Instantané de neutralité

Le 27 juin 2011

Les Pays-Bas sont le premier état européen à avoir inscrit le principe de neutralité des réseaux dans la loi. Piqûre de rappel pour l'Europe et la France, l'initiative est aussi l'occasion de rappeler, en une image, la définition du concept.

C’est une première en Europe : les Pays-Bas viennent de protéger le principe de neutralité des réseaux dans la loi. Concrètement, cela se traduit surtout sur l’Internet mobile, espace où les atteintes à la neutralité ne sont ni discrètes, ni exceptionnelles. Les opérateurs téléphoniques se voient désormais interdits de tout blocage ou de toute surfacturation de service Internet comme la Voix sur IP (VoIP) dans le royaume.

Souvent cité en sa qualité d’acteur majeur de la VoIP, Skype s’est réjoui il y a quelques semaines de cette initiative qui était alors encore à l’état de projet, en appelant les utilisateurs européens à faire évoluer la situation chez eux :

Si vous rencontrez encore des difficultés à utiliser Skype sur n’importe quel service connecté à Internet, contactez votre FAI, contactez l’association de consommateurs locale, contactez le député européen de votre circonscription. Faites entendre votre voix afin que votre liberté sur Internet soit respectée.

La compagnie fait les frais des manœuvres des télécoms sur mobile dans la majorité des pays européens (voir notre “Carte des Internets européens”). En France, les trois opérateurs interdisent la voix sur IP, le Peer to Peer et les newsgroups. A moins bien sûr que le client concède à payer davantage, et encore, uniquement dans le cas de la VoIP – le reste étant exclu. Une option qui atteint les 15 euros par mois chez Orange. Une façon efficace de tuer la concurrence selon Skype et les autres. Avec, pour dommage collatéral, le réseau, et sa neutralité.

Mais l’offensive néerlandaise pourrait faire des vagues en Europe. “Les restrictions imposées par les Pays-Bas pourraient influencer le large débat entamé en Europe sur la neutralité des réseaux, poussant d’autres pays sur le continent à empêcher les opérateurs d’agir en tant que collecteur autoproclamé d’une taxe sur l’Internet mobile”, écrit ainsi The New York Times.

Le conditionnel reste néanmoins de mise, vu la prudence -si ce n’est la frilosité- de la Commission européenne à l’égard d’une protection offensive de la neutralité, en particulier dans le mobile. Pour ce qui est de la France, si celle-ci a longtemps été considérée comme précurseur en la matière (et ce notamment par ses voisins européens), elle risque fort de se faire distancer si ses premières réflexions n’aboutissent pas. Encore une fois, l’affaire reste à suivre et l’engagement des Pays-Bas fait figure de bonne piqûre de rappel.

L’occasion de rappeler, en une infographie issue du blog Internet & Moi du monde.fr (et légèrement enrichie), le principe même de neutralité: les tuyaux doivent rester bêtes. A la manière d’un facteur, les opérateurs n’ont pas à mettre le nez dans le flux transitant par leurs infrastructures. Interception, surveillance, modification ou ralentissement du flux dénaturent les fondements même d’Internet et sont, par là-même, inacceptables. Horizontal, acentré: c’est à ce titre que le réseau permet innovation et fourmillement d’informations.


Illustration et infographie CC S. Desbenoit

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  • Nozdus le 27 juin 2011 - 19:28 Signaler un abus - Permalink

    Dans le graphique il est question à plusieurs reprises de “sites”.
    Attention : Internet ≠ Web.
    Pour parler d’Internet dans sa globalité il vaudrait mieux parler de sources, de destinations et de protocoles.

    Benjamin Bayart a proposé 4 principes essentiels à la neutralité du Net (via wikipedia) :
    - Transmission des données par les opérateurs sans en examiner le contenu
    - Transmission des données sans prise en compte de la source ou de la destination des données
    - Transmission des données sans privilégier un protocole de communication
    - Transmission des données sans en altérer le contenu.

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  • Camille le 28 juin 2011 - 12:36 Signaler un abus - Permalink

    Sous licence Creative Commons ok, mais laquelle ? Il y en a une floppée… CC BY ? CC BY-SA ? CC BY-NC-ND ?

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  • plock le 28 juin 2011 - 16:19 Signaler un abus - Permalink

    @Nozdus : “il vaudrait mieux parler de sources, de destinations et de protocoles”..

    ce message ne s’adresse pas aux geek et aux programmeurs uniquement, mais à l’ensemble des internautes, pour lesquels en grande majorité, ne connaissent absolument pas les termes que tu as utilisé ! de toute évidence la communication n’est pas ta branche

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  • Sébastien Desbenoit le 28 juin 2011 - 16:43 Signaler un abus - Permalink

    @nozdus @plock C’est exactement cela : le problème est le suivant : parler de destination/source/protocole est bien plus juste mais ce n’est pas compréhensible du grand public. D’où l’utilisation du terme site.

    @Camille Visiblement l’utilisation du terme by avec le retour à la ligne n’est pas compréhensible. Mais l’ensemble de mes contenus est sous licence Créative Commons BY comme cela est indiqué sur mon blog.

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  • LaMbda le 29 juin 2011 - 16:41 Signaler un abus - Permalink

    @SÉBASTIEN DESBENOIT et @Nozdus
    La différence est pourtant facilement explicable et tout le monde connaît le web. Il est possible d’éviter les abus de langage tout en restant clair. Il suffit d’expliquer. Surtout dans ce cas précis.
    Un commentaire de ce type “de toute évidence la communication n’est pas ta branche” n’a pas du tout lieu d’être.

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  • Sébastien Desbenoit le 29 juin 2011 - 19:04 Signaler un abus - Permalink

    @Nozdus je ne parle du tout de communication ni même de compétence. J’ai d’ailleurs rajouté Protocole sur l’infographie présente sur mon blog suite à un commentaire. Mais il me semble indispensable de mettre site et protocole en parallèle afin de rester compréhensible. Dans ma logique, si je définis ce qu’est un protocole, il faut que je fasse une illustration pour cela parce que ce n’est pas vraiment inné même pour moi qui travaille avec Internet depuis 10 ans.

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