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	<title>OWNI</title>
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		<title>Ministre de la recherche de profits</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/24/lautre-cv-de-genevieve-fioraso/</link>
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		<pubDate>Thu, 24 May 2012 14:00:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire Berthelemy et Pierre Leibovici</dc:creator>
				<category><![CDATA[Factchecking]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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		<category><![CDATA[Geneviève Fioraso]]></category>
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		<category><![CDATA[recherche et développement]]></category>

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		<description><![CDATA[Inconnue du grand public, la nouvelle ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche est une star dans la région grenobloise, où elle multiplie les casquettes. Avec un savant mélange des genres entre public et privé. Et une foi inébranlable dans les nanotechnologies, la biologie de synthèse et les business-plans qui vont avec.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://owni.fr/files/2012/05/cle_fioraso.jpg" alt="" title="cle_fioraso" width="630" height="430" class="aligncenter size-full wp-image-111378" /></p>
<blockquote><p>À un moment, ils m&#8217;appelaient Miss Dollar. C&#8217;est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le vend pas.</p></blockquote>
<p>Geneviève Fioraso, la nouvelle ministre de l&#8217;Enseignement supérieur et de la Recherche, <a href="http://www.lejournaldesentreprises.com/editions/38/actualite/rencontre/genevieve-fioraso-la-star-de-la-mise-en-reseau-02-10-2009-78224.php">expliquait ainsi</a> au <em>Journal des entreprises</em>, comment elle cherchait à financer la R&#038;D (Recherche et développement) du temps où elle était cadre dans une start-up. Une approche de la recherche qui inquiète Laurence Combarat, membre de l&#8217;Ades, une association écologiste grenobloise :</p>
<blockquote><p>Sa vision de la recherche est systématiquement industrielle, et donc économique. Si elle procède de la même manière à l&#8217;échelle nationale qu&#8217;à Grenoble, il y a des craintes à avoir.</p></blockquote>
<p>Officiellement, Geneviève Fioraso n&#8217;a eu ces dernières années qu&#8217;un<em>”engagement public local et national”</em>. <a href="http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid60335/biographie-de-genevieve-fioraso.html">Sa biographie</a>, sur le site du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche,  indique qu’elle n’a plus eu de rapport avec le secteur privé depuis 2004, dernière année où est mentionnée une <em>“activité professionnelle”</em>. </p>
<p>Geneviève Fioraso ne serait &#8220;que&#8221; députée, première vice-présidente de la communauté d’agglomération de Grenoble chargée du Développement économique, universitaire, scientifique et de l&#8217;innovation, adjointe au Maire de Grenoble à l’économie, l’emploi, l’université et la recherche et membre de l&#8217;Office parlementaire d&#8217;évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).</p>
<p>La nouvelle locataire de la rue Descartes a cela dit oublié des lignes. Car elle administre également &#8211; voire dirige &#8211; six structures  à mi-chemin entre public et privé : deux sociétés d’économie mixte, deux associations aux frontières du lobbying, une éco-cité et un établissement public d’enseignement supérieur. Reconstitution.</p>
<h2>Championne du mixte</h2>
<p>La spécialité de la nouvelle ministre ? Les sociétés d’économie mixte (SEM), ces entreprises à conseil d&#8217;administration dont le capital est réparti entre des personnes publiques (majoritaires) et au moins un actionnaire privé. Le nom de Geneviève Fioraso figure ainsi dans les renseignements juridiques de trois SEM, bien qu’elle n’ait jugé bon de le préciser dans sa biographie que pour une seule d’entre elles, Minatec Entreprises. </p>
<p>Depuis 2003, en effet, l’élue de Grenoble est aussi PDG de <a href="http://minatec-entreprises.fr/">Minatec</a>, un vaste <em>“pôle d’innovation en micro-nanotechnologies”</em>. <em>“Entreprendre à l’infini”</em>, telle est la devise de Minatec qui abrite plus de 11 000 mètres carrés de laboratoires de recherche, start-ups et géants de l’industrie.</p>
<p><img src="http://owni.fr/files/2012/05/minatec_noiretblanc.jpg" alt="" title="minatec_noiretblanc" width="640" height="431" class="aligncenter size-full wp-image-111232" /></p>
<p>Cet envie d’entreprendre, Geneviève Fioraso a tenté de l’assouvir en multipliant les casquettes autour de Minatec. C’est donc comme PDG de Minatec que l’élue <a href="http://www.grenoblepresquile.fr/PAR_TPL_ACTEUR/2/375-les-acteurs.htm">préside le comité de pilotage</a> du projet Presqu’île/GIANT, l’un des treize projets d’éco-cités du pays et, <a href="http://www.grenoblepresquile.fr/377-le-site.htm">comme le précise</a> son site,  parmi <em>“les plus importants investissements public-privé en France”</em> (1,3 milliard d’euros sur 15 ans). </p>
<p>Par cohérence, sans doute, l’élue grenobloise est aussi <a href="http://www.societe.com/societe/innovia-grenoble-durablement-341307304.html">administratrice</a> d’une autre SEM, Innovia Grenoble Durablement, <a href="http://www.grenoblepresquile.fr/378-l-amenageur-sem-innovia.htm">chargée de l’aménagement</a> de Presqu’île/GIANT. Et, toujours pour son implication dans la “Presqu’île”, Geneviève Fioraso <a href="http://www.genevieve-fioraso.com/2012/02/21/election-de-brigitte-plateau-comme-administrateur-general-de-grenoble-inp/">administre</a> le regroupement d’écoles Grenoble Institut national polytechnique &#8211; <a>membre fondateur</a> de Minatec et de GIANT. </p>
<p>Dernière SEM oubliée par la ministre sur son C.V., Alpexpo, une entreprise qui gère le parc d’exposition éponyme à Grenoble. Si Geneviève Fioraso n’apparaît pas comme administratrice dans les renseignements juridiques d’Alpexpo, c’est qu’elle a préféré <a href="http://www.societe.com/societe/societe-d-economie-mixte-d-amelioration-et-d-exploitation-des-b-iens-de-grenoble-et-de-l-423367804.html">utiliser son nom de jeune fille</a>, Lefevre. Cette décision est peut-être à mettre en rapport avec la santé financière d’Alpexpo : comme l’indique une analyse des comptes provisoires qu’<em>Owni</em> s’est procurée (voir ci-dessous), la société a présenté un résultat net en déficit de 1,968 million d’euros en 2011. Devant ce résultat, la mairie de Grenoble a d’ailleurs décidé, en mars dernier, <a href="http://www.20minutes.fr/article/904571/metro-veut-comprendre-avant-payer">la mise en place</a> d’une mission d’information et d’évaluation sur les déboires financiers d’Alpexpo.</p>
<p><a title="View ALPEXPO Synthèse comptes provisoires 2011 on Scribd" href="http://www.scribd.com/doc/94453707/ALPEXPO-Synthese-comptes-provisoires-2011?secret_password=ocnlt1ns0lll1rkj8tx" style="margin: 12px auto 6px auto; font-family: Helvetica,Arial,Sans-serif; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 14px; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal; -x-system-font: none; display: block; text-decoration: underline;">ALPEXPO Synthèse comptes provisoires 2011</a><iframe class="scribd_iframe_embed" src="http://www.scribd.com/embeds/94453707/content?start_page=1&#038;view_mode=list&#038;access_key=key-gxpw6lny3wq2jgp43p4&#038;secret_password=ocnlt1ns0lll1rkj8tx" data-auto-height="true" data-aspect-ratio="0.707514450867052" scrolling="no" id="doc_9412" width="100%" height="600" frameborder="0"></iframe></p>
<h2>Non-lucratif</h2>
<p>Décidément rompue aux conseils d’administration, Geneviève Fioraso ne se prive pas &#8211; sans toujours l’indiquer sur “son CV” &#8211; de participer à plusieurs associations loi 1901. <a href="http://www.associations.gouv.fr/626-la-loi-du-1er-juillet-1901-et-la.html">A but non lucratif</a>, donc. Les missions affichées desdites associations ont pourtant tout à voir avec la recherche de profits. </p>
<p>L’Agence d’études et de promotion de l’Isère (AEPI), par exemple, dont Geneviève Fioraso est la <a href="http://www.grenoble-isere.com/fre/L-AEPI/Le-conseil-d-administration">Vice-présidente du Conseil d’administration</a>, s’attache à <em>“faciliter”</em> et <em>“coordonner”</em> les rapports entre <em>“acteurs publics et acteurs privés”</em>. Dans <a href="http://www.grenoble-isere.com/fre/L-AEPI">son rapport d’activité 2011</a>, l’AEPI présente ainsi l’aide qu’elle a apportée à différents <em>“acteurs économiques”</em>. Le premier d’entre eux n’est autre que <em>“Minatec Entreprises”</em>, la SEM justement présidée par Geneviève Fioraso.</p>
<p>Autre association pour autres intérêts, le <a href="http://www.tenerrdis.fr/financement-energie-renouvelable/energie-photovoltaique-en-france/energie-developpement-durable.html">pôle de compétitivité Tenerrdis</a>. Aux côtés du CEA, de GDF-Suez, Alstom ou encore Schneider Electric, Geneviève Fioraso y est administratrice. Dans son portrait de l’élue grenobloise, l’équipe rédactionnelle de Tenerrdis a cette formule, qui résume plutôt bien la situation :</p>
<blockquote><p>Geneviève Fioraso est une actrice incontournable des sphères économiques et politiques de Grenoble et plus largement du département.</p></blockquote>
<p>Ce mélange des sphères, Geneviève Fioraso l’a par exemple formalisé dans les colonnes du Dauphiné libéré</em> daté du 4 février 2011, en co-signant une tribune avec Jean-Marc Chardon, <a href="http://www.tenerrdis.fr/images/presse/communiques/CPNominationJPC.pdf"> président de Tenerrdis</a> et directeur des affaires institutionnelles du mastodonte Schneider Electric. Et de plaider de concert pour le renforcement des <em>“investissements d’avenir du grand emprunt”</em> lancés par la prédécesseure de la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse.</p>
<p><img src="http://owni.fr/files/2012/05/couv_fioraso_lepostillon.jpg" alt="" title="couv_fioraso_lepostillon" width="315" style="float: right; margin-left: 10px; margin-top: 10px" />Des amis dans l’industrie, Geneviève Fioraso en a d’ailleurs plus d’un. Il y a quelques mois, un article du journal <em>Le Postillon</em> &#8211; sorte de <em> Canard enchaîné</em>  grenoblois -, <a href="http://www.article11.info/?Genevieve-Fioraso-TM-l-elue-et">repris par le site </a>Article 11, recensait au moins cinq <em>&#8220;patrons grenoblois&#8221;</em> pour lesquels <em>&#8220;on ne compte plus les photos côte à côte, les communiqués communs, les félicitations réciproques, les enthousiasmes partagés&#8221;</em> avec l&#8217;élue locale. Bruno Cercley, par exemple, le PDG de Rossignol, dont elle a assisté à la cérémonie de <a href="http://www.ledauphine.com/skichrono/2011/10/09/distinction-legion-d-honneur-bruno-cercley-la-recompense-de-la-perseverance?image=99E8230B-DDF0-487D-B958-8ECD05A2C361#galery">remise de la légion d’honneur</a> en avril 2011. Ou encore André-Jacques Auberton-Hervé, le PDG de SOITEC, mentionné <a href="http://www.genevieve-fioraso.com/2011/12/21/soitec-airstar%C2%A0-des-exemples-made-in-isere/">sur le blog de campagne</a> de la députée d’alors comme le chef d’orchestre <em>“d’un bel exemple de partenariat fructueux entre laboratoire public et entreprises”</em>. </p>
<p>Pour André-Jacques Auberton-Hervé, la nouvelle ministre a d’ailleurs su faire preuve d’une grande générosité. Financière, notamment. Car l’homme est également le vice-président de SEMI, une <em>“association industrielle internationale sans but lucratif”</em> qui, comme le mentionne <a href="http://www.minatec.org/sites/default/files/CP-SEMI-GrenobleOffice12-2009.pdf">un communiqué de presse</a>, <em>“soutient la croissance de l’industrie par le biais de normes internationales, de salons et du lobbying”</em>. C’est ainsi sous l’impulsion de Geneviève Fioraso que la ville de Grenoble et la communauté d’agglomération Grenoble Alpes Métropole ont adhéré, pour la somme de 2 990 euros chacune, à SEMI. Et, toujours sur proposition de Geneviève Fioraso, la mairie a versé 35 000 euros à SEMI en 2010 et 2011, à peine moins que la communauté d’agglomération pour ces deux années (37 990 euros), comme le confirment les délibérations du conseil municipal ci-dessous :</p>
<p><a title="View Délibérations du conseil municipal sur SEMI on Scribd" href="http://www.scribd.com/doc/94520441/Deliberations-du-conseil-municipal-sur-SEMI?secret_password=1cwdngpjxgidtj9qy76h" style="margin: 12px auto 6px auto; font-family: Helvetica,Arial,Sans-serif; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 14px; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal; -x-system-font: none; display: block; text-decoration: underline;">Délibérations du conseil municipal sur SEMI</a><iframe class="scribd_iframe_embed" src="http://www.scribd.com/embeds/94520441/content?start_page=1&#038;view_mode=list&#038;access_key=key-6zvowcu8jfvw7eldg&#038;secret_password=1cwdngpjxgidtj9qy76h" data-auto-height="true" data-aspect-ratio="0.743620899149453" scrolling="no" id="doc_73740" width="100%" height="600" frameborder="0"></iframe></p>
<p>Chaque année, <a href="http://www.semi.org/eu/Issues/ctr_030664?id=sguee709">le lobby SEMI</a> organise un forum à Bruxelles. Il y a un an jour pour jour, le 24 mai 2011, Geneviève Fioraso y<a href="http://www.semi.org/eu/node/8096"> donnait une conférence</a>. Comme un écho aux propos qu’elle tenait, fin 2008, à l’occasion d’<a href="http://www.senat.fr/presse/cp20081218b.html">une audition publique</a> sur la <em>“valorisation de la recherche”</em> :</p>
<blockquote><p>Les règles de la concurrence imposées par l&#8217;Europe sont souvent contre-productives pour la mise en route de grands projets de recherche rassemblant les acteurs publics et les entreprises.</p></blockquote>
<p>Comme tous les ministres du gouvernement Ayrault, Geneviève Fioraso a apposé sa signature au bas d’une <a href="//www.elysee.fr/president/root/bank_objects/17.05Chartededeontologie.pdf”">charte de déontologie</a>. A la rubrique <em>“Impartialité”</em>, on trouve ces mots :</p>
<blockquote><p>Les membres du gouvernement sont au service de l’intérêt général. Ils doivent, non seulement faire preuve d’une parfaite impartialité, mais encore prévenir tout soupçon d’intérêt privé. (&#8230;) Ils renoncent à toute participation à un organisme, même à but non lucratif, dont l’activité intéresse leur ministère.</p></blockquote>
<p>Sollicitée par <em>Owni</em>, Geneviève Fioraso n&#8217;a pas donné suite à notre demande.</p>
<hr />
Illustrations CC <a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Genevi%C3%A8ve_Fioraso_-_2011.JPG">Matthieu Riegler</a> remixed by <a href="https://twitter.com/#!/pierreleibo">pierreleibo</a> et <a href="http://www.flickr.com/photos/packtlike/177802217/sizes/z/in/photostream/">Pact like</a></p>
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		<title>Le vote électrocuté</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/23/vote-internet-francais-etranger/</link>
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		<pubDate>Wed, 23 May 2012 17:18:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thomas Deszpot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<category><![CDATA[Libertés Numériques]]></category>
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		<category><![CDATA[vote par Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[À partir de ce mercredi 23 mai, les Français de l'étranger peuvent voter pour élire leurs députés, grâce à des sites spécialisés. Mais ce vote électronique souffre déjà de multiples dysfonctionnements. <em>"Système inacceptable et peu fiable", "dangereux pour le secret du vote" </em>: les experts que nous avons sollicités décrivent une quasi imposture électorale.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-111261" title="vote-par-internet-francais-etranger-image-clef-carte-electorale" src="http://owni.fr/files/2012/05/vote-par-internet-francais-etranger-image-clef-carte-electorale.jpg" alt="" width="640" height="430" /></p>
<p>Pour la première fois, les Français de l&#8217;étranger sont appelés à élire leurs députés. Onze nouvelles circonscriptions leurs sont dédiées lors de ces élections législatives. En plus du vote classique par bulletin, qui se déroulera le 2 juin, il leur est désormais possible de voter par Internet entre le 23 et le 29 mai.</p>
<p>Sont concernés tous les électeurs ayant accepté de communiquer leur adresse électronique, soit 700 000 personnes parmi le million de votants réparti sur les cinq continents, d&#8217;après le ministère français des Affaires étrangères. Sur son site, le Quai d&#8217;Orsay <a href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/les-francais-a-l-etranger/elections-2012-votez-a-l-etranger/elections-legislatives/article/elections-legislatives-2012-vote">revient sur le dispositif</a> et annonce :</p>
<blockquote><p>Pour la première fois, lors de ces élections législatives, il sera possible de voter par Internet. Cette option de vote électronique vise à faciliter l’exercice du droit de vote de nos compatriotes établis à l’étranger parfois très loin des bureaux de vote. Elle s’ajoute à la possibilité de vote à l’urne, par correspondance ou par procuration.</p></blockquote>
<p>Jamais utilisé lors des législatives, le vote par Internet n&#8217;est pourtant pas une nouveauté. Il a été utilisé <a href="http://www.expatries.senat.fr/depeche_afp_elections_afe.html">dès 2006</a>, à l&#8217;occasion de l&#8217;élection de l&#8217;Assemblée des Français de l&#8217;étranger, puis à Paris lors des <a href="http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-les-parisiens-appeles-a-voter-en-ligne-aux-prud-homales-26739.html">prud&#8217;homales de 2008</a>. Deux expériences qui <a href="http://www.01net.com/editorial/318514/le-vote-par-internet-des-francais-a-letranger-fait-un-flop/">se sont soldées par des échecs</a>, avec un faible engouement des électeurs et des rapports d&#8217;experts accablants. En 2008 par exemple, les internautes équipés du navigateur Firefox ne pouvaient pas visualiser l&#8217;intégralité des listes. Ceux disposant d&#8217;une version plus récente du navigateur ne pouvaient tout simplement <a href="http://padawan.info/fr/2008/11/rates-du-vote-p.html">pas voter</a>, faute de support développé pour la version 3.0, alors la plus répandue.</p>
<h2>Violation</h2>
<p>En 2006, François Pellegrini a été mandaté par l&#8217;Association démocratique des Français à l’Étranger (<a href="http://www.francais-du-monde.org/">ADFE</a>, proche de la gauche) pour contrôler le scrutin. Dans son <a href="http://www.ordinateurs-de-vote.org/IMG/pdf/rapport_pellegrini.pdf">rapport</a>, le professeur d&#8217;informatique à l&#8217;Université Bordeaux-I souligne un<em> &#8220;grave problème de violation du secret du vote de certains électeurs&#8221;</em>.  Six ans plus tard, il l&#8217;affirme : rien n&#8217;a changé. Alors que le vote doit garantir la confidentialité et la sincérité du choix de l&#8217;électeur, François Pellegrini pointe les failles : <em> </em></p>
<blockquote><p><em>L&#8217;intérêt de l&#8217;isoloir est avant tout d&#8217;éviter les pressions, et bien sûr d&#8217;éviter de divulguer son choix. Comment garantir cela via Internet ?</em></p></blockquote>
<p>Pour l&#8217;enseignant, c&#8217;est <em>&#8220;tout le réseau de confiance qui est brisé.&#8221;</em> Illustration avec les mots de passe et les détails techniques du vote, qui sont adressés par simple mail aux électeurs, sans protection particulière.</p>
<div id="attachment_111266" class="wp-caption alignnone" style="width: 650px"><img class="size-full wp-image-111266 " title="vote-par-internet-francais-etranger-mail-mot-de-passe" src="http://owni.fr/files/2012/05/vote-par-internet-francais-etranger-mail-mot-de-passe.jpg" alt="" width="640" height="349" /><p class="wp-caption-text">Exemple de mail envoyé aux Français de l&#39;étranger mis en ligne par le Parti Pirate</p></div>
<h2>Opaque</h2>
<p>Pour se charger du processus électoral, l&#8217;État a fait appel à des entreprises privées, un procédé certes habituel mais qui fait craindre des irrégularités.  <a href="http://www.bastamag.net/article2386.html">Dans une grande enquête</a>, <em>Bastamag</em> ne manque pas de pointer les plantages en série et les conflits d’intérêt des différents prestataires.</p>
<blockquote><p>Le système de vote par Internet n’en est pas à ses premiers déboires. Atos Origin [l'une des 5 entreprises retenues par l'Etat, NDLR] était en charge en octobre 2011 des élections professionnelles dans l’Éducation nationale, pour lesquelles elle a essuyé de vives critiques. De multiples dysfonctionnements ont remis en cause le bon déroulement du scrutin. Juste avant les élections, un des syndicats a eu accès pendant dix jours aux listes électorales de ses concurrents.</p></blockquote>
<p>Souvent consultée dans ces dossiers, la Cnil a émis plusieurs délibérations. La dernière a été publiée le <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000025826116&amp;dateTexte=&amp;oldAction=rechJO&amp;categorieLien=id">8 mai 2012</a>, le jour de la publication du décret sur le vote électronique. Elle préconise un contrôle du vote par un expert indépendant ne devant pas présenter <em>&#8220;d&#8217;intérêt financier dans la société qui a créé la solution de vote à expertiser, ni dans la société responsable de traitement qui a décidé d&#8217;utiliser la solution de vote.&#8221;</em> Ces mesures ont été reprises par le législateur mais laissent dubitatif, surtout face à l&#8217;absence totale de point de vue contradictoire, une situation dénoncée notamment par <a href="http://www.numerama.com/magazine/22554-vote-par-internet-la-democratie-dans-les-mains-d-un-seul-informaticien.html">Numérama</a>. François Pellegrini, lui, lâche sans détour : <em> </em></p>
<blockquote><p><em>La Cnil, c&#8217;est pipeau. Quelles que soient les recommandations, l&#8217;expert n&#8217;aura pas accès aux électrons !</em></p></blockquote>
<p>Derrière ces critiques, la question du droit de regard sur le système se pose : les entreprises privées mandatées par l&#8217;État sont en effet seules responsables de la gestion technique du vote. L&#8217;opacité des procédés mis en place est l&#8217;un des problèmes majeurs qui alertent Bernard Lang, ancien directeur de recherche de l&#8217;<a href="www.inria.fr/">Inria</a>. Lors de l&#8217;élection de 2006, il a lui aussi rédigé un <a href="http://bat8.inria.fr/~lang/ecrits/liste/evote-internet-2006.html">rapport</a> sur le vote par Internet pour le compte de l&#8217;Union des Français de l&#8217;étranger (<a href="www.ufe.org/">UFE</a>, proche de la droite). <em>&#8220;Il est tout à fait inacceptable que la gestion du vote – procédé régalien s&#8217;il en est – soit entre les mains d&#8217;une entreprise privée. Et en plus, personne n&#8217;a de droit de regard !&#8221; </em>lance le jeune retraité.</p>
<p>Pour cet expert, <em>&#8220;le fait de rendre les choses secrètes ne les rend pas plus sûres.&#8221;</em> D&#8217;autant que le vote par Internet est potentiellement plus dangereux que les systèmes traditionnels :</p>
<blockquote><p>Si une personne mal intentionnée souhaite falsifier le vote, elle sera beaucoup plus nuisible avec un tel dispositif.  En détournant le système informatique mis en place, elle peut modifier les résultats à grande échelle. Généraliser le vote par Internet est une folie, c&#8217;est laisser la porte ouverte à un risque de triche massive.</p></blockquote>
<h2>Acide</h2>
<p>Unanimes, les experts s&#8217;accordent à dire que malgré toutes les procédures de sécurité et de contrôle, le vote par Internet est par essence faillible. Le Sénat, qui <a href="http://www.senat.fr/lc/lc176/lc176_mono.html">s&#8217;est penché</a> en 2007 sur l&#8217;utilisation du vote électronique chez nos voisins européens conclut en ces termes :</p>
<blockquote><p><em>De façon générale, le vote électronique ne paraît pas répondre aux espoirs qu&#8217;il a nourris.</em></p></blockquote>
<p>C&#8217;est au Pays-Bas que le recul est le plus net : après avoir concerné jusqu&#8217;à 90% des suffrages exprimés dans les années 90, les procédés de vote électronique ont été <a href="http://www.poureva.be/spip.php?article534">bannis en 2008</a>. À l&#8217;origine de cette décision, encore et toujours un manque de fiabilité.</p>
<p>En cas de fraude dans sa circonscription, chaque citoyen est libre d&#8217;alerter le Conseil constitutionnel, qui se charge ensuite de vérifier les infractions. Selon les résultats, les décisions peuvent varier : pour des problèmes concernant un faible nombre de bulletins, une annulation de certains résultats est à envisager. Dans des cas de graves irrégularités, les Sages peuvent aller jusqu&#8217;à l&#8217;invalidation générale de l&#8217;élection. Présent dans une centaine de circonscriptions, le Parti pirate a fait part de <a href="http://legislatives.partipirate.org/2012/2012/05/21/le-parti-pirate-denonce-lopacite-du-vote-par-internet-des-francais-a-letranger-et-labandon-du-controle-des-elections-a-des-societes-privees/">ses réserves</a> quant à l&#8217;utilisation du vote par Internet.  Il incite d&#8217;ailleurs tous les électeurs qui voteraient de la sorte à témoigner sur une <a href="http://vote-electronique.partipirate.org/2012/">page spécialement dédiée</a>.</p>
<p>Alors que 700 000 personnes pourraient potentiellement voter via Internet lors de ces élections législatives, Bernard Lang réaffirme ses craintes : <em> </em></p>
<blockquote><p><em>Le seul geste citoyen à faire, ce serait de verser de l&#8217;acide dans le dispositif.</em></p></blockquote>
<hr />Illustrations via FLickR par <a href="http://www.flickr.com/photos/redisdead/">Laurence Vagner</a><a href="https://secure.flickr.com/photos/ejpphoto/5218779814/in/faves-nuridao/"> </a>[CC-by-nc-sa] modifiée avec <a href="http://picyou.com/">PicYou</a>, via le <a href="http://legislatives.partipirate.org/">Parti pirate</a> <strong>[CC-by]</strong> et via FlickR par <strong><a href="http://www.flickr.com/photos/kirklau/">kirk lau</a></strong><a href="https://secure.flickr.com/photos/wwworks/2267564159/in/faves-nuridao/"> </a>[CC-by]</p>
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		<title>Le procès suggestif de Google</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/23/le-vrai-faux-proces-google-suggest-juif/</link>
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		<pubDate>Wed, 23 May 2012 06:48:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Andréa Fradin et Rodolphe Baron</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Libertés Numériques]]></category>
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		<category><![CDATA[algorithme]]></category>
		<category><![CDATA[Google]]></category>
		<category><![CDATA[Google Suggest]]></category>
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		<category><![CDATA[justice]]></category>
		<category><![CDATA[neutralité]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Klugman]]></category>
		<category><![CDATA[SOS Racisme]]></category>
		<category><![CDATA[UEJF]]></category>

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		<description><![CDATA[Le contentieux visant la fonction Google Suggest, mise en cause pour associer le mot "juif" au nom de certaines personnalités françaises, devrait évoluer vers une négociation. Alors qu'une audience doit se dérouler aujourd'hui, un médiateur pourrait intervenir pour régler ce différend, en toute confidentialité. Au plan du droit, il s'agit de déterminer ce qu'il est acceptable d'afficher dans un moteur de recherche, et sur quels critères.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://owni.fr/files/2012/05/5109080982_1fb9a9a14a_b.jpg" alt="" title="dont_be_evil_google" width="630" height="430" class="aligncenter size-full wp-image-111097" /></p>
<p><strong>Mise à jour (23/05/2012,11h) :</strong> le choix du médiateur a bien été confirmé lors de l&#8217;audience de ce matin. C&#8217;est Jean-Pierre Mattéi qui a été désigné pour trouver un consensus entre les deux parties. Comme prévu aussi, l&#8217;accord sera noué dans la plus grande confidentialité. Autrement dit, si le mot &#8220;juif&#8221; disparaît des radars de Google, ce sera en catimini. Ce qui vaut mieux pour le géant américain, comme l&#8217;explique l&#8217;article ci-dessous.</p>
<hr/>
<p>Ça ne devrait pas traîner. L’affaire opposant quatre associations, dont SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), à Google, aboutirait à la recherche d’un médiateur. Le géant américain est mis en cause pour l&#8217;association automatique du mot “juif” à des requêtes concernant certaines personnalités françaises. Prévue ce jour, l’audience devrait donc tourner court : <a href="https://news.google.fr/news/story?q=%22google+suggest%22&#038;hl=fr&#038;prmd=imvns&#038;bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_cp.r_qf.,cf.osb&#038;biw=1920&#038;bih=979&#038;um=1&#038;ie=UTF-8&#038;ncl=dSrkrKsZKb8fIHMTi3arRCSMR61DM&#038;ei=1O-5T7bzCqeu0QXX5MGCCA&#038;sa=X&#038;oi=news_result&#038;ct=more-results&#038;resnum=10&#038;ved=0CEkQqgIwCQ">à la bataille juridique déjà fortement médiatisée</a>, les deux parties préféreraient la recherche d’un accord. Hors projecteurs. Une sortie de crise confidentielle et préférable pour un contentieux boiteux, qui dépasse le seul cadre juridique.</p>
<h2>Fantasme</h2>
<p>En cause : le service <em> “Google Suggest”</em> ou <em>”saisie semie-automatique”</em>. Mise en service en septembre 2008, cette fonctionnalité du moteur de recherche <em>“prédit et affiche des requêtes basées sur les activités de recherche des autres internautes”</em>, <a href="http://support.google.com/websearch/bin/answer.py?hl=fr&#038;answer=106230">nous explique Google</a>. En clair, lorsque vous tapez “chat mignon” dans google.fr, d’autres mots apparaissent au moment de votre saisie : &#8220;chat mignon et drôle&#8221;, &#8220;chat mignon à vendre&#8221;… Des mots correspondant à ceux déjà tapés avant vous, sur google.fr, par d’autres personnes intéressées par les chats.</p>
<p>Maintenant, tapez François Hollande, François Fillon ou Jean Dujardin. Très vite, les mots <em>“est juif”</em> s’agglutinent à votre recherche.</p>
<p>Inacceptable pour SOS Racisme, l’Union des étudiants juifs de France, J’Accuse &#8211; Action Internationale pour la justice, et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), qui ont assigné Google. <em>“Google incite les internautes à orienter leurs recherches et alimente le fantasme selon lequel les juifs voudraient prendre le contrôle sur le monde”</em> tonne Jonathan Hayoun, à la tête de l’UEJF, contacté par <em>OWNI</em>. L’avocat de SOS Racisme Patrick Klugman <a href="http://www.rtl.fr/blog/blog-numerique/google-assigne-en-justice-audience-reportee-au-23-mai-maj-7747597103">va même plus loin, dénonçant</a> <em>“la création de ce qui est probablement le plus grand fichier juif de l’histoire.”</em> Fichier. Le mot est lâché. Et illustre déjà le scabreux du contentieux.</p>
<p>Si la petite phrase a fait son effet dans les médias, difficile en revanche de savoir si elle constitue le fondement de l’infraction visée. <em> “Je ne pense pas que les conditions soient réunies pour justifier un fichier ethnique”</em>, commente <a href="http://www.cedricmanara.com/">Cédric Manara</a>, spécialiste des questions juridiques touchant à Internet, qui doute de la solidité de l’argument du fichage. Car mettre en cause Google sur ce volet revient aussi à accuser l’ensemble des moteurs de recherche. Or la <a href="http://www.cnil.fr/en-savoir-plus/textes-fondateurs/loi78-17/">loi informatique et libertés</a> les a déjà sortis de son viseur. Si cette dernière interdit en France de collecter des données dites <em>“sensibles”</em>, telles que l’appartenance religieuse ou l’orientation sexuelle, <a href="http://www.cnil.fr/en-savoir-plus/textes-fondateurs/loi78-17/#Article4">son article 4 précise</a> bien que les services qui effectuent des <em>“copies temporaires”</em> des données, <em> “à seule fin de permettre à d’autres destinataires du service le meilleur accès possible aux informations transmises”</em>, ne sont pas concernés par ces dispositions. En clair, les moteurs de recherche.</p>
<p>L&#8217;action des associations n&#8217;est pas loufoque pour autant. Si elles agitent le spectre du fichier ethnique d&#8217;un côté, <a href="http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jV66WRB_M21pUvUPSKHC6eguZRTw?docId=CNG.913e102410c4a74714aa5713b828ccbd.11b1">elles demandent également au juge</a> d&#8217;interdire à Google <em>“d’associer le mot “juif” aux patronymes des personnes physiques figurant dans les requêtes des internautes.”</Em> Une requête qui semble plus recevable.</p>
<p><img src="http://owni.fr/files/2012/05/googlesuggest_capture_FR.jpg" alt="" title="googlesuggest_capture_FR" width="630" height="358" class="aligncenter size-full wp-image-111113" /></p>
<h2>Bon vouloir</h2>
<p>En Europe en effet, Google s&#8217;est souvent vu sommé de mettre un terme à la suggestion automatique de deux termes. Particulièrement en France. Le géant du web a ainsi été attaqué pour avoir associé certaines sociétés au mot &#8220;arnaque&#8221;. Ainsi <a href="http://www.legalis.net/spip.php?page=jurisprudence-decision&#038;id_article=2817">le Centre national privé de formation à distance (CNFDI)</a> ou <a href="http://www.legalis.net/?page=breves-article&#038;id_article=2804">Direct Energie</a>. Des particuliers ont aussi rejoint le mouvement. Pierre Bellanger, fondateur emblématique de Skyrock, <a href="https://docs.google.com/viewer?a=v&#038;q=cache:rm1bZXURm4QJ:www.legipresse.com/newsletter/bandeaux/000001/000094.PDF+&#038;hl=en&#038;pid=bl&#038;srcid=ADGEESgCepn2MYQ7jiik8UGVWQkLUliGL1pvSF86ibdL01t84riCpNPg_JYIJuZieYtiV3eXFcZ6uIo9ZMQADpDjj3eAwMgZzA_yrAba0E4b-Qik4iC1IyPgc9RSsqqUH38Cx4skqXws&#038;sig=AHIEtbQMAzSnrRupCH24t_TBrMckZHGzoA">a ainsi obtenu la suppression</a> d&#8217;expressions liant son nom aux mots &#8220;viol&#8221;, &#8220;sataniste&#8221;, &#8220;prison&#8221; ou encore &#8220;violeur&#8221;, pour diffamation. Dans <a href="http://www.latribune.fr/technos-medias/internet/20110914trib000649423/la-neutralite-de-google-remise-en-question-devant-la-justice.html">une autre affaire</a>, c&#8217;est la conjonction du mot &#8220;gay&#8221; qui a posé problème : dans la mesure où la personne visée n&#8217;avait pas publiquement fait état de son homosexualité, la suggestion automatique de Google a été considérée comme attentatoire à la vie privée.</p>
<p>Pour chacun des cas, comme celui qui nous intéresse, Google a fait valoir le caractère <em>&#8220;automatique&#8221;</em> et <em>&#8220;neutre&#8221;</em> du service, plaidant que les résultats étaient <em>&#8220;générés de manière totalement algorithmique, sur la base de critères purement objectifs correspondant notamment aux requêtes préalablement saisies par les internautes.&#8221;</em> En d&#8217;autres termes, ils ne dépendent pas du bon vouloir de Google. Et ne mettent donc pas en cause sa responsabilité. Un argument répété mais pourtant rejeté par le juge. </p>
<p>Car contrairement à ce qu&#8217;il avance, Google ne se contente pas de <em>&#8220;suggérer&#8221;</em> en relayant les recherches d&#8217;internautes. Il opère un tri préalable. <em>&#8220;Par un procédé qui pourrait s’apparenter à la modération a priori d’un forum de discussion&#8221;</em>, <a href="http://www.legalis.net/spip.php?page=jurisprudence-decision&#038;id_article=2817">explique le juge de l&#8217;affaire CNFDI vs Google</a>, le géant californien décide d&#8217;exclure les contenus pornographiques, violents ou incitant à la haine. Une <em>&#8220;intervention humaine&#8221;</em> bien réelle, <a href="http://support.google.com/websearch/bin/answer.py?hl=fr&#038;answer=106230">d&#8217;ailleurs mentionnée dans la notice de la fonctionnalité</a>. Qui va jusqu&#8217;à exclure des termes pouvant aider l&#8217;internaute à atterrir sur des sites portant atteinte à des droits d&#8217;auteur. C&#8217;est dire si le tri est efficace. Et c&#8217;est là que le bât blesse : si Google opère une sélection a priori, excluant certains sujets potentiellement sulfureux, pourquoi ne le ferait-il pas pour d&#8217;autres ? Plus qu&#8217;un intermédiaire neutre, il se transforme ici en un véritable vecteur de pensée. Susceptible d&#8217;être orienté, sous la pression des lois des territoires dans lesquels il opère, ou sous la menace d&#8217;un procès. Adieu, donc, la prétendue neutralité. </p>
<p><img src="http://owni.fr/files/2012/05/3400669616_576dc8ef68_z.jpg" alt="" title="fleche_abstrait_n&amp;b" width="630" height="400" class="aligncenter size-full wp-image-111116" /></p>
<h2>Casser le miroir</h2>
<p>Une situation qui se corse d&#8217;autant plus ici, explique Cédric Manara :</p>
<blockquote><p>Jusqu&#8217;alors, Google s&#8217;était toujours confronté à des cas particuliers : un individu, une entreprise. Aujourd&#8217;hui, il s&#8217;agit de la demande d&#8217;un groupement d&#8217;intérêts.</p></blockquote>
<p>La requête des associations a en effet une portée globale : elle vaut pour toute personnalité à laquelle le mot &#8220;juif&#8221; se verrait associer dans le moteur de recherche. Or le juge est attaché à la notion de proportionnalité : toute restriction aux moteurs de recherche doit être à la mesure du préjudice constaté. Car ils <em>&#8220;sont des outils indispensables pour rendre effective la libre diffusion de la pensée et de l’information sur ce réseau mondial et décentralisé, dont la contribution à la valeur constitutionnellement et conventionnellement garantie de la liberté d’expression est devenue majeure&#8221;</em>, <a href="http://www.legalis.net/spip.php?page=jurisprudence-decision&#038;id_article=2817">rappelle la jurisprudence</a>. </p>
<p>Certes, mettre un frein à Google Suggest n&#8217;empêche aucunement l&#8217;accès aux contenus indexés par le moteur de recherche. Il n&#8217;en entrave pas moins l&#8217;accès à un autre type d&#8217;information : ce que tapent les internautes dans Google. Réalité sur laquelle se fonde la fonctionnalité du moteur de recherche. Si &#8220;juif&#8221; remonte si rapidement dans les suggestions de google.fr, c&#8217;est que les Français recherchent en priorité cette information. <em>&#8220;À supposer que Google ne ment pas sur le fonctionnement de Suggest, cela signifie qu&#8217;il y a un penchant français pour la recherche de la confession religieuse de personnalités&#8221;</em>, explique Cédric Manara. Une tendance de fond forcément frappée du sceau du soupçon. Mais pour autant bien réelle. La question étant que faire ? Que faire de cet état de fait, possiblement lié à un vieux fond d&#8217;antisémitisme latent ? Le voiler pour espérer qu&#8217;il en meurt ? Ou s&#8217;en détourner en souhaitant qu&#8217;il s&#8217;évanouisse dans le flot d&#8217;autres recherches ? Éternelle tension entre liberté d&#8217;expression et ordre public. Entre ce qui est acceptable et ce qui ne l&#8217;est pas. Cédric Manara résume : <em>&#8220;supprimer la suggestion consisterait à casser le miroir.&#8221;</em> <em>&#8220;Pas sûr que ce soit une bonne chose.&#8221;</em></p>
<p>Reste à déterminer le préjudice : en quoi l&#8217;association de &#8220;juif&#8221; à un nom est-il en soi problématique ? Le terme ne saurait constituer une injure. Mais l&#8217;ôter de la suggestion automatique, c&#8217;est donc lui reconnaître d&#8217;emblée un potentiel problématique. Suffisamment important pour mener une action. Sans demander leur avis aux intéressés. Sans se préoccuper de la réalité de leur confession. Ou des contenus auxquels la requête peut renvoyer. Surtout, en présumant nécessairement de la malveillance de la recherche. La boîte de Pandore est ouverte : pourquoi alors ne pas exclure toutes les autres confessions ? &#8220;Barack Obama&#8221; est par exemple associé à &#8220;musulman&#8221; et non à &#8220;juif&#8221;. Et que dire des mots &#8220;noirs&#8221;, &#8220;arabes&#8221;, &#8220;gay&#8221;, &#8220;moche&#8221;, &#8220;gros&#8221;; bref, tout terme recouvrant une recherche possiblement polémique, probablement tendancieuse ? <em>&#8220;Et pourquoi pas &#8216;anorexie&#8217; ?&#8221;</em> poursuit Cédric Manara, qui raconte qu&#8217;en Finlande, une association de lutte contre l&#8217;anorexie a profité du blocage du site The Pirate Bay par certains fournisseurs d&#8217;accès à Internet (FAI) pour exiger la même chose pour sa cause. Et de conclure : </p>
<blockquote><p>La question est : où veut-on placer le curseur ? </p></blockquote>
<h2>Accord hors projecteurs</h2>
<p>En ce sens, l&#8217;affaire Google Suggest dépasse bien la simple confrontation judiciaire. Et constitue un véritable cauchemar pour le juge. Fort heureusement pour lui, les deux parties devraient lui épargner ce supplice. La solution du médiateur lui serait préférée. Afin de <em>&#8220;prendre le temps d&#8217;examiner, dans un cadre confidentiel, la solution technique qui nous convienne&#8221;</em>, précise Patrick Klugman pour SOS Racisme, au téléphone avec <em>OWNI</em>. Également contactés, les avocats de Google sur cette affaire n&#8217;ont pas souhaité s&#8217;exprimer. Comme souvent.</p>
<p><em>&#8220;Vu leur historique judiciaire, il vaut mieux qu&#8217;ils ne passent pas devant le juge et qu&#8217;ils fassent profil bas&#8221;</em>, estime de son côté Cédric Manara. Selon lui, Google ne peut prendre le risque d&#8217;un jugement public le forçant à faire disparaître un terme aussi générique que &#8220;juif&#8221;, susceptible de faire effet boule de neige ailleurs. <em>&#8220;<a href="http://www.journaldunet.com/0101/010104yahoo.shtml">Il y a le précédent Yahoo</a></em> poursuit-il, <em>une décision française qui a eu une répercussion mondiale.&#8221;</em> A l&#8217;époque déjà, l&#8217;UEJF menait la barque <a href="http://www.journaldunet.com/0101/010104yahoo.shtml">en poursuivant Yahoo</a> pour mise à disposition d&#8217;objets nazis sur l&#8217;une de ses plate-formes américaines, mais évidemment accessible en France. Une affaire hexagonale qui s&#8217;est poursuivie aux États-Unis. Et qui a fait plier Yahoo. </p>
<p><em>&#8220;Google va faire en sorte que ça ne se fasse pas. Car c&#8217;est la survie même de son service qui est en jeu&#8221;</em>, ajoute Cédric Manara. Son cœur de métier, le mode de fonctionnement même de son moteur de recherche est ici attaqué. Autant alors opter pour une négociation discrète avec l&#8217;UEJF, <em>&#8220;qui sait très bien ce qu&#8217;elle fait&#8221;</em>, ajoute le juriste. L’association a fait de l&#8217;attaque des géants du web une spécialité, <a href="http://www.uejf.org/historique/">mise en avant sur son site</a>. <em>&#8220;Google devrait certainement accepter de restreindre la suggestion, mais uniquement en France, et dans la confidentialité&#8221;</em>, projette Cédric Manara . Un scénario plus que probable, que confirme l&#8217;accusation, par la voix de Patrick Klugman.</p>
<p>Une conclusion rapide et favorable aux deux parties. Qui prive néanmoins la France d&#8217;un débat public. <em>&#8220;C&#8217;est une question importante, qui risque d&#8217;être tranchée en dehors des tribunaux.</em>, regrette Cédric Manara. <em>Alors même qu&#8217;on aurait besoin d&#8217;une boussole claire pour indiquer quoi faire.&#8221;</em></p>
<hr/>
<p>Illustrations CC FlickR <a href="http://www.flickr.com/photos/tangi_bertin/5109080982">Tangi Bertin</a>, <a href="https://secure.flickr.com/photos/creative_stock/3400669616/sizes/z/in/photostream/">Creativity 103</a> et captures d&#8217;écran.</p>
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		<title>L&#8217;arrière-chambre de la presse</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/22/larriere-chambre-de-la-presse/</link>
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		<pubDate>Tue, 22 May 2012 21:56:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Marc Manach</dc:creator>
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		<description><![CDATA[À Paris, la justice est rendue au nom du peuple français, pour le plus grand plaisir des agents secrets. Ce mardi 22 mai, au Tribunal de grande instance de Paris, notre journaliste, appelé à témoigner dans une affaire, a fait la découverte d'une salle qui servirait de planque à des services spécialisés. Une magistrate s'en est émue. Et la hiérarchie du tribunal réclame des explications. Témoignage.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_111049" class="wp-caption aligncenter" style="width: 640px"><a href="http://owni.fr/files/2012/05/2012-05-22_154056_630.jpg"><img src="http://owni.fr/files/2012/05/2012-05-22_154056_630.jpg" alt="La salle des pas perdus du TGI de paris, vue depuis la fameuse pièce équipée d&#039;un miroir sans tain. CC @manhack / OWNI.fr" title="La salle des pas perdus du TGI de paris, vue depuis la fameuse pièce équipée d&#039;un miroir sans tain. CC @manhack / OWNI.fr" width="630" height="430" class="size-full wp-image-111049" /></a><p class="wp-caption-text">La salle des pas perdus du TGI de paris, vue depuis la fameuse pièce équipée d'un miroir sans tain. CC @manhack / OWNI.fr</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce mardi 22 mai 2012, une mystérieuse photographe a été surprise dans la salle des témoins de la &#8220;<em>Chambre de la presse</em>&#8221; -soit la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/17e_chambre_du_tribunal_de_grande_instance_de_Paris">17e chambre du tribunal de grande instance de Paris</a>, spécialisée dans les affaires de presse- alors qu&#8217;elle photographiait, derrière un miroir sans tain, des personnes venues assister au procès de jeunes militants de la mouvance dite &#8220;<em>anarcho-autonome</em>&#8221; accusés d&#8217;avoir planifié des actes de &#8220;<em>terrorisme</em>&#8220;.</p>
			<div class="post insertPost cat-activisme" style="float:right;margin-left:15px;">
				<figure class="media-insertPost">
					<a href="http://owni.fr/2012/05/22/le-mauvais-proces-du-gardien-de-la-paix/" title="Le mauvais procès du gardien de la paix">
						<img src="http://owni.fr/ttrs/aHR0cDovL293bmkuZnIvZmlsZXMvMjAxMi8wNS9Cb2JieXNCYW5rc3kuanBn/207/137/90" alt="Le mauvais procès du gardien de la paix" />
					</a>
				</figure>
				<h3 class="entry_title"><a href="http://owni.fr/2012/05/22/le-mauvais-proces-du-gardien-de-la-paix/" title="Le mauvais procès du gardien de la paix">Le mauvais procès du gardien de la paix</a></h3>
				<div class="entry_texte">
					<a href="http://owni.fr/2012/05/22/le-mauvais-proces-du-gardien-de-la-paix/" title="Le mauvais procès du gardien de la paix">
						<p>Ce mardi 12 mai, le Tribunal de grande instance de Paris juge le commandant de police Philippe Pichon, mis à la retraite ...</p>
					</a>
				</div><!-- fin entry_texte -->
			</div><!-- fin insert Post -->		
<p>La &#8220;<em>Chambre de la presse</em>&#8221; examinait ce jour-là le cas de Philippe Pichon, ce commandant de police mis à la retraite d&#8217;office pour avoir dénoncé les dysfonctionnements du STIC, le plus gros des fichiers policiers (voir <a href="http://owni.fr/2012/05/22/le-mauvais-proces-du-gardien-de-la-paix/">Le mauvais procès du gardien de la paix</a>). William Bourdon, son avocat, avait convoqué cinq témoins, dont Delphine Batho, députée socialiste spécialiste des questions de sécurité, et notamment des fichiers policiers. Delphine Batho ayant depuis été nommée ministre déléguée à la Justice, William Bourdon m&#8217;avait demandé de la <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006417944">remplacer</a>, au pied levé, en tant que spécialiste des fichiers policiers. </p>
<p>Je fus donc convié, à l&#8217;ouverture de l&#8217;audience et avec les autres témoins (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Ocqueteau">Frédéric Ocqueteau</a>, directeur de recherche au CNRS-CESDIP et auteur de nombreux ouvrages sur la police et la sécurité privée, <a href="http://www.cnil.fr/?id=698">Yann Padova</a>, secrétaire général de la CNIL, ainsi qu&#8217;un gardien de la paix ayant travaillé avec Philippe Pichon), à aller patienter dans la salle réservée aux témoins, qui se situe à gauche de la &#8220;<em>Chambre de la presse</em>&#8220;. </p>
<p>En nous faisant entrer dans ce local, l&#8217;huissier de justice s&#8217;étonna d&#8217;y découvrir une dame portant un appareil photo doté d&#8217;un gros téléobjectif, et lui demanda comment elle était entrée, et ce qu&#8217;elle faisait là. La mystérieuse photographe expliqua qu&#8217;un gendarme l&#8217;avait faite entrer, par l&#8217;autre porte -qui donne sur un couloir du tribunal-, s&#8217;excusa, rangea son paquetage, et s&#8217;éclipsa. </p>
<p>Sur le moment, nous ne réalisions pas la portée de cette intrusion. Quelques minutes minutes plus tard, un gendarme entra par la porte extérieure -celle qui donne sur le couloir, et par laquelle était sortie la mystérieuse photographe- et nous demanda gentiment s&#8217;il pouvait éteindre la lumière. Interloqués, il nous expliqua que les grandes baies vitrées de cette salle des témoins étaient recouvertes par un miroir sans tain, et qu&#8217;il serait donc préférable d&#8217;éteindre la lumière, afin de ne pas révéler l&#8217;existence de ce miroir sans tain&#8230; </p>
<p>Interrogé sur cette façon de pouvoir surveiller, sans le dire, la salle des pas perdus, le gendarme nous expliqua que cela permettait, lors de certains procès, de se renseigner sur les &#8220;<em>collectifs de soutien</em>&#8220;.</p>
<p>Or, en face de ces miroirs sans tain, et dans cette salle des pas perdus, se pressaient ce jour-là des dizaines de gens venus assister à la 5e journée du <a href="http://www.lesinrocks.com/2012/05/17/actualite/troisieme-jour-du-proces-antiterroriste-vous-avez-dit-anarcho-autonome-11260650/">procès antiterroriste</a> de la mouvance dite &#8220;<em>anarcho-autonome</em>&#8220;. J&#8217;avais d&#8217;ailleurs moi-même discuté avec l&#8217;un d&#8217;entre eux, quelques minutes auparavant, et ai donc potentiellement été pris en photographie par la dame de la salle des témoins.</p>
<p>Au bout de deux heures, l&#8217;huissier de justice vint nous chercher pour nous ramener au tribunal où Anne-Marie Sauteraud, qui présidait la &#8220;<em>17e chambre</em>&#8220;, nous expliqua que nous ne témoignerions finalement pas, le procès ayant été ajourné après que William Bourdon eut posé deux questions prioritaires de constitutionnalité (voir <a href="http://owni.fr/2012/05/22/le-mauvais-proces-du-gardien-de-la-paix/">Le mauvais procès du gardien de la paix</a>). </p>
			<div class="post insertPost cat-activisme" style="float:right;margin-left:15px;">
				<figure class="media-insertPost">
					<a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/" title="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers">
						<img src="http://owni.fr/ttrs/aHR0cDovL293bmkuZnIvZmlsZXMvMjAxMi8wNS9DYXNzaW9wZWlhMi5qcGc=/207/137/90" alt="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers" />
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				<h3 class="entry_title"><a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/" title="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers">Le cadeau empoisonné des fichiers policiers</a></h3>
				<div class="entry_texte">
					<a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/" title="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers">
						<p>Truffé d'erreurs, le plus gros des fichiers policiers va être fusionné avec le plus gros des fichiers de la gendarmerie au ...</p>
					</a>
				</div><!-- fin entry_texte -->
			</div><!-- fin insert Post -->		
<p>Avant de nous laisser repartir, la présidente du tribunal nous expliqua avoir été alertée par l&#8217;huissier de la présence de cette &#8220;<em>femme avec un appareil photo</em>&#8221; dans la salle des témoins, du fait qu&#8217;il avait &#8220;<em>dû lui demander de sortir</em>&#8220;, et nous demanda de raconter ce que nous avions vu.</p>
<p>Nous avons donc expliqué avoir vu l&#8217;huissier, déconcerté, demander à cette mystérieuse photographe ce qu&#8217;elle faisait là, et l&#8217;inviter à quitter la salle des témoins, puis un gendarme venir nous demander d&#8217;éteindre la lumière, parce qu&#8217;elle révélait la présence du miroir sans tain, qui leur servait à surveiller les &#8220;<em>collectifs de soutien</em>&#8220;. </p>
<p>Surprise, la présidente du tribunal laissa entendre qu&#8217;elle n&#8217;en avait jamais été informée, et que cela ne serait pas, sinon conforme à la loi, tout du moins aux usages. Émoi dans la &#8220;<em>Chambre de la presse</em>&#8220;, truffée de journalistes. L&#8217;AFP et Europe 1 viennent m&#8217;interviewer, je leur montre la photographie prise depuis la salle des témoins, derrière le miroir sans tain.</p>
<p>Interrogés à ce sujet, les chefs de juridiction du TGI de Paris ont depuis indiqué à l&#8217;AFP &#8220;<em>qu&#8217;ils ignoraient totalement la présence de cette femme munie d&#8217;un appareil photo dans la salle des témoins</em>&#8221; et qu&#8217;&#8221;<em>ils souhaitent que toute la lumière soit faite sur cette affaire</em>&#8220;.</p>
<p>Reste donc à savoir pour qui travaille la mystérieuse photographe, et depuis quand la salle des témoins de la &#8220;<em>Chambre de la presse</em>&#8221; servirait ainsi, et aussi, à surveiller, et photographier, les &#8220;collectifs de soutien</em>&#8221; et autres citoyens venus assister à tel ou tel procès&#8230; </p>
<p>La &#8220;<em>mystérieuse photographe</em>&#8221; ne s&#8217;est pas présentée comme journaliste, et on imagine mal un gendarme autoriser une journaliste à pénétrer dans une salle réservée aux témoins de la &#8220;<em>Chambre de la presse</em>&#8221; afin de pouvoir photographier, au téléobjectif et sans être repéré, sinon clandestinement, ceux qui viennent assister à un procès. </p>
<p>En attendant, le procès de Philippe Pichon, censé faire la lumière sur les dysfonctionnements des fichiers policiers, aura aussi permis de révéler que la salle des témoins de la &#8220;<em>Chambre de la presse</em>&#8221; sert donc également (mais depuis quand ?) de &#8220;<em>planque</em>&#8221; aux services de police et/ou de renseignement.</p>
<p><em>Mise à jour : </em> <a href="http://www.europe1.fr/France/INFO-E1-Une-mysterieuse-photographe-au-tribunal-1096127/">d&#8217;après Europe 1</a>, qui cite un haut fonctionnaire de la préfecture, qui s&#8217;est dit consterné par cette maladresse, la mystérieuse photographe serait en fait une fonctionnaire de police des renseignements parisiens.</p>
<p>Citant une source policière, l&#8217;AFP <a href="http://www.liberation.fr/societe/2012/05/23/la-pseudo-photographe-du-tribunal-etait-une-policiere-des-rg_820732">confirme</a> précise que cette policière, appartenant à la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, était entrée dans «<em>cette salle vide sans savoir qu’elle n’en n’avait pas le droit</em>» :</p>
<blockquote><p>«Les policiers du renseignement effectuent régulièrement des missions de surveillance de la mouvance radicale autonome. Mais là, c’est clairement une erreur de positionnement, une erreur regrettable», a expliqué cette source policière.
</p></blockquote>
<p>Les chefs de juridiction du TGI de Paris ont indiqué à l’AFP «<em>qu’ils ignoraient totalement la présence de cette femme munie d’un appareil photo dans la salle des témoins</em>» et qu&#8217;«<em>ils souhaitent que toute la lumière soit faite sur cette affaire</em>».</p>
<p>Par ailleurs, ce n’est pas la salle des pas perdus (qui se trouve dans une autre aile du Palais où siège notamment la première chambre civile du tribunal) que l’on voit sur la photographie, mais le &#8220;<em>plateau des correctionnelles</em>&#8220;, comme le précise <em>VT</em> en commentaire. </p>
<p>Sur Twitter, Michel Déléan, journaliste à Médiapart, <a href="https://twitter.com/michel_delean/statuses/205286254550581248">précise</a> qu&#8217;&#8221;<em>il n&#8217;y a pas de glace sans tain mais une vitre en verre fumé donnant sur le plateau correctionnel, à la XVII° chambre</em>&#8221; du TGI de Paris.</p>
]]></content:encoded>
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		<slash:comments>20</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le Québec vibre</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/</link>
		<comments>http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 22 May 2012 16:14:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anaïs Richardin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Activisme]]></category>
		<category><![CDATA[Pouvoirs]]></category>
		<category><![CDATA[Process éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Récit]]></category>
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		<category><![CDATA[manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[Printemps érable]]></category>
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		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://owni.fr/?p=110927</guid>
		<description><![CDATA[Le Québec tranquille c'est fini. La Belle Province se rebelle avec force, dans la rue et sur les réseaux, contre des articles de loi dignes d'un État policier. Avec Twitter comme point de convergence. Défiant la police, les québécois crient leur colère depuis la loi liberticide de vendredi dernier. Récit.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-110989" title="OWNI.cle.quebecRiot" src="http://owni.fr/files/2012/05/OWNI.cle_.quebecRiot.jpg" alt="" width="630" height="480" /></p>
<p>100. C’est le nombre de jours qui se sont écoulés depuis qu&#8217;a débuté le &#8220;printemps érable&#8221;, ce mouvement des étudiants québécois contre l’augmentation programmée de leurs frais de scolarité. D&#8217;ici 2017, ils pourraient ainsi passer de 2 168 dollars à 3 793 dollars par an, soit <a href="http://www.droitsdescolarite.com/fr/index.php">une augmentation de 75%</a>.</p>
<p>Mais depuis vendredi, la contestation s&#8217;est étendue à toute la population, suite à la promulgation d&#8217;une loi spéciale.  Votée après vingt-et-une heures de débat, la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_78_(Qu%C3%A9bec)">loi 78 </a>vise à limiter toute manifestation et à éradiquer les piquets de grève devant les établissements universitaires, jusqu’en juillet 2013. Les organisateurs de manifestations sont désormais tenus de prévenir huit heures à l’avance les autorités pour tout événement rassemblant plus de cinquante personnes. Ils doivent en communiquer le parcours ainsi que la durée.<strong> <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=825DCE28F9EF3446FB5AE0A55473FCD1.tpdjo04v_2?cidTexte=LEGITEXT000006071320&amp;dateTexte=20090422">Rien que nous ne connaissions déjà en France</a>. </strong></p>
<p>Mais pour les Québécois, <a href="http://www4.rhdcc.gc.ca/.3ndic.1t.4r@-fra.jsp?iid=17">très syndiqués</a>, cette mesure, qui vise en premier lieu à museler les étudiants, prive surtout la population dans sa globalité de sa liberté d’expression et de sa liberté d’association. En cas de non-respect de la loi, les sanctions sont drastiques : de 1 000  à 7 000 dollars d’amende pour un individu et jusqu’à 125 000 dollars pour une association. Pour <a href="https://twitter.com/#!/moisemc">Moïse Marcoux-Chabot</a>, documentariste québécois, cette loi censée ramener l&#8217;ordre a eu l&#8217;effet inverse :</p>
<blockquote><p>Supposée ramener l&#8217;ordre, cette loi est aujourd&#8217;hui en passe de devenir l&#8217;objet et la motivation principale de la manifestation.</p></blockquote>
<p>Au lendemain de la promulgation de la loi, la 27<sup>ème</sup><span style="text-align: justify"> manifestation nocturne (et consécutive) des étudiants était déclarée illégale par le service de police de la ville de Montréal, dix minutes après avoir commencé. <a href="http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2012/05/20/003-montreal-27e-manifestation-conflit-etudiant.shtml">La situation a rapidement tourné au grabuge</a> : trois cents arrestations, une dizaine de blessés dont un blessé grave dénombrés le lendemain. </span></p>
<h2>Brutalités</h2>
<p>De nombreux journalistes ont été arrêtés avant d&#8217;être finalement relâchés une fois leur identité vérifiée. Un soulèvement et une répression sans précédent au Québec, réputée pour être du coté tranquille de la force. Et c&#8217;est par le biais d&#8217;un tweet que les manifestants ont vite été prévenus de l’illégalité de leur mouvement :</p>
<blockquote class="twitter-tweet tw-align-center" lang="fr"><p>Avis donné à la foule : <a href="https://twitter.com/search/%2523manifestation">#manifestation</a> illégale, les gens doivent quitter immédiatement. <a href="https://twitter.com/search/%2523GGI">#GGI</a></p>
<p>— Police Montréal (@SPVM) <a href="https://twitter.com/SPVM/status/204388428517867520">Mai 21, 2012</a></p></blockquote>
<p>Aujourd’hui, manifestants et forces de police s’affrontent <a href="http://urbania.ca/canaux/enquetes/2950/printemps-erable-manifencours">dans les rues comme sur les réseaux</a>. La police de Montréal, déjà très présente sur Twitter, <em>live-tweete</em> les actions de ses brigades et le parcours des manifestants. À chaque manifestation nocturne, les messages de 140 signes s’enchainent, rassurent, dédramatisent, informent ou désinforment les  29 000 twittos qui suivent le compte <a href="http://">@spvm.</a> Les questions abondent et les accusations de brutalité policières pleuvent.  Des accusations qui ne nous étonneraient pas en France où la défiance à l’égard des forces policières est fort, mais au Québec, où la confiance est maitresse, ces messages courts et incisifs semblent montrer un basculement progressif de l’opinion vis-à-vis des forces de police.</p>
<p>En cause, les dispositifs de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sousveillance">sousveillance</a> ou <em>copwatching</em> (consistant à surveiller les surveillants) gérés par de nombreux manifestants qui publient des <a href="http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&amp;v=bl1L0H8QIxY&amp;oref=http%3A%2F%2Fs.ytimg.com%2Fyt%2Fswfbin%2Fwatch_as3-vflLhAgwl.swf&amp;has_verified=1">vidéos</a>, parfois sans contexte, montrant le comportement agressif de certains policiers. Sur Facebook, une <a href="https://www.facebook.com/groups/270120106415224/">vidéothèque a même été montée</a>, alimentée par les 410 membres pour inciter les grands médias à parler de ces dérapages. Si les sources et le contexte sont insuffisants, les vidéos sont explicites : coups de matraques, voiture de police vs manifestants, et <a href="http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&amp;v=W05MoKEEYAk">usage abusif de bombes lacrymogènes</a> sur des manifestants certes un peu provocateurs mais pas agressifs. Cette page Facebook illustre bien la désobéissance qui peut naitre sur internet, selon le concept d&#8217;&#8221;<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Electronic_civil_disobedience">electronic civil disobedience</a>&#8221; (ECD), qui a émergé dans les années 90.</p>
<p>Sur Twitter, les mêmes hashtags <a href="https://twitter.com/#!/search/%23manifencours">#manifencours</a> <a href="https://twitter.com/#!/search/GGI">#GGI </a>(Grève Générale Illimitée)  sont utilisés à la fois par les manifestants et par les forces de police. Pourtant, le risque d’une utilisation des tweets par la police pour tracer et sanctionner les manifestants n’est pas à écarter. Une méthode laissée cependant à l’appréciation du juge comme l’indique la nouvelle ministre de l’Éducation, <a href="https://twitter.com/#!/m_courchesne">Michelle Courchesne</a>, qui a remplacé au pied levé <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Line_Beauchamp">Line Beauchamp</a> après sa démission :</p>
<p><a href="http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<h2>Loi matraque</h2>
<p>Face à la probable instrumentalisation judiciaire de Twitter, <a href="https://twitter.com/leclown">@leclown</a>, un twittos français a décidé de contourner la législation et d’offrir aux Québécois un espace de parole bien chaud, protégé et anonyme. Le compte <a href="https://twitter.com/ManifencoursQbc">@manifencoursQbc </a>propose ainsi depuis lundi de retwitter anonymement les messages privés qui lui sont envoyés. Pour le moment, seuls 372 utilisateurs se servent de ce robot. Si les utilisateurs de Twitter ne semblent pas inquiets, l&#8217;épluchage du réseau par la police est tout à fait envisageable pour @leClown :</p>
<blockquote><p>Un grand nombre de personnes dévoilent leur véritable identité sur Twitter et je suppose que cela peut faciliter le travail d&#8217;une police déterminée à identifier les personnes diffusant des messages allant a l&#8217;encontre de l&#8217;ordre établi. Les réseaux sociaux peuvent être légalement passés au peigne fin. C&#8217;est cela qui m&#8217;a incité a créer le robot manifencoursqbc</p></blockquote>
			<div class="post insertPost cat-activisme" style="float:right;margin-left:15px;">
				<figure class="media-insertPost">
					<a href="http://owni.fr/2011/08/17/facebook-blackberry-emeutes-angleterre-cameron-surveillance-internet/" title="Facebook et Blackberry tout contre les émeutiers">
						<img src="http://owni.fr/ttrs/aHR0cDovL293bmkuZnIvZmlsZXMvMjAxMS8wOC9uc2EuanBn/207/137/90" alt="Facebook et Blackberry tout contre les émeutiers" />
					</a>
				</figure>
				<h3 class="entry_title"><a href="http://owni.fr/2011/08/17/facebook-blackberry-emeutes-angleterre-cameron-surveillance-internet/" title="Facebook et Blackberry tout contre les émeutiers">Facebook et Blackberry tout contre les émeutiers</a></h3>
				<div class="entry_texte">
					<a href="http://owni.fr/2011/08/17/facebook-blackberry-emeutes-angleterre-cameron-surveillance-internet/" title="Facebook et Blackberry tout contre les émeutiers">
						<p>Déterminé à punir tous les casseurs du Royaume-Uni, le gouvernement britannique pourrait profiter de l'aubaine pour ...</p>
					</a>
				</div><!-- fin entry_texte -->
			</div><!-- fin insert Post -->		
<p>Ses craintes sont étayées par des précédents récents puisque des réseaux sociaux ont déjà été utilisés pour condamner des manifestants. Lors des émeutes de l&#8217;été dernier au Royaume-uni, la Metropolitan Police a épluché les conversations Blackberry des émeutiers. Une dérive très Big brother qui, au Québec, n&#8217;écorne pas la détermination des manifestations à utiliser Internet.</p>
<p>Amir Khadir, député de Québec solidaire, un parti <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%C3%A9bec_solidaire#De_gauche_ou_d.27extr.C3.AAme_gauche.3F">qui tend vers l&#8217;extrême gauche</a>, a <a href="http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/05/18/005-kadhir-loi78-desobeissance.shtml">dénoncé la loi spéciale</a>, surnommée &#8220;Loi matraque&#8221; et a appelé la population à <em>&#8220;réfléchir à la possibilité de désobéir à cette loi de manière pacifique&#8221;</em>. Le site <a href="http://www.arretezmoiquelquun.com/">arretezmoiquelqu’un.com</a> agrège ainsi les photos des &#8220;désobéissants&#8221;. Lancée hier soir, 2 728 personnes ont déjà participé à cette opération, et le site ne cesse d&#8217;enregistrer de nouvelles contributions.</p>
<p>Des <a href="https://twitter.com/AnonyOps">Anonymous</a> ont apporté leur soutien en publiant deux <a href="http://www.youtube.com/watch?v=6IHElEp9sWU">vidéos–communiqués</a> intitulées &#8220;OpQuébec&#8221; et diffusées sur YouTube depuis ce week-end.  Au vu de l’usage de termes français et non québécois, elles ne semblent pas avoir été créées par une frange québécoise du collectif informel, comme l’analyse <a href="https://twitter.com/fdaudens">Florent Daudens</a> sur <a href="http://blogues.radio-canada.ca/surleweb/2012/05/21/anonymous-operation-quebec/">Radiocanada</a>.</p>
<p><a href="http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<h2>Devise</h2>
<p>Devant l’entrave à la liberté d’association et d’expression que constitue la loi 78, des Anonymous ont appliqué leurs sanctions habituelles. Ce lundi, le site Internet du ministère de la <a href="http://www.securitepublique.gouv.qc.ca/">Sécurité publique du Québec</a>, ainsi que celui de la <a href="http://www.deontologie-policiere.gouv.qc.ca/">Déontologie policière</a> ont été &#8220;défaçés&#8221;. Ainsi, en lieu et place du site d’origine, on pouvait lire la devise Anonymous sur fond blanc :</p>
<div id="attachment_110978" class="wp-caption aligncenter" style="width: 650px"><a rel="attachment wp-att-110978" href="http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/le-printemps-erable-anonymous/"><img class="size-full wp-image-110978" title="le-printemps-érable-anonymous" src="http://owni.fr/files/2012/05/le-printemps-érable-anonymous.jpg" alt="" width="640" height="128" /></a><p class="wp-caption-text">Attaque DDos d&#39;Anonymous</p></div>
<p>Cette grève étudiante est la plus importante que le pays ait connu avec un pic de  200 000 à 300 000 manifestants (pour sept millions d&#8217;habitants) qui ont défilé dans les rues de Montréal le 22 mars 2012, attirant les médias internationaux. Laquelle a récemment trouvé un second souffle dans la fronde grandissante des rues québécoises depuis samedi. En soutien, de nombreux rassemblements sont organisés aujourd&#8217;hui à New York ou à Paris, comme l&#8217;indique <a href="https://twitter.com/#!/OccupyParis">Occupy Paris sur son compte Twitter</a>.</p>
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		<title>Les data en forme</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/22/les-data-en-forme-episode31/</link>
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		<pubDate>Tue, 22 May 2012 12:22:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Paule d'Atha</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Data]]></category>
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		<category><![CDATA[malofiej20]]></category>
		<category><![CDATA[new york times]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette semaine, les journalistes de données d'<em>Owni</em> vous parlent de couteau suisse, de police utile, d'entrecôte-béarnaise-frites, de législatives et du côté obscur des données. Mais surtout, surtout... Ils vont vous faire chanter !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Après la faille temporelle de la semaine dernière pour cause de <a href ="http://owni.fr/2012/05/17/le-whos-who-interactif-du-gouvernement/" target="_blank">nouveau gouvernement à visualiser</a>, ouvrons ce nouveau numéro des data en forme en mode “boîte à outil”. Nos collègues helvètes de <a href="http://datavisualization.ch/" target="_blank">datavisualisation.ch</a> ont eu la bonne idée de mettre en ligne le seul, l’unique, le véritable couteau suisse du datajournaliste.</p>
<p>Tout comme le célèbre couteau rouge, <a href="http://selection.datavisualization.ch/" target="_blank">selection.datavisualization.ch</a> présente non seulement des outils essentiels pour toutes celles et ceux qui souhaiteraient jouer avec les données mais ils sont présentés de manière intelligente et ergonomique.</p>
<p>Trois filtres permettent de trier ces outils en fonction de ce que vous cherchez à faire : cartes, graphiques ou traitement des données. Cerise sur le gâteau, d’un simple clic vous pouvez afficher uniquement les outils qui ne demandent aucune connaissance en programmation ou au contraire ceux destinés aux codeurs plus expérimentés.</p>
<p><a href="http://selection.datavisualization.ch/" target="_blank"><img src="http://owni.fr/files/2012/05/datatools.jpg" alt="" title="datatools" width="630" height="400" class="aligncenter size-full wp-image-110919" /></a></p>
<h2>Police et bonnes pratiques</h2>
<p>Pour rester dans les outils, remercions cette semaine l&#8217;ami <a href="http://graphism.fr/" target="_blank">Geoffrey Dorne</a> pour avoir pointé une police de caractère qui pourrait vite s&#8217;avérer indispensable : <a href="http://graphism.fr/typo-datavisualisation-la-rvlation" target="_blank">la typo FF Chartwell</a>. Grâce à la technologie Open Type, une fois installée sur votre système, cette typo va transformer un simple jeu de données en graphique bien designé.</p>
<p>Avec ses sept types de visualisations (bars, lines, pies et autres radars), et moyennant 119€, la police FF Chartwell semble un outil souple et très pratique pour créer des graphiques simples, beaux et facilement modifiables en peu de temps.</p>
<p><a href="http://owni.fr/2012/05/22/les-data-en-forme-episode31/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<p>Après les outils, causons apprentissage et techniques avec les <a href="http://www.malofiej20.com/" target="_blank">Malofiej 20</a>, le Pulitzer du monde de l&#8217;infographie, créés en 1993 en hommage à <a href="http://www.snd-e.com/es/malofiej" target="_blank">Alexander Malofiej</a>, cartographe argentin considéré comme l&#8217;un des pionniers de la dataviz. Cette année, comme les précédentes, les experts es-data du <em>New York Times</em> ont dominé la compétition.</p>
<p><a href="http://blog.visual.ly/10-things-you-can-learn-from-the-new-york-times-data-visualizations/" target="_blank">Visual.ly</a> propose une analyse détaillée, en 10 points, de leur travail qui donne quelques clés sur les raisons de leur efficacité. Définir un angle précis, respecter son audience, être agile et savoir utiliser des techniques variées…<br />
Une saine matière à penser avant de plonger dans votre prochain projet data.</p>
<p><a href="http://blog.visual.ly/10-things-you-can-learn-from-the-new-york-times-data-visualizations/" target="_blank"><img src="http://owni.fr/files/2012/05/nyt-dataviz.jpg" alt="" title="nyt-dataviz" width="630" height="400" class="aligncenter size-full wp-image-110921" /></a></p>
<h2>Mangez, buvez, visualisez !</h2>
<p>Après ces nourritures spirituelles, basculons dans le concret de la matière pour explorer nos nourritures terrestres et les habitudes qui les accompagnent. L&#8217;entreprise américaine Massive Health a publié il y a quelques mois sur l&#8217;appStore l&#8217;application <a href="https://eatery.massivehealth.com/" target="_blank">&#8220;Eatry&#8221;</a>. Le principe est simple : prenez en photo ce que vous mangez et visualisez progressivement l&#8217;équilibre de votre régime alimentaire.</p>
<p>Ces cinq derniers mois, Massive Health, a ainsi récolté 7.68 millions d&#8217;avis concernant un demi-million de denrées alimentaires, le tout sur plus de 50 pays dans le monde. Ces données ont ensuite permis de construire l&#8217;application <a href="http://data.massivehealth.com/" target="_blank">&#8220;We are what we eat&#8221;</a> : un régal d&#8217;histoires tirées de ces nombreux chiffres, à commencer par une simple carte du monde montrant l&#8217;évolution de ce qui compose nos assiettes sur 24 heures.</p>
<p><a href="http://data.massivehealth.com/" target="_blank"><img src="http://owni.fr/files/2012/05/wearewhatweeat.jpg" alt="" title="wearewhatweeat" width="630" height="400" class="aligncenter size-full wp-image-110922" /></a></p>
<p>C&#8217;est étonnant comme les bonnes résolutions culinaires s&#8217;évanouissent à la nuit tombée. Loin du matinal jus d&#8217;oranges fraîchement pressées, il semblerait que nous soyons nombreux à plonger dans la bonne entrecôte-béarnaise-frites le soir venu. Mais vous apprendrez également que les &#8220;quand&#8221;, &#8220;où&#8221; et &#8220;avec qui&#8221; sont aussi importants que le &#8220;quoi&#8221; quand on s&#8217;intéresse à ce qui comble nos vides intérieurs.</p>
<h2>Emménager dans les données</h2>
<p>Plus que jamais, les données sont partout, infographies et autres visualisations apparaissent dans de nombreux secteurs, hors du champ journalistique, on peut l&#8217;écrire : les charts sont trendy. <a href="http://www.kelquartier.com/" target="_blank">Kelquartier</a> par exemple, une bonne vieille start-up avec un &#8220;K&#8221; (mais sans &#8220;ooo&#8221;), a pris l&#8217;angle des données pour parler d&#8217;immobilier. Leur objectif avoué <em>&#8220;changer le monde en aidant les Français à se loger mieux et moins cher&#8221;</em>. Wow.</p>
<p>Résultat : un moteur cartographique de visualisation de &#8220;42.000 quartiers et petites communes de France&#8221;. Chacun peut y scruter le quartier de ses rêves (#oupas) sous toutes les coutures : type de population, revnu moyen, pourcentage de vote pour François Hollande au second tour de la présidentielle, résultats des lycées, taux de fécondité (???) et bien d&#8217;autres.</p>
<p><a href="http://www.kelquartier.com/" target="_blank"><img src="http://owni.fr/files/2012/05/kelquartier.jpg" alt="" title="kelquartier" width="630" height="400" class="aligncenter size-full wp-image-110923" /></a></p>
<p>C&#8217;est étrange, mais je ressens devant cette France découpée en clichés (chiffrés certes) comme une désagréable sensation de &#8220;voyeurisme marketé&#8221;. Comme un petite quelque chose qui pourrait emmener vers un plus de corporatisme sociétal, pour ne pas parler de cloisonnement. Peut-être le côté obscur des données</p>
<h2>Frontières friables</h2>
<p>Restons dans la cartographie, réduisons le prisme à Paris et parlons legislatives. <a href="https://twitter.com/#!/jcukier" target="_blank">Jérôme Cukier</a>, qui joue quotidiennement avec les chiffres pour l&#8217;OCDE, a sorti <a href="http://www.jeromecukier.net/projects/elections/circonscriptions.html" target="_blank">un bel outil</a> pour les habitants de la capitale en prévision du prochain scrutin national.</p>
<p>Grâce à D3.js et en se basant sur les résultats des élections présidentielles, bureau de vote par bureau de vote, il a projeté ces données sur une carte découpée en circonscriptions. Il va même plus loin : sa web-application permet à chacun de jouer avec ces circonscriptions et ainsi de modifier l&#8217;équilibre gauche/droite sur l&#8217;ensemble de la capitale.</p>
<p>Sa datavisualisation pose une vraie question : quel est l&#8217;impact de ce découpage administratif sur le résultat final du scrutin ? Question importante vu que les redécoupages arrivent régulièrement et souvent de manière opaque pour les électeurs.</p>
<p><a href="http://www.jeromecukier.net/projects/elections/circonscriptions.html" target="_blank"><img src="http://owni.fr/files/2012/05/jcukier.jpg" alt="" title="jcukier" width="630" height="400" class="aligncenter size-full wp-image-110924" /></a></p>
<p>Pour ne rien gâcher, Jérôme nous explique dans <a href="http://www.jeromecukier.net/blog/2012/05/15/making-of-cutting-paris-in-voting-districts/" target="_blank">l&#8217;un de ses derniers posts</a> comment il a construit cette carte.</p>
<h2>What You See Is What You Are</h2>
<p>Un peu de &#8220;dat&#8217;art&#8221; pour terminer avec <a href="http://marcinignac.com" target="_blank">Marcin Ignac</a> artiste, programmer, designer danois. Dans son projet <a href="http://marcinignac.com/projects/everyday-of-my-life/" target="_blank">&#8220;Every day of my life&#8221;</a>, il visualise l&#8217;utilisation qu&#8217;il a fait de son ordinateur ces 30 derniers mois. Il n&#8217;est pas le premier à mettre en images ses données personnelles mais le résultat est assez classieux.</p>
<p><a href="http://marcinignac.com/projects/everyday-of-my-life/" target="_blank"><img src="http://owni.fr/files/2012/05/every-day-of-my-life-ok.jpg" alt="" title="every-day-of-my-life-ok" width="630" height="400" class="aligncenter size-full wp-image-110929" /></a></p>
<p>Chaque ligne représente une journée et chaque bloc de couleur, la principale application ouverte sur cette période horaire. Les trous noirs sont les périodes où l&#8217;ordinateur est éteint. C&#8217;est notamment intéressant de voir, année après année, la périodicité de zones de black-out et de celles de burn-out.</p>
<h2>Les data en chantant</h2>
<p>Pour clore cet épisode, je vous propose une douce mélodie qui devrait être l&#8217;hymne de l&#8217;internationale dataïste.</p>
<p>Allez, tout le monde avec moi : &#8220;I like checkin&#8217; on charts&#8221;</p>
<p><a href="http://owni.fr/2012/05/22/les-data-en-forme-episode31/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
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		<title>Le mauvais procès du gardien de la paix</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/22/le-mauvais-proces-du-gardien-de-la-paix/</link>
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		<pubDate>Tue, 22 May 2012 10:28:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Marc Manach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Pouvoirs]]></category>
		<category><![CDATA[Process éditorial]]></category>
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		<category><![CDATA[claude guéant]]></category>
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		<category><![CDATA[fichiers policiers]]></category>
		<category><![CDATA[gens honnêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Nicolas Sarkozy]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Pichon]]></category>
		<category><![CDATA[police nationale]]></category>
		<category><![CDATA[stic]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce mardi 12 mai, le Tribunal de grande instance de Paris juge le commandant de police Philippe Pichon, mis à la retraite d'office pour avoir aidé un journaliste à porter sur la place publique les problèmes posés par le Système de traitement des infractions constatées (STIC), le plus gros de tous les fichiers policiers français. L'homme se définit comme un gardien de la paix, au sens propre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://owni.fr/files/2012/05/BobbysBanksy.jpg" alt="" title="BobbysBanksy" width="630" height="430" class="aligncenter size-full wp-image-110934" /></p>
<p>68% de la population française figure dans le Système de traitement des infractions constatées (STIC), le plus gros des fichiers policiers français : 44,5 millions de personnes en tant que &#8220;<em>victimes</em>&#8220;, 6,5 millions en tant que &#8220;<em>mis en cause</em>&#8221; ou &#8220;<em>auteurs</em>&#8221; de crimes ou délits, et donc &#8220;<em>suspects</em>&#8220;, quand bien même ils aient, depuis, été innocentés (voir &#8220;<em><a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/">Le cadeau empoisonné des fichiers policiers</a></em>“). </p>
<p>Mais ni Nicolas Sarkozy, ni Robert Pandreau, Charles Pasqua, Patrick Balkany, Jean-Charles Marchiani ni Roland Dumas n&#8217;y sont fichés… alors même qu&#8217;ils ont tous pourtant été, soit &#8220;<i>mis en cause</i>&#8221; -voire même inculpés-, soit &#8220;<em>victimes</em>&#8220;, et qu&#8217;ils devraient donc logiquement être fichées à ce titre, et comme tout le monde, dans le STIC. </p>
<p>Cette étonnante découverte a été faite par Philippe Pichon, ce commandant de police de 42 ans <a href="http://www.bakchich.info/france/2009/03/04/stic-un-flic-citoyen-plus-proche-de-la-porte-que-de-la-promotion-54822">mis à la retraite d&#8217;office</a> pour avoir osé dénoncer les dysfonctionnements et problèmes posés par le STIC (voir &#8220;<em><a href="http://owni.fr/2011/10/18/un-flic-pourfend-le-systeme/">Un flic pourfend le système</a></em>“). </p>
			<div class="post insertPost cat-activisme" style="float:right;margin-left:15px;">
				<figure class="media-insertPost">
					<a href="http://owni.fr/2011/10/18/un-flic-pourfend-le-systeme/" title="Un flic pourfend le système">
						<img src="http://owni.fr/ttrs/aHR0cDovL293bmkuZnIvZmlsZXMvMjAxMS8xMC9zdXJ2ZWlsbGFuY2UtZmljaGFnZS1wb2xpY2UtY2xlZi5qcGc=/207/137/90" alt="Un flic pourfend le système" />
					</a>
				</figure>
				<h3 class="entry_title"><a href="http://owni.fr/2011/10/18/un-flic-pourfend-le-systeme/" title="Un flic pourfend le système">Un flic pourfend le système</a></h3>
				<div class="entry_texte">
					<a href="http://owni.fr/2011/10/18/un-flic-pourfend-le-systeme/" title="Un flic pourfend le système">
						<p>Le système STIC, le plus gros des fichiers policiers, fiche la moitié de la population française, sans cadre légal. Le ...</p>
					</a>
				</div><!-- fin entry_texte -->
			</div><!-- fin insert Post -->		
<p>Philippe Pichon avait plusieurs fois alerté sa hiérarchie, en vain. Il avait également “<em>évoqué la possibilité de s’en ouvrir à la presse ou dans un cadre universitaire</em>“. Faute de réponse, il se décida enfin à répondre favorablement à la requête d&#8217;un journaliste de <em>Bakchich.info</em>, Nicolas Beau, qui lui avait demandé de lui transmettre les fiches STIC de Jamel Debbouze et Johnny Halliday. Le scandale autour du fichier EDVIGE venait d&#8217;éclater, et l&#8217;opinion publique commençait à s&#8217;inquiéter des problèmes posés par les fichiers policiers.</p>
<p>Après avoir pris soin de contacter les agents de Jamel et Johnny, &#8220;<i>qui n&#8217;avaient pas manifesté d&#8217;opposition</i>&#8221; à la publication de leurs fiches, <em>Bakchich.info</em> publia leurs fiches STIC afin de dénoncer la présence de nombreuses données qui n&#8217;auraient jamais du, légalement, y figurer. L&#8217;article, &#8220;<a href="http://www.bakchich.info/Tous-fiches-meme-les-potes-de,05304.html">Tous fichés, même les potes de Nicolas Sarkozy</a>&#8220;, s&#8217;étonnait par ailleurs de l&#8217;absence de fiche STIC pour Charles Pasqua : </p>
<blockquote><p>La République irréprochable de Sarko est en marche. Tous égaux, tous fichés ! A une réserve près. Au STIC, les politiques semblent mieux traités. La plupart de ceux qui ont été égratignés par la justice n’apparaissent guère dans le fichier. Ainsi Charles Pasqua, entendu de nombreuses fois lors des dossiers de l’Angolagate, des casinos et autres, n’apparaît pas dans le STIC.</p></blockquote>
<p>La liste des autres personnalités politiques étrangement absentes du fichier STIC figure dans l&#8217;ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Philippe Pichon, qu&#8217;<em>Owni</em> a pu consulter.</p>
<h2>Un fichier unanimement critiqué</h2>
			<div class="post insertPost cat-activisme" style="float:right;margin-left:15px;">
				<figure class="media-insertPost">
					<a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/" title="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers">
						<img src="http://owni.fr/ttrs/aHR0cDovL293bmkuZnIvZmlsZXMvMjAxMi8wNS9DYXNzaW9wZWlhMi5qcGc=/207/137/90" alt="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers" />
					</a>
				</figure>
				<h3 class="entry_title"><a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/" title="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers">Le cadeau empoisonné des fichiers policiers</a></h3>
				<div class="entry_texte">
					<a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/" title="Le cadeau empoisonné des fichiers policiers">
						<p>Truffé d'erreurs, le plus gros des fichiers policiers va être fusionné avec le plus gros des fichiers de la gendarmerie au ...</p>
					</a>
				</div><!-- fin entry_texte -->
			</div><!-- fin insert Post -->		
<p>Ce mardi 22 mai 2012, la 17ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris ne discutera pas tant de l&#8217;illégalité du STIC, mais de la mise en examen de Philippe Pichon, pour &#8220;<em>détournement  d’informations à caractère personnel</em>&#8220;, &#8220;<em>violation du secret professionnel</em>&#8221; et &#8220;<em>accès frauduleux à un système automatisé de données</em>&#8220;. </p>
<p>Un an et demi plus tard, et suite à l&#8217;article de <em>Bakchich.info</em>, le Service central de documentation criminelle (SCDC), à même de &#8220;<i>tracer</i>&#8221; l&#8217;accès au STIC, identifia 610 fonctionnaires ayant interrogé le STIC au sujet de Jamel, 543 pour Johnny et, respectivement, 24 et 16 fonctionnaires ayant imprimé leurs fichiers.</p>
<p>Mais seuls deux policiers avaient imprimé les deux fiches concernées : Philippe Pichon, et une gardienne de la paix, qui expliqua avoir oeuvré par &#8220;<i>ennui</i>&#8220;, qu&#8217;elle comblait en lisant la presse à scandale, ce pour quoi elle avait consulté les fiches STIC de 80 personnalités du show biz, et imprimé 24 d&#8217;entre-elles.</p>
<p>Au magistrat instructeur qui l&#8217;interrogeait à ce sujet, Philippe Pichon évoqua un &#8220;<i>geste citoyen</i>&#8221; destiné à rendre public les nombreux dysfonctionnements du STIC. Pour William Bourdon, son avocat, il s&#8217;agirait même d&#8217;un &#8220;<i>cri d&#8217;alarme</i>&#8221; entraîné par le &#8220;<i>refus de son supérieur hiérarchique de veiller à une stricte et légaliste utilisation du STIC</i>&#8220;. Plutôt que de chercher à corriger les problèmes du STIC, sa hiérarchie avait en effet décidé d&#8217;infliger à Pichon une &#8220;<em>mutation sanction</em>&#8220;.</p>
<p>Or, et pour justifier le refus de confronter Philippe Pichon à son ancien supérieur hiérarchique (qui, le décrivit comme son &#8220;<em><a href="http://www.liberation.fr/societe/01012365105-des-flics-pas-fiers-de-faire-du-chiffre">ennemi personnel</a></em>&#8220;), le juge d&#8217;instruction expliqua qu&#8217;elle ne serait pas utile à la manifestation de la vérité dans la mesure où &#8220;<i>l&#8217;un et l&#8217;autre conviennent de dysfonctionnement concernant l&#8217;utilisation du STIC</i>&#8220;&#8230;</p>
<p>Dans un autre article, intitulé &#8220;<a href="http://www.bakchich.info/Le-fichier-Stic-inquiete-les,05306.html">Le fichier STIC inquiète les patrons de la police</a>&#8220;, Nicolas Beau et Xavier Monnier révélaient d&#8217;ailleurs le contenu de deux circulaires émanant de la Direction générale de la Police nationale (DGPN) dénonçant les &#8220;<i>nombreuses erreurs contenus dans le STIC</i>&#8220;.</p>
<p>Dans son ordonnance de renvoi, le juge d&#8217;instruction reconnait même que ce fichier &#8220;<i>a été unanimement critiqué et l&#8217;est encore notamment par la CNIL qui avait relevé de singulières défaillances</i>&#8220;&#8230; </p>
<p>Même le tribunal administratif de Melun, qui a pourtant confirmé sa mise à la retraite d&#8217;office, <a href="http://www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/lettre-ouverte-parti-gauche-monsieur-le-ministre-l-interieur-15981#.T7eRy7R1Dh9"> reconnaît</a> le bien-fondé de son combat militant :</p>
<blockquote><p>Il est constant que le fichier STIC comporte un nombre d’erreurs d’autant moins acceptables qu’elles sont susceptibles d’entraîner de graves conséquences pour les personnes concernées, au risque d’attenter aux libertés fondamentales, et que l’administration s’est affranchie depuis de nombreuses années des règles de gestion de ce fichier, notamment celles relatives à l’effacement des données, ceci sans qu’aucune mesure ne soit prise par les autorités concernées.</p></blockquote>
<p>Le tribunal tenait également à souligner &#8220;<em>le caractère illicite des actes auxquels M. PICHON a été confronté, à Coulommiers et à Meaux (…) et les graves déficiences dans la manière de servir de ses supérieurs hiérarchiques directs</em>&#8220;. LesInrocks avaient ainsi <a href="http://www.lesinrocks.com/2012/01/16/actualite/devant-la-juge-lex-policier-philippe-pichon-accuse-sa-hierarchie-115019/">rapporté</a> comment, en février 2006, son supérieur hiérarchique, Jean-François M., avait proposé à Guy Drut, alors maire de Coulommiers, de lui communiquer &#8220;<em>toute information, tout document ou tout élément procédural (qui) pourrait m’être utile en anticipation de tout contentieux avec les élus du canton de Coulommiers, le personnel de la mairie de Coulommiers ou tout <strong>administré dissident</strong></em>&#8221; (sic). </p>
<h2>De l&#8217;exploitation des FacDet du journaliste</h2>
<p>Dans un article intitulé &#8220;<em>Le cas Pichon suivi en direct de l&#8217;Elysée par Guéant</em> publié dans Marianne, le journaliste Frédéric Ploquin rappellait que la police avait, tout comme dans l&#8217;affaire des FacDet (factures détaillées, ou &#8220;<i>fadettes</i>&#8220;) du journaliste du <em>Monde</em>, oeuvré en marge de la légalité : </p>
<blockquote><p>A l&#8217;époque, l&#8217;artillerie lourde avait déjà été déclenchée pour neutraliser le &#8220;traître&#8221;, notamment en recherchant les contacts téléphoniques entre le fonctionnaire et des journalistes. Et ce, dans le cadre d&#8217;une enquête préliminaire, sans l&#8217;autorisation expresse du procureur de la République.</p></blockquote>
<p>Marianne a publié le fac similé d&#8217;un courrier signé par Claude Guéant, où celui qui était alors secrétaire général de l&#8217;Elysée écrivait qu&#8217;&#8221;<em>il est opportunément possible de sanctionner le commandant de police Philippe Pichon</em>&#8220;, ce que Frédéric Ploquin, journaliste d&#8217;investigation spécialiste de la police, interprète comme &#8220;<em>une manière de couvrir, depuis le sommet de l&#8217;Etat, une enquête administrative diligentée parallèlement à une enquête judiciaire</em>&#8220;. </p>
<blockquote><p>Un précédent qui éclaire d&#8217;un jour nouveau les enquêtes &#8220;administratives&#8221; qui vont suivre, et notamment celles concernant les &#8220;fadettes&#8221; des journalistes.</p></blockquote>
<p>A l&#8217;époque, Philippe Pichon n&#8217;avait pas de téléphone portable. Or, l&#8217;enquête a révélé que Nicolas Beau et lui s&#8217;était bien parlé au téléphone, mais sur le portable de sa belle-mère. Pour parvenir à cette identification, la police a donc nécessairement exploiter les fadettes du journaliste.</p>
<p>Empêché de travailler depuis 2009, Philippe Pichon avait porté plainte en 2011 pour &#8220;<em>harcèlement moral et discrimination</em>&#8221; en raison de ses opinions politiques, comme l&#8217;avait <a href="http://www.liberation.fr/societe/01012365106-philippe-pichon-porte-plainte-pour-harcelement-et-vise-sarkozy">révélé <em>Libération</em></a> : </p>
<blockquote><p>Formellement déposée contre X, l’action vise en réalité l’ancien ministre de l’Intérieur qu’est Nicolas Sarkozy et que Pichon tient responsable de l’acharnement procédural ayant abouti à un «interdit de paraître», formule administrative signifiant l’interdiction d’exercer.</p></blockquote>
<p>La plainte a depuis été <a href="http://www.lesinrocks.com/2011/12/09/actualite/le-policier-philippe-pichon-mis-a-la-retraite-doffice-119960/">confiée</a> à la juge d’instruction Sylvia Zimmerman, qui traite également la plainte du <em>Monde</em> pour violation du secret des sources. </p>
<p>Claude Guéant a, de son côté, le 6 mai 2012 au soir, déposé plainte contre Pichon au nom du ministère de l’intérieur pour &#8220;<em>préjudice moral</em>&#8221; en lui réclamant… 4 000 euros de dommages-intérêts. Le 6 mai au matin, le Journal officiel publiait le décret, signé Claude Guéant, permettant au STIC d&#8217;être fusionné avec JUDEX, son équivalent dans la gendarmerie (voir &#8220;<em><a href="http://owni.fr/2012/05/18/le-gros-bug-des-fichiers-policiers/">Le cadeau empoisonné des fichiers policiers</a></em>“).</p>
<p>Reste à savoir si Nicolas Sarkozy, Robert Pandreau, Charles Pasqua, Patrick Balkany, Jean-Charles Marchiani ou encore Roland Dumas y seront eux aussi cette fois fichés comme le sont tous les justiciables entendus comme &#8220;<em>mis en cause</em>&#8221; ou &#8220;<em>victimes</em>&#8220;&#8230; #oupas.</p>
<p><em><strong>Mise à jour, 16h55 :</strong></em> le procès de Philippe Pichon a été ajourné, son avocat, William Bourdon, ayant déposé deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC). La première porte sur l’<a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006417944">article 226-13</a> du Code pénal, qui punit d&#8217;un an d&#8217;emprisonnement et de 15000 euros d&#8217;amende la &#8220;<em>révélation d&#8217;une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire</em>&#8220;, dans la mesure où &#8220;<em>aucune norme n’établit le caractère secret des informations contenues dans les fichiers de police judiciaire</em>  : </p>
<blockquote><p>L’article 226-13 porte-t-il atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution et plus précisément au principe de légalité des délits et des peines ?</p></blockquote>
<p>La seconde QPC porte quant à elle sur la légalité du STIC, qui constituerait, selon William Bourdon, une &#8220;<em>présomption absolue de culpabilité et caractérise un obstacle majeur aux droits de la défense contrevenant ainsi à l’article 9 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen d’août 1789 ainsi qu’à l’article préliminaire du Code de procédure pénale</em>&#8220;, dans la mesure où, également, il emporterait des &#8220;<em>risques d’atteintes graves à la liberté individuelle, à l’exemple des mesures de fichage décidées à l’occasion d’une enquête de police administrative par des personnels de plus en plus nombreux à être habilités et échappant au contrôle effectif de l’autorité judiciaire</em>&#8220;.</p>
<blockquote><p>L’article 21 de la loi n°2003-239 du 18 mars 2003  (qui a légalisé le STIC, NDLR) porte-t-il atteinte aux droits essentiels de la défense et notamment aux principes généraux du contradictoire et de la loyauté de la preuve, droits et libertés garantis par la Constitution ?</p></blockquote>
<hr /><em>Photo CC by-nc-sa <a href="http://www.flickr.com/photos/janslangen/5556932422/in/photostream/">Banksy kissing cops</a> by Jan Slangen</p>
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		<title>&#8220;L&#8217;auteur aurait intérêt à être piraté&#8221;</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/21/thomas-cadene-auteur-aurait-interet-a-etre-pirate/</link>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 16:21:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guillaume Ledit</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<description><![CDATA[Thomas Cadène est un auteur de bédé atypique. Passionné par Internet, il y a créé <em>Les autres gens</em>. Du modèle économique de l'édition en ligne en passant par les droits d'auteur, le statut de la création en France ou Twitter et Hadopi, entretien à bâtons rompus. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_109334" class="wp-caption alignnone" style="width: 640px"><img class="size-full wp-image-109334" title="c-Aseyn-BD-Les-autres-gens-19-itw-owni-Thomas-Cadene" src="http://owni.fr/files/2012/05/c-Aseyn-BD-Les-autres-gens-19-itw-owni-Thomas-Cadene-e1336385343487.jpg" alt="" width="630" height="420" /><p class="wp-caption-text">Les autres gens ©Aseyn</p></div>
<p>Thomas Cadène est l&#8217;auteur d&#8217;une bande-dessinée dont le modèle a pu surprendre. <a href="http://lesautresgens.com" target="_blank"><em>Les autres gens</em></a>, c&#8217;est une &#8220;bédénovela&#8221;, une sorte de <em>soap opera</em> dessiné, une série portée par des personnages attachants et un scénario bien ficelé. Jusque-là, rien d&#8217;exceptionnel. Sauf que cette bédé est née de, sur, et par Internet. Et qu&#8217;elle réunit une centaine d&#8217;auteurs. Depuis le 1er mars 2010, Thomas Cadène, qui porte le projet, en publie un épisode quotidiennement. Si la série s’arrête au mois de juin sur Internet, l’éditeur Dupuis continuera à en assurer la publication papier.</p>
<p>Rencontre avec cet acharné de travail, qui, quand il fait ses pauses, s&#8217;engage dans de grands débats sur <a href="http://twitter.com/#!/thomascadene" target="_blank">Twitter</a>.</p>
<h2>&#8220;C&#8217;est Internet qui a fait de moi un auteur professionnel.&#8221;</h2>
<div class="answer">Comment tout ça a commencé ?</div>
<p>C&#8217;est Internet qui a fait de moi un auteur professionnel. Il y a près de 10 ans, j&#8217;ai fait mon premier feuilleton numérique. C&#8217;était une chose un peu folle et absurde, écrite, que je diffusais par mail. Suite à une période un peu chaotique, à l&#8217;issue de mes études, j&#8217;ai décidé d&#8217;envisager l&#8217;hypothèse que ce que j&#8217;aimais tellement faire (le dessin, raconter des histoires) puisse faire office de projet professionnel. Je n&#8217;avais aucune porte d&#8217;entrée dans ces milieux.</p>
<div id="attachment_109332" class="wp-caption alignnone" style="width: 639px"><img class="size-full wp-image-109332" title="c-Florent-Grouazel-BD-Les-autres-gens-231-itw-owni-Thomas-Cadene" src="http://owni.fr/files/2012/05/c-Florent-Grouazel-BD-Les-autres-gens-231-itw-owni-Thomas-Cadene.jpg" alt="" width="629" height="419" /><p class="wp-caption-text">Les autres gens ©Florent Grouazel</p></div>
<blockquote><p>Quand on n&#8217;a rien, aujourd&#8217;hui, on a toujours un peu&#8230; Internet.</p></blockquote>
<p>Bref, je suis autodidacte donc je suis arrivé un peu sur la pointe des pieds et j’ai naturellement commencé sur un forum, le <a href="http://2.cfsl.net/fr/home">Café Salé</a>, probablement autour de 2005. Là j&#8217;ai découvert la richesse et les potentialités du communautaire, le contact varié avec des amateurs, des professionnels. L&#8217;aspect très concret de la rencontre virtuelle. J&#8217;ai des amis très importants pour moi qui sont issus de cette époque et mes deux premières BD je les ai signées grâce au forum.</p>
<p>En somme, le contexte numérique m’est très familier mais je ne suis pas du tout un geek. Ni culturellement, ni techniquement. Simplement ça fait partie de ma vie, je travaille sur Google docs, je discute avec mes dessinateurs sur Facebook ou Gmail, je fais mes pauses sur Twitter et j&#8217;y prends pas mal de contacts et rendez-vous pro. Pour le dessin, j’utilise une palette même si, depuis un moment, je me focalise davantage sur un travail d’écriture.</p>
<div class="answer">Comment tu as fait pour monter le modèle économique des <em>Autres gens</em> ?</div>
<p>Au  départ c&#8217;est une SARL avec de l&#8217;investissement personnel, familial et  amical. Moins de 25 000 € en tout pour lancer la machine. Le modèle économique choisi est très simple, ce sont les abonnements. Quand Dupuis est arrivé pour acheter les droits c’était bienvenu, mais il faut  savoir que la moitié des droits reviennent aux auteurs. Aujourd&#8217;hui <em>Les autres gens</em>, c’est un animal qui fonctionne sur deux pattes : une patte numérique et une patte papier.</p>
<p>Mais, contrairement à ce qu&#8217;on a pu lire ici ou là, cet aspect là n&#8217;est pas du tout la démonstration de l&#8217;invalidité du modèle économique strictement numérique. Loin de là. La limite de ce projet, c’est moi. C&#8217;est ça qui a empêché de rester strictement numérique. Moi, parce que j’ai été trop seul à porter tout le bordel :  je suis à l’écriture, à l’organisation du planning, à l’administratif, et aussi à la communication, à la gestion des galères des abonnés etc. Il y a quand même une centaine d’auteurs qui sont concernés et 1200 abonnés en  moyenne. La limite des <em>Autres gens</em>, c&#8217;est pas le concept, il est bon, merci, la limite des<em> Autres gens</em>, c&#8217;est moi. Quand t&#8217;es partout, t&#8217;es souvent nulle part, tu passes à coté de plein d&#8217;opportunités, tu fatigues, tu perds du temps à apprendre, tu fais  parfois pas très bien ce qu&#8217;avec du temps aurait pu être fait mieux,  etc.</p>
<div id="attachment_109329" class="wp-caption alignnone" style="width: 640px"><img class="size-full wp-image-109329" title="c-Sacha-Goerg-BD-Les-autres-gens-106-itw-owni-Thomas-Cadene" src="http://owni.fr/files/2012/05/c-Sacha-Goerg-BD-Les-autres-gens-106-itw-owni-Thomas-Cadene.jpg" alt="" width="630" height="420" /><p class="wp-caption-text">Les autres gens ©Sacha Goerg</p></div>
<p>Prenons un exemple : mettre <em>Les autres gens</em> en application sur iPhone. Au début, on a pensé les cases pour, jusqu’à ce que j’apprenne qu’Apple ne voulait pas voir le moindre bout de peau : or, il y a du cul tout le temps. Ils sont affreux là-dessus. Même la simple nudité, c’était impossible. Je crois qu&#8217;ils sont en train de changer un peu mais bon, à l&#8217;époque c&#8217;était  inenvisageable. Voilà comment on se retrouve avec un débouché qui saute.  Mais ceci dit, je n&#8217;allais pas renoncer au coté cru, frontal des <em>Autres gens</em> pour  faire plaisir aux puritains, donc c&#8217;est un peu différent.</p>
<div class="answer">Tu n&#8217;es t’es pas intéressé aux mécanismes de crowdfunding ?</div>
<p>On est plus proche de <em>Mediapart</em> ou <em>d’Arrêt sur Images</em>. J’ai eu des contacts avec <a href="http://ulule.com/" target="_blank">Ulule </a>mais je ne sais pas trop quoi leur proposer. En revanche, mon pote Wandrille y a proposé <a href="http://fr.ulule.com/wandrille/" target="_blank">“Coups d’un soir”</a>, et ça a très bien marché. C’est bien, je suis curieux de ce système, je le trouve très intéressant, très prometteur en ce qu&#8217;il permet de préfinancer. Mais sur <em>Les autres gens</em> j’étais parti sur le système des abonnements. Ceci dit il est clair qu’au niveau des seuls abonnés, comme je le laissais entendre avant, on était un peu insuffisant financièrement.</p>
<div class="answer">Et tu continues <em>Les autres gens</em> ?</div>
<p>J’arrête  la production en juin, je suis fatigué. Tous les jours un nouvel épisode,  c’est tous les jours une nouvelle galère à gérer. Mais j&#8217;en vis (ou  presque) depuis deux ans, j&#8217;ai distribué des droits, je suis content du  chemin qu&#8217;on a parcouru, des rencontres extraordinaires que j&#8217;ai pu faire grâce à ça. Ça n&#8217;aura pas été inutile.</p>
<p>Et puis on est pas mort. On n&#8217;arrête pas  l&#8217;exploitation, on a toujours des idées, des envies&#8230;<br />
Maintenant il faut que les autres révolutionne le truc. Il y a les  projets d&#8217;auteurs en BD numérique qui arrivent :<em> La revue dessinée</em>,<em> Le professeur Cyclope</em>, j&#8217;ai hâte de voir ce qu&#8217;ils vont proposer. Quels  modèles, quelles options narratives. Et puis il faut que les éditeurs  s&#8217;empare du sujet. Il est temps.</p>
<p>Leur problème (du moins pour une partie) c’est qu’ils ne savent pas trop comment monétiser le web parce que c’est un écosystème qui ne leur est pas familier. Ils  maîtrisent le papier et sa chaîne de distribution, pas encore Internet. À  de rares exceptions près comme Didier Borg (qui est chez Casterman et  qui a lancé Delitoon) ou Yannick Lejeune chez Delcourt qui connait très  bien le sujet.</p>
<div class="answer">Et aucun éditeur en France ne se lance dans un projet numérique un peu solide ?</div>
<p>Delcourt, avec Yannick l&#8217;a fait avec le projet de Marc Antoine Mathieu, qui s’appelle <a href="http://editions-delcourt.fr/3s/index.php?page=home" target="_blank">3 secondes</a>.  C&#8217;est le même récit que le récit proposé en album mais avec une forme  narrative différente, une sorte d&#8217;alternative intelligente. Pour un  auteur assez conceptuel et &#8220;joueur&#8221;, ça fonctionnait  bien. Mais c&#8217;était présenté comme un bonus, ils n&#8217;ont pas pris le risque  de l&#8217;entrée dans l&#8217;économie du numérique avec cette expérience.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-109323" title="CV0001FR_LES AUTRES GENS_01_1.pdf" src="http://owni.fr/files/2012/05/c-Thomas-Cadene-BD-Les-autres-gens-LAGCover.jpg" alt="" width="630" height="791" /></p>
<div class="answer">Tu penses quoi des mécanismes de financement de la création numérique dans ton secteur ?</div>
<p>J’ai fait <em>Les autres gens</em>, donc j’ai plongé de manière plus  concrète dans les aberrations de financement de la création. Le projet a  été monté sans subventions. Le <a href="http://centrenationaldulivre.fr/" target="_blank">Centre national du livre</a> (CNL) n&#8217;a pas pu l&#8217;aider et dans le même temps, les éditeurs recevaient  des sommes importantes de ce même CNL pour numériser les livres. C’est souvent aux gros éditeurs que les  subventions au numérique bénéficient ou aux projets prestigieux.</p>
<div class="answer">Alors qu&#8217;Internet et la BD, c&#8217;est une histoire d&#8217;amour, non ?</div>
<p>Mais évidemment ! Les auteurs se sont rapidement emparés d’Internet et des formats numériques sans aucune difficulté. Partout dans le monde. Et aujourd’hui, dans les grosses stars d’Internet, il y en a une partie qui est issue du monde de la BD. <a href="http://.bouletcorp.com">Boulet</a> par exemple, ou <a href="http://.penelope-jolicoeur.com">Pénélope</a>. Ce sont des gens qui sont devenus des stars sur Internet, qui ont un rapport très naturel à ça, très complice avec leur public, intelligent dans leur approche à la fois humaine et graphique du medium. Et il ne se passe toujours rien concrètement du côté des éditeurs. On n’est pas dans un pays qui favorise particulièrement des innovations de type marchand hors des structures existantes. Du coup les gens inventent leur blog ou leur format mais ça ne fait pas manger : l’objectif reste toujours de se faire éditer.</p>
<h2>&#8220;La gratuité, l&#8217;échange, ça fait aussi partie d&#8217;Internet.&#8221;</h2>
<div class="answer">Pour dépasser ça, personne ne pense à monétiser l&#8217;audience de son site ?</div>
<p>Certains qu&#8217;Internet a propulsé considèrent que mettre de la pub  ou monétiser leur site c’est ne pas respecter son lecteur. C&#8217;est quelque chose que je comprends tout à fait. Il faut dire qu’avec leur audience, leurs publications papiers cartonnent ! C&#8217;est un modèle économique et créatif valide et pertinent. Ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;ils sont sur le net qu&#8217;ils ont une sorte d&#8217;obligation d&#8217;en vivre. La gratuité, l&#8217;échange, ça fait aussi partie d&#8217;Internet et c&#8217;est d&#8217;ailleurs un de ses aspects les plus intéressant.</p>
<p>Le problème pour les éditeurs, c’est qu’un jour ces auteurs, parce qu&#8217;ils ont le talent, l&#8217;expérience et le lectorat, finiront par ne  plus avoir besoin d’éditeurs. Quand tout le monde sera équipé en  tablette, les auteurs-stars pourront négocier de conserver leurs droits  numériques et tout vendre sous forme d’applications ou d&#8217;ebook ou que sais-je.</p>
<p>Quand tu as un site consulté par 50 000 ou 100 000 personnes par jour, tu n’as plus besoin d’intermédiaires. Le problème c’est qu’ils sont trop importants pour être significatifs pour toute la profession. C’est comme de dire que JK  Rowling a révolutionné l’édition numérique, ou Radiohead le marketing sur Internet. Ce sont des  gens qui ont une audience telle qu’ils peuvent se passer d’intermédiaires mais dont les succès (ou même les échecs) sont aussi atypiques qu&#8217;eux. Ils sont des systèmes autonomes.</p>
<h2>“J’étais très opposé à loi Création et Internet.”</h2>
<div class="answer">Au-delà des aspects techniques, tu t&#8217;intéresses aussi aux rapports entre numérique et politique, particulièrement en ce qui concerne les droits d&#8217;auteur, et la situation de la création.</div>
<p>Avant même de lancer <em>Les autres gens</em> et de faire du numérique d’un point de vue professionnel, j’étais très opposé à loi Création et Internet, qui a créé la Hadopi. Pour cette raison, en tant qu’auteur, les positions favorables du <a href="http://http://.snac.fr/" target="_blank">Syndicat national des auteurs et des compositeurs</a> (Snac) me posaient vraiment un problème.</p>
<p>Heureusement la branche BD y était opposée. Ils ont sauvé l&#8217;honneur. Sur la question de la défense syndicale de l&#8217;auteur, de l&#8217;accompagnement dans le litige, ou dans la jungle des contrats, le SNAC -et particulièrement le SNAC BD- est très utile et fait réellement un boulot de dingue. Je suis nettement plus circonspect sur leurs prises de position plus générales faites au nom des auteurs.</p>
<p>Concrètement les créateurs n&#8217;ont pas vraiment d&#8217;instances représentatives qui me paraissent très pertinentes. C&#8217;est le problème des activités économiquement bancales comme la littérature, la chanson ou la BD. Ceux qui en vivent se défendent (et ils ont bien raison) ceux qui n&#8217;en vivent pas ne savent pas trop et ceux qui sont entre les deux sont un peu perdus et fort peu audibles.</p>
<p>On l&#8217;a vu avec la question de <a href="http://actualitte.com/actualite/lecture-numerique/legislation/hold-up-sur-les-oeuvres-indisponibles-mitterrand-recoit-les-auteurs-33806.htm" target="_blank">la numérisation des œuvres indisponibles</a>, qui s’apparente à une privation de chances, d&#8217;opportunité pour les auteurs. Là encore les pouvoirs publics ont trouvé des soutiens qui m&#8217;ont un peu surpris. Pour moi cette loi est une aberration (en plus d&#8217;être un peu stupide, ce qui la rapproche du cas Hadopi) mais savoir que ceux qui prétendent porter la voix des auteurs la défendent, ça me fout un peu hors de moi.</p>
<div id="attachment_109330" class="wp-caption alignnone" style="width: 640px"><img class="size-full wp-image-109330" title="c-Loic-Secheresse-BD-Les-autres-gens-171-itw-owni-Thomas-Cadene" src="http://owni.fr/files/2012/05/c-Loic-Secheresse-BD-Les-autres-gens-171-itw-owni-Thomas-Cadene.jpg" alt="" width="630" height="420" /><p class="wp-caption-text">Les autres gens ©Loic Sécheresse</p></div>
<p>En réalité, la plupart des auteurs sont tout seuls. La plupart ne touchent rien, ils ne vivent pas de leurs droits, ne sont pas syndiqués, ne pigent rien parce que tout est fait pour être imbitable.  D&#8217;ailleurs si on voulait aider la création, faudrait déjà commencer par réformer un peu l&#8217;aspect administratif et l&#8217;aspect gestion de sécu de celle-ci&#8230;  Si on y ajoute les <a href="http://.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/emmanuel-berretta/les-hauts-salaires-de-la-sacem-choquent-les-deputes-25-11-2010-1267044_52.php”">scandales de type Sacem</a>, l&#8217;auteur qui n&#8217;a pas envie de pleurer, il est rare.</p>
<h2>&#8220;L&#8217;auteur aurait tout intérêt à être piraté.&#8221;</h2>
<p>Ce que je veux dire c&#8217;est que ceux qui prétendent parler pour nous (et qui parfois le font très bien, qu&#8217;on ne me fasse pas dire ce que je n&#8217;ai pas dit) n&#8217;ont pas du tout le même point de vue que nous, par nature. Nous ne sommes pas les mêmes. Un dirigeant de société de gestion de droit, lui, il veut des droits à gérer. L&#8217;écrivain, le dessinateur ou le parolier qui rapporte 30 € ou 150 € de droits par an ça l&#8217;intéresse parce que ça fait parti d&#8217;un tout. Alors il explique qu&#8217;il faut Hadopi pour défendre cet auteur. Mais putain, l&#8217;auteur, qu&#8217;est ce qu&#8217;il s&#8217;en fout du piratage ! 50 € ou 200 € ! Il aurait tout intérêt à être piraté, à rencontrer son public, à diffuser son œuvre. Hadopi dans ce cas là ne défend pas l&#8217;auteur mais défend la masse d&#8217;argent à gérer, le pouvoir.</p>
<p>Que ce soit clair, je ne suis pas un fanatique du piratage (même s&#8217;il ne me fait pas peur). Je suis simplement contre la réponse Hadopi à cette situation là. Quand je lis des abrutis défendre le piratage avec des arguments pathétiques de mauvaises fois en mode enfants gâtés, j&#8217;ai des envies de baffes mais il y aussi des débats passionnants sur la circulation des œuvres, sur le partage, sur la découverte. Ces débats, je n&#8217;aime pas qu&#8217;on les réduise à une caricature du <em>&#8220;le pirate est un criminel&#8221;</em>. C&#8217;est parfois un con, c&#8217;est souvent un passionné, c&#8217;est la plupart du temps ni trop l&#8217;un, ni trop l&#8217;autre. Alors ça implique un regard un peu plus précis sur une situation un peu plus complexe. Et la réponse Hadopi est à cette aune là d&#8217;une bêtise qui confine à l&#8217;exploit.</p>
<div class="answer">Qu’est ce qui te gênait principalement dans cette loi ?</div>
<p>Dans une première vie j&#8217;ai eu une maîtrise en droit. Pour moi, Hadopi piétinait des principes fondamentaux. Déjà, à mes yeux ça suffisait à l&#8217;invalider. Ensuite son idée inavouée et son problème majeur c&#8217;était tout de même qu&#8217;on opposait soudain la création à son public. C&#8217;est une bêtise.</p>
<p>Ce rapport au public m&#8217;est apparu comme très révélateur. On a peur du public, on ne s&#8217;adresse plus à lui, on le craint. On a besoin de lui mais on le tance. Il y a quelque chose qui cloche là dedans. Ce n&#8217;est pas Internet qui a rendu les métiers de la création incertains et difficile. Toutes les études le démontrent. Par ailleurs Internet, grâce à un nouveau rapport au public aurait même plutôt tendance à émanciper le créateur. Où sont ces débats là ?</p>
<p>Et enfin, il y a le problème, la question, la grande question du droit d&#8217;auteur. La dérive des droits d&#8217;auteur vers l&#8217;idée de rente. Par exemple, je ne comprends pas pourquoi mes petits-enfants devraient bénéficier de mes droits d’auteur pendant 50 ou 70 ans après ma mort. Alors que tout le monde sait bien que cette disposition ne permet pas d’éviter des trahisons de l’œuvre mais qu&#8217;elle permet juste de les privatiser.</p>
<div id="attachment_109333" class="wp-caption alignnone" style="width: 642px"><img class="size-full wp-image-109333" title="c-Didier-Garguilo-BD-Les-autres-gens-173-itw-owni-Thomas-Cadene" src="http://owni.fr/files/2012/05/c-Didier-Garguilo-BD-Les-autres-gens-173-itw-owni-Thomas-Cadene.jpg" alt="" width="632" height="407" /><p class="wp-caption-text">Les autres gens ©Didier Garguilo</p></div>
<p>La réalité, c’est qu’il s’agit de défendre les intérêts de l’éditeur et des héritiers, pas ceux de l’œuvre. Les premiers bénéficiaires de la soi-disant protection des auteurs, ce sont les éditeurs (et les sociétés de gestion de droits). Ce n&#8217;est ni la création, ni la défense de l&#8217;auteur. Une fois mort, l&#8217;auteur, il s&#8217;en fout pas mal.</p>
<p>Alors certes j&#8217;aurais du mal à y renoncer parce que j&#8217;ai envie de transmettre les fruits de ce que je fais. Mais j&#8217;ai conscience que ça n&#8217;a rien d&#8217;une évidence et que les motifs qui sous-tendent ça ne sont que patrimoniaux, ils ne sont pas moraux, artistiques ou que sais-je. Ce que je veux dire c&#8217;est que ce sont des questions qu&#8217;il va bien falloir finir par se poser.</p>
<h2>“Je ne suis pas contre le droit d’auteur.”</h2>
<p>Qu&#8217;on comprenne bien : je ne suis pas contre le droit d&#8217;auteur. Sûrement pas. Sans lui je ne mange plus. C&#8217;est un système habile, intelligent. Mais très vieux et parfois complètement à coté de la plaque.</p>
<p>Je vois pas pourquoi on ne pourrait pas dépouiller, trucider, piller mon œuvre après ma mort. Enfin si quelqu&#8217;un a envie, pour peu que mon œuvre existe encore un peu.</p>
<blockquote><p>Le pillage, la relecture, tout ça nourrit l’art. Toute l&#8217;histoire de l&#8217;art est fondée là- dessus.</p></blockquote>
<div class="answer">Non seulement tu as créé les autres gens sur Internet, mais en plus tu y es assez actif et semble t&#8217;intéresser à de nombreux sujets. Quel est ton rapport au numérique ?</div>
<p>Techniquement, je n’y comprends rien. J’utilise les outils mais je suis terrifié à l’idée d’apprendre. Enfin, terrifié, disons que je n&#8217;ai pas une curiosité terrible vis à vis de tout cet aspect là et que je culpabilise parce que le nouveau discours c&#8217;est <em>&#8220;il faut apprendre à coder, c&#8217;est le nouveau langage, par lui viendra notre libération&#8221;</em> tout ça, tout ça. Donc Il va probablement  falloir que je me décide à me familiariser avec ça, mais pour l’instant je reste pragmatique : je demande aux gens compétents et on se répartit les tâches.</p>
<p>En revanche, tout ce qu’il y a autour m’intéresse, forcément. Parce que j&#8217;y suis né (en tant qu&#8217;auteur, dans le numérique), parce que j&#8217;y ai crée mon projet le plus fou et parce qu&#8217;à cette occasion j&#8217;ai découvert les galères, les peurs, les frilosités et les implications, bien au delà de mon seul domaine.</p>
<div class="answer">Qu&#8217;est-ce qui t&#8217;a fait passer du droit à la bande-dessinée ?</div>
<p>Je gardais en tête, pendant mes études, la phrase : <em>“le droit mène à tout à condition d&#8217;en sortir”</em>, non pas parce que je n&#8217;aimais pas ça, j&#8217;adorais, mais parce que je ne voyais pas ce que j&#8217;allais bien pouvoir y faire, professionnellement. Mais j’ai gardé le goût de la précision et de l&#8217;argumentation&#8230; Sur Twitter ça me conduit à de nombreux tweet-clashs plus ou moins ridicules.</p>
<div class="answer">C&#8217;est utile Twitter ?</div>
<p>Je  suis un convaincu, c’est incroyablement utile. Ça permet d’ouvrir  un peu ses perspectives et de rencontrer des gens intéressants. Ça ne  marche pas à chaque fois, mais c&#8217;est tout de même plus facile. Il y a  des gens qui m’ignorent ouvertement. Et  il y a ceux avec qui je me sens OK pour aller vers le tweetclash ou le  dialogue.</p>
<div id="attachment_109331" class="wp-caption alignnone" style="width: 638px"><img class="size-full wp-image-109331" title="c-Florent-Grouazel-BD-Les-autres-gens-p2--itw-owni-Thomas-Cadene" src="http://owni.fr/files/2012/05/c-Florent-Grouazel-BD-Les-autres-gens-p2-itw-owni-Thomas-Cadene.jpg" alt="" width="628" height="417" /><p class="wp-caption-text">Les autres gens ©Florent Grouazel</p></div>
<p>Et  puis j&#8217;essaie de m&#8217;impliquer dans les débats qui me concerne. Sur le  numérique par exemple. J&#8217;ai ramé mais j&#8217;ai fini par être repéré par  <a href="twitter.com/fleurpellerin" target="_blank">Fleur Pellerin</a> ou <a href="twitter.com/lauredlr" target="_blank">Laure de La Raudière</a> par exemple pendant la  campagne et d&#8217;avoir des échanges intéressants sur ces sujets. En  parlant de la campagne, j&#8217;ai été un peu atterré tant j&#8217;ai trouvé sur les  questions de la création numérique le candidat socialiste trop prudent  et le candidat UMP caricatural et bloqué.</p>
<hr />Illustrations de la BD <em>Les autres gens</em>, via Thomas Cadène. Tous droits réservés.</p>
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		<title>Le bon son qui prend la tête</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 13:35:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thomas Deszpot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Langues]]></category>
		<category><![CDATA[Process éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Reportage]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
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		<category><![CDATA[Sélection]]></category>
		<category><![CDATA[battement binaural]]></category>
		<category><![CDATA[i-dose]]></category>
		<category><![CDATA[i-doser]]></category>

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		<description><![CDATA[Sur AppStore ou sur le Net, des offres de services plus ou moins scientifiques vendent des sons qui éveillent l'appétit sexuel, déstressent, ou facilitent la concentration. La plupart se basent sur le principe des battements binauraux, un phénomène qui permet d'agir sur les fréquences de notre cerveau. À l'avenir, sa maîtrise pourrait connaître des évolutions thérapeutiques.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-110510" title="clef-drogue-numerique-ondes-i-doser-cerveau-concentration-2" src="http://owni.fr/files/2012/05/clef-drogue-numerique-ondes-i-doser-cerveau-concentration-2-e1337184999557.jpg" alt="" width="630" height="418" /></p>
<p>Affichée à 199.95$ (environ 155€), &#8220;Gate of Hades&#8221;, est une dose star. Pour justifier un tel prix, la société <a href="http://www.i-doser.com/">I-doser</a> qui commercialise ce fichier sonore un peu particulier promet d&#8217;<a href="http://www.i-doser.com/storev3/index.php?main_page=product_info&amp;cPath=83&amp;products_id=277">incroyables effets</a>. <em>&#8220;Attendez-vous à des cauchemars, des expériences de mort imminente, à voir apparaître un peur violente&#8221;</em> peut-on lire dans le petit descriptif qui l&#8217;accompagne. À en croire les témoignages d&#8217;utilisateurs, certaines doses entraînent des réactions très intenses. Sur le forum <a href="http://i-doser-x.xooit.com/index.php">i-doser-x</a>, qui rassemble une communauté de 13.000 utilisateurs, certains n&#8217;hésitent pas à raconter leur expérience :</p>
<blockquote><p>Pendant les 3 premières minutes, j&#8217;avais l&#8217;impression de perdre mon temps. Puis d&#8217;un coup, je me vois dans une forêt, en train de marcher et de voir des scènes de ma vie à ma droite et à ma gauche. D&#8217;un coup je m&#8217;envole sur le nuage magique de San Goku [...] c&#8217;est alors que je retombe. Là, je me précipite vers une lumiere blanche et me réveille avec un grand sourire.</p></blockquote>
<p>Andréas est un membre régulier du forum, où la moyenne d&#8217;âge oscille autour de 17 ans. Il a découvert les doses <em>&#8220;il y a trois ou quatre ans, en se baladant sur Internet.&#8221;</em> Cet habitué, qui a développé certaines doses lui-même, a été impressionné par les effets ressentis : <em>&#8220;On pourrait parler d&#8217;un état extatique, j&#8217;ai eu des visions intenses, des formes d&#8217;hallucinations. Les lumières pulsaient, les couleurs bavaient, le tout était accompagné d&#8217;une grande énergie et d&#8217;une grande euphorie.&#8221;</em> Comme lui beaucoup d&#8217;ados tentent l&#8217;expérience et s&#8217;essaient aux différentes doses. Pour s&#8217;en procurer, aucun lien illégal n&#8217;est toléré dans les conversations ou sur le chat, mais il suffit d&#8217;un bref passage sur Google pour trouver son bonheur.</p>
<p>Provoquer des visions ou des sensations à l&#8217;écoute d&#8217;un simple son peut surprendre, mais I-doser ne fait là qu&#8217;exploiter un champ de la science encore peu exploré :<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Battement_binaural"> les battements binauraux.</a> Pour en retrouver les premières traces, il faut remonter en 1839. A l&#8217;époque, c&#8217;est <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Wilhelm_Dove">Heinrich Wilhelm Dove</a>, physicien et météorologiste prussien de son état qui découvre le phénomène. Il les obtient en jouant séparément dans chaque oreille des sons similaires, seulement séparés de quelques hertz. Le cerveau, qui ne perçoit de différence qu&#8217;au-delà de 30Hz d&#8217;écart émet alors ses propres ondes, aux multiples effets sur le corps humain.</p>
<p>Ces effets, il a fallu attendre près de 150 ans avant de les mettre en évidence. Dans les années 1970-1980, des chercheurs américains ont poursuivi les travaux sur le sujet. En combinant de nombreuses fréquences, ils ont réussi à générer quatre types d&#8217;ondes bien distincts, qui produisent chacun des effets particuliers :</p>
<p><strong>&gt;</strong> Les ondes dominantes Bêta : supérieures à 13 Hz et 	qui correspondent à un état d&#8217;éveil, d&#8217;activité</p>
<p><strong>&gt;</strong> Les ondes dominantes Alpha : de 8 à 13 Hz et favorables 	au repos, à la relaxation</p>
<p><strong>&gt;</strong> Les ondes dominantes Thêta : de 4 à 7,5 Hz associées à 	un sommeil léger</p>
<p><strong>&gt;</strong> Les odes dominantes Delta : de 0,5 à 3,5 Hz et typiques 	du sommeil moyen et profond</p>
<p>Pour créer ses doses, I-doser associe donc plusieurs combinaisons de fréquences selon le résultat recherché. Pour que le procédé fonctionne, l&#8217;utilisateur doit bien sûr se munir d&#8217;un casque stéréo, indispensable pour dissocier les sons.</p>
<p>Devenu un phénomène de mode, les battements binauraux laissent perplexe une bonne partie de la communauté scientifique. Auteure d&#8217;un <span style="text-decoration: underline"><a href="http://www.memoireonline.com/01/07/325/m_sons-binauraux-effets-cliniques-et-neuropsychologiques1.html#_Toc144799237">mémoire</a></span> sur le sujet en 2006, la psychologue clinicienne Brigitte Forgeot a voulu en prouver l&#8217;efficacité, avec des résultats probants à la clef. Pour effectuer ses tests, elle a utilisé un simple logiciel permettant de générer des sons binauraux :</p>
<blockquote><p>Lors de mes recherches, je me suis concentrée sur les ondes Alpha. J&#8217;ai pu constater de nets effets sur la tension ou la concentration. Les perspectives thérapeutiques sont énormes : pour le traitement de l&#8217;insomnie par exemple. Après 6 semaines d&#8217;écoute, les troubles du sommeil chez certains patients ont été résorbés.</p></blockquote>
<p>Si la psychologue n&#8217;hésite pas à utiliser cette méthode avec ses patients, il reste beaucoup de travail pour la démocratiser. Souvent comparée à une <em>&#8220;drogue numérique&#8221;</em>, elle peine à se faire une place dans la médecine traditionnelle. La faute peut-être à certaines doses récréatives proposées par les entreprises spécialisées, qui se vantent de reproduire les effets de la marijuana ou du crack.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-110509" title="drogue-numerique-ondes-i-doser-cerveau-concentration-1" src="http://owni.fr/files/2012/05/drogue-numerique-ondes-i-doser-cerveau-concentration-1-e1337185179526.jpg" alt="" width="630" height="420" /></p>
<p>Le terme <em>&#8220;drogue numérique&#8221;</em>,  Brigitte Forgeot le trouve <em>&#8220;farfelu&#8221;</em>. Selon elle, <em>&#8220;il s&#8217;agit surtout d&#8217;un effet marketing pour susciter la curiosité des utilisateurs&#8221;</em>. Et d&#8217;ajouter : <em>&#8220;il n&#8217;y a aucun phénomène de dépendance, et théoriquement pas de risque puisqu&#8217;il s&#8217;agit simplement de faciliter la production de certaines ondes par notre cerveau.&#8221;</em></p>
<p>Si elles ne présentent pas de danger apparent, les doses vendues par les sociétés spécialisées représentent un commerce fructueux. Proposées à des tarifs compris entre 2.5 et 200$, elle sont allègrement crackées. Leur prix d&#8217;autant plus exorbitant que la conception d&#8217;une dose est relativement aisée, une fois quelques règles de base assimilées. Des détournements qui n&#8217;inquiètent pas les leaders du marché : dans une<a href="http://www.binauralblog.com/?p=174"> interview</a> donnée fin 2010, le président d&#8217;I-doser revendiquait plusieurs dizaines d&#8217;employés et un million de téléchargement de son logiciel.</p>
<hr />Illustrations par <a href="https://secure.flickr.com/photos/ejpphoto/5218779814/in/faves-nuridao/">EJP Photos [CC-byncsa]</a> et <a href="https://secure.flickr.com/photos/wwworks/2267564159/in/faves-nuridao/">Woodelywonderworks [CC-by]</a></p>
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		<title>Bienvenue au festival du film bidouillé</title>
		<link>http://owni.fr/2012/05/21/bienvenue-au-festival-du-film-bidouille/</link>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 09:15:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Adrien Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Cultures numériques]]></category>
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		<description><![CDATA[Les festivals de Cannes et d'ailleurs célèbrent un cinéma organisé, codé. Mais des profondeurs du Net monte une autre façon de construire des fictions animées. Les "machinimas", contraction de machine, animation et cinéma. Avec les moteurs 3D des jeux vidéo pour héritage spirituel. Jimmy Wales, dans le rôle du gourou, annonce leur avènement sous peu. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-110233" title="machinimas-not-hollywood-video-games-1" src="http://owni.fr/files/2012/05/machinimas-not-hollywood-video-games-1.jpg" alt="" width="630" height="430" /></p>
<p>Au mois d&#8217;avril dernier, lors d&#8217;une conférence tenue à Genève, le cofondateur de Wikipédia Jimmy Wales a prédit <a href="http://www.wired.com/epicenter/2012/04/wales-hollywood-doomed/">la fin prochaine d’Hollywood</a>. Non pas à cause du piratage, mais parce que selon lui,</p>
<blockquote><p>les outils collaboratifs pour raconter des histoires et réaliser des films  vont faire à Hollywood ce que Wikipédia a fait à l&#8217;Encyclopedia  Britannica.</p></blockquote>
<p>À l&#8217;entendre, cette révolution serait en germe par l&#8217;entremise des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Machinima">machinimas</a>,  ces objets filmiques un poil immatures et sur lesquels Hollywood n’a  pas encore beaucoup lorgné. Les machinimas, ce sont des films réalisés à  l’aide d’un moteur 3D temps réel de jeu vidéo. Décors, personnages,  caméra&#8230; les moteurs de jeux offrent en effet tous les outils de  production pour raconter des histoires en vidéo, sans plateau ni  acteurs.</p>
<h2>GTA</h2>
<p>La  création amateur de films grâce aux outils 3D est une vieille histoire.  Dans les années 1980, des hackers créent de petites séquences 3D à  l’aide de moyens très réduits, et qu’on découvre en introduction à des  programmes dont ils crackent la protection contre la copie. C’est la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sc%C3%A8ne_d%C3%A9mo">scène demo</a>. Mais les vrais ancêtres des machinimas sont probablement les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Speedrun">speedruns</a>, ces vidéos <a href="http://www.youtube.com/watch?v=_8LbrAYVrEw">de parties de jeu vidéo terminées dans un temps record</a>.  Un <em>speedrun</em> demande à son auteur des mois ou des années de persévérance  pour gagner de précieuses secondes et disposer enfin d’une vidéo qui  établisse un record. En effectuant des centaines de prises pour n’en  garder qu’une seule qu’il montrera à son public, le <em>recordman</em> devient  réalisateur, et le personnage qu’il dirige à l’écran, son acteur.</p>
<p><a href="http://owni.fr/2012/05/21/bienvenue-au-festival-du-film-bidouille/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=qSeYivHZpB8">Disney Animation Studio</a> sur Amiga et surtout le jeu <a href="http://www.youtube.com/watch?v=T0YcO25-tKU">Stunt Island</a> proposent, dès le début des années 1990, de <a href="http://www.youtube.com/watch?v=FxBCCcc_HaY">mettre en scène et d’enregistrer des films dans un environnement virtuel</a>. Mais l’Histoire ne retiendra qu’une petite vidéo de 1996, basée sur le jeu <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Quake">Quake</a>, comme le premier machinima à proprement parler. Intitulée <a href="http://www.youtube.com/watch?v=uSGZOuD3kCU">&#8220;Diary of a Camper&#8221; </a>,  ultra-courte, au script minimaliste et à peine compréhensible pour les  non-gamers, c’est cependant la première fois qu’un simple enregistrement  d’une partie de FPS (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/First_person_shooter">First Person Shooter</a>)  est détourné de son but original pour raconter une histoire. Comme pour  les films muets, les dialogues sont affichés à l’écran grâce au  détournement du chat intégré au jeu.</p>
<p>La pratique est vite imitée par la communauté des joueurs de FPS. L’arrivée de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Quake_2">Quake 2</a>,  qui permet de changer la caméra sur une séquence déjà enregistrée,  encourage encore un peu plus ces fanarts qu’on appelle encore des Quake Movies.</p>
<p>Le mot machinima, contraction de “machine”, “animation” et “cinéma”, ne remplacera Quake Movie qu’en 2000 lors de la création d’un <a href="http://www.machinima.com/">portail Internet dédié</a>.  Jusqu’alors sous-culture de hardcore gamers, la pratique cesse d’être  l’apanage des FPS, et les créations commencent à fleurir sur Internet.  La série ultra-cinématographique des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/GTA3">Grand Theft Auto en 3D</a> apparue en 2001, avec son inspiration très hollywoodienne et ses  immenses villes américaines virtualisées, constitue un terrain de jeu  rêvé pour imiter le cinéma. De plus en plus de jeux se mettent à  intégrer de véritables outils dédiés à la création de séquences, comme  le très populaire <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Sims_2">The Sims 2</a>. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/The_movies">The Movies</a>, sorti en 2005, a même pour but la gestion d’un studio de cinéma et la réalisation de petits films.</p>
<h2>Cinéaste geek</h2>
<p>Pourtant,  le processus de production d’un machinima peut être bien éloigné de  celui d’un film. Les machinéastes ont ainsi deux méthodes, suivant les  possibilités offertes par le moteur du jeu et le but recherché :</p>
<p>-  Ils peuvent créer un machinima “en temps réel”. Dans ce cas, comme dans  un film classique, il y a tournage. Des joueurs réels contrôlent chacun  un personnage, qui sont autant d’acteurs. Ils peuvent enregistrer des  dialogues pendant le tournage à l’aide des casques-micros qu’ils  utilisent pour les parties multijoueurs, ou bien ceux-ci peuvent être  ajoutés en post-production. Un autre joueur tient alors le rôle du  caméraman. Le point de vue de son personnage est enregistré sur le  disque dur et constituera le rush du film, pour être éventuellement  monté plus tard.</p>
<p>Cette  méthode collaborative s’apparente à la fois à un tournage de cinéma et à  une partie de jeu vidéo, et laisse place à l’improvisation. Elle  est par ailleurs <a href="http://www.passeursdimages.fr/Les-machinimas-Expression">un excellent outil d’apprentissage </a>des  métiers du cinéma puisqu’elle passe par les mêmes procédés que la  production d’un film : écriture, direction d’acteurs, prise de vue,  montage&#8230; Voici un exemple de machima tourné en temps réel, issu d’une célèbre série :</p>
<p><a href="http://owni.fr/2012/05/21/bienvenue-au-festival-du-film-bidouille/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
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<p>-  La création machinimatographique peut aussi s’affranchir d’un tournage  pour être entièrement scriptée. Les personnages comme la caméra  obéissent alors aux actions, aux changements de points de vue et aux  trajets programmés dans un script informatique qui peut être le fruit  d’une collaboration en ligne comme celle d’un seul machinéaste. Et grâce  à ces scripts qui décrivent le film, il n’y a pas de rush : il suffit  du moteur du jeu et du script pour lire la séquence. Donnant des  résultats souvent plus aboutis et spécifique au machinima, cette méthode  peut bien entendue être combinée au tournage en temps réel. <a href="https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&amp;v=B4pelV-y5Vw" target="_blank">Voici un machinima scripté utilisant le moteur d’Unreal Tournament.</a></p>
<h2>Bientôt des machinimas dans les salles obscures ?</h2>
<p>Il n’en fallait pas plus pour que des artistes contemporains s’emparent de cette <a href="http://www.digicult.it/digimag/article.asp?id=679">nouvelle forme de création</a>, à l’instar de l’américain <a href="http://www.eddostern.com/">Eddo Stern</a>. En France, on peut citer <a href="http://www.fredericnakache.com/index.php?L=0&amp;N=4&amp;C=4&amp;A=12">Frederic Nakache</a>, <a href="http://www.benjaminnuel.com/">Benjamin Nuel</a> ou encore Alex Chan, avec ses machinimas “<a href="http://www.youtube.com/watch?v=stu31sz5ivk">French Democracy</a>”  et “World of Electors”, respectivement sortis à l’occasion des émeutes  de banlieue de 2005 et de l’élection présidentielle de 2007. Tous ont  sans aucun doute contribué à faire du machinima un moyen d’expression  plus complet.</p>
<p><a href="http://owni.fr/2012/05/21/bienvenue-au-festival-du-film-bidouille/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
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<p>Les  meilleures oeuvres amateurs sont récompensées dans des festivals selon  des catégories très proches de celles du cinéma : meilleure  réalisation, meilleure bande son et même&#8230; meilleur rôle ! C’est l’<a href="http://www.machinima.org/">Academy of Machinima Art and Science</a>, créée en 2002 aux États-Unis, qui organise le tout premier <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_machinima_festivals">festival de machinimas</a>. D’abord éclipsé par les conférences sur <a href="http://www.wegame.com/">le jeu</a> vid<a href="http://beta.xfire.com/">éo qu</a>i les héberge, il essaime finalement d’<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_machinima_festivals">autres festivals</a> comme le <a href="http://www.machinima-expo.com/">Machinima Expo</a>.</p>
<p>Pour l&#8217;heure,  l’industrie du cinéma semble n’avoir jeté qu’un oeil timide vers la  scène machinima. Steven Spielberg a bien utilisé le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/UnrealEngine">moteur du jeu</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Unreal_Tournament">Unreal Tournament</a> pour préparer le tournage de son film I.A.. On a vu, ça et là, des machinimas issus de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Second_life">Second Life</a> dans des téléfilms. Les plans aériens de Los Angeles dans <a href="http://www.imdb.com/title/tt0369339/">Collateral </a>(2004) semblent clairement inspirés par les vues omnipotentes des machinimas de GTA, et la séquence en vue FPS de <a href="http://www.imdb.com/title/tt1250777/">Kick Ass</a> (2010) en est un hommage encore plus évident. Mais la plus célèbre  utilisation d’un machinima par l’industrie hollywoodienne n’est sans  doute que celle de l’<a href="http://www.south-park.me/episode-1008-make-love-not-warcraft/">épisode mythique de South Park consacré à World of Warcraft</a>.  Car si la scène machinima est de plus en plus poreuse aux autres arts,  elle ne reste encore aujourd’hui qu’un prolongement du jeu vidéo. Pour peu de temps encore.</p>
<hr />
illustration capture d&#8217;écran par <a href="https://secure.flickr.com/photos/isfullofcrap/5814275221/in/faves-nuridao/">Laurence Simon (CC-by)</a></p>
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