Les propositions de ¡Democracia Real Ya!

Le 1 juin 2011

Le mouvement ¡Democracia Real Ya! a annoncé lundi dernier en conférence de presse la préparation d'une manifestation internationale pour le 15 octobre 2011. Nous vous proposons de découvrir la liste de leurs propositions.

Nous avions publié le manifeste du collectif  ¡Democracia real ya!1 la semaine précédente, voici les propositions, votées en assemblée le 19 mai sur la place Sol à Madrid.

Elles abordent sept points en détail : la classe politique, les banques, les services publics, la démocratie participative, les impôts, le chômage et le logement. Les demandes principales concernent le changement de la loi électorale, une loi de responsabilité politique qui oblige les élus à rendre des comptes, l’augmentation du salaire minimum, le maintien des services publics.

La prochaine étape pour le mouvement concerne l’occupation de la place Sol, la décision devrait être prise cette semaine. Pour le moment, la décision a été prise de restructurer le campement [es]. Ce matin, le ministre de l’intérieur Alfredo Perez Rubalcaba a averti les manifestants qu’ils ne pourraient pas rester plus longtemps sur la place” [es] en raison notamment de la perte de chiffre d’affaires des commerçants.

1. Suppression des privilèges de la classe politique

  • Contrôle stricte de l’absentéisme des élus à leurs différents postes. Sanctions spécifiques contre les abandons de postes.
  • Supression des avantages sur le paiement des impôts, les années de cotisation et le montant des retraites. Alignement du salaire des élus sur le salaire médian espagnol, en ajoutant les indemnités de déplacement qui sont nécessaires pour l’exercice de leurs fonctions.
  • Fin de l’immunité associée à la fonction d’élu. Les délits de corruptions seront imprescriptibles.
  • Publication obligatoire du patrimoine des élus.
  • Réduction des postes obtenus par nomination.

2. Lutte contre le chômage

  • Répartition du travail pour développer la réduction du temps de travail et un accord sur le travail jusqu’à élimination du chômage structurel, c’est à dire jusqu’à ce que le taux de chômage descende en dessous de 5%.
  • Retraite à 65 ans et aucune augmentation de l’âge de la retraite pour en finir avec le chômage des jeunes.
  • Bonus pour les entreprises qui comptent moins de 10% de contrats de travail temporaires
  • Sécurité de l’emploi : interdiction des licenciements collectifs dans les grandes entreprises qui font des bénéfices, et vérification de leurs comptes pour s’assurer que les travailleurs embauchés en CDD n’auraient pas pu l’être en CDI.
  • Rétablissement de l’allocation chômage de 426 € pour tous les chômeurs de longue durée.2

3. Droit au logement

  • Expropriation par l’Etat des logements construits “en stock” et invendus pour les remettre sur le marché en tant que HLM.
  • Aide financière au logement pour les jeunes et toutes les personnes à revenus faibles.
  • Autoriser la donation de biens pour payer son logement et lever les hypothèques.

4. Services publics de qualité

  • Suppression des dépenses inutiles dans les administrations publiques et mise en place d’un système de contrôle indépendant des budgets et des dépenses.
  • Recrutement du personnel de santé pour en finir avec les listes d’attente.
  • Recrutement d’enseignants pour obtenir un nombre d’élèves par classe décent, et permettre le travail en petits groupes et les classes de soutien.
  • Réduction des frais de scolarité appliqué à tout l’enseignement universitaire, des troisièmes cycles aux 1ers cycles.
  • Financement public de la recherche afin de garantir son indépendance.
  • Des transports publics à un prix abordable pour tous, de qualité et respectueux de l’environnement : rétablissement des lignes de train classiques remplacées par l’AVE (ndlr : TGV espagnol), et de leur prix d’origine. Réduction du prix des tickets d’autobus. Restreindre la circulation automobile dans les centres urbains et construction de pistes cyclables .
  • Ressources sociales locales : mise en application de la loi sur la Dépendance3, des réseaux municipaux de soins, des services locaux de médiation et de mise sous tutelle.

5. Contrôle des organismes bancaires

  • Interdiction de tout sauvetage ou injection de capital pour les organismes bancaires : les institutions en difficulté doivent faire faillite ou être nationalisées pour constituer une banque publique sous contrôle social.
  • Augmentation des impôts des banques proportionnellement aux dépenses sociales causées par la crise provoquée par leur mauvaise gestion.
  • Restitution au Trésor public de toutes les aides publiques reçues par les banques.
  • Interdiction pour les banques espagnoles d’investir dans les paradis fiscaux.
  • Régulation au moyen de sanctions des mauvaises pratiques bancaires et de la spéculation.

6. Fiscalité

  • Augmentation du taux d’imposition sur les grandes fortunes et les organismes bancaires.
  • Suppression des SICAV.
  • Rétablissement de l’impôt sur la fortune4
  • Le contrôle réel et efficace de la fraude fiscale et la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux.
  • Promouvoir au niveau international l’adoption d’une taxe sur les transactions financières internationales (taxe Tobin).

7. Libertés citoyennes et démocratie participative

  • Non au contrôle de l’Internet. Abolition de la Loi Sinde5.
  • Protection de la liberté de l’information et du journalisme d’enquête.
  • Référendums obligatoires et contraignants  sur les questions de fond qui modifient les conditions de vie des citoyens.
  • Référendums obligatoires pour toutes les introductions de mesures dictées par l’Union européenne.
  • Amendement de la loi électorale afin de garantir un système réellement représentatif et proportionnel qui ne discrimine aucune force politique ou volonté sociale, et où les votes blancs et nuls seront également représentés au Parlement.
  • Indépendance du pouvoir judiciaire : réforme du Ministère public afin de garantir son indépendance, refus de la nomination par le pouvoir exécutif des membres de la Cour constitutionnelle et du Conseil général du pouvoir judiciaire.
  • Mise en place de mécanismes efficaces garantissant la démocratie interne au sein des partis politiques.

8. Réduction des dépenses militaires


L’affiche et le texte original en espagnol sont disponibles sur le site officiel de ¡Democracia Real Ya!
Traduction : Ophelia Noor /-)
Photos : Lucas Deve pour Owni /-)

Retrouvez tous les articles de notre précédente Une sur les mouvements sociaux espagnols et tous les articles sur l’Espagne.

  1. ndlr : pour rappel le mouvement du #15M inclu également des dizaines d’autres collectifs Juventud Sin Futuro, Toma la plaza, No Les Votes et beaucoup de citoyens qui viennent par eux-mêmes []
  2. ndlr : pour information, le smic espagnol se situe aux alentours de 650 euros []
  3. ndlr : Ley de Dependencia [es] finance l’aide aux personnes âgées, malades ou handicapées… []
  4. En Espagne, il a été supprimé en janvier 2008. [es] []
  5. ndlr : une loi Hadopi tendance Loppsi, et oui /-) []

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  • Xavier le 1 juin 2011 - 12:29 Signaler un abus - Permalink

    Seule chose qui me gène vraiment :
    ” Le contrôle réel et efficace de la fraude fiscale et la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux.”

    SUPPRESSION TOTALE des “paradis” fiscaux serait un minimum.

    Le “Paradis” est sous nos pieds… Pas dans un coffre…

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  • Blabla le 1 juin 2011 - 14:04 Signaler un abus - Permalink

    jolie utopie

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  • moi le 1 juin 2011 - 15:21 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour les espagnols.
    Je suis français et je fais partie du mouvement qui réclame une réelle démocratie en France et dans le monde entier.
    Je vous écris pour vous informer d’un problème assez grave que l’on rencontre en France.
    Si certains manifestes français voulaient se calquer sur le votre, des voix s’élevent contre.
    En effet, vous faites des propositions sociales et économiques.
    Je pense, avec d’autres, que le mouvement ne devrait avoir seulement des revendications qui touchent au système politique.
    “Demcoracia Real Ya!” Nous sommes rassemblés autour d’un projet démocratique, et rien d’autre.
    Ce qui est inédit et novateur avec ce mouvement c’est justement qu’il ne se situe ni à droite ni à gauche et qu’il soit apartide.
    Seulement, si l’on fait des propositions sociales, on peut très bien nous identifier avec une gauche assez radicale. Je pense que nous devons absolument nous concentrer seulement sur le système politique afin de donner le pouvoir au peuple un maximum.
    Une fois que le peuple aura le pouvoir, là il fera du social et rétablira la justice, mais nous ne devons pas choisir à sa place et créer un programme social!
    Cela nous fait perdre du temps et dissipe les forces en présence. En plus, chaque proposition sociale ne peut que nous enlever une certaine part de citoyens qui n’ont pas la même vision.
    De plus, si l’on met dans le manifeste des mesures pour l’emploi, pourquoi ne rien mettre sur le droit des animaux ou sur la condition des femmes…? On ne s’en sort plus, et c’est d’ailleurs un des problèmes que vous semblez rencontrer en Espagne à Madrid notamment.
    Pour que nous soyons un mouvement novateur et pas une simple copie de Mai 68 alors ne revendiquons que du démocratique!
    Je sais que les problèmes qui nous touchent directement sont d’ordre social et économique, mais il faut se retenir et réfléchir plus. En changeant le système de telles absurdités ne pourront plus réapparaitre.

    Je vous demande donc de mener ce débat dans les acampadas, et si c’est déjà fait, de me donner votre vision et vos réponses à ce sujet.
    Merci, un simple français.

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  • moi le 1 juin 2011 - 15:53 Signaler un abus - Permalink

    Si on fait des propositions sur le chômage, le travail ou les retraites, pourquoi ne rien faire sur les droits des animaux, la condition des femmes et la dépendance énergétique?!
    Non, il faut s’en tenir seulement aux propositions démocratiques et pas aux propositions sociales ou économiques que ne peuvent que diviser les forces.

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  • rroland le 1 juin 2011 - 17:46 Signaler un abus - Permalink

    Les propositions me semblent de simple bon sens, et sont très modérées, comparées à la violence du capitalisme sauvage qui broie d’un trait de plume la vie de millions d’humains.

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  • kamoon le 2 juin 2011 - 0:03 Signaler un abus - Permalink

    Beaucoup de bonne proposition, énormément qui coule de source, la seul que je vois plutôt dur a appliquer:

    “Augmentation des impôts des banques proportionnellement aux dépenses sociales causées par la crise provoquée par leur mauvaise gestion”

    Difficile de prouver, de chiffrer ou trancher pour savoir qui a fait quoi, quel banque a causé quoi? Que leur doit on ? ect …

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  • gomez le 2 juin 2011 - 7:17 Signaler un abus - Permalink

    que les grincheux manipulateurs interessés par leurs privileges restenta l’ecart la démocratie teelle maintenant vient spontannémént du peuple dans toute sa composante et le peuple sait ce qu’il veut et le peuple est le seul souverain alors moi j’encourage le peuple espagnol a continuer le temps qu’il faudra car des combats tres democratiques se sont gagnés sur plusieurs mois ;
    il est anormal que des elus au suffrage universel envoie la force mmilitaire contre le peuple pacifique

    derriere tout cela il y a les banquiers les richissimmes qui ont peur de perdre leurs privileges nous devons continuer dans toute l’europe car ce combat est plus que juste alors grincheux poltrons manioulateurs des consciences passez au large et laissez la democratie agir le peuple est le seul souverain a ce titre il peut faire et dire ce qu’il veut la sagesse populaire collective corrigera ce qu’elle estime de corriger mais cela collectivement et sans les esprits tordus interessés par leurs simples interets partisans

    peuple espagnol jeunesse ensemble toutes et tous nous devons prendre notre destinnée en main marre du FMi de l’ONU et de tous ses organisations sous influence de quelques priviligiés ORGANISONS NOUS EN AUTOGESTION CREONS NOTRE PROPRE ARMEE DE DEFENSE DESIGNONS NOS PORTE PAROLES CREONS NOS AMBASSADEURS NOUS DEVONS EN FINIR AVEC LE CULTE DE LA PERSONNALITEE ENFINIR AVEC LA CONCENTRATION DES POUVOIRS SUR UN SEUL VISAGE UNE SEULE PERSONNE INVENTONS LA GOUVERNANCE PAR LE PEUPLE POUR LE PEUPLE AVEC LE PEUPLE

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  • Dima le 2 juin 2011 - 9:34 Signaler un abus - Permalink

    @Moi je suis entièrement d’accord on doit mener un changement mais pour le programme du changement c’est pas aux minorités de choisir si non on repart dans la meme chose qu’avant c-a-d : “les élites qui font le choix ‘avenir pour les autres.”

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  • slaval le 2 juin 2011 - 16:35 Signaler un abus - Permalink

    Vous voulez une vraie révolution ? lisez plutot ceci : http://www.tetedequenelle.fr/2011/05/manifeste-frenchrevolution/

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  • Libr le 2 juin 2011 - 19:44 Signaler un abus - Permalink

    1, 5, 7 : propositions libérales
    Le reste marxiste !
    Belle cohérence

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  • Zap Pow le 2 juin 2011 - 21:51 Signaler un abus - Permalink

    @ Libr

    Ce n’est pas un peu caricatural ? Je ne vois pas en quoi les propositions 1, 5 et 7 sont spécifiquement libérales, ni en quoi les autres seraient particulièrement marxistes. Certaines de celles qui sont qualifiées de marxistes ont été appliquées, dans le temps, par les USA de Roosevelt.

    De toute façon, il ne s’agit pas de chercher une cohérence idéologique, surtout pour un mouvement se défendant de toute idéologie. Il s’agit de trouver des solutions pour une démocratie réelle.

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  • JulienJ le 5 juin 2011 - 20:33 Signaler un abus - Permalink

    Bravo !

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  • Blach Claire le 6 juin 2011 - 13:41 Signaler un abus - Permalink

    En réaction aux manifestations espagnoles et plus largement en préparation de « l’été européen » …

    Par-delà l’exaltation du nombre, la colère, le désespoir, il est à espérer que ces propositions soient analysées, portées par des personnes pouvant déterminer les comment de leur réalisation.
    Pour que ces manifestations, et les propositions qui s’en dégagent, quittent le champ de simples revendications, d’un événement « spectaculaire » sans autre projet que de crier son indignation…

    Il est à espérer que cette masse d’individus, présente partout en Europe, réduite à l’atomisation des motivations et à la scansion de slogans que rien ne semble réunir à part l’utilisation d’un même outil de communication et l’expression d’un raz le bol, que ce type d’actions dont le seul moteur commun serait le « changement » avec tout le flou que cela suppose, puisse s’entendre à faire émerger et concilier leurs revendications, les éclaircissements dont elles ont besoin pour trouver une dimension d’action réellement politique, efficace au niveau national et transnational.

    Quels sont les changements voulus au niveau européen ? De quelle manière peuvent-il s’intégrer dans le phénomène de la mondialisation ? Quels sont les changements qui s’avèrent prioritaires, et pourquoi ?
    Car, bien sûr, exprimer son désaccord et même gueuler peut soulager momentanément, mais sans questions profondes sur l’origine de notre malaise, sur nos aspirations insatisfaites, la qualité et la pertinence de nos revendications, rien de réellement neuf ne peut arriver.

    D’une manière générale, nous marcherions donc pour des structures politiques plus ouvertes et transparentes, pour avoir plus d’emploi, pour ne pas être au chômage, pour des fins de mois moins difficiles, une pension décente, un toit, une meilleure répartition des richesses… ?

    Loin de moi l’idée de dénigrer ces revendications, mais est-ce là toute la perspective que nous nous offrons ? Ne manifestons-nous pas à ces endroits notre soumission à une existence réduite à des nécessités légitimes ? Serait-ce trop espérer que d’imaginer favoriser la réflexion, la recherche, l’invention, la création à tous ces endroits en vue d’un plus grand épanouissement individuel et collectif en adéquation avec les nécessités écologiques ? En bref sommes-nous à la hauteur des mots que nous employons ou préférons-nous l’idée qu’un changement et une révolution n’aurait d’autre ambition qu’« un affairisme pour tous » ?

    La mise en question de la qualité du travail, des biens de consommations et systèmes de productions en cours est nécessaire. Quelles propositions pourrions-nous faire par-delà le rejet pur et simple du système marchand ? Dans cette perspective, sommes-nous prêts à faire les concessions nécessaires sur nos comportements d’enfants de ce système ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Quels compromis sommes-nous prêts à accepter ?

    Si ce système démocratique est-il contournable, détournable, modifiable, comment y injecter la dimension éthique nécessaire ? Sur quoi fonder cette éthique pour qu’elle ne demeure ni un voeu pieu ou pire ne se mue en enfer pavé de bonnes intentions ?

    En ce qui concerne la cause espagnole, est-il envisageable d’élargir le bipartisme à une pluralité de partis réellement représentatifs qui serait l’émanation des différentes tendances qui animent la contestation ? En avons-nous l’envie ?

    L’a-politisme énoncé à la base des manifestations ne constitue-t-il pas en soi un carcan créaticide qui stérilise la réflexion et, à terme, paralyse ses possibilités d’actions, la limitant au champ réduit de l’indignation momentanée, dont les revendications risquent d’être perçues, par le quidam ou les autorités, comme des exigences « d’enfants gâtés »  incapables de prendre part à la réalité politique et dès lors laissées pour lettre morte ?

    Ou bien sommes-nous dans un rapport de plus grande radicalité avec les conséquences que cela peut supposer? Isolement par rapport à l’opinion publique/Appropriation des revendications par des extrêmes de droite, de gauche, ou d’inspiration religieuse/Mise en place d’une action révolutionnaire…

    Le drapeau brandi de la révolution a une longue histoire derrière lui dont l’enseignement est pour le moins paradoxal. On a vu que les révolutions réinstituent souvent une autorité, un pouvoir aussi redoutable que celui qu’elles étaient censées combattre et, contre toute attente, finissent parfois par asservir les mouvements populaires à une austérité, une rigueur plus grande ou des illusions de prospérités momentanées dont la facture finit par tomber.

    Au travers de cette réflexion et de ces questions, il ne s’agit pas de craindre des changements nécessaires mais de se donner les moyens d’y arriver en ouvrant un espace de réflexion armé d’arguments pour affronter ceux des politiques en place.

    Car, dans tous les cas, les transformations, les réformes, les révolutions nécessitent une stratégie fondée sur un travail d’ampleur qui ne peut être mu par le « simple » mécontentement (même si celui-ci sert de déclencheur ) :
    - récoltes d’informations sur les enjeux (politiques, économiques, sociaux, nationaux et transnationaux) qui seraient au maximum expurgées de toute idéologie afin de mieux comprendre et pouvoir agir selon une analyse réellement autonome.

    Parce que la contestation, l’indignation peuvent être le terreau d’une pensée conforme aux idéologies en place, réactionnaires ou progressistes, générée par elles comme un « contre pouvoir » qui alimente et justifie ses discours, ses mesures, lui donnant une image d’efficience face à l’inertie d’une vaine agitation, d’un cri qui demeurerait sans écho.

    À ce jour, on parle de révolution « pacifique », « civilisée » mais quand par exemple on prône l’abstentionnisme – tant la confiance en la politique en place a disparu -, ne déroulons-nous pas un tapis à ceux qui n’attendent que ce vide pour s’ériger en sauveteurs ? Ne laissons-nous pas toute la responsabilité à ceux que nous critiquons ?

    En bref, je pense que le rassemblement ne peut être un but en soi. Il est un point de départ. L’occasion d’une rencontre par delà l’atomisation des préoccupations et des motivations, il répond à la sensation d’isolement dans des problématiques concrètes.
    Il s’agit donc de faire en sorte de trouver des réponses à ces problématiques.

    Et si nous voulons modifier le paysage politique, lui donner d’autres dimensions, ne faut-il pas accepter de creuser davantage les perspectives possibles, de s’informer davantage sur les moyens d’atteindre cet objectif, de dialoguer et penser avec lui plutôt que de lui remettre notre liste de nos “souhaits”…

    En bref, ne sommes-nous pas contraints de l’intégrer d’une autre manière pour le transformer ?

    Tout ceci afin d’éviter la sensation « d’une tempête dans un verre d’eau » qui nous laisserait assoiffés, à nouveau chacun chez soi.

    En attendant vos réactions.

    Claire Blach, artiste pluri-indisciplinaire.

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  • Ammonius le 6 juin 2011 - 15:08 Signaler un abus - Permalink

    @ Blach Claire

    Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse !

    En entrant dans une critique aveugle du système, sans discerner le bon du mal, ce mouvement créé une crispation et neutralise la marge de manœuvre de ceux qui, en son sein, pourraient faire évoluer notre démocratie vers une voie plus vertueuse.

    Je suis d’ailleurs convaincu qu’au lieu de prendre exemple sur les démocraties en crise, nous ferions mieux de nous inspirer de celles du Nord de l’Europe que l’on qualifie de démocratie exemplaires.

    Mais ce regard nous obligerai sans doute à assumer notre part de responsabilité dans la crise que nous vivons…

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  • DeMocratiZation le 7 juin 2011 - 11:28 Signaler un abus - Permalink

    Merde, les propositions du point 7 sont d’une incompréhensible pauvreté au regard de l’embryon “d’organisation” que mettent en place les “Indignés”!
    Des gens sont en train de mettre en place des systèmes d’assemblées générales au fonctionnement original et innovant et où ne prime que la recherche d’une horizontalité la plus absolue dans les processus de décision!
    A coté de ça, ¡Democracia Real Ya! nous pond un indigent ramassis d’idées ressucées de tous les cotés et qui pourraient presque toutes figurer dans les jolies déclarations d’intentions de n’importe quel parti (ou presque) d’aujourd’hui! Quelle tristesse!

    Enfin quoi, pourquoi ne concentrent-ils pas leurs efforts à la réflexion, la recherche et la mise en place à plus grande échelle des idées qui sont en train de parcourir et « structurer » le mouvement? Merde, pourquoi ne pas d’ors et déjà songer à de vraies nouvelles formes d’exercice de la démocratie à l’échelle du pays et bien évidement, exportables partout, qui prendraient pour base les principaux mécanismes à l’œuvre dans les assemblées des places Madrilènes ?

    Le mouvement est justement en train de réfléchir à l’extension et l’amélioration du système d’assemblées générales, alors pourquoi ne pas extrapoler ? Pourquoi ne pas se mettre à vraiment imaginer un système démocratique basé sur ces principes de consensus au sein d’assemblées ouvertes à tous ? Pourquoi ne pas repartir sur les nouvelles bases posées par le mouvement actuel : fin de la démocratie « représentative » jugée obsolète pour une démocratie directe faite de décisions prises dans des micro-assemblées (quelles échelles? Villes ? Quartiers ? Ilôts ? etc). Pourquoi ne pas réfléchir plus en profondeur encore aux applications d’une telle démocratie : des représentants issus de l’assemblée, désignés eux aussi par consensus ? Au mandat extrêmement court ? Avec une forte rotation ? Avec pour seule mission de représenter les décisions prises dans une assemblée « A » à une assemblée « B » d’une plus grande échelle territoriale ? Etc, etc, etc.

    Les quelques articles d’Owni sur le sujet déchainent l’imagination, laissent entrevoir tellement de possibles, tellement d’opportunités, de possibilités réelles de changement, tellement d’espoirs en somme !

    Et au milieu de tout ça, de toute cette effervescence et cette créativité au service de la construction d’un nouveau système, d’un nouveau monde, ¡Democracia Real Ya! nous propose un : « Mise en place de mécanismes efficaces garantissant la démocratie interne au sein des partis politiques. »
    Waow.

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  • alfredolloza le 15 juin 2011 - 12:33 Signaler un abus - Permalink

    Ça retentit à Madrid !

    Avec le phénomène des « indignados », quelque chose a fait sa réapparition dans la réalité. Quelque chose d’ample qui refuse. Quelque chose qui retentit dans ces nouveaux espaces de l’effervescence du mouvement social.
    Le mouvement des indignés me rassure.
    Du politique, du collectif et du concret à contre sens des spécialistes de la politique supposés savoir. Nos militants rôdés ne sont-ils pas beaucoup trop cultivés ?
    Avec leur savoir effarant sur tout, comme dit Deleuze, ne sont-ils pas bien trop épris des figures du passé,.
    Ils sont dans toutes les ruses et savent toutes les combines. Ils peuvent parler de tout, ils veulent le dernier mot. Le militant politique traditionnel, cet héritier plus ou moins digne, avait fini comme moi, désabusé de tout à commencer par les siens….
    Il ne fabriquait plus les outils inédits opératoires pour l’invention et la transformation concrète de ce monde.
    Il est plus simple de recycler les savoirs de réserve du gauchisme que de penser une nouvelle perspective, et que de mettre au point une posture inédite.
    Dans le fil du mouvement social depuis Seattle, les indignés poursuivent cette déconstruction des anciennes croyances d’un politique des personnalités.
    On sait chaque jour de mieux en mieux qu’on ne peut plus se fier aux professionnels du vieux théâtre politico-médiatique. Malgré les grands tapages que cette sphère organise, plus rien ne retentit ! Aucun retentissement… désaveu vis-à-vis des formes canoniques de la politique.

    Nous découvrons avec les indignés qu’une pensée féconde n’est jamais dévote.

    Expérimentation concrète de la parole collective. Une pensée aux multiples bouches ne se laisse pas récupérer. La parole collective agit et agite.
    La mise en travail des anciens langages affronte, dans une temporalité nouvelle, une actualité heureusement imprévisible.

    Création politique va de pair avec retentissement. C’est cela qui est réel.
    Ce réel là est un potentiel de transformation et de construction très consistant.
    Même s’il ne les méconnait pas, car il suit le fil patient des émancipations vivantes, ce réel-là ne s’inspire pas d’abord des images forgées par le passé.

    A la possibilité récurrente d’un Grand Soir qui ne peut jamais arriver, se substitue avec force en Espagne la patiente création d’une réalité débarrassée de ses préjugés, foisonnante, incontrôlée, mais forte de toutes ses expériences partagées, de Seattle à Gênes en passant par Porto Allègre et Florence.

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