Internet, ADN : “Nous vivons un nouvel âge d’or de la piraterie”

Le 3 janvier 2011

Entretien avec Jean-Philippe Vergne, auteur avec Rodolphe Durand d'un essai sur l'histoire de la piraterie. Dans leur ouvrage vivifiant, les deux chercheurs articulent leur réflexion autour du développement du capitalisme, en optant pour une grille de lecture transdisciplinaire.

L’organisation pirate, essai sur l’évolution du capitalisme par Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne, respectivement professeur et chercheur en sciences sociales à HEC Paris (entre autres…). L’attelage était trop surprenant pour ne pas attirer l’attention du radar de la soucoupe. Car avouons-le, le cliché HEC = business man pas très rock-and-roll trottait encore dans notre tête. Après un entretien avec un de ces auteurs, qui a déboulé dans l’open space avec des chaussures de type Dr. Martens et un tee-shirt orné de la tête stylisé de Jack Nicholson dans Shining, au cours duquel il a été question de leur collaboration avec un groupe de rock dans le cadre de ce travail, le cliché avait perdu de sa superbe. Comme nous l’a expliqué Jean-Philippe Vergne, HEC n’a pas qu’un seul visage lisse comme celui d’un jeune cadre dynamique. Le projet se démarque aussi de cette image par sa grille de lecture, celles des sciences de l’organisation, ou organisationologie, comme les auteurs l’appellent, “une approche pluridisciplinaire des phénomènes organisés”. Elle est à même selon eux de saisir la complexité de leur sujet et s’inscrit dans une volonté d’ouverture d’HEC hors du monde traditionnel des affaires, en mettant en valeur les ponts avec les recherches en sciences sociales effectuées dans l’école de commerce. À cet effet, le centre d’études Society and organizations a été lancé en 2008.

Si l’on peut contester parfois leurs analyses – le capitalisme, autour duquel s’articule leur réflexion est  un sujet trop complexe pour mettre tout le monde d’accord -, cet ouvrage dense et transversal n’en est pas moins stimulant. L’entretien avec Jean-Philippe Vergne fut riche, prolongé et attira autour de la table aussi bien Sylvain Lapoix, d’OWNIpolitics, que Martin Clavey, d’OWNIsciences et Jean-Marc Manach.

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Pour bien comprendre le cadre de votre réflexion, posons d’abord les termes clés de votre ouvrage : vous décrivez l’organisation pirate comme “la conjointe sans cesse répudiée du capitalisme” (p 83), une contingence du capitalisme que vous liez de façon essentielle à la notion de territoire et de normalisation par l’État souverain.

Si l’on regarde ce qui se passe au niveau historique, on a toujours au cours de l’histoire du capitalisme des organisations pirates qui émergent et qui contestent certaines normes qui sont imposées par des États qui contribuent à mettre en place et diffuser ce capitalisme. Il y a donc toujours une relation d’attraction et de répulsion entre l’État et les organisations pirates. Il en a à la fois besoin, puisqu’elles permettent de diffuser de nouvelles normes, de produire certaines innovations, il en a parfois même besoin pour s’y allier et lutter contre d’autres États. Et en même temps, l’État est l’ennemi de l’organisation pirate dans la mesure où elle conteste son monopole quand il impose des normes sur des territoires.

Ainsi, au XVIIe siècle sur les mers, les États européens principalement, qui avaient fait des grandes découvertes -les Indes orientales et occidentales, les Amériques-, avaient déclaré des monopoles sur les routes commerciales pour échanger des épices entre l’Europe et ces territoires qui deviendront plus tard des colonies. À cette époque, il existait déjà localement depuis des décennies des commerçants qui possédaient leurs navires, et qui, du jour au lendemain, du fait des monopoles, attribués par les États européens aux compagnies des Indes, ont été déclarés pirates. Il sont devenus des pirates d’une manière un peu particulière, c’est-à-dire qu’ils étaient utilisés par certains États européens pour contrer leurs concurrents. Les Hollandais se sont par exemple alliés avec certains pirates locaux contre l’Espagne autour de ce que l’on appelle aujourd’hui l’Indonésie. Du coup, ces pirates étaient considérés comme des corsaires lorsqu’ils travaillaient pour un État et comme des pirates par les autres. La notion de pirate est relative. Tout corsaire est un pirate du point de vue d’une certaine personne. En revanche, tous les pirates ne sont pas corsaires, certains refusent constamment d’être rallié à un État, c’était assez rare en mer au XVIIe siècle et au XVIIe siècle: l’équipage de Barbe Noire était une exception. La plupart des pirates connus sont passés d’un État à l’autre, se vendant parfois au plus offrant, parfois à ceux qui leur accordaient un asile, pour des raisons religieuses, politiques, culturelles, etc. Il y a une multitude d’intérêts en jeu.

Une approche basée sur les travaux de Deleuze et Guattari

Pour finir de poser ce cadre, vous avez donc choisi de prendre comme point de naissance du capitalisme les premières grandes découvertes, pour quelles raisons ?

La question de la définition du capitalisme est une question délicate. Certains ont une approche historique, et le font commencer au XII-XIIIe, avec les premières grandes cités marchandes, en Italie, par exemple. Les économistes pour la plupart n’ont pas d’avis sur la question, pour eux le capitalisme c’est en gros l’économie de marché, cela existerait donc depuis l’Antiquité, depuis qu’il y a des sociétés humaines, des villages organisés.

Notre approche est un peu différente, nous nous basons sur les travaux de deux philosophes, Gilles Deleuze et Félix Guattari, qui ont eu recours à des travaux philosophiques, psychanalytiques et anthropologiques. Ils définissent le capitalisme principalement par rapport à l’époque féodale : c’est un mode d’échange dans une société qui permet la rencontre de flux déterritorialisés, de flux de capital et de travail. Ce n’était pas possible à l’époque féodale car il y avait un système de seigneuries, avec des paysans qui étaient des esclaves, des serfs, attachés à une terre, quand elle était vendue à un autre vassal, ils étaient vendus avec. Le capital et le travail étaient rattachés  à la terre. À partir du moment où le système féodal s’effondre, toutes sortes de pressions sociologiques, démographiques, comme par exemple l’exode rural, font que cette force de travail et les capitaux deviennent mobiles. À partir de là, il peut y avoir un calcul quasi systématique de la façon dont ces forces sont organisées pour créer des entreprises -cela peut être envoyer un navire en Indonésie. Les codes féodaux s’effondrant, on arrive dans une société décodée, déterritorialisée.

Cette rencontre ne peut s’opérer que sur un territoire rendu homogène, ce qui n’était pas le cas avant, même dans l’Italie du XIIIe, chaque cité avait ses droits de douane, ses unités de mesure, son armée. Là on voit apparaître l’État souverain qui impose des normes homogènes sur le territoire dont il a pris le contrôle d’un territoire, cette circulation peut alors s’opérer et forcément, elles définissent une inclusion et une exclusion. C’est là qu’apparait l’organisation pirate, qui remet en cause la norme.

Un exemple flagrant, c’est le moment où la compagnie des Indes orientales hollandaises arrive en Indonésie et s’aperçoit que la compagnie équivalente des Espagnols et des Portugais est arrivée avant eux et a dit : “la route que j’ai empruntée pour venir, je la décrète monopole de la couronne portugaise”. Les Hollandais contestent et sont qualifiés de pirates.

Donc pas de capitalisme, pas de pirate ?

À un niveau théorique, je ne sais pas, à un niveau empirique, si on regarde ce qui se passe depuis les débuts du capitalisme, que nous situons dans le livre au moment des premières grandes découvertes, effectivement, on voit que l’organisation pirate surgit à chaque grande période de mutation du capitalisme : la révolution commerciale avec les grandes découvertes des Amériques et des Indes, les pirates arrivent sur mer. Puis la révolution des télécoms avec les premières radiodiffusions, des radio pirates apparaissent contre lesquelles luttent des États, qui peuvent même aller les éliminer sur des plates-formes maritimes depuis lesquelles elles émettent, en envoyant l’aviation, l’armée. Il y a aussi les communications téléphoniques: aux États-Unis le monopole de AT&T, contesté par des phone phreaks qui rejettent l’idée que l’État puisse avoir un monopole sur le contrôle des réseaux de communication et considèrent donc qu’ils devraient pouvoir utiliser ce réseau librement, en l’occurrence cela peut aussi vouloir dire sans payer.

Ensuite, il y a la révolution numérique, avec la mise en place d’un nouveau réseau de communication, Internet. Encore une fois l’organisation pirate conteste certaines modalités d’imposition de normes par l’État. Il peut s’agir du filtrage du Net, des droits de propriété de certains contenus. Encore plus récemment est arrivée la révolution des biotechnologies, les États essayent de contrôler les normes qui peuvent être imposées sur la recherche en biogénétique, par exemple, ce qui peut être breveté ou pas. Il y a tout une série d’organisations pirates, qui vont des petits groupements d’amis qui font du DIY bio (do it yourself, ndlr) dans leur garage pour s’amuser, à des organisations beaucoup plus complexes et financées, comme Celera Genomics, qui vise à concurrencer les États dans la recherche en biogénétique et finalement, créer de nouvelles espèces vivantes brevetées, en dehors de toute légalité.

De l’influence positive des pirates des mers

Vous avez souligné que la piraterie influe sur le capitalisme, vous avez des exemples concrets où l’on voit qu’elle le remodèle ?

Des travaux historiques se sont focalisés sur des normes développées par des organisations pirates en mer, elles pouvaient être très différentes de celles que l’on trouvait à bord de la navire marchande ou de la marine de guerre d’État au XVIIe. Elles pratiquaient un embryon de démocratie à bord; ils pouvaient élire le capitaine, le révoquer s’il ne faisait pas son travail, n’agissait pas dans l’intérêt de la communauté, alors qu’on avait à la même époque de véritable dictature où le capitaine avait un droit de vie et de mort sur n’importe quel membre de l’équipage. Certaines organisations pirates acceptaient des femmes à bord et des Noirs, deux gros interdits dans la marine d’État à l’époque. Ces travaux ont montré qu’en fait, au fur et à mesure que la piraterie en mer a décliné, au XVIII et XIXe siècle, ces gens-là se sont reterritorialisés d’une certaine manière, ils sont arrivés dans les colonies anglaises en Amérique avec leurs normes, et elles se sont diffusées, et cela représentait une part importante de la population à l’époque. Les travaux de Christopher Hill, notamment, montrent que ces normes ont été une influence importante dans la révolution américaine. Aujourd’hui, quand on regarde les principales sociétés capitalistes, ce sont des démocraties basées sur ces normes-là.

Dans cet exemple, la piraterie influe de façon positive, qu’en est-il aujourd’hui ? Par exemple sur la question des droits d’auteurs, remis en cause par le piratage des disques, des films etc.

Que les normes évoluent dans un sens positif n’est pas une nécessité… Prenons deux exemples contemporains qui, justement, semblent évoluer dans des directions opposées, et laissons à chacun le soin de déterminer ce qui est “positif” et ce qui ne l’est pas.

Premier cas, la piraterie informatique. En retraçant les origines de l’open source, on se rend compte à quel point le rôle des organisations de cyberhackers qui promouvaient le free software a été important. Entre le copyright version “hard” (avec DRM et tout le toutim) et le copyleft un peu idéaliste et dépouillé de toute contrainte, il existe aujourd’hui une multitude de droits intermédiaires qui sont autant de variations générées sur le long terme par l’action des organisations pirates. D’une certaine manière, le développement communautaire “libre” du système UNIX puis la réclamation de royalties pour ce produit par l’entreprise AT&T en 1982 préfigure l’avenir, car c’est alors la première fois que les différentes composantes du concept de “propriété” apparaissent au grand jour dans l’industrie du software – ou plus généralement dans les industries “collaboratives”. La propriété apparaît alors comme un déterminant essentiel de l’innovation, de sa diffusion, et de la répartition des profits que cette dernière génère – que ce soit en termes monétaires ou réputationnels. Dès lors, les questions essentielles sont posées: comment définir le nouveau ? (problème de l’innovation); dans quelle mesure, par quels canaux, et à quelle vitesse l’innovation doit-elle se propager ? (problème de la diffusion) ; comment répartir les flux de capitaux et de prestige générés par l’innovation et sa diffusion? (problème de l’attribution).

Deuxième exemple, la piraterie du vivant. Des organisations pirates, telles que la secte Raël ou l’entreprise Celera Genomics, ont vocation à générer du profit et du capital réputationnel à partir de la manipulation de l’ADN (clonage, vie synthétique, création de nouvelles espèces en laboratoire). Comme les pirates du Net, les pirates de l’ADN font fi des monopoles et des normes souveraines – elles opèrent dans une zone grise du capitalisme et comptent bien imposer leurs propres règles au jeu de l’innovation biogénétique. Seulement voilà, cette fois-ci, c’est vers la privatisation croissante du vivant que ces organisations pirates s’orientent : capitaux privés, laboratoires clandestins hors de tout contrôle souverain, et dépôts de brevets qui excluent le public des découvertes réalisées. On est loin de l’idéal du freeware !

“Le fait de commettre un délit ou un crime en mer ne fait pas de quelqu’un un pirate”

Sylvain Lapoix : Aujourd’hui, il existe des gens que l’on appelle pirates en Somalie par exemple et qui se sont développés dans des pays qui étaient avant colonisés, dont la norme était fixée par l’autorité coloniale. Que partagent-ils avec les pirates de la période moderne ?

C’est peut-être un des aspects les plus surprenants de notre ouvrage, on en vient à considérer que les pirates en Somalie ne sont pas des pirates de notre point de vue. Pour nous, la piraterie se développe dans les zones grises du capitalisme, dans les territoires qui ne sont pas encore tout à fait normalisés où dans lesquels elles sont très contestées. Or en mer, depuis la convention de Paris du milieu du 19e siècle, il n’y a  plus de contestation. Tous les États souverains de la planète se sont entendus sur des règles qui définissent quelles sont les eaux territoriales, celles où tel État a la souveraineté et celles où aucun État ne l’a, il ne peut donc plus y avoir de piraterie. De manière équivalente, à partir du moment où il n’y a plus de distinction possible entre un pirate et un corsaire, il n’y a pas de piraterie. Et on voit bien aujourd’hui en Somalie, il n’y a pas de corsaire. Il y a des armées conventionnelles qui sont envoyées, et des brigands. Si ces Somaliens qui se baladent sur une barque avec un kalachnikov au lieu de braquer un navire, se baladaient sur la terre ferme 50 km plus loin et braquaient un convoi de jeeps, on ne les qualifierait pas de pirates. Il y a une ressemblance de forme mais le fait de commettre un délit ou un crime en mer ne fait pas de quelqu’un un pirate.

Notre époque contemporaine voit se multiplier les territoires : ondes, Internet, ADN, bientôt l’espace peut-être. Est-ce à dire que nous vivons un nouvel âge d’or de la piraterie ?

Effectivement, nous pensons qu’il y a un nouvel âge d’or de la piraterie, principalement sur Internet avec les cyberhackers et dans les territoires biogénétiques. Dans ce dernier, certaines organisations sont de pacotille, ainsi la secte Raël. Elle présentent toutes les caractéristiques d’une organisation pirate : un groupe de gens qui va résister à l’État en général et à plusieurs en particulier, il va chercher toujours à se localiser en dehors des frontières des États souverains, il est très mobile, va aller dans des paradis fiscaux, tantôt aux Bahamas, tantôt en Israël, en Floride, et propose quelque chose qui n’est tout simplement pas légitime, c’est-à-dire cloner des êtres humains. On est dans une zone grise totale, il n’y a pas encore de législation internationale sur le clonage humain, certains États ont l’air pour, d’autres contre, beaucoup n’ont pas encore légiféré à ce sujet.

Certaines organisations font la même chose de manière beaucoup plus sérieuse et crédible, et parviennent à des résultats assez impressionnants. Nous donnons l’exemple du Craig Venter Institute, qui a récemment élaboré la première bactérie entièrement synthétique en laboratoire.

Martin Clavey : Ce n’est pas vraiment une production du vivant, ils ont copié et non fabriqué par eux-mêmes une bactérie qui n’existe pas.

Jean-Philippe Vergne : C’est la prochaine étape annoncée, le leader de cette organisation était impliqué dans le décryptage du génome humain, ensuite il a été à l’origine du premier chromosome synthétique, il y a quelques mois c’était la bactérie, et son projet c’est de créer de nouvelles espèces vivantes. Avant il opérait dans une organisation corsaire, le National Health Institute, où il faisait de la recherche pour le compte du gouvernement américain, et au bout d’un moment, il a dit : “cela ne m’intéresse plus, il y a trop de contraintes, vous changez d’avis tout le temps sur ce que l’on a le droit de faire, de ne pas faire, je m’en vais chercher des capitaux privés pour faire ma recherche dans mon coin.” Il va enregistrer ses sociétés dans des endroits où il sera tranquille au niveau fiscal et légal. Il exploite le trou dans la législation et dans les normes, on différencie beaucoup la légalité de la légitimité dans le livre.

La cause publique défendue : l’expropriation légitime

Vous évoquez à ce sujet la notion de cause publique…

Oui, c’est une notion importante pour la plupart des organisations pirates, même si elle n’est pas forcément revendiquée. En quelques mots, la cause publique défendue par l’organisation pirate est celle de l’expropriation légitime, que nous opposons aux modes d’appropriation légitime encadrés par l’État souverain. Cette cause est publique à plusieurs niveaux : elle s’inscrit contre une forme d’appropriation exclusive, c’est-à-dire qui exclut le plus grand nombre au profit d’une poignée d’individus ; elle se propose de rendre visible, publiquement, les mécanismes dissimulés derrière les échanges économiques, afin de montrer qu’ils n’obéissent pas à des lois “naturelles”, mais à des règles produites socialement par des différentiels de pouvoir, et que l’on pourrait très bien changer (il y a là une dimension pédagogique de la cause publique, qui cherche à révéler que d’autres modèles d’échange sont possibles). L’action des organisations pirates sur Internet, des Legions of the Underground qui combattent la censure du Net en Chine à Anonymous qui soutient la croisade de WikiLeaks pour la transparence, illustrent parfaitement cette idée : de leur point de vue, certaines informations devraient légitimement être et rester publiques ; si ce n’est pas le cas, alors il devient légitime de forcer un peu la main de ceux qui les détiennent.

Sylvain Lapoix : Cette piraterie est sympathique mais il y des nombreux hedge funds qui profitent de zones grises de la finance pour faire de fausses opérations. Eux aussi ce sont des pirates ?

Il y a effectivement un ouvrage de Philippe Escande et Solveig Godeluck, qui développent cette thèse, Les pirates du capitalisme. Notre approche est différente, en s’articulant autour de la notion de territoire. Dans le cas des hedge funds, on ne voit pas trop quel serait le territoire qui serait piraté. On est dans des actes qui consistent à exploiter la concurrence entre des États. Les gens ont une image du capitalisme assez simpliste; le capitalisme, c’est la concurrence entre les entreprises, mais c’est aussi et peut-être même surtout la concurrence entre les États et les individus. Quand les États ont des législations différentes en matière d’investissements financiers, des organisations se créent pour exploiter ces différences, entre deux taux d’imposition sur un produit financier par exemple. Avec les hedge funds, on est soit dans ce cas-là, soit dans le cadre d’organisations criminelles qui font des choses qui ne sont pas légales.

Quelles sont les permanences et les changements des organisations pirates actuelles par rapport à celles des débuts ?

Il y a beaucoup de ressemblances. Si on compare les organisations pirates en mer au XVIIe siècle et les cyberhackers, on a dans les deux cas des gens qui opèrent en réseau, qui ont des hubs dans lesquels ils peuvent se réunir, c’était par exemple dans les Caraïbes au XVIIe siècle et c’est aujourd’hui dans la toile les forums ou même des lieux géographiques, comme les conférences de hackers. Ils utilisent des pseudos aussi. Cela permet à la fois de rester anonyme et d’accumuler une réputation, la notion d’ego est présente, les gens peuvent être motivés par autre chose que l’appât du gain; la prouesse technique, l’idée de dépasser une frontière, faire mieux que ce qui a été fait avant peut être suffisant. On a aussi l’idée d’opérer avec un vaisseau : les pirates des mers c’est un navire, les pirates informatiques, un ordinateur. On a un phénomène de capture d’un navire, qui va faire ensuite partie de l’organisation pirate. Chez les cyberhackers, on capture des ordinateurs pour ensuite organiser ce que l’on appelle un botnet, c’est ce qui a été fait par le collectif Anonymous suite à l’affaire WikiLeaks.

Ce n’est pas un peu différent dans ce cas là ? Les internautes ont prêté volontairement leur ordinateur grâce au logiciel LOIC…

Effectivement, je ne sais pas si c’est nouveau [On se tourne alors vers Jean-Marc Manach, notre mémoire du web à tous :)]

Tu connais des précédents à LOIC ?

JMM : Oui, il y avait eu l’Electronic Disturbance Theater (EDT) [en] qui avait lancé FloodNet, pour attaquer l’ambassade du Mexique en soutien à Marcos durant l’année 1998. C’était public, sous forme de page qui relançait des frames à l’intérieur de frames. Il y a aussi eu des actions au moment de la guerre en Yougoslavie, la toywar également. Ces outils mis à disposition n’ont pas vraiment fait florès dans le sens où il n’y a pas un logiciel libre qui aurait été constitué avec plein de déclinaisons.

Jean-Philippe Vergne : C’est intéressant, on retrouve cette idée de cause publique, on a une organisation qui estime pratiquer une forme expropriation légitime et que cela défend une forme d’intérêt général.

Sur les variations, si on prend le cas de Craig Venter Institute, on a l’impression qu’il défend une cause publique mais d’une manière un peu inversée. Il ne cherche pas à rendre accessible et à faire de l’ADN un bien commun, comme on l’a fait avec les mers, comme on essaye de le faire avec les ressources lunaires, ou l’air, etc; non lui il veut privatiser des séquences d’ADN, il veut pouvoir privatiser de nouvelles espèces, qu’il va créer. Le défenseur des intérêts privés, c’est cette organisation pirate. Mais si on observe son discours il est quand même influencé par cette idée de cause publique, puisqu’il explique qu’en privatisant une séquence d’ADN, cela va permettre de générer un profit, de financer de l’innovation, qui permettra à terme, parce qu’elle a été privatisée, de bénéficier au plus grand nombre. On retrouve l’État souverain, qui d’habitude a tendance, lorsqu’il y a de nouveaux territoires, à tenir des arguments similaires.

Le temps des organisations transnationales

”Les pirates semblent défendre le droit de se lancer dans des entreprises privées à leur compte” (p 106), face à la naissance de monopoles. La piraterie a-t-elle un fond historique libertaire ? Le retrouve-t-on actuellement ?

On essaye de ne pas trop généraliser car les organisations pirates ne sont pas un ensemble homogène. Aujourd’hui, on retrouve effectivement dans certains organisations pirates, que ce soit sur Internet ou dans le domaine de la biogénétique, cette volonté de favoriser une concurrence plus libre entre les organisations c’est-à-dire sortir du monopole d’État. Si on regarde le cas de la piraterie sur Internet, les personnes qui travaillent sur les identités des cyberhackers remarquent qu’il existe des différences dans différentes régions du monde. On va retrouver des hackers un peu libertaires en Europe ; en Chine, ils sont plutôt nationalistes et ont tendance, même s’ils ne sont pas liés directement à l’État, à essayer de promouvoir des valeurs nationalistes ; et puis on a des communautés de hackers carrément anarchistes. La revendication de la lutte contre le monopole revient souvent mais ce n’est pas systématique.

Les pirates du présent peuvent même créer les futurs monopoles. Il y a un exemple connu assez marrant : Steve Jobs, qui a commencé étudiant comme phone phreaks, il fabriquait des blue boxes et il les vendait dans des campus en Californie pour que les gens puissent pirater le monopole d’AT&T et téléphoner gratuitement. Il a fondé ensuite Apple, qui n’est pas spécifiquement open source. Au début il y avait un petit drapeau pirate qui flottait sur le toit du siège social, il n’y est plus. On n’avait un activiste qui est devenu chef d’entreprise, s’il avait plus de parts de marché, cela ne le gênerait pas. Il y a beaucoup d’histoire comme ça, d’individus qui deviennent corsaires ou qui se rangent ou forment des monopoles dans leur carrière. Il y a une erreur à ne pas commettre quand on observe ce genre de phénomène: c’est de parler de récupération. Je ne crois pas qu’il y ait forcément une force qui opère au-dessus de ces gens-là et essaye de leur laver le cerveau. Je pense qu’il y a des intérêts différents à des périodes différentes.

Pour finir, vous évoquez la possibilité que l’on arrive à un carrefour possible actuellement, avec une remise en cause de l’État souverain normalisateur.

La grande nouveauté depuis l’apparition du capitalisme, c’est l’émergence d’organisations transnationales, donc l’émergence d’une notion de souveraineté qui dépasse les frontières de l’État. L’OMC, l’ONU, l’UE et même des ONG, qui vont par exemple essayer d’imposer des normes à toute une industrie au niveau mondial ou à un pan de l’activité humaine. De grandes multinationales sont aussi productrices de normes à cette échelle; des normes d’échange, des normes de fabrication. C’est un changement de la structure du capitalisme, les États souverains se retrouvent confrontés à un dilemme : d’une part ils continuent d’être attaqués, contestés dans certains territoires par les organisations pirates ; d’autre part leur souveraineté est aussi contestée au-dessus par des organisations méta-souveraines. Soit ils acceptent de se fondre dans une méta-souveraineté, et les arguments sont nombreux -notamment le fait que les organisations pirates aujourd’hui sont transnationales et donc assez puissantes gêner un État qui n’aurait pas cette dimension-, et les organisations criminelles posent des problèmes identiques. Autre solution, s’allier avec une organisation pirate ou une organisation criminelle, généralement de petits États ont fait ce choix. Ils décident de relâcher la normalisation dans leur territoire, au niveau fiscal, économique, des droits de l’homme. Les paradis fiscaux ont opté pour ce choix.

Notre sentiment, c’est que chaque État va devoir faire un choix. Il reste peu de marge pour rester complètement indépendant, à part quelques exceptions : des États tellement grands et puissants qu’ils peuvent se permettre de repousser cette échéance.

L’organisation pirate, essai sur l’évolution du capitalisme, Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne, Le bord de l’eau éditions, 16 euros

http://www.organisationpirate.com/

Images CC Flickr Jamison Wieser ntr23 minifig quimby pasukaru76 – Une CC Marion Boucharlat pour OWNI /-)

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  • bituur esztreym le 3 janvier 2011 - 9:47 Signaler un abus - Permalink

    vers le milieu, fin de la 7e réponse : Craig Venter Institute (et non Venture : Venter est le nom propre du gonze)

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  • Sabine Blanc le 3 janvier 2011 - 9:54 Signaler un abus - Permalink

    @ bituur esztreym : erreur corrigée, merci de l’avoir signalée :)

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  • bituur esztreym le 3 janvier 2011 - 9:59 Signaler un abus - Permalink

    sur la fin, l’émergence des orga transnationales comme OMC, ONU etc., il y aurait à évoquer le cas intéressant de ACTA et l’OMPI : là ce n’est plus de petits Etats qui ont inérêts à s’allier à des “pirates” pour résister à ces méta-organisations, c’est au contraire les plus grands Etats qui s’allient entre eux pour imposer leur volonté et leur stratégie à la fois aux petits et à la méta-organisation qu’ils jugent trop indépendante de leurs diktats (ils sont en train de perdre le contrôle qu’ils y exerçaient). ACTA serait alors une sorte de ligue “pirate” de gros Etats voulant violer la loi commune et les territoires légaux (dessinés pourtant avec eux), dès lors que leur intérêt exclusif n’est plus la seule source d’inspiration des règles et de définition des frontières légales…

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  • bob le 3 janvier 2011 - 12:45 Signaler un abus - Permalink

    Quand des geeks en mal d’aventure veulent vraiment s’identifier à des pirates, ils se créent tout seuls une mythologie.
    C’est délicat et faux de jouer sur le concept pirate et son histoire pour définir les phénomènes actuels. Pourquoi chercher dans le passé des similarités bidons avec un présent qui mérite son originalité et ses propres explications ?
    Enfin et surtout, je trouve que cette analogie est négative pour le mouvement open qui est strictement non violent ainsi que pour le mouvement alter en général sur Internet car, pour l’instant hacker n’est pas tuer et une fois oublié les échos romanesques de la piraterie hollywoodienne, imaginez la cruauté inouïe d’une attaque de pirates des caraïbes. Rien à voir avec le download d’un album de lady caca, vraiment.
    Le terme pirate utilisé avec habileté par les autorités pour décrire le téléchargement est réapproprié naïvement par la communauté du libre qui s’autocriminalise, car même mutualiste un pirate est un criminel, donnant ainsi à l’opinion publique le mousquet pour flinguer ses précieux torrents.

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  • bituur esztreym le 3 janvier 2011 - 14:12 Signaler un abus - Permalink

    à bob, certes,

    mais il faut garder à l’esprit cependant que l’application du terme à divers mouvements au cours de l’histoire fonctionne sur le mode de l’analogie (laquelle figure établit un rapport ou similitude entre deux réalités sur un plan tout en maintenant intacte les différences essentielles),

    relire alors, ne serait-ce qu’en en restant au cadre de l’entretien et de l’ouvrage, la première phrase, est très suggestif et en montre bien la pertinence :

    Si l’on regarde ce qui se passe au niveau historique, on a toujours au cours de l’histoire du capitalisme des *organisations* pirates qui *émergent* et qui *contestent* certaines normes qui sont *imposées* par des *États* qui *contribuent* à mettre en place et diffuser ce capitalisme

    (c’est moi qui souligne entre * * – ne sachant pas si les commentaires ici emploient/permettent une mise en forme, selon quelle syntaxe – et tiens, à propos, prévisualisation des commentaires ? utile parfois)

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  • Bellamy le 3 janvier 2011 - 15:13 Signaler un abus - Permalink

    Bob, tu te trompes.
    Premièrement, les pirates ne sont pas les meutriers sanguinaires que tu décris ici. Lorsqu’un navire pirate attaque une flotte nationale ou commerciale, le résultat de la bataille dépend essentiellement de qui intimide le mieux son adversaire, grâce au nombre de personnes, d’armes, de canons, de coups de canons tirés, etc. Si les pirates prennent un bateau, très peu de sang coule. En effet, ceux-ci réunissent l’équipage attaqué, et lui demandent souvent, d’après les sources historiques, si leur capitaine les traîtaient et les nourrissaient correctement (les conditions de vie sur un navire à l’époque moderne étaient pitoyables et la hiérarchie très accablante). Si oui, il est en effet tué. Si non, il est fait prisonnier et est débarqué à la prochaine escale. Les autres membres de l’équipage, et même les esclaves s’il s’agit d’un bateau négrier, ont par la suite la possibilité de rejoindre les pirates ou de rejoindre la terre ferme au prochain port. On est bien loin du cliché de l’abordage hollywoodien… En fait, il y a bien eu des affrontements sanglants, mais ceux-ci étaient provoqués non pas par les pirates, mais par les marines royales au cours de la période de répression et d’extermination de la piraterie aux XVIIe et XVIIIe.
    Deuxièment, tu parles de criminalisation. Oui, les pirates de l’époque moderne sont des criminels… mais selon les normes et les lois établies par les Etats de cette période. La criminalisation dépend de l’ordre établi par la classe dirigeante et dominante à un certain moment et dans un certain espace donnés. Les résistants antifranquistes étaient criminalisés par le régime de Franco. Aujourd’hui, (et très hypocritement d’ailleurs, mais c’est un autre sujet) on leur accorde honneur et bravoure. Alors je crois qu’il faut être prudent avec l’emploi de ce terme. En outre, tu te trompes, hackeurs et/ou autres défenseurs open source, etc. sont bien criminalisés par le régime capitaliste actuel, cf la répression informatique, etc. Le mouvement open souce est non-violent ? C’est faux. Il l’est à l’encontre des grandes entreprises informatiques, et des multinationales culturelles. Et l’Etat qui criminalise, n’est-ce pas une violence symbolique ? Et l’Etat qui réprime, n’est-ce pas une violence tout court ?
    Troisièment, qu’est-ce que l’opinion publique, sinon la voix façonnée par les médias dominants, à coup de micro-trottoirs, de sondages détournés, d’évènementiel divertissant (divertir c’est aussi détourner l’attention) ? Cette voix qui est prédenduement celle du peuple uni tout entier. Les médias dominants appartiennent tous aux grands groupes, et portent de le discours de la classe dirigeante, de l’élite sociale et économique. Alors, on s’en fout bien de ce que disent les sondages. Sinon, on ne suivrait pas des sites comme owni.

    Pour en revenir aux pirates, je te conseille la lecture des ouvrages de marcus redeker, historien américain spécialiste de la piraterie… Et pour le reste, ré-approprions-nous et utilisons encore le terme de pirate avec habilité pour montrer à quel nous nous opposons aux autorités.

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  • bob le 3 janvier 2011 - 15:35 Signaler un abus - Permalink

    Zavez rien compris les gars. Vous vous tire une balle dans le pied en vous autoproclamant pirates avec une fierté ado. Vous vous définissez l’idéologie du libre comme une négativité qui vol et se nourrit sur le dos du capitalisme c’est réducteur et dommage. Comme vous le dites vous-même les pirates sont en marge du capitalisme c’est à dire des nases qui s’astiquent sur un bateau, crèvent de chaud et se battent pour tirer une pute à l’arrivée au port ! Je tiens à vous rappeler qu’en vrai le capitalisme n’en a rien à faire de la piraterie, utilisée comme poudre aux yeux du peuple dans les journaux du soir et les racontars au coin du feu. Les pirates ne sont pas un danger ni un modèle juste des pélots qui survivent. Selon-vous c’est ainsi que l’opinion public doit comprendre l’open source, wikipedia ou même owni ? C’est triste. Pirate ca fait rêver les ados mais pas les darons, c’est criminalisant et réducteur, c’est…petit bourgeois.
    Enfin, dernière précision : les pirates du passé évoqus étaient entièrement propriétaires de leur force de production. Ce n’est absolument pas le cas de vos pseudos pirates des temps modernes qui sont complètements dépendants du bon vouloir de l’ensemble du capitalisme pour exister (électricité, procédés industriels complexes pour réaliser un ordinateur, livreur de pizza, parents, etc.) Ce schéma d’analogie n’est pas valide, c’est de la poudre aux yeux bling bling, d’ailleurs j’arrête de perdre mon temps c’est mon dernier com sur ce sujet débile.

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  • James le 3 janvier 2011 - 16:17 Signaler un abus - Permalink

    Je me demande bien qui vous êtes, et à quelle autorité vous vous prétendez vous opposer…
    Réduits à aller chercher des maîtres à penser à HEC, il vous suffit que le diable se présente avec le sourire et un t-shirt à message pour que vous voyez en lui votre libérateur, c’en est touchant.
    Et cette insondable foi dans le progrès, ce sentiment d’être le phare qui éclaire le monde, au coeur du mouvement historique… Vous allez bientôt être les derniers à y croire, ça fait trois cent ans que c’est la même musique et vous vous pensez toujours “modernes”. Quand le monde s’écroulera sous vos yeux, vous aurez au moins cette consolation d’en être les précurseurs et possesseurs, sans avoir suffisamment de recul pour évaluer votre rôle dans cette affaire… Il est regrettable d’avoir une si haute conscience de sa mission historique sans mesurer les conséquences de ses gestes, sans entrevoir le début du commencement de ce à quoi vous participez – non pas le dépassement du capitalisme ou le dépérissement de l’Etat, mais le vide affectif et le plein technologique, la fin de l’homme comme on l’a connu, un univers entre les images de Brazil, les mots de Houellebecq et le parcours de Miley Cyrus (vous admettrez que j’ai l’honnêteté de vous prendre au sérieux).

    Le pire avec tout ça c’est que vous n’avez plus aucun sens moral, vous ne connaissez ni le respect ni l’honneur, comme l’a si bien montré votre Kayser-la-Brouille chez Taddeï. Vous mesurez tout à l’aune de la technique et de ses fins. Vous vous identifiez à des pirates de la même façon que la moindre des racailles s’identifie à des gangsters d’opérette. Tout ce que je vois, ce sont de petits êtres lancés dans une quête éperdue de liberté tout agrippés à leurs iphones.

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  • Anne Bonny le 3 janvier 2011 - 22:58 Signaler un abus - Permalink

    “Fierté ado”, “des nases qui s’astiquent sur un bateau”, “tirer une pute à l’arrivée au port”, “sujet débile”… condescendance, machisme : on a compris, Bob, tu es un vieux sage avec des grosses couilles, prêt à imposer ta (fausse) vérité réactionnaire.
    Pas la peine, apparemment, de prendre le temps d’argumenter avec toi, même si tu n’as pas compris les concepts de force de production, de “vol [...] du capitalisme” (la propriété c’est le vol, de toute façon), de geek (c’est toi la pizza, c’est toi l’iphone), de pirate etc. Va vendre tes bêtises, pardon, tes idées complaisantes, dans le respect de la paix sociale, à l’opinion publique.
    Et James, si tu ne vois pas de quelle autorité je parle, sans respect et sans honneur, c’est triste pour toi.

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  • bob le 4 janvier 2011 - 11:03 Signaler un abus - Permalink

    Anne : tu ne m’as pas compris, tu réagis épidermiquement en te concentrant sur la forme plutôt que sur le fond. Je suis content d’avoir touché juste finalement. Je cherchais juste à défendre une opinion moins romanesque et plus réaliste que visiblement tu n’as même pas pris la peine de lire et que je répéterai pas dans un verbiage pseudo intelluctalisant. Et désolé, mais j’aime réagir avec humour et mordant à des sujets et faire vivre le débat de façon moins convenue que des intervenants autocomplaisants qui se congratulent tous les uns et les autres en permanence sur cette esthétique plateforme. Je trouve dommage que la moindre critique qui ne prenne pas de gants soit vécu avec autant de mal par les auteurs et les lecteurs. Quand on a la prétention de parler à tous il faut accepter d’irriter et de déranger, et même de se tromper. Maintenant conçois moi comme un machiste phéromoné réactionnaire si ça peut te rassurer, j’adore cette idée.
    Bise

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  • James le 4 janvier 2011 - 11:58 Signaler un abus - Permalink

    Non je ne vois pas quelle autorité vous parlez.
    L’Etat ? Il a fait votre éducation et vous soigne gratuitement, c’est lui qui vous protège contre les pirates justement, quand ils quittent vos fantasmes et deviennent réalité.
    Le marché, le capitalisme ? Il subvient à tous vos besoins, il vous nourrit, vous habille, vous loge et vous “augmente”.
    Alors votre allié c’est le réseau ? Sans la RAND Corporation et l’armée américaine, point de réseau. Et il ne tourne qu’au capital. L’open source ? Rien que pour en faire la pub comme sur ce site, il faut savoir bien s’entourer. Tous les pirates finissent par devenir corsaires et à bosser pour la sécurité de grosses boîtes, tous les sites pirates finissent soit par fermer soit par rentrer dans la légalité. Pourquoi ? C’est juste humain, on veut tous bouffer et survivre le mieux possible.

    On participe tous un un système qui nous dépasse, il faut arrêter de prendre cette posture, de refaire l’histoire à coup de théories grotesques, de se croire vierge de tout soupçon, on est tous sur la même terre pour s’élever au-dessus des autres, c’est ce qui fait que l’homme a un jour décidé de ramper en dehors de la boue pour créer une civilisation.

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  • bug-in le 4 janvier 2011 - 13:16 Signaler un abus - Permalink

    Le piratage n’est pas une solution contre le capitalisme, il n’est qu’une tactique provisoire. Pour le long terme il n’y a pas milles possibilité, il y a les installations communautaire basé sur l’autoproduction (attaqué dans la loi LOPPSI 2 comme installation alternative non conforme au code de l’urbanisme), le tout allié a l’activisme et les initiatives en villes.

    Si le piratage a été déjà romancé et exagéré (je pense au petit ouvrage “do or die” sur les pirates), nous avons ici un tout autre travail, un peu plus sérieux.

    J’ai commencé mes engagements par le piratage (en 1989), et l’écriture dans les revue sous-terraines (underground, à l’époque c’était la revue PGK en l’occurence). Depuis je ne l’ai pas quitter en participant aux logiciels libres et au groupes éco-anarchistes.

    @James, c’est vous qui vivez dans l’illusion, vous prétendez qu’engros il n’y a pas de problème avec l’Etat, que celui éduque et soigne gratuitement ! On croit réver ! Il organise la casse d’un système de sécurité sociale imparfait, le tout en faisant payer la population au lieu des entreprises qui engendre certains maux et sont de moins en moins mis a contribution

    Quand a l’éducation, ou ce que j’apelle la domestication et le dressage, c’est la saigné dans ces institutions. Si le prix en reste encore modique (grace au combat des luttes sociales ! regardez ce qu’il en est ailleurs, et vous comprendrez ce que signifie “l’Etat” chez eux), les pratiques et cours sont de plus en plus réduit aux ridicule et plus que d’instruire, les professeurs se retrouve a faire la police d’une population que l’on prive de tout, tout en la frustant quotidiennement (à travers la propagande marchande) en lui faisant miroiter ce qu’elle devrait avoir (en payant, hein!).

    Alors ton discours Social libéral, tu te le garde ! Je suis pour l’abolition de toute les exploitations, aliénations et dominations. Oui, il y a du travail a faire, oui je suis contre le capitalisme, le patriarcat, l’Etat, le salariat et pour l’autogestion organisée par la population elle-même, à la démocratie directe locale et fédérée.

    Tout pirates ne deviens par corsaire, et tout critique de l’époque de 68 n’est pas devenue un libéral.

    T’as connaissance sur les sites pirates est visiblement très limité, ils sont loin de tous fermé ou de rentrée dans la légalité.

    Pour ce qui est de bouffer et de survivre, l’un n’empêche pas l’autre. En grèce pendant les révoltes de 2008-2009, certains travaillaient le jour à des entreprises qu’ils ont ensuitent détruit la nuit.
    Et pour ma part, je participe comme je peux a l’autoproduction de ma nourriture et a consommer le moins possible. Par ailleurs je ne me fait aucune illusion sur les prétendus capacité libératrice du Net. L’informatique et tout son matériel est polluant et destructeur (je suis éco-anarchiste, pas juste anarchiste), mais pour l’instant il tient du pouvoir en main, et tant que c’est le cas, il faut aussi savoir le critiquer, le détourner etc… mais comme je l’indiquais plus haut : ce n’est qu’une stratégie, pas une perspective.

    Qu’on ne s’y trompe pas, je n’apelle pas au plus radical que moi tu meurs, et d’habitude je suis toujours le premier a critiquer les sois disant liberté que l’on croit aquérir par l’informatique. Mais c’est toujours pour présenter une perspective positive d’émancipation. Et pas dire aux personnes qu’en gros, elles sont des gamins qui grandiront plus tard, et deviendront sagement libérale !

    Désolé tous, pour le ton de ce message un peu agressif.

    @Bituur, les gens d’ACTA pour filer l’analogie des articles, ne serait pas des pirates, mais des corsaires… Mais je pense plutôt qu’au final ça donnera surtout du flicage comme d’habitudes, qui se rajoutera a l’autofichage que certains pratique malheureusement sur les réseaux sociaux (face de bouc).

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  • pseudo veritable le 4 janvier 2011 - 15:01 Signaler un abus - Permalink

    Top cool l’entrée en doc martens dans l’open space.
    Tendance été (summer) 2011 : total look pirate.
    Jeum lance : dix kiffs pour cet article

    ouf

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  • James le 4 janvier 2011 - 15:45 Signaler un abus - Permalink

    Cher Bug-In,
    aucun pb pour ce ton offensif, vous n’avez pas démarré les hostilités après tout.

    Autogestion, démocratie locale ? Et si les gens n’en voulaient pas ? Pourquoi on devrait tous se mettre en mvt, se mobiliser, participer ? Pourquoi devrait dont devenir gouvernant de soi-même, en plus d’être entrepreneur de soi-même, assureur de soi-même, etc. ? Et si les gens aimaient encore l’autorité et voulaient s’en remettre à un chef ? Seraient-ils tous déraisonnables ?

    Autoproduction, consommer le moins possible ? Et si les gens n’en voulaient pas ? Si les gens préféraient le McDo au produits bio ? Pourquoi responsabiliser les individus, devoir gérer son corps, sa santé et en plus celle de la planète comme un capital ? WTF ? Pourquoi ce serait toujours aux mêmes de faire des efforts quand tout le monde se gave autour de soi ? Quand est-ce qu’on commence à vivre ? D’où vient la morale et la normalisation là-dedans ?

    Evidemment que l’Etat et le marché posent problème. Et je ne suis ni social et encore moins libéral. Je ne vais pas refaire la généalogie de l’Etat social et du libéralisme, le mouvement est engagé depuis longtemps, il porte plusieurs noms : qu’on l’appelle marchandisation chez Marx, rationalisation chez Weber, civilisation chez Elias, normalisation chez Foucault, tout cela marche main dans la main et n’a jamais été aussi actuel. Ces processus nous dépassent, commençons par le reconnaître, et ils ne vont pas s’arrêter de sitôt. Quand bien même nos “pauvres” n’en voudraient pas, ce qui n’est pas gagné, ce seront ceux du tiers-monde qui suivront. Du bifteck, une voiture et un logement de confort pour tout le monde, c’est ça le sens de l’histoire.

    Je ne doute pas que tu aies une carrière militante des plus vertueuses, et que tu crois profondément en tes combats. Je crois qu’on est tous d’accord, tous contre l’exploitation, la domination, etc., je n’ai rencontré que peu de pervers et de vrais salauds dans ma vie, tout le monde souhaite cela.
    Mais si ça doit passer par des communes auto-gérées de cultivateurs de légumes, et bien je passe mon chemin et je préfère suivre le reste de l’humanité dans sa perte, pauvre pêcheur que je suis.
    Ah oui et je trouve que les flics font un boulot formidable, tout comme les profs. Ils se prennent plus de misère sociale et de violence tout court dans la gueule que n’importe quelle autre profession, et font la fierté de notre nation, je me sentirais mal placé pour leur donner une leçon. Je sais ce qu’ont déjà fait les flics et les profs pour moi, je ne sais toujours pas ce que je dois aux éco-anarchistes. Alors un peu de respect pour ces autorités, svp. Peace.

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  • Mary Read le 5 janvier 2011 - 11:18 Signaler un abus - Permalink

    @Bob : L’humour phallocrate est plus que convenu, rassure-toi.

    Et sur le fond, concernant la piraterie, vu que tu hésites entre réalité et romanesque, jette un coup d’oeil du côté de Peter Lamborn Wilson, Michel Le Bris, Hubert Deschamps, Gérard Jaeger, Marcus Rediker, Hakim Bey, quelques spécialistes de la marine et de l’histoire des pirates… Il y a même plusieurs articles ici même sur owni qui traitent du sujet.

    @James : Haha.

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  • bob le 5 janvier 2011 - 12:00 Signaler un abus - Permalink

    @pseudopirate
    C’est la thèse même présentée dans cet article qui ne parvient pas à faire la part des choses entre romanesque et réalité. J’ai choisi mon camp. Je pense que cette analogie est marrante, mais improductive pour le mouvement hacker qui loin d’être voleur de richesse comme les pirates d’antan est libérateur d’information, de produits culturels et même d’innovation. A l’inverse de vos chers forbans maritimes qui étaient une externalité négative du capitalisme, les hackers et acteurs du libre sur Internet, les apprentis sorciers de la biologie ou encore les militants comme Assange doivent être considérés comme une externalité positive et enrichissante de notre société contemporaine. Leur seule similarité avec les pirates étant qu’ils entrent en conflit avec des juridictions. La ressemblance s’arrête là.

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  • bug-in le 9 janvier 2011 - 20:28 Signaler un abus - Permalink

    @James, je vous répond a peine. Vous n’avez en fait pas l’air de connaitre grand chose en politique, sinon alors que je me suis indiqué comme anarchiste, vous ne me demanderiez pas de respect pour l’autorité policière !
    Quand aux enseignants, j’ai déjà été dans ses situations. La nuance vis a vis de la police, c’est que si la personne veux pas nous écouter, ben on peu pas l’y forcer… ET heureusement. Alors que la police ne fait qu’enfreindre l’égalité en prenant la liberté sur les autres personnes de les forcer a faire ce qu’elle veut.
    Enfin vous dites : on a pas tous envie de faire ceci, certains aime être gouverné etc… Le problème c’est qu’il n’y a pas ce choix. On est gouverné point barre. Les états et industrie ont instauré un rapport de force, et on est pris par ce rapport de force. On est contraint. Vous êtes tellement dans l’idéologie libérale que vous en avez oubliez jusqu’au nom. Vous retrouverez l’ensemble de vos thèses dans ces auteurs je vous l’assure.

    @Andréoulis.
    Vous écrivez que Raël n’a pas pour objectif de faire de l’argent en voulant répondre a la citation que vous mettez en relief. Mais la citation ne dit pas que les pirates de la génétique ou autres, le font pour faire de l’argent… Elle se contente de rapeller que dans les faits, il y a brevet privé et non pas libre.

    Par conséquent inutile d’avancer plus d’arguments en faveur de je ne sais quelle “vie” ou “avancée”. A partir du moment ou les pratiques sont privés, qu’elle sont “propriétaire”, il y a exclusion et non pas participation au bien commun.

    Et ne me lancer pas la tarte a la crème du “Débat”, on ne fait pas un bon débat en mettant les personnes devant le fait accomplis. On débat avant, après ça s’appelle faire un bilan.

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  • Andréoulis le 19 mars 2011 - 15:04 Signaler un abus - Permalink

    On accuse mon ” gourou” ( éveilleur en sanskrit) de “pirate”, c’est comme si on accusait le pape de la même chose à cause du Dr Antinori !! Et lorsque je tente de commenter, “on” rejette mon texte pour cause de ” prosélytisme” !!! Elle est belle votre charte de modération, elle modère avec plusieurs poids et mesures !!

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  • le pirate le 25 février 2014 - 21:24 Signaler un abus - Permalink

    pourqouoi les filmes et les oeuvres sortent avant la sortie de la sale?

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  • Junya le 7 mai 2014 - 0:54 Signaler un abus - Permalink

    you have the wrong solution for the 2nd vesroin. the error happens when you considered 3 pirates.your solution for 2 pirates is that P2 gives all 100 coins to P1 and hope P2 survives.note the keyword hope .if P3 gives 0 to P2, P2 would still vote for P3, to ensure his/her survival.in general you have weak inequalities, and to make them strong, you offer them least count, i.e., 1 coin. that is, if there were epsilons then you would have given epsilon. in case of P3 offering P2, the least count, is hope to survive -> guarantee to survive. hope is open interval, and guarantee is close interval, that is it has that epsilon.

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