crise, il avait été déboutté… Permettant au gouvernement de jouer les redresseurs de tort en ne faisant que corriger l’un des siens !

Durant toute la passe d’arme qui a opposé la France à l’Union européenne, la méthode a fait florès : de Jean-François Copé à Chantal Brunel, la majorité s’est arrogé le droit de s’en prendre frontalement aux institutions, aux États membres, etc. Devant quoi l’opposition ne pouvait que s’indigner. Las, l’indignation est une posture passive : l’UMP restait à l’initiative et au premier plan à l’écran.

L’internalisation du débat ou « je suis content que nous ayons cette discussion au sein de l’UMP »

Pas de mérite à relever cette technique : c’est Xavier Bertand lui-même qui a vendu la mèche sur France inter lundi 20 septembre. Le week-end entier avait été animé du débat suscité par les propositions de Brice Hortefeux pour réformer la justice, notamment l’instauration de jurys populaires et l’élection des juges. Cacophonie dans la majorité : Gérard Larcher et François Fillon se déclarent contre le principe d’élection, Michèle Alliot-Marie déclare avoir ses idées (encore heureux, c’est elle la ministre de la Justice…). Bonhomme, Xavier Bertrand se félicite de l’ambiance : « qui fait vivre ce débat ? Notre famille politique et la majorité, moi je m’en réjouis. »

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Car en gardant en son sein toute la palette des options sur un sujet ou un autre, l’UMP coupe encore une fois l’herbe sous le pied de l’opposition. Vous êtes pour l’élection des juges ? Hortefeux aussi ! Vous êtes contre ? Ah, comme François Fillon alors ! Une fois le sujet imposé, l’Élysée pose chacun de ses pions sur une case avant de prendre sa décision : la place est prise, la gauche n’a plus qu’à réagir. L’UMP conserve la main.

Le hors sujet ou « la cuisine est sale mais j’ai balayé le couloir »

Les syndicats ne pourront pas dire que le gouvernement ne veut pas négocier. Certes, il refuse catégoriquement de toucher à la retraite à 62 ans et au taux plein à 67 mais il propose autre chose. En page 4 du Parisien du 21 septembre (J -2 de la deuxième mobilisation), le titre de l’interview d’Eric Woerth est clair : « Retraite : « nous allons proposer de nouveaux amendements ». » Il faut pousser à la fin du paragraphe de présentation pour apprendre que le ministre du Travail considère que « les mesures d’âges de 62 et 67 ans ne sont pas négociables ». La tête de page est passé, les gazettes pourront annoncer « Woerth prêt à des aménagements sur les retraites », le hors sujet est passé.

Et, dans ce « hors sujet » là, ce n’est pas l’élève qui est jugé mais le prof : en montrant cette fausse souplesse (on apprend en troisième colonne d’interview que Woerth ne compte pas égratigner les hauts revenus), le ministre fait passer ses critiques, les syndicats et l’opposition, pour des pinailleurs, des obsessionnels… Pire : pour des capricieux qui risquent de laisser passer l’occasion d’améliorer le sort d’une part marginale de la population. Au final, ces « amendements » ne seront peut-être même pas adoptés en séance. Mais qu’importe : syndicats et oppositions ne pourront pas dire que le gouvernement n’a rien proposé. L’UMP garde la main.

Combinées, toutes ces techniques ne donnent pas au gouvernement la capacité de « gagner » le débat sur les retraites. Ils lui donnent simplement la main sur le fameux débat, s’assurant qu’aucune déclaration de l’opinion, aucune réaction des syndicats ne sortira du cadre qu’il a défini. Que ce soit pour critiquer ou soutenir, toutes les propositions faites dans le débat sur la réforme des retraites se réfèrent à un membre de la majorité. En bien, en mal, peu importe : l’important, c’est qu’on parle d’eux.

Crédit photo : altemark,Martin Kingsley

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Comme Godwin en France http://owni.fr/2010/08/19/comme-godwin-en-france/ http://owni.fr/2010/08/19/comme-godwin-en-france/#comments Thu, 19 Aug 2010 13:00:40 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=25293 Tout comme l’éditorial du New York Times dénonçant la politique «xénophobe» du gouvernement français, le titre de Une du Times mentionnant les «souvenirs de la Gestapo» à propos des évacuations de Roms, n’est pas passé inaperçu (voir ci-contre). Après Stéphane Hessel ou Michel Rocard évoquant Vichy ou les nazis, le rappel des «rafles pendant la guerre» par le  député UMP Jean-Pierre Grand montrait que le vénérable journal britannique n’était pas le seul à avoir la mémoire chatouillée par certains rapprochements.

Outre les protestations de quelques ministres et porte-paroles du parti au pouvoir, la multiplication de ces réactions a suscité des interrogations sur le bon usage des comparaisons historiques. Sur Rue89, Pierre Haski parle d’«analogies indignes», tandis que sur Médiapart, l’historien Henry Rousso, dans une réflexion plus nuancée, juge que si certaines comparaisons ne sont pas «sans objet», leur pertinence paraît néanmoins «fragile».

Qui peut disconvenir que tracer un signe “égal” entre passé et présent, Hitler et Sarkozy, les juifs et les Roms, serait un geste excessif et vain? Aussi bien n’est-ce pas de cela qu’il s’agit. Le rôle de l’analogie historique, faut-il le rappeler, n’est pas de postuler l’identité de deux périodes, mais plutôt de faire apparaître la signification d’un événement contemporain par la mobilisation d’un point de comparaison historique. Il s’agit, pour le dire simplement, d’une image, c’est à dire d’un procédé rhétorique aussi vieux que l’histoire, en l’absence duquel l’œuvre d’auteurs aussi négligeables que Racine, Voltaire ou Victor Hugo se trouverait sensiblement allégé.

Le point Godwin brouille le jeu

L’interdiction de l’apologie du nazisme et la “loi de Godwin” sont venus brouiller le jeu référentiel, en laissant supposer que toute allusion au IIIe Reich serait désormais frappée d’infamie. Interrogé sur les réactions suscitées par les déclarations de la majorité qu’il soutient, Yves Thréard, directeur-adjoint de la rédaction du Figaro, s’est réjoui de l’invention du point Godwin, comme d’un frein à la dénonciation de déclarations politiques malheureuses. C’est confondre deux registres bien différents. Maître Eolas a heureusement rappelé le sens de cette blague signifiant la fin de toute discussion argumentée sur un forum ou en commentaire, lorsqu’un intervenant use hors de propos de la reductio ad hitlerum. Le point Godwin est une sanction du hors-sujet et de l’épuisement du dialogue, mais en aucune manière l’interdiction de mentionner telle période ou tel personnage. Il n’en est pas moins probable que la multiplication des allusions historiques aura pour corollaire une prolifération de points Godwin sur le web français.

Frapper les esprits

On peut regretter que le spectre des références utilisées soit si mince – Hitler ou Staline étant venus prendre la succession de Néron ou Caligula dans la galerie des monstres du folklore historique. Mais l’appel à la modération en matière d’analogie historique ne semble pas un impératif très réaliste. La raison du recours à ce procédé est bien la production d’un raccourci frappant, sorte de coup de poing du discours, qui mobilise par définition les exemples historiques les plus marquants – l’allusion érudite à un épisode peu connu risquant fort de tomber à plat.

Comme toute arme rhétorique puissante, l’analogie est un effet de manipulation délicate. La mesure de son efficace repose dans le degré de pertinence des termes rapprochés. Nul ne s’offusque lorsque Margaret Thatcher, alors chef du gouvernement anglais, compare Saddam Hussein à Hitler, le 2 août 1990 à la conférence d’Aspen. Saddam était un dictateur sanguinaire. Le parallèle entre lui et Hitler n’en a pas moins ses limites. Mais au premier jour de l’invasion du Koweit, l’analogie a un sens précis. En contexte, cette image a servi a interpréter immédiatement l’agression irakienne comme le prélude à une conquête plus large, et a joué un rôle de catalyseur dans l’alliance du camp occidental pour s’y opposer.

Il est donc vain de jouer les vestales outragées à chaque allusion au passé. Il est d’ailleurs amusant de voir les membres du parti majoritaire si prompts à qualifier de calomnie les traits qu’ils sont les premiers à lancer à la tête de leurs adversaires (comme Xavier Bertrand ou Nadine Morano, à partir d’”éléments de langage” visiblement dictés, accusant en cœur «certains médias» d’utiliser «des méthodes fascistes»). Plutôt que de s’offusquer de l’emploi du mot “rafle”, on ferait mieux de se demander pourquoi l’invocation de Vichy est devenue monnaie courante dans la France de 2010.

Une traduction biaisée

Le titre du Times mérite mieux que des cris d’orfraie. Bruno Roger-Petit a traduit un peu vite “Sarkozy expels Roma to spark memories of Gestapo” par: “Sarkozy expulse les Roms et rappelle le souvenir de la Gestapo”. Il serait plus juste de proposer: “Sarkozy expulse les Roms pour provoquer les souvenirs de la Gestapo”. Autrement dit, le Times ne suggère nullement que Sarkozy et la police secrète nazie, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Ce qu’il dit est que le chef de l’Etat a délibérément choisi de réveiller les démons d’un passé trouble.

[Ndlr OWNI.fr (18h12) : Le terme 'to' du titre du Times se traduit non par 'pour' mais par 'va'. Une traduction possible de ce titre serait donc "Sarkozy ravive les souvenirs de la Gestapo en expulsant les Roms"]

Ce jugement n’est pas une invective mais une analyse, effectuée à partir des réactions constatées. Parmi les photos réalisées par le reporter de l’AFP le 14 août à Montreuil, après l’expulsion d’une communauté rom, plusieurs rédactions, dont celle du Monde ou du Times ont retenu celle qui associe un groupe de CRS derrière leurs boucliers à l’image d’une femme au visage douloureux, le poing levé, portant un jeune garçon sur ses épaules. Pas étonnant. La composition de cette photo est une allusion transparente à la célèbre image de l’enfant juif réalisée en 1943 lors de l’expulsion du ghetto de Varsovie.

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(1) Manifestation le 14 août 2010 à Montreuil après une expulsion de Roms (photo: Miguel Medina/AFP). (2) Destruction du ghetto de Varsovie, mai 1943, photo extraite du rapport Stroop.

Sarkozy, pompier pyromane

Au plus bas dans les sondages, Sarkozy a pris le risque de manipuler un registre symbolique hautement inflammable. Comme plusieurs observateurs, le Times a parfaitement compris la volonté de clivage qui tient lieu de stratégie au camp sarkozyste. Soulever l’indignation de la gauche morale pour se draper ensuite dans le bon sens populaire et la revendication de l’action politique est bien le projet désespéré du président, qui compte que le peuple de droite détestera plus cet adversaire honni que lui-même. Mais il est bien présomptueux celui qui met le feu au champ symbolique en espérant pouvoir contrôler l’incendie.

Il y a des souvenirs qu’on ne réveille pas impunément. En ouvrant la boîte de Pandore de la haine de l’étranger, Sarkozy savait très bien qu’il excitait les humeurs les plus rances de nos contemporains. Ajoutons que ce jeu de la référence implicite fait partie depuis longtemps de l’arsenal le plus détestable de l’extrême-droite. Manipuler ces symboles est non seulement odieux, mais profondément méprisable. Non, la révolte des mémoires n’est pas indigne. Elle ne fait que répondre à la provocation, mettant à jour sa dimension tacite.

A la manière de la caricature, l’analogie historique n’est qu’un instrument de poing, un outil de dénonciation immédiate qui ne remplace pas l’analyse. Comme l’explique Henry Rousso: «à force de rabattre les dangers du présent aux fléaux d’hier, on se prive d’en comprendre certaines caractéristiques inédites.» La dénonciation n’a jamais suffi. Elle n’est qu’un moment dans le cheminement critique. Mais un moment décisif, dont il est vain de croire qu’on peut faire l’économie. Le moment du ras-le-bol, le moment qui précède la crise.

Billet initialement publié sur L’Atelier des icônes, un blog de Culture Visuelle

Image CC Flickr Max Braun

Disclosure : Culture visuelle est un site développé par 22mars, société éditrice d’OWNI

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Mobiliser un ami – Mais que fait #Loppsi lice? http://owni.fr/2010/03/11/mobiliser-un-ami-mais-que-fait-loppsi-lice/ http://owni.fr/2010/03/11/mobiliser-un-ami-mais-que-fait-loppsi-lice/#comments Thu, 11 Mar 2010 14:49:09 +0000 Emgenius http://owni.fr/?p=9878 4184197483_bd50f12208

Ce midi comme tout le monde, j’ai reçu un message de Xavier Bertrand. Bon ok je me suis dit. Xavier il a oublié que j’étais pas français et que la France ne m’a pas encore autorisé à voter aux régionales, comme tout le monde, sur base d’un battage médiatique entre Soumaré, tête pas catholique, Benjamin et français de corps traditionnel. Pas sur base d’un programme, non ça c’est super has been. Bref. j’ai cinq minute pour pondre cet article, je fonce.

En pratique Xavier Bertrand fait un speech mobilisateur dans lequel un ami bien ou mal intentionné qui aime le #LOL ou sa carte de parti,  place ta tête pour t’inviter à voter UMP aux régionales.

Sur le fond, j’aime bien les petites vidéos comme ça où tu peux mettre la tête de quelqu’un. Je me suis récemment fait tuer par mes amis pour 13ème Rue et j’ai été le héros d’une pub pour le câble suédois. Donc ça ne m’a pas embêté. Au début.

Puis en mangeant mon pudding de la boulangerie d’en bas, je me suis rendu compte que finalement cette démarche me fait grincer des dents. Et il n’y a pas de parti pris politique (un comble) dans ma réflexion. J’aurais tenu exactement le même discours à gauche, à droite et aux extrêmes. Mais elle m’amuse plus encore quand elle vient de la part du parti qui soutient et milite pour l’instauration rapide de la #loppsi.

Faisons, court, bref et précis, façon brief de chef de projet :

1) Pas de vérification sur l’adresse mail du rédacteur du message : je me suis amusé à m’envoyer un message signé de la main de bob.sinclar@ump.fr tandis que @Epelboin m’a envoyé pour la démonstration par l’exemple, suite à notre discussion, copie d’un #lolmessage destiné à une certaine Cécilia de la part de Nicolas Sarkozy.

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Le premier site web marketing envoie d’abord un mail à cliquer pour au moins valider l’adresse du commanditaire et éviter les fausses adresses dans la base CRM. l’UMP n’a pas pris cette précaution. Du coup, on peut imaginer les quiproquos moins drôle de gens qui vont recevoir le mail de leurs pseudo-collègues ou chefs de service dont on aura usurpé une adresse sans aucun contrôle.

2) Pas de disclaimer sur la propriété des images de la tête de son ami : n’importe qui peut mettre la tête de n’importe qui dans le tract électoraliste, sans que ce soit ne fût-ce que rappelé qu’il est interdit par la loi actuelle d’utiliser des photos dont on aurait pas les droits. @lesinternautes s’excusent pour les photos de @jeanrenecraypio, Igor Bogdanov, Adolf Hitler et Carla Bruni que j’ai déjà vues passer dans les mails qui m’ont été envoyés par d’illustres inconnus cachés, les fourbes derrière leur PC.

3) Pas de réflexion ou de mention particulière sur la nature du mail reçu : “Xavier Bertrand parle de toi” fait à la limite songer à un mail de fishing pour me vendre des pilules du bonheur ou des accès fictifs à la CAF de Melun, mais pas du tout à un tract électoral utilisant ma tête non validée à des fins politiques. Si on faisait de même avec un @pedobear mettant en scène ma photo dans un snuff ou dans une vidéo pédophile, le site serait tellement scandaleux qu’il serait fermé dans l’heure. Quand il s’agit d’un mail de  #lolbertrand, je trouve ça drôle. Mais demeure quand même l’interrogation sur la méthode.

4) Mise en place de procédés condamnés sur le lieu de travail : du 1) à 3) découle mon 4). À peu près toutes les entreprises françaises interdisent de tenir des propos politiques au bureau. Pour beaucoup d’entreprises, il s’agit d’une faute grave. Imaginons quelqu’un qui recevrait un mail apparemment provenant d’un salarié, invitant un autre salarié à voter UMP dimanche… On prend un risque beaucoup moins drôle du coup.

Alors bon. Soit je me mets à tenir le discours du complot généralisé… Et je me dis que ceci est une manipulation habile de l’UMP pour récupérer des cas concrets d’usurpation d’identité, le tout pouvant conduire à des sanctions disciplinaires en entreprise… Et j’ajoute un “ouaaaah sont forts les bougres” pour justifier Loppsi, ils hésitent pas à donner de leur personne…

Soit je me dis, plus benoîtement, qu’il s’agit d’une action de communication drôle mais un peu maladroite, très peu au fait des pratiques de l’internet et des contraintes que se sont imposés par exemple les professionnels du marketing digital et Facebook, si souvent décriés à la télévision. Je souris gentiment et j’invite l’équipe de #lolbertrand à corriger rapidement les failles polémiques pour ne pas fournir encore une arme bidon à un débat politique régional qui peine à passionner sur les sujets de fond.

> Billet initialement publié sur Emgenius Owni News

> Mobiliser un ami

> Illustration par fondapol sur Flickr

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Chômeurs en fin de droits : Le compte à rebours continue pour 600 000 personnes ! http://owni.fr/2010/01/20/chomeurs-en-fin-de-droits-le-compte-a-rebours-continue-pour-600-000-personnes/ http://owni.fr/2010/01/20/chomeurs-en-fin-de-droits-le-compte-a-rebours-continue-pour-600-000-personnes/#comments Wed, 20 Jan 2010 08:40:50 +0000 chomeur93 http://owni.fr/?p=7116 Si, comme nous vous l’expliquions hier, Xavier Bertrand a annoncé vouloir mettre en avant le thème de l’emploi pour les prochaines élections régionales, en déclarant : … / … Tant pis si l’emploi est généralement plus considéré comme relevant d’une politique nationale que régionale: “Pour ces élections, nous sommes dans l’opposition…. / …

Il s’est fait, lors de cette déclaration, d’une discrétion de rosière, sur les chômeurs qui vont se retrouver en fin de droit en 2010 !
Et pourtant : “Plus d’un million de demandeurs d’emploi devraient arriver, en 2010, en fin de droits. Un nombre supérieur aux 800 000 personnes en période “ordinaire”. A peine quatre de ces chômeurs sur dix devraient bénéficier de la solidarité nationale, par le biais de l’allocation spécifique de solidarité – ASS, un minimum social pour ceux qui ne bénéficient plus d’indemnisation chômage – ou du revenu de solidarité active (RSA), ex-RMI. Les autres n’ont droit à aucune aide” – Source Le Monde

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Donc, dépasser le seuil de la précarité, pour atteindre celui du déclassement suprême : La misère

Le déclassement, c’était LE livre qu’il fallait lire : ” La peur du déclassement. Une sociologie des récessions” Ecrit par Eric Maurin, qui proposait un “nouveau regard” sur le sentiment de plus en plus ressenti du déclassement chez les français.

Denis Clerc d’Alternatives Economiques nous avait donné lors de sa sortie une analyse critiquede l’ouvrage : ” … / … Celui qui perd son emploi stable risque fort de stagner dans le chômage ou de devoir renoncer à un emploi de qualité. Ceux qui sont en emploi temporaire sont confrontés à la précarité et supportent l’essentiel des ajustements, tandis que ceux qui arrivent sur le marché du travail jouent les paratonnerres ou les supplétifs, surtout s’ils ne sont pas pourvus en diplômes … / … La peur du déclassement est donc le prix à payer dans une société qui privilégie les statuts protecteurs. Comment la réduire? Certainement pas en supprimant ces derniers, mais en réduisant les inégalités qu’ils engendrent … / … ” (Voir aussi interviews d’Eric Maurin en vidéo sur laRépublique des idées et analyse du sociologue Camille Peugny )

Depuis, la situation du chômage a empirée et la durée nécessaire pour en retrouver un travail en cas de perte s’allonge de façon dramatique. Nous avons atteint un point ou ne peut plus parler de : “déclassement” mais de : “relégation

Et c’est d’autant plus grave, que le gouvernement continue à revendiquer haut et fort son débat sur l’identité nationale. Quelle identité a t-on, monsieur Besson, lorsqu’on a la relégation comme avenir de court terme ?

Néanmoins, au gouvernement, on cherche à minimiser les difficultés et on ne craint pas les déclarations à caractère mensonger !

Ainsi, Laurent Wauquiez, interviewé par le Parisien et qui déclare : “Toutes les offres d’emploi devront être pourvues” sous entendu : même celles dont la qualité est jugée insuffisante ou douteuses par le nombre d’heures ou les conditions proposées !

Le Parisien : Les chômeurs se plaignent d’être mal suivis alors que le gouvernement avait promis un accompagnement personnalisé…

Laurent Wauquiez : Pour les gens licenciés, on est arrivé à avoir un vrai suivi personnalisé avecun conseiller pour 60 personnes maximumPour les autres, la moyenne est d’un agent pour 95. On doit faire mieux. C’est pour cette raison qu’on a mis des renforts en plus.
Pour ceux qui comme l’auteur de cet article ont connut la période de “convention de reclassement personnalisée” (CRP), nous sommes en mesure d’affirmer que le nombre de personnes par conseiller dépassent les 90 et dans certain cas atteignent les 120 !

Afin de gérer ce surnombre, les conseillers CRP fonctionnent suivant un principe de mutualisation. Lorsqu’un conseiller dépasse les 90 personnes, les nouveaux dossiers sont affectés à un conseiller moins “chargé”. Ainsi, une personne rattachée au pôle emploi de Pavillons sous Bois (93) peut se retrouver géré par le pôle emploi du Raincy ou de Saint Denis. Et ainsi de suite ….

En ce qui concerne les autres, le nombre de personnes est (preuve à l’appui) de 300 personnes suivies par conseiller en ce qui concerne la conseillère du rédacteur du présent article !

Mais pour ceux qui : “ devraient arriver, en 2010, en fin de droits” le “volontarisme” proclamé de Laurent Wauquiez ne servira à rien puisque personne ne sait exactement ce qu’ils vont devenir.

Car, le principe de la patate chaude ne fait que commencer !

UNEDIC

Le président du régime d’assurance-chômage (Unedic), Geoffroy Roux de Bézieux (Medef), est sorti de sa réserve jeudi 14 janvier, déclarant sur le site Internet du magazine Capital que “c’est à l’Etat et non à l’Unedic de gérer le problème des chômeurs en fin de droits” – Source Le Monde

Gouvernement

Le 14 janvier, à l’Assemblée nationale, lors de la séance des questions au gouvernement, le ministre de l’industrie, Christian Estrosi, semblait minimiser le problème, justifiant la hausse par “un effet mécanique”. Pour “rassurer”, il précisait que “les personnes en fin de droits ne se retrouvent pas sans ressources : elles peuvent évidemment bénéficier du Revenu de solidarité active (RSA) et, pour celles qui ont de l’ancienneté dans l’emploi (cinq ans), de l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) “. Il omettait de préciser que les conditions d’accès à ces mesures de solidarité nationale excluaient quelque 600 000 personnes ” – Source Le Monde

UMP

Du côté du “gentil” Xavier Bertrand, on conteste les chiffres et on se contente de suggèrer de créer : “ un dispositif spécial pour aider les chômeurs en fin de droits à retrouver un emploi. L’ancien ministre du Travail ajoute … / … ” Pour les chômeurs en fin de droits, qui seront sans doute moins nombreux que le million pronostiqué par l’Insee, pourquoi ne pas créer un dispositif spécifique pour les ramener vers l’emploi ? Il existe bien des primes versées aux employeurs pour certaines embauches de jeunes” – Source News Assurances

Parti Socialiste

Laurent Fabius sur son blog et le Parti Socialiste font les propositions suivantes : ” On nous a fait croire qu’on allait réellement taxer les bonus des banquiers. C’est de la poudre aux yeux. déclare Laurent Fabius. … / … Je demande que l’on reprenne la proposition des socialistes : une taxation de 10%. Un million de personnes vont arriver en fin de droits cette année. C’est colossal. Il faut augmenter la durée d’indemnisation du chômage. La taxation des banques pourrait contribuer à financer cette mesure

Judicieux, car comme nous l’explique le Nouvel Obs :

” … / … Le journal Le Monde a calculé que les banques françaises et les filiales françaises de banques étrangères verseraient en mars environ un milliard d’euros à leurs traders, l’équivalent de ce que touchent 62.000 smicards pendant un an. Le bonus moyen par trader, dit le quotidien, s’établit à 285.700 euros par trader, soit 17 fois le smic annuel. … / …”

mais peu réaliste, puisqu’on apprend que : ” Le gros des équipes de trading des banques françaises est cependant basé à … l’étranger, notamment à Londres, où l’impôt français ne s’applique pas

Enfin, bref, des intentions, des déclarations, mais rien pour arrêter le compteur de ceux qui vont quitter les chiffres du chômage et plonger dans la misère et l’isolement !

Et les syndicats de salariés direz-vous ?

Les organisations syndicales majeures au lieu de faire cause commune, ont, semble t-il d’autres préoccupations plus terre à terre, comme nous l’expliquent Les Echos :

” Décidément, le mois de janvier est propice aux psychodrames syndicaux. Il y a un an, la nouvelle convention d’assurance-chômage, qui fixe les conditions d’indemnisation pour les demandeurs d’emploi et qui doit être renégociée à la fin de l’année, avait failli ne pas voir le jour. … / … Cette fois-ci, le suspense porte sur l’identité du président de l’Unedic, qui sera élu par son conseil d’administration le 29 janvier. C’est un syndicaliste qui doit succéder au représentant du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. Mais lequel ?

La CFDT n’a pas l’intention de céder le poste qu’elle occupe depuis 1994. Son numéro un, François Chérèque, a annoncé jeudi qu’elle présentera Gaby Bonnand. … / … Force ouvrière pourrait lancer dans la course Stéphane Lardy, son secrétaire confédéral chargé de l’emploi, qui siège à l’Unedic, même si l’organisation n’a pas signé la nouvelle convention. … / … L’idée de reprendre pied dans l’assurance-chômage travaille Jean-Claude Mailly depuis son arrivée à la tête de FO. … / … La confédération de Jacques Voisin affirme que « si FO présente un candidat, [elle] le soutiendra »… / … Si elle s’affiche avec la CGC pour éviter de choquer ses troupes, compte tenu de l’anti-cléricalisme historique de FO, la centrale chrétienne a bel et bien fait de son rapprochement avec Force ouvrière son axe de travail privilégié, compte tenu du recentrage de la CGC sur l’encadrement. La présidence de l’Unedic serait une première occasion de marquer cette alliance. … / … ”

Hallucinant de penser que pendant que chacun parle, s’évalue et suggère, que : Le compte à rebours continue pour 600 000 personnes !

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