Apprendre est un état d’esprit

Le 7 février 2011

Les dons innés n'expliquent pas à eux seuls la capacité que nous avons à apprendre. Les émotions et notre rapport au processus d'apprentissage jouent aussi un rôle.

Quelle nouvelle chose avez-vous apprise dernièrement ? Une langue, un sujet particulier, une compétence physique, artistique ?

D’où l’impulsion vous est-elle venue ? Souci d’arrondir votre pratique professionnelle ? Volonté de développer une nouvelle facette de votre personnalité ?

Une fois l’apprentissage commencé, l’envie est-elle restée ? Avez-vous continué malgré les difficultés -inévitables dans la maîtrise d’une compétence-, ou avez-vous abandonné ?

Pourquoi ?

Ces questions restent non seulement pertinentes, mais sont essentielles, lorsqu’on réfléchit à la maîtrise de compétences dispensées par l’école : comment motiver les élèves ? Comment leur donner, et leur faire conserver l’envie d’apprendre –une question au cœur de la prévention du décrochage scolaire ?

Dans l’article publié par l’OCDE Motivation et émotion : deux piliers de l’apprentissage en classe [pdf], Monique Boekaerts, de l’université de Leyde, lie directement la motivation de l’apprenant à ses émotions : la motivation d’un apprenant à mener à bien une tâche dépend des émotions qu’il associe à la matière. Avoir une affinité naturelle pour le sujet est important, mais ce n’est qu’un point de départ : à cela s’ajoute la perception que l’élève élabore de ses échecs et de ses réussites dans cette matière, tout au long de sa scolarité. Et cette perception, il ne l’élabore pas seul : ses enseignants successifs y contribuent également.
La recherche montre qu’un élève qui a tendance à expliquer un échec par une cause externe -« J’ai raté parce qu’il faisait trop chaud », « On n’avait pas assez de temps » « Je n’avais pas assez travaillé »-  est plus susceptible de se remettre de cet échec qu’un élève qui lui impute une cause interne -« J’ai raté parce que je ne comprends pas, parce que je ne suis pas bon. »
Fait intéressant : la recherche montre que l’attribution causale interne est dommageable également lorsqu’il s’agit d’expliquer une réussite [en].

« Le point crucial ne réside pas dans la capacité, mais dans la façon dont vous appréhendez cette capacité »

Carol Dweck [en], professeure de psychologie à l’université de Standford, travaille depuis plusieurs décennies à mettre à jour les caractéristiques mentales associées à l’échec et à la réussite en apprentissage ; ses recherches l’ont amenée à dégager deux types de « mentalité » (« mindset ») selon lesquelles nous interprétons nos capacités : une mentalité fixe (« fixed mindset ») et une mentalité perfectible (« growth mindset ») [en] : « La recherche montre que le point crucial ne réside pas dans la capacité, mais dans la façon dont vous appréhendez cette capacité (…) »

Si vous la voyez comme quelque chose d’inhérent, un « don » (fixed mindset), vous aurez alors tendance à moins y travailler – l’effort, c’est bon pour les gens qui ne sont pas doués ! De là, si vos performances commencent à baisser, vous aurez tendance à ignorer vos erreurs, car à la lumière de cette mentalité, elles menacent non ce que vous faites, mais ce que vous êtes. Pour un élève, une « mentalité fixe » se traduira par l’abandon aux premiers échecs, ainsi qu’une propension à plus tricher aux examens.

Si par contre vous envisagez vos capacités comme quelque chose qui peut être développé (growth mindset ), échouer n’est pas ressenti comme une menace envers votre identité : l’échec est une information qui vous permet de mieux développer des stratégies de réussite.

Dans un article de 1975, qui reste le plus cité de la psychologie contemporaine, Dweck décrit l’expérience [pdf, en] qu’elle a menée dans une classe de primaire, auprès d’élèves présentant une mentalité fixe :  « S’ils tombaient sur une série de problèmes de math qu’ils ne pouvaient résoudre, ils ne pouvaient plus non plus résoudre des problèmes qu’ils avaient résolus auparavant, et ce pendant des jours. À travers une série d’exercices, les expérimentateurs entraînèrent la moitié de ces élèves à attribuer leurs échecs à des efforts insuffisants –et à réussir. Le groupe contrôle, quant à lui, ne montra aucune amélioration. (…) Ces résultats, dit Dweck, appuient totalement l’idée que les attributions (causales) sont une composante-clé de la maîtrise d’une compétence.” » (traduction de l’auteur)

Une des plus émouvantes expériences de l’histoire de l’éducation

À la lumière de ce modèle psychologique, j’ai revisité une expérience qui reste pour moi une des plus émouvantes de l’histoire de l’éducation : celle de Jane Elliott [en]. Au lendemain de l’assassinat de Martin Luther King, Elliott, enseignante d’une petite ville blanche de l’Iowa, décide de donner à ses élèves une leçon de tolérance. Mais comme la tolérance n’est pas une leçon à apprendre, mais un état à ressentir, Elliott décide de faire ressentir à ces enfants blancs ce que c’est d’être catégorisé a priori en fonction d’une caractéristique physique à laquelle vous ne pouvez rien : elle divise sa classe en « yeux bleus » et « yeux marron ». Elle explique à ses jeunes élèves (8-9 ans) qu’on allait jouer au jeu de la discrimination, et qu’aujourd’hui, on allait discriminer les yeux marron : les yeux marron, c’était prouvé, n’étaient pas très intelligents. Et de fait, durant toute la journée, Elliott met en avant, à chaque occasion, les fautes que font les « yeux marron», elle insiste sur leur rôle dans les disputes, si infimes soient-elles. En moins d’une heure, ce qui était au départ une classe harmonieuse se transforma en un microcosme raciste ; les « yeux bleus » affichant tous les indices de la discrimination : arrogance, moqueries, insultes envers leurs amis d’hier.
Le lendemain, Elliott poursuivit l’expérience en inversant les rôles : tout se répéta, cette fois-ci aux dépens des « yeux bleus ». Et finalement, l’enseignante termina l’expérience en revenant, avec sa classe, sur ce que chacun avait éprouvé lorsqu’ils étaient l’objet de la discrimination ; tous exprimèrent, dans leurs mots et leurs gestes, l’intense désarroi ressenti. Cette expérience imprima en eux une réaction viscérale durable contre toute forme de ségrégation.

Durant l’expérience, Elliott remarqua également un changement totalement inattendu : les performances scolaires du groupe discriminé s’effondrèrent.

Si l’on regarde cette expérience selon l’angle « fixed vs growth mindset », Elliot instille clairement chez ses « discriminés » une  mentalité fixe  vis-à-vis d’eux-mêmes (En ce qui concerne le groupe « valorisé », les choses sont moins claires : de manière intéressante, Elliott se focalise sur la dévalorisation d’un groupe et ne valorise donc qu’indirectement la supériorité intrinsèque de l’autre groupe).

Le plus court chemin vers l’égalité des chances

La leçon de tolérance d’Elliott montre –tout-à-fait incidemment- à quel point l’attitude de l’enseignant vis-à-vis d’un élève peut influer sur les performances scolaires, indépendamment de la qualité du contenu enseigné, puisqu’ici, l’enseignante était la même.
Et au-delà des performances, l’attitude de l’enseignant  pèse sur la vision qu’un élève aura de lui-même et sur la lecture qu’il fera du monde.
Dans le quotidien scolaire, cela s’opère en touches subtiles et sans doute largement inconscientes ; le prof choisira-t-il de dire : « Excellente note, tu es vraiment douée ! » ou « Tu as dû vraiment bien travailler ton sujet ! » ? Choisira-t-il de valoriser la performance pure –celle que la note d’interrogation retient exclusivement – ou l’effort envers et contre tout, l’acharnement malgré les déceptions, la recherche de nouvelles stratégies, le fait de choisir volontairement des tâches difficiles, le fait de s’améliorer ?

Nos réflexions trahissent nos valeurs. Et nos valeurs ne nous sont pas forcément conscientes. Pourtant, ces valeurs laisseront une trace tangible sur ceux que nous éduquons.

Plus nous avancerons dans l’intégration des technologies à l’école, et plus le rôle d’enseignant glissera de celui de transmetteur de savoir à celui de facilitateur. Internet donne accès à tout le savoir du monde, mais pour le reste… S’assurer que l’apprenant possède une vision perfectible de soi,  un « growth mindset », devrait faire partie du mandat de l’école ; dans une économie de la connaissance, cela est certainement le plus court chemin vers l’égalité des chances.

Images CC Flickr SweetGirl81 Rishi Menon aaron schmidt

Laisser un commentaire

  • Fwedc le 7 février 2011 - 12:11 Signaler un abus - Permalink

    Excellent Article !
    On peut faire le lien avec le concept de “signe de reconnaissance” ou “Strokes” en anglais développé en analyse transactionnelle.
    Pour en savoir plus ma petite contribution ici :
    http://rhevolution.wordpress.com/2008/11/11/le-pouvoir-des-fleurs/

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Lydia le 7 février 2011 - 16:42 Signaler un abus - Permalink

    Je trouve intéressant ce que vous dites quant à la tendance de certains étudiants à tricher suite aux premiers échecs. Mais à ce propos je me demande si ce n’est pas aussi à cause du fait qu’il est de plus en plus facile à l’heure actuelle de tricher. C’est ça le vrai état d’esprit ! Il suffit de penser à internet, à combien de tentatives de partager un savoir en publiant un mémoire ou autre sorte d’étude deviennent une source comme une autre pour tricher et ne pas travailler. En tant qu’enseignante je sens de ne rien y pouvoir et cela me déprime.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 7 février 2011 - 17:18 Signaler un abus - Permalink

    @FWEDC

    Merci !
    Lien intéressant : effectivement, l’idée de « stroke », ou Signe de Reconnaissance, s’enracine, comme l’idée de « mindset », dans les émotions, ces émotions étant induites par une relation. Il me semble cependant que la différence majeure entre les deux est que la notion de SDR vise à modéliser comment se négocie une *relation*, alors que celle de « mindset » décrit la négotiation d’un *savoir*.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 7 février 2011 - 17:40 Signaler un abus - Permalink

    @Lydia
    Il est certain qu’Internet facilite le plagiat et la tricherie. Dans le contexte de cet article, le fait intéressant est que les tricheurs sont plus nombreux dans le groupe des « fixed mindset » que dans celui des « growth mindset ».
    Je trouve ceci particulièrement intéressant parce qu’ici, on touche du doigt le pourquoi du plagiat et de la tricherie. Le fait de constater que ces tendances sont à la hausse, comme le font la majorité des recherches sur la question, n’aide en rien le corps enseignant. Il leur serait bien plus profitable de savoir les raisons qui poussent un élève à tricher. J’y ai réfléchi ici ( http://owni.fr/2010/07/28/le-plagiat-dans-la-culture-du-partage/ ) et j’attends avec impatience qu’une recherche qualitative vienne guider la pratique.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Fwedc le 7 février 2011 - 18:03 Signaler un abus - Permalink

    @Emmanuelle :
    Merci de même !
    La relation que l’on peut faire entre le “Mindset” et les “strokes”, se trouve résumé dans cette phrase : “La leçon de tolérance d’Elliott montre –tout-à-fait incidemment- à quel point l’attitude de l’enseignant vis-à-vis d’un élève peut influer sur les performances scolaires, indépendamment de la qualité du contenu enseigné.”
    C’est souvent grâce à l’autre (l’enseignant) qu’on apprend. Et son positionnement, son savoir-être va influencer sur le mindset de l’enseigné(au même titre que la façon dont nous avons été élevé, éduqué par nos proches).
    Pour moi, le mindset d’un humain et donc sa capacité à apprendre va être conditionné à la manière dont il a perçu les strokes depuis sa plus tendre enfance, une sorte de pré-modélisation en quelque sorte.
    Les outils de développement personnels comme la PNL, l’analyse transactionnel et bien d’autres, vont permettre à celui qui souffre de ce positionnement, de pouvoir le faire évoluer. Pour moi rien est figé.
    De plus, la formation des enseignant à ces outils, permettrait d’améliorer la communication avec les enseignés et donc, de favoriser encore plus l’égalité des chances et le “Growth mindset” …

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 7 février 2011 - 19:16 Signaler un abus - Permalink

    @FWEDC

    Oui, tout-à-fait ! Et votre explication est limpide :)

    Une question reste en suspens : le ‘mindset’ est-il quelque chose qui se détermine entièrement socialement, ou bien est-il également une construction individuelle ?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • fwedc le 7 février 2011 - 19:40 Signaler un abus - Permalink

    @Emmanuelle :
    c’est pour moi une construction individuelle basée sur la perception que nous avons du social (du monde qui nous entoure) depuis notre naissance …
    En PNL on dirait que nous avons tous notre propre “carte du monde” qui s’est construite par nos observations, nos interprétations du monde,(des strokes entre autres) et les croyances qui en ont découlé.
    La carte n’étant pas le territoire (Palo Alto) on peut toujours revenir sur ces croyances qui nous limitent ou non, si toutefois on veut évoluer ou pas ;-)
    Chacun a le choix !!

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 7 février 2011 - 20:30 Signaler un abus - Permalink

    @Fwedc
    J’ai tendance à avoir la même vision. Mais j’ajouterais au social le niveau culturel ; un site excellent là-dessus est worldvaluesurvey.org ; la recherche présentée ici (http://www.worldvaluessurvey.org/wvs/articles/folder_published/article_base_54) montre que les valeurs (du point de vue politique, économique, social) se rangent selon deux dimensions dominantes :
    - l’axe “Survival/Self-expression” : aux deux poles de cet axe on trouve respectivement les sociétés économiquement précaires, preoccupées de leur survie, et les sociétés post-industrielles, intéressées par l’auto-expression et la realization de son plein potentiel.
    - “Traditional/Secular-rational : aux deux pôles de cet axe, on trouve les sociétés où la religion est très importante, et celle pour laquelle elle ne l’est pas. Les sociétés à religion forte donnent une grande importance aux valeurs familiales, au respect de l’autorité, rejettent le divorce, l’avortement, l’euthanasie et le suicide.

    Les parties gauches des deux axes me semblent décrire des sociétés propices au type « fixed », alors que les parties droites évoquent plus le type « growth ».
    Mais là, ce ne sont que mes propres spéculations ;)

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • fwedc le 7 février 2011 - 22:02 Signaler un abus - Permalink

    @Emmanuelle :
    Très intéressant ce tableau !
    http://rhevolution.wordpress.com/2010/12/08/developpement-durable-humain/besoins/
    Ce tableau répertorie les besoins humains d’une autre façon que la pyramide de Maslow.
    Il me parait important, en rapport avec vos “propres spéculations” (que je trouve très pertinentes !) de voir que le niveau de confort est en relation avec la manière dont on aborde le Mindset.
    Que ce soit au niveau individuel ou collectif (sociétal), les enjeux sont les mêmes.
    Tant qu’on n’a pas le niveau de vie nécessaire à satisfaire tous ces besoins, on est près à croire qu’il n’est pas de notre ressort de satisfaire ces derniers…
    Ce phénomène de sur-adaptation amène à la culpabilité d’être tel qu’on est … (stroke inconditionnel négatif) et amène à tous les extrêmes qu’on connait aujourd’hui.

    Et on laisse le choix à d’autres de choisir pour nous … religions à la place de spiritualité, etc… On devient dépendant d’un système pour ne plus croire en sa propre responsabilité à changer celui-ci …
    Heureusement, et le nouveau paradigme du Web permet de s’en rendre compte, tant qu’on peut avoir un accès internet et une éducation, les humains se réunissent sur un nouveau paradigme… Qui n’est plus celui de “c’est la faute des autres si on ne vit pas bien”. Mais qu’il est de la propre responsabilité de chacun pour créer un monde meilleur.
    A nous de donner le meilleur, tant dans l’éducation que dans sa vie quotidienne pour bouger les lignes …
    Et bougeons pour le meilleur dans l’éducation des notre (dans nos pays respectifs) et pour améliorer ceux qui le désirent !

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • elarips le 8 février 2011 - 8:56 Signaler un abus - Permalink

    Donc :

    “Il n’existe pas de mauvais élèves, il n’y a que des mauvais enseignants. “

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Alice le 8 février 2011 - 10:34 Signaler un abus - Permalink

    Joli article. Merci.

    Première remarque
    Cependant, je m’interroge : pourquoi ces réflexions, qui apparemment ne datent pas d’hier, n’arrivent pas à ‘passer’ dans les pratiques de l’enseignement de façon plus répandue et générale?

    Autre remarque (un peu plus loin du sujet, quoique…)
    De l’évolutionisme de comptoir.

    Dans les questionnements sur l’apprentissage, j’aime bien repenser à nos premiers apprentissages. A un moment de notre vie on a appris à marcher et à parler. Cela nous a demandé un énorme effort. Quel que soit le contexte (valorisant ou pas, accompagnant ou pas), les enfants apprennent à marcher et à parler…Quel est le moteur de l’apprentissage ?… C’est une histoire de survie, tout simplement.
    Et dans les processus de survie de notre espèce il y a la notion de plaisir. Tous les mécanismes liées (aujourd’hui ou dans notre histoire évolutive) à notre survie (en tant qu’individu ou en temps qu’espèce) sont accompagnés de stimuli de d’alarme, mais surtout de réponses-plaisir (manger, faire l’amour, entretenir des relations sociales, apprendre). C’est cette recherche du plaisir qui nous rend capable de dépenser plein d’énergie pour accomplir ce qu’il faut.

    Apprendre, comprendre quelque chose ça déclenche chez les tous petits (enfin, chez ceux que je connais) un grand sourire, voire un éclat de rire … Comment en arrive-t-on à perdre cette satisfaction là? Et comment la faire re-découvrir à ceux qui l’on perdue (quel que soit leur âge)?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • le 8 février 2011 - 18:46 Signaler un abus - Permalink

    Effectivement c’est un phénomène que l’on connait depuis longtemps. Que l’on nomme aussi prophétie auto-réalisatrice ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Proph%C3%A9tie_auto-r%C3%A9alisatrice ), ou effet Pygmalion ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Pygmalion ).

    Pour résumé, il suffit qu’un professeur ai un a priori négatif envers ses élevés, pour que les résultats des élèves soient plutôt négatifs.
    Un prof que l’on affecte par exemple dans une école dites sensible” (en banlieue) engendrera involontairement des résultats négatifs du fait de son a priori envers ce type d’école, l’effet sera inverse si on l’affecte dans une école réputé avoir de bon élèves, d’où le nom prophétie auto-réalisatrice.

    Les futurs professeurs devraient être mis au courant de ces phénomènes et les prendre en compte.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 9 février 2011 - 16:32 Signaler un abus - Permalink

    @elarips

    « Il n’existe pas de mauvais élèves, il n’y a que des mauvais enseignants »
    Hum… cette déclaration est un flagrant délit de « fixed mindset » envers les enseignants ;)
    Je pense que le problème réside dans la formation initiale des enseignants : en France, les futurs profs sont formés à maîtriser une matière –pas une classe.
    De là, peut-on s’attendre à ce qu’ils soient au fait de la dynamique d’un groupe, ou sensibilisés aux développements de la recherche en psychologie de l’éducation ?
    Il n’existe pas de mauvais élèves, ni de mauvais enseignants. Il n’y a que de mauvais enseignements – et là-dessus, l’amélioration est possible.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 9 février 2011 - 16:34 Signaler un abus - Permalink

    @Alice

    Vous reprenez quasiment mot pour mot un argument intuitif que j’ai moi-même bien souvent évoqué : à l’entrée en maternelle, la maîtrise de la marche bipède et des rudiments de la langue maternelle affichent un taux de réussite avoisinant les 100 %. Alors, qu’est-ce qui se passe ensuite ?

    Selon Steven Pinker ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Steven_Pinker ), et pour le langage tout du moins, nous sommes physiologiquement programmés pour atteindre un niveau adéquat de maîtrise de la langue. Pour le cerveau, « adéquat » veut dire que l’effort mis pour atteindre ce niveau est égal à l’avantage que cela présente pour notre (sur)vie.
    Le niveau de compréhension de la langue requis par l’école va au delà du « niveau adéquat ». Un bébé apprend sa langue maternelle parce qu’il est programmé pour ; un enfant, un ado apprend la grammaire, la rédaction, etc. si il en voit l’intérêt.
    Et vous avez raison : l’intérêt majeur reste le plaisir. Un mot qu’on ne trouve pas souvent dans un curriculum scolaire.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 9 février 2011 - 16:35 Signaler un abus - Permalink

    @jé

    Le « fixed vs growhth mindset » est différent de l’effet Pygmalion :

    Effet Pygmalion :
    Ceux qui sont vus comme bons par leur enseignant résussissent. Ceux qui sont vus comme mauvais, échouent.

    Mindset :
    Ceux qui voient (ou dont les enseignants voient) leurs capacités comme innées (Fixed mindset : je suis bon, je suis mauvais) échouent.
    Ceux qui voient (ou dont les enseignants voient) leurs capacités comme le fruit d’un contexte (Growth mindset : j’ai réussi/raté parce que j’ai fait x ou y) réussissent.

    Il est possible qu’il vaille mieux, dans le contexte d’un « fixed mindset », être vu comme bon que comme mauvais (c’est ce que l’Effet Pygmalion semble indiquer), mais la recherche de Dweck montre qu’à terme, c’est la façon dont vos capacités sont expliquées qui compte.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Vincent le 11 février 2011 - 7:44 Signaler un abus - Permalink

    J’ai appris des choses très intéressantes : rôle de l’opinion de soi même sur nos performances, deux expériences frappantes, la notion de capacité innées/évolutives, l’usage qui en est fait quasiment inconsciemment dans l’attitude des institutions vis à vis des différents groupes sociaux.

    Il y en a d’autres comme cela ?

    Il serait intéressant d’avoir une mesure de l’influence de ce facteur sur les performances des élèves (10%, 90% ?) afin d’envisager son importance pratique (il y a sans doute d’autres facteurs importants).

    Enfin, à la lecture il m’est venu à l’idée que la notion de compétence innée se rattache spontanément à l’image que l’on a de soi même. Ainsi, accepter que notre destin puisse dépendre de facteurs externes, même si cela est facile à comprendre, n’est pas agréable et donc pas spontané et doit donc faire l’objet d’un effort sur soi même qu’une éducation adéquate favorisera grandement.

    La question est de tirer parti de cette séduisante idée dans la pratique scolaire. Quelqu’un réagissait à l’article en évoquant les établissements en zone difficile. C’est effectivement un cas où d’autres facteurs du déterminisme social pèsent lourdement entre tous les acteurs.
    Mais cette idée pourrait peut-être constituer un outil très utile dans le “kit de survie” de l’enseignement en milieu difficile.
    Avons nous des lieux, chercheurs, structures capables d’évaluer de telles idées et de les pousser dans la pratique quotidienne ?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 11 février 2011 - 19:55 Signaler un abus - Permalink

    @Vincent

    « Avons nous des lieux, chercheurs, structures capables d’évaluer de telles idées et de les pousser dans la pratique quotidienne ? »
    Cette question que vous posez est non seulement intéressante, mais cruciale.

    Quelles sont les recherches en éducation directement applicables dans la salle de classe ?
    Où les trouver ?
    Pourquoi de telles recherches ne sont-elles pas connues et utilisées (Cf. commentaire d’@Alice) ?
    Comment les enseignants, ceux qui sont en contact avec les réalités du terrain, pourraient-ils influer sur les développements de la recherche en éducation ?

    C’était exactement l’objet du #ClavEd de mercredi dernier, sur Twitter (ClavEd = « clavardage » ou chat sur l’éducation) –c’est vous dire si ce thème est au centre des préoccupations enseignantes !
    Je pense personnellement que des sites comme Quora peuvent servir de plateforme entre chercheurs et praticiens ; et en prolongement du #ClavEd, notre groupe Twitter est en train de réfléchir à un blogue communautaire éducatif qui rassemblerait la recherche pertinente déjà menée en éducation, et pousserait la réflexion en développant d’autres pistes de recherche auxquelles les enseignants voudraient avoir des réponses.

    Vous pouvez (tous) vous joindre à la conversation sur Twitter (#ClavEd tous les mercredis : http://claved.posterous.com/pages/quest-ce-que-le-claved)

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Emmanuelle Erny-Newton le 14 février 2011 - 21:22 Signaler un abus - Permalink

    POur ceux que ça intéresse : les transcripts du #ClavEd “Par quels moyens peut-on faciliter le transfert des connaissances entre chercheurs & praticiens?” sont ici : http://wthashtag.com/transcript.php?page_id=21030&start_date=2011-02-09&end_date=2011-02-09&export_type=HTML

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
8 pings

Derniers articles publiés