La science aussi a son point Godwin: le syndrome de Galilée

Le 29 mai 2011

Dans un débat scientifique, le syndrome de Galilée est régulièrement utilisé par des interlocuteurs en mal d'arguments pour justifier leurs points de vue. Un processus pas si loin de celui de la loi de Godwin.

En matière d’argumentation, tout est affaire de point G. Non pas celui d’une éventuelle source de plaisirs suprêmes, mais bien celui du point de non retour lors d’un débat argumenté. Au fameux point Godwin succède ainsi son versant scientifique, le syndrome de Galilée.

Et pourtant elle tourne.

Galilée a beau ne jamais avoir prononcé ces mots (la phrase est apocryphe), il n’en a pas moins été condamné à la prison à vie pour ses théories. Au début du XVIIe siècle, l’astronome italien s’emploie à démontrer que l’Univers ne tourne pas autour de la Terre, mais que c’est au contraire la Terre qui tourne autour du soleil. Une définition qui convient peu à l’Église, persuadée de l’immuabilité de la planète bleue dans un univers en mouvement. Contraint de renier ses travaux, mais reconnu depuis à titre posthume, Galilée devient le symbole du génie incompris.

À ce génie mis au ban auraient donc succédé certaines sommités parmi lesquelles Jacques Benveniste, Claude Allègre, Éric Zemmour (pourtant loin d’être un scientifique), etc. Après tout, si Galilée était un incompris, pourquoi pas eux ?

Galillègre : quand le syndrome contamine Claude Allègre

Vers le point Godwin

L’argument est évidemment spécieux puisqu’il s’agit là d’une analogie douteuse. Une ressemblance ne prouve en rien la validité d’un argumentaire scientifique. Ce n’est pas parce que Galilée a eu raison, que les climato-sceptiques, en se comparant à lui, ont raison à leur tour.

Cette façon de procéder est très proche de la loi de Godwin, énoncée en 1990 par Mike Godwin, qui considère que :

Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.

La “loi de Godwin” a depuis très largement dépassé les frontières du web pour s’appliquer également aux débats IRL1. Et une telle comparaison (au demeurant souvent accompagnée de la phrase : “les heures les plus sombres de notre histoire”), si elle s’inscrit dans une conversation qui ne traite pas directement de ce sujet, achève souvent de discréditer son auteur.

Dans le même genre, le syndrome de Galilée ressemble étonnamment au Point Godwin. Sur la page wikipédia “Esprit critique”, on en trouve d’ailleurs une définition :

Toute personne qui adhère à une pseudo-théorie la considère presque toujours comme révolutionnaire, et en outre s’estime persécutée.

Processus de victimisation

Parmi les victimes malheureuses du syndrome de Galilée, on retrouve notamment les climato-sceptiques ou les partisans des parasciences (les sciences non reconnues par la communauté scientifique parmi lesquelles : l’astrologie, l’homéopathie, la graphologie, etc.).

Claude Allègre, par exemple, géochimiste et ex-ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, n’hésite pas à se comparer à Galilée (ainsi qu’à Louis Pasteur auparavant) à l’occasion d’un débat pour l’émission l’Objet du scandale (à environ 8′15”) :

Galilée disait : “Il vaut mieux une personne qui sait, que 1000 personnes qui ne savent pas”. Je pense que la quasi totalité des gens [les enseignants-chercheurs] qui sont là dedans ne savent pas. Tout comme j’étais tout seul contre 3000 personnes -je crois qu’on était 2- au moment de la tectonique des plaques.

Il s’agit ici du processus de victimisation typique : “je suis seul contre tous, donc j’ai raison, la preuve, Galilée était seul contre tous, et il a eu raison“. Claude Allègre connaît pourtant d’autant mieux son sujet qu’il a écrit un ouvrage sobrement intitulé “Galilée”.

Citons aussi Serge Galam, directeur de recherche au CNRS et climato-sceptique, qui dans une tribune adressée au journal Le Monde en février 2007 s’offre le luxe du syndrome de Galilée (qui aurait, selon lui, démontré que la Terre est… ronde) ET d’un point Godwin :

Lorsque Galilée a conclu que la Terre était ronde, le consensus unanime était contre lui, s’accordant sur la platitude de la Terre. Mais lui avait la démonstration de sa conclusion. De façon similaire, à l’époque nazie la théorie de la relativité fut rejetée, estampillée comme une théorie juive dégénérée, avec à l’appui une pétition de grands scientifiques de l’époque, qui signaient du haut de leur autorité établie. Einstein aurait alors dit que des milliers de signatures n’étaient pas nécessaires pour invalider sa théorie. Il suffirait d’un seul argument, mais scientifique. [...]

Mais, attention, lorsque les scientifiques et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon… pour les humains ; voir les précédents historiques : nazisme, communisme, Inquisition (les docteurs sont des théologiens). En conclusion, lutter contre la pollution, pourquoi pas ? Mais si le réchauffement est naturel, ce n’est vraiment pas la priorité.

Du côté des parasciences, l’exemple de Jacques Benveniste fait figure d’autorité.  Ce chercheur s’est notamment fait connaître pour ses recherches sur la “mémoire de l’eau“, qui lui ont valu d’être évincé de l’INSERM2. Sa théorie fait encore largement débat aujourd’hui malgré de farouches opposants et l’absence de résultats concrets. Elle est cependant défendue par quelques scientifiques (dont Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour sa collaboration à la découverte du VIH) et par les partisans de l’homéopathie, qui voit là la confirmation de l’efficacité de leur (para)science. Le fait est que Jacques Benveniste est probablement un des scientifiques qui souffre le plus du syndrome de Galilée, tant ses recherches sont l’objet de controverses : Luc Montagnier affirme ainsi qu’il s’agit d’une affaire “aussi importante que l’affaire Galilée”  et L’Association Jacques Benveniste pour la recherche organisait, il y a encore peu de temps, une conférence sur le thème “Jacques Benveniste, Galilée des temps modernes”.

Ces comparaisons ne sont en rien une preuve. Elles tiennent plus de l’argument d’autorité que d’une véritable démonstration du bien fondé des recherches de Benveniste.

Si la référence à Galilée est utilisée par quelques scientifiques -plus ou moins crédibles- en mal d’arguments pour défendre leurs hypothèses, ce sont surtout leurs zélés défenseurs qui font l’amalgame. Ainsi on pourrait définir le point Galilée de la sorte :

Plus une discussion en ligne sur un sujet scientifique dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant Galilée ou l’inquisition tend vers 1.

Sur les forums, des experts improvisés témoignent en effet de la persécution de la communauté scientifique à l’encontre de leurs Galilée des temps modernes. Une comparaison d’autant plus illogique que l’astronome incarnait le combat de la raison contre la religion. Et non pas de la raison contre la raison, ou de la science contre la science.

Surtout, outre un certain manque de modestie (il faut oser se comparer à Galilée sans le recul de l’Histoire), l’argument ne tient pas, ne serait-ce que sur le plan purement historique.

Un Galilée devenu mythique

Contrairement à l’idée couramment répandue, Galilée était loin d’être incompris. A une époque où les sciences visaient à prouver le bien fondé de la religion, il était difficile de s’éloigner des écrits saints sans passer pour un hérétique. Giordano Bruno, un autre astronome italien, a ainsi été brûlé vif en 1600, pour avoir affirmé que l’univers était infini et qu’il existait donc une infinité de terres et de soleils. Pour parvenir à ces conclusions Bruno s’était appuyé sur les travaux d’un certain Nicolas Copernic.

Travaux qui ont également servi de point de départ aux théories avancées par Galilée. Avant Copernic, il était communément admis que l’univers était géocentrique. Cette idée, développée par Aristote puis par Ptolémée, veut que la Terre soit immobile, au centre de l’Univers, et que les planètes (le soleil et la lune) gravitent autour d’elle en décrivant des cercles parfaits. Une théorie largement acceptée par la religion catholique.

Copernic, lui, développe l’hypothèse de l’héliocentrisme, faisant du soleil un astre autour duquel les planètes, dont la Terre, graviteraient. Son ouvrage clé, «Nicolai Copernici Torinensis De Revolutionibus Orbium Coelestium Libri VI», paraît l’année de sa mort, en 1543, et est dédicacé au pape Paul III. Copernic était un protégé du pape, comme le sera à son tour Galilée avec le pape Urbain VIII. Ce dernier lui commande d’ailleurs un livre, “Dialogue sur les deux grands systèmes du monde“, dans lequel Galilée doit présenter de façon impartial les théories aristotéliciennes et coperniciennes. Mais l’astronome italien profite de son ouvrage pour railler le géocentrisme (le défenseur de cette thèse étant d’ailleurs nommé “Simplicio”) au profit de l’héliocentrisme.

Devant l’ampleur du scandale, le Pape lui même prend le parti des adversaires de Galilée. Avec la suite que l’on connaît : Galilée est poursuivi par l’inquisition, contraint de renier son œuvre et condamné à la prison à vie. Peine immédiatement commuée par le Pape en une assignation à résidence (qui sera d’ailleurs relativement assouplie, le scientifique est autorisé à changer de lieu et à recevoir des visites).

Galilée, contrairement aux croyances, n’était donc pas un laissé-pour-compte. Il comptait au contraire de nombreux soutiens, à la fois dans la communauté scientifique (notamment Johannes Kepler, célèbre astronome allemand) mais également chez les religieux (le Pape) ou les nobles (les de Medicis).

L’astronome italien n’a pas tant été jugé par ses comparses scientifiques que par le dogme chrétien (représenté par l’inquisition). Une situation incomparable de nos jours, au vu de la place qu’occupe la religion dans les sciences.

Preuve est faite que les points G (non sexués a-t-on dit) ne sont pas des arguments valides. Peut-être nous intéresserons-nous, une prochaine fois, aux points P (syndromes de Poppeye, du poulpe et de Pangloss).


Photos Flickr CC PaternitéPartage selon les Conditions Initiales par theilr et PaternitéPas d'utilisation commerciale Pas de modification par jennandjon

  1. In The Real Life, c’est-à-dire, dans la vie réelle []
  2. Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale []

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  • focalix le 29 mai 2011 - 16:06 Signaler un abus - Permalink

    A l’inventaire des disciplines injustement boudées par la communauté scientifique, n’omettons pas d’inclure la réflexologie, une thérapie qui consiste à se faire du bien en se titillant les ripatons après les avoir dûment écoutés, vrai comme je ti vois, un article existe sur le sujet dans Wikipedia.

    En ma prime jeunesse, j’avais pu avoir quelques lumières sur cet art (n’ayant pas peur des mots), grâce à mon ami Raoul, gendarme à Redon qui, sur le conseil d’une sienne amie experte en la matière, commençait par les talons.

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  • Vlad nihil le 29 mai 2011 - 21:36 Signaler un abus - Permalink

    Cet article vise juste, à l’exception que la communauté scientifique contemporaine n’est pas dirigée par les lois du discours rationnel -où la Loi Godwin s’appliquerait- mais par les forces du marché, de la finance et en particulier du contrôle corporatiste. C’est plus un problème sociologique et politique, et non pĥilosophique.

    Prenons l’exemple de l’électrothérapie, sous-discipline encore jeune de la médecine, qui a pu relativement faire ses preuves et commence à être appliquée dans certains champs précis, comme le traitement des “coups de fouet” vertébraux, mais n’a pu démontrer toute l’étendue de son efficacité parce qu’elle compromettait le monopole pharmaceutique dans plusieurs domaines. Dans les faits, cela signifie refus d’approbation et de financement de recherches cliniques, discrédit en bloc de la part d’autorités des départements académiques et même diffamation contre des chercheurs un peu trop insoumis. C’est une forme d’Inquisition, mais en douce….

    Aussi, de mettre les “parasciences” dans un même sac, c’est comme de foutre de le néonazisme dans le même sac que l’anarchisme et le communisme radical, sous prétexte d’être des extrémismes politiques. C’est erroné, il va sans dire, et très néfaste.

    En une époque où les gouvernements imposent des législations despotiques sur les sciences et médecines alternatives, comme notamment l’herboristerie, fatu faire attention de pas tomber dans le même “argument d’autorité”, ici l’argument légal, pour discréditer ce qui ne l’est pas, ou plus…

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  • diversite le 30 mai 2011 - 15:25 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,
    selon moi, être scientifique, c’est se laisser questionner par la nature; une “découverte” doit être “indépendante”, une démonstration doit être reproductible.
    Chercher à convaincre par des passages à la télé, avec des explications sans arguments “disciplinés”, c’est titiller son G pour chercher l’extase.
    Le résultat différent des attentes ne pose pas de problème à la science, mais aux bavards qui se préoccupent moins de la science, que de leur éGo. Pour eux G est le centre de leurs Graves-idées.
    Je conclus:
    sciences et politiques sans consciences, ruinent l’âme et l’état (un peu tiré par les cheveux)
    je suis un indiscipliné incorrigible.

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  • diversite le 30 mai 2011 - 15:29 Signaler un abus - Permalink

    je reviens pour remercier l’artiste de l’œuvre , cela à fait du bien à mon G personnel .

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  • lamy le 30 mai 2011 - 19:55 Signaler un abus - Permalink

    Vraiment très bon article. Dans les disciplines scientifiques c’est en effet une récurrence que d’accoucher d’un superbe POINT Galilée ! La palme à ce pauvre Serge Galam qui nous fait le doublon Galilée/Godwin !!! Génial…

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  • Jean le 4 juillet 2011 - 11:47 Signaler un abus - Permalink

    Vous avez raison sur l’essentiel et tort sur plusieurs détails.
    Raison sur l’essentiel : oui, Galilée est le point “G” des débats scientifiques.
    Tort sur bien des détails :
    1) « La prison à vie » pour Galilée ? — Faux ! Tout au plus une assignation à résidence… qui n’a pas duré toute la vie ! Le procès de 1633, dont on a voulu faire un point central de l’histoire du monde, est insignifiant et sans peu d’intérêt. Ce n’est rien d’autre qu’une mesure disciplinaire, qui s’est conclue à l’amiable, dans les salons de l’inquisiteur, entre Macculano et Galilée. Le Florentin a ensuite pu retourner chez lui et vivre tranquillement dans sa villa florentine. Lui-même serait probablement le premier surpris de découvrir l’écho qui a été fait à sa mésaventure de 1633 dans les siècles qui ont suivi !

    2) « Une définition qui convient peu à l’Église, persuadée de l’immuabilité de la planète bleue dans un univers en mouvement. » — Faux ! Bien des autorités de l’Église (et jusqu’au pape lui-même) admettaient la possibilité du mouvement de la terre. Ils demandaient seulement des preuves… que Galilée n’a pas fournies ! Saint Robert Bellarmin lui conseillait : « Parlez par hypothèse, ne demandez pas à l’Église de réinterpréter certains passages des Écritures tant que vous n’apportez pas la preuve de la théorie de Copernic. Si vous apportez cette preuve, alors bien sûr, nous verrons à modifier l’interprétation que nous faisons de ces passages, mais nous ne pouvons pas le faire sans ces preuves que vous n’apportez pas. »

    3) L’astronome italien n’a pas tant été jugé par ses comparses scientifiques que par le dogme chrétien (représenté par l’inquisition). — Faux ! Il est vrai que divers reproches d’ordre religieux furent faits à Galilée par l’Inquisition (notamment certains commentaires sur l’Écriture sainte, des falsifications de l’imprimatur, etc.), mais sur la question essentielle, celle du mouvement de la terre, Galilée fut jugé d’après la science de l’époque. Les autorités religieuses lui avaient demandé en 1616 d’apporter une PREUVE à sa théorie, ou bien de ne parler que « d’hypothèse » à son sujet. (Paul V lui intime l’ordre de travailler en savant, par hypothèses, et non d’affirmer sans preuves.)
    Galilée promet d’agir ainsi, et il n’aurait jamais été inquiété davantage s’il avait tenu sa promesse, défendant son opinion pour ce qu’elle était : une hypothèse. Mais il manqua à sa promesse et se permit d’insulter ses contradicteurs, en promettant des arguments décisifs qu’il ne put jamais fournir. Comme il se mêlait aussi de vouloir modifier les traductions de la Bible, l’Inquisition s’intéressa de nouveau à lui. Mais il se cramponna à une théorie archi-fausse prétendant prouver la rotation de la terre par le flux et le reflux des marées ! Autrement dit :
    a) les théories scientifiques de Galilée furent toujours jugées du point de vue de la science, et non de la foi (le malheur, pour lui, est qu’il défendait une position juste… avec des arguments faux !)
    b) l’immutabilité de la terre n’a jamais été considérée comme un dogme par l’Église.

    4) L’astronome incarnait le combat de la raison contre la religion. — Faux ! Galilée fut toujours bon catholique et ne voulut jamais combattre « contre la religion ». En revanche, il est vrai que sa figure a été récupérée, après coup, pour lutter « contre la religion ». Mais c’est un Galilée mythique qui a été alors mis en avant, comme le montre bien Koestler :
    « Dans la mythographie rationaliste, [Galilée] devient la Pucelle d’Orléans de la Science, le saint Georges qui terrasse le dragon de l’Inquisition. Il n’est donc guère surprenant que la gloire de cet homme de génie repose surtout sur des découvertes qu’il n’a jamais faites, et sur des exploits qu’il n’a jamais accomplis. Contrairement aux affirmations de nombreux manuels, même récents, d’histoire des sciences, Galilée n’a pas inventé le télescope. Ni le microscope. Ni le thermomètre. Ni l’horloge à balancier. Il n’a pas découvert la loi d’inertie, ni le parallélogramme de forces ou de mouvement, ni les taches du Soleil. Il n’a apporté aucune contribution à l’astronomie théorique, il n’a pas laissé tomber de poids du haut de la Tour de Pise, et il n’a pas démontré la vérité du système de Copernic. Il n’a pas été torturé par l’Inquisition, il n’a point langui dans ses cachots, il n’a pas dit eppur si muove, il n’a pas été un martyr de la Science. »
    Évidemment, les propagandistes des « Lumières » au 18e, et surtout les instituteurs laïcs au 19e popularisèrent énormément la figure (ou le mythe) de Galilée, qu’ils utilisaient pour lutter contre l’Église.

    5) « Se comparer à Galilée sans le recul de l’Histoire, il faut oser » — Et voilà, vous êtes victime, vous aussi, dans une certaine mesure, du syndrome de Galilée. Vous le considérez comme un très grand savant auquel on ne saurait se comparer sans manifester un « manque de modestie ». Mais en réalité, qu’a RÉELLEMENT apporté Galilée ?
    Ce n’est qu’en 1727 que l’astronome anglais James Bradley découvrit le phénomène de l’aberration. Or c’est cette découverte, conjuguée aux observations de la parallaxe annuelle, qui permit d’apporter des preuves optiques à l’orbitation de la terre. Une fois ces découvertes reconnues et validées par les autres scientifiques, le pape Benoît XIV autorisa, en 1741, la publication des œuvres complètes de Galilée. Il aurait peut-être mieux fait de s’abstenir, vu les multiples erreurs scientifiques qu’elles contiennent (Galilée pense que la Terre tourne sans atmosphère, qu’elle va à travers l’air, que les marées sont causées par la rotation terrestre, etc.) !

    Oui, vous avez bien raison de dénoncer le « point G » qui ramène tout débat scientifique à Galilée. Mais vous n’allez pas assez loin. Car si vous vouliez prendre la mesure du problème vous devriez mettre en accusation tout un courant idéologique (le courant laïciste) qui a construit ce mythe pour lutter contre l’Église catholique.

    Quelques références :
    http://www.jbnoe.fr/Extraits-du-dossier-Galilee,93

    http://www.apophtegme.com/SPICILEGE/SCIENCES/galileo.htm

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  • Pierre Ropert le 4 juillet 2011 - 13:47 Signaler un abus - Permalink

    @Jean : Bonjour et merci pour votre commentaire instructif. Cela dit plusieurs détails :

    1/ “Faux ! Tout au plus une assignation à résidence… qui n’a pas duré toute la vie !”

    C’est effectivement ce que je précise un peu plus tard dans l’article : “Peine immédiatement commuée par le Pape en une assignation à résidence (qui sera d’ailleurs relativement assouplie, le scientifique est autorisé à changer de lieu et à recevoir des visites).” ou encore :

    “Galilée, contrairement aux croyances, n’était donc pas un laissé-pour-compte. Il comptait au contraire de nombreux soutiens, à la fois dans la communauté scientifique (notamment Johannes Kepler, célèbre astronome allemand) mais également chez les religieux (le Pape) ou les nobles (les Medicis).”

    Je n’ai pas précisé les détails exacts (faire une biographie ultra documentée de Galilée n’étant ici pas le propos), mais merci pour ces précisions.

    2) Faux ! “Bien des autorités de l’Église (et jusqu’au pape lui-même) admettaient la possibilité du mouvement de la terre. Ils demandaient seulement des preuves… que Galilée n’a pas fournies !”

    Ce que je précise également : “Copernic était un protégé du pape, comme le sera à son tour Galilée avec le pape Urbain VIII. Ce dernier lui commande d’ailleurs un livre, “Dialogue sur les deux grands systèmes du monde“, dans lequel Galilée doit présenter de façon impartial les théories aristotéliciennes et coperniciennes.”

    3) Il a donc été en partie jugé par l’Inquisition et la religion, ET par des scientifiques qui pensaient que sa théorie était erronée. Justement parce que eux-mêmes s’appuyaient sur une conception aristotélicienne du mouvement des astres, qui était la théorie admise par la religion catholique.
    a) Des arguments faux… et des arguments vrais. Ses théories étaient basées sur des observations, et donc sur des exemples concrets. Difficile de dire que tout était faux. Qu’il ait extrapolé et se soit trompé est vrai, mais pas sur toute la ligne.
    b) Il était pourtant difficile pour l’Eglise de revenir sur ses affirmations. Pas pour toute l’Eglise certes (et sûrement pas pour le Pape, qui croyait aux hypothèses de Galilée). Je ne connais pas suffisamment bien ce sujet et les dissensions au sein de l’Eglise à l’époque, mais je prends peu de risques à affirmer qu’une lutte d’influence était en cours, chez les scientifiques comme chez l’Eglise.

    4) L’astronome incarnait le combat de la raison contre la religion. — Faux ! Galilée fut toujours bon catholique et ne voulut jamais combattre « contre la religion ». En revanche, il est vrai que sa figure a été récupérée, après coup, pour lutter « contre la religion ».

    Il “incarnait” ou “représentait” le combat d’un scientifique contre une Religion qui n’était pas très encline à concéder certaines vérités scientifiques (Giordano Bruno). Il n’en faisait pas un combat personnel en effet.

    Réduire les “Lumières” à des propagandistes me semble réducteur. Mais ils ont en effet contribué à “mythifier” Galilée.

    5) « Se comparer à Galilée sans le recul de l’Histoire, il faut oser » — Et voilà, vous êtes victime, vous aussi, dans une certaine mesure, du syndrome de Galilée. Vous le considérez comme un très grand savant auquel on ne saurait se comparer sans manifester un « manque de modestie ».

    Il me semble difficile de reprocher à Galilée de ne pas avoir eu raison sur toute la ligne. Il a fait une découverte fondamentale, même si les arguments n’étaient pas tous les bons. Découverte qui (et peu importe les détails), après avoir été confortée, a profondément modifiée la perception de l’astronomie. Se comparer à Galilée se se comparer à quelqu’un dont la découverte à poser des bases fondamentales pour les sciences futures. Avouez que c’est un peu hors normes.

    J’aurais en effet pu aller plus loin et je ne conteste pas que l’affaire Galilée a été monté en épingle pour devenir le symbole des mouvements laïcs. Cela dit il n’en demeure pas moins que Galilée a été jugé par l’Eglise, et par des scientifiques qui s’appuyaient sur un modèle défendu sinon par toute l’Eglise au moins une grande partie de sa communauté, et non par un Etat, fut-il souverain.

    Merci, en tout cas, pour ces informations au demeurant très intéressantes. Mais encore une fois le propos ici n’était pas de faire la biographie de Galilée, mais bien de dénoncer le syndrome de Galilée.

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