Émeutes de Londres: “ces jeunes savent qu’ils n’ont pas d’avenir”

Le 11 août 2011

Un journaliste qui a grandi dans les quartiers de Londres aujourd'hui en flammes raconte les émeutes et s'interroge sur leurs origines.

MAJ: Retrouvez la vidéo, sous-titrée en français, de Darcus Howe interrogé par la BBC.


Ça ressemble à une scène de film d’horreur. Des jeunes en nombre envahissent les rues. Pillent, saccagent et détruisent Londres. La police, dépassée, tente de protéger les centres commerciaux alors que les jeunes continuent de faire ce qu’ils veulent.

La question est : pourquoi ? Pourquoi font-ils cela ? Que faire pour les arrêter ? Je ne pense pas vraiment qu’on veuille les arrêter, sinon nous serions déjà en train de leur parler. Où ces jeunes dorment-ils ? Où sont leurs parents ? Ils doivent bien dormir quelque part, ils viennent de quelque part… Au lieu de les laisser dormir nous devrions les réveiller dès maintenant pour qu’ils répondent à nos questions.

Qu’ai-je à apporter au débat ? Pour être clair, j’ai grandi dans un quartier pauvre de Londres, un endroit qui n’a pas été détruit par les jeunes parce qu’il n’y a rien à endommager, et ce malgré les 50 millions de livres investies en 2001 qui n’ont pas été dépensées pour quoi que ce soit d’utile dans le quartier. Est ce que l’argent promis par le Labour mais jamais investi correctement fait partie du problème ?

Lorsque j’ai grandi dans ce quartier, la criminalité était élevée, les adultes qui m’entouraient n’avaient pas de travail, je ne m’en rendais pas compte à l’époque mais la zone rassemblait des immigrés du monde entier. À l’école, nos professeurs essayaient de créer un endroit sûr où jouer mais étudier devient difficile lorsqu’on rentre chez soi et qu’il n’y a pas à manger. Pour l’anecdote, mon école primaire a pris feu il y a plus d’un an et aucune réparation n’a été entreprise depuis. Cela donne une idée de la façon dont les résidents de New Cross sont considérés.

aylesbury

Agir ou subir

Pour en revenir à mon histoire, lorsque j’étais adolescent, les gangs dominaient la rue. Celui qui n’était pas membre d’un gang se faisait voler, battre et était considéré comme un idiot. La situation se résumait à « agis ou subis ». Les adultes étaient occupés à leurs basses besognes, entraient et sortaient de prison ou d’hôpital psychiatrique, ou planaient sous les effets de la drogue et de l’alcool. Les jeunes grandissaient très vite dans le sud de Londres.

Mon histoire a commencé dans les années 1980 mais en 2010, trente ans plus tard, rien n’a changé. D’un côté, j’ai réussi à briser le cycle de la pauvreté et de l’isolement grâce à l’éducation. J’ai rencontré un professeur originaire du Pérou qui m’a encouragé à poursuivre mes études ce qui m’a mené à une licence puis à un master. J’ai parcouru le Royaume-Uni et j’ai voyagé dans la plupart des pays européens. J’ai travaillé pour certaines des compagnies parmi les meilleures du pays et j’ai vu comment l’autre moitié de la population vit.

C’était le vilain secret que nous ne voulions pas admettre. Je me souviens de Ken Livingstone, alors maire de Londres, célébrant la City qui avait transformé le centre d’affaires en havre fiscal. Certains gagnent encore des sommes d’argent phénoménales dont les habitants pauvres de la ville ne voient pas la couleur.

Les cercles que je fréquente aujourd’hui sont très éloignés de l’autre réalité. Ça n’est donc pas une surprise que nous n’ayons jamais prévu ce qui arrive aujourd’hui ou que nous ne comprenions pas pourquoi cela arrive. Je n’ai jamais voulu m’étendre sur ce sujet mais on m’a contacté pour me demander des informations, pour s’inquiéter de ma sécurité et de la façon dont Londres va gérer ce problème.

Quand la Norvège a connu une violente tragédie, le Premier ministre a appelé à « plus de démocratie, plus d’ouverture et plus de vie sociale » – je ne peux que craindre ce que Cameron va dire au sujet des émeutes.

Des centaines de jeunes, pas un policier en vue

Hier soir j’étais dans un pub du haut Islington avec un ancien camarade de la City University of London qui émigre en Jamaïque. La clientèle était composée de personnes civilisées qui travaillent dans les médias et parlent des émeutes de manière voyeuriste. Regardez ce que font ces jeunes, ils volent des télés.

J’aurais aussi bien pu me trouver en Australie ; j’étais tellement éloigné des événements se déroulant à Londres cette même nuit. J’ai ensuite rejoint le sud de Londres à vélo et je n’ai croisé aucune agitation sur mon chemin. En traversant Islington, Angel, Farrington, St Paul et le London Bridge, les rues étaient désertes. Aucun jeune en vue.

C’est quand je suis arrivé sur Old Kent Road que le film a commencé. Il y avait littéralement des centaines de jeunes en survet’ courant dans tous les sens, à chaque coin de rue des gens se rassemblaient. Les jeunes avaient pris le contrôle sans que personne ne les arrête et ne leur dise de rentrer chez eux.

Pour ceux qui ne connaissent pas Old Kent Road, il s’agit d’une zone très démunie où se trouvent les logements sociaux d’Aylesbury. Tony Blair y avait investi des millions mais les nouvelles autorités ont décidé de les démolir. Nous laissons tomber ces enfants. Il y avait un rassemblement de musulmans, qui venaient probablement de rompre le jeûne. Et deux cafés, l’un rempli de Somaliens, et l’autre de Maghrébins. Ces groupes d’hommes étaient heureux de se retrouver et ne prêtaient aucune attention aux jeunes. Il n’y avait pas un policier en vue.

émeutes

Alors que je me dirigeais vers New Cross, j’ai trouvé la police. Trois fourgons arrêtés pour interpeller un jeune. Cela paraissait vraiment étrange et je voulais leur dire que la route derrière moi était remplie de jeunes qui erraient dans les rues. J’ai poursuivi mon chemin, ne voulant pas m’impliquer.

J’ai traversé New Cross mais je voulais voir d’autres quartiers. J’ai donc poursuivi ma route jusqu’à Lewisham. Tout était désert le long du chemin. Tous les magasins étaient fermés alors qu’il n’était que 23 heures un soir de semaine. Quand je suis arrivé au centre de Lewisham, la police faisait son travail. Elle avait bouclé l’accès à tout le centre commercial, empêchant les gens de passer. J’ai continué mon chemin jusqu’à Catford et là encore, la police protégeait le centre commercial.

J’ai décidé de rentrer chez moi. Quand je suis arrivé mon portable était rempli de messages, d’e-mails et d’appels en absence. Ma batterie était à plat et mes proches désespéraient d’avoir de mes nouvelles. Ils étaient abreuvés d’émeutes à la télé.

Cela fait trop longtemps que nous méprisons ces jeunes

Pour être totalement honnête, c’est la première fois de ma vie que je vois une chose pareille. Les jeunes sont complètement perturbés et il n’y a pas d’explication rationnelle pour un tel niveau de violence. Le problème est qu’ils ne sont pas rationnels. Ils ne sont pas des gens éduqués qui pensent pouvoir dominer le monde. Ces jeunes ont vu leurs parents lutter et savent qu’ils n’ont pas d’avenir.

Je me souviens avoir travaillé pour un centre éducatif pour jeunes exclus du système scolaire traditionnel. Lors de mon premier jour je leur ai demandé ce qu’ils voulaient faire plus tard. La première réponse était dealer. Choqué, j’ai continué en leur demandant s’ils importeraient de la drogue de Colombie ou d’Afghanistan. Ils n’avaient jamais entendu parler de ces pays et voulaient vendre des petits sachets dans leur quartier. C’était comme ça qu’ils voyaient les adultes gagner de l’argent. J’ai alors suggéré qu’ils pourraient travailler dans la City, où des gens gagnent énormément d’argent. Personne ne lance de défi à ces jeunes ou ne leur permet de voir une autre réalité.

Cela fait trop longtemps que nous – la société – méprisons ces jeunes. Nous n’avons jamais voulu les prendre dans nos bras. Nous les avons diabolisés, exclus du système scolaire, laissés au chômage. Nous les avons enfermés puis libérés juste pour voir la même situation se répéter.

Je pense que les gens qui sont employés à s’occuper de ces jeunes devraient démissionner et permettre à ceux d’entre nous qui s’inquiètent vraiment de leur avenir de les changer. Les gens peuvent changer, et si nous n’y croyons pas alors nous avons un problème.

Je connais beaucoup de projets pour les jeunes et d’organisations très investies dans leur travail qui luttent pour avoir des fonds et doivent compter sur des volontaires pour être sur le front. Alors même que les élus touchent des salaires exorbitants et que les fonds investis ne sont pas dépensés correctement.

Je pourrais continuer mais je préfère m’arrêter. Allons nous réagir et être plus attentif ? Alors que nous nettoyons les rues de Londres demandons nous pourquoi ils agissent ainsi. La catastrophe est imminente. Que va-t-il se passer ce soir ? Quel sera notre futur ?

Darcus Howe, écrivain et journaliste, semble partager certaines des interrogations développées par Jason Paul Grant. La BBC a présenté ses excuses à l’auteur suite à l’interview.


Billet initialement publié en anglais sur le blog de Jason Paul Grant sous le titre “Attack of the Hoodies”

Traduction : Marie Telling

Illustrations FilckR CC PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par paul adrian PaternitéPas d'utilisation commerciale par Beacon Radio PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par J@ck!

Laisser un commentaire

  • Oeil2bidule le 11 août 2011 - 9:37 Signaler un abus - Permalink

    J’ai envie de dire comme ce livre “L’insurrection
    qui vient”
    http://zinelibrary.info/files/pdf_Insurrection.pdf

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Claire le 11 août 2011 - 13:29 Signaler un abus - Permalink

    “Hier soir j’étais dans un pub du haut Islington ”
    juste pour pinailler il s’agit de Islington High, abréviation de Islington High street. On pourra alors laisser l’expression en anglais dans le texte.
    (J’habite actuellement dans cette rue).

    Le récit de Jason traduit parfaitement le fossé existant entre d’une part, les londoniens démunis qui n’avancent que dans la frustration d’un système qui promet tout et qui n’agit pas, et d’autre part, ces londoniens et expatriés (dont je fais partie), qui évoluent dans une société prospère, aux revenus rondelets que nous ont assurés nos parents en nous offrant une éducation convenable.
    J’ai moi même parlé de émeutes de manière voyeuriste en m’abreuvant de feeds sur twitter. Agir? non, je ne m’en sens pas la force. Ces hipsters armés de balais que l’on a pu voir apres les émeutes étaient surtout là pour photographier la misère de ces petites gens qui ont tout perdu. Lamentable.
    En effet, les attaques auraient pu cibler les géants emblèmes du capitalisme, tesco, marks and spencer, JD, mais les casseurs ont également aléatoirement vandalisé des petits commerces et des échoppes familliales. On assite plus à une grande récré de petites frappes qu’à une rebellion anti système. L’ennui sûrement. Des vacances scolaires trop longues et des infrastructures inexistantes.
    Le fossé social est certes dû au climat économique actuel, mais aussi à l’aveuglement de l’Etat au UK qui est uniquement obsédé par son image, ses JO, sa City, et faire la nique à la zone Euro. Les vacances scolaires ne sont pas finies, les jeunes ont encore un bon mois pour s’ennuyer et “mettre le feu aux poudres”, littéralement.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • DTH le 11 août 2011 - 17:21 Signaler un abus - Permalink

    Je pense aussi que le termes “insurrection” ou “prémices de révolution” sont trop exagérés. L’Histoire me donnera peut-être tord mais on assiste juste pour l’instant à un déchaînement de petite frappes qu’à un mouvement d’indignation collective. À ceci près que la chose couvait depuis longtemps d’après certaines personnes vivant dans ces quartiers, et que le fossé est désormais tellement grand que la majorité des personnes d’un bord ou de l’autre ne cherchent plus à se comprendre. Si on poste une vidéo voulant démontrer les abus de la police londonienne, on s’aperçoit que les commentateurs (dont certains n’ont jamais mis les pieds dans ces quartiers ‘difficiles’ à n’en pas douter) encourage le durcissement la réponse gourvernementale. Si on se ballade sur les réseaux sociaux, on tombe sur des messages du genres “Rassemblez à vous à tel endroit ce soir et soyez prêt à emporter ce que vous voulez !!”. Pendant que pour les uns émergent de la mare de thé les mots “multicuturalisme” et “immigration”, d’autres psalmodient “2005″ à longueur de journée et de “lives”. Pourtant, les quelques témoignages -comme celui de ce résident qui se lamentait de n’avoir vécu “que” 2 ans dans ces quartiers et d’oser pourtant témoigner, sur arrêt sur images si j’ai bonne souvennance- que je lis à travers la toile font en effet une analyse plutôt sociale et économique de la chose que purement policière et sécuritaire…

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • lyria le 11 août 2011 - 22:02 Signaler un abus - Permalink

    Je suis issue d’une famille modeste, et je n’arrive pas à comprendre tout cette violence gratuite, ils s’attaquent aux personnes qui travaillent et qui sont partis de rien.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Liotard le 13 août 2011 - 2:44 Signaler un abus - Permalink

    une réflexion sur les émeutiers et sur l’usage des images durant les émeutes, les pillages… et après: http://philippe-liotard.blogspot.com/2011/08/emeutes-pillage-et-chasse-lhomme-en.html

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • bedin le 14 août 2011 - 12:49 Signaler un abus - Permalink

    On récolte ce qu’on sème QUI SÈME ?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • jerem le 15 août 2011 - 6:52 Signaler un abus - Permalink

    Résignés, regardez, je crache sur vos idoles; je crache sur Dieu, je crache sur la Patrie, je crache sur le Christ, je crache sur les Drapeaux, je crache sur le Capital et sur le Veau d’or, je crache sur les Lois et sur les Codes, sur les Symboles et les Religions: ce sont des hochets, je m’en moque, je m’en ris…Ils ne sont rien que par vous, quittez-les et ils se brisent en miettes.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • microtokyo le 16 août 2011 - 16:22 Signaler un abus - Permalink

    Mea culpa satisfaisant en tout point le discours médiatique, sans doute pas le lecteur ayant déjà lu cela cent fois. Il y a cette phrase de l’auteur face à des jeunes désoeuvrés :

    “j’ai alors suggéré qu’ils pourraient travailler dans la City, où des gens gagnent énormément d’argent. Personne ne lance de défi à ces jeunes ou ne leur permet de voir une autre réalité.”

    Deal de drogue ou finance spéculative prédatrice semblent la seule alternative pour une vie digne : l’argent comme indicateur de réussite sociale. L’éducation, le savoir, la capacité à s’ouvrir à d’autres horizons sont des valeurs dont se moquent bien ces deux activités. A mi-chemin entre discours paternaliste (“nous les civilisés ne faisons pas assez pour ces jeunes y a bon Banania, incapables de s’assumer eux-même”) et volontariste (“deviens quelqu’un en montant ton business”), ce texte semble finalement bâti sur un arrière fond de “nique la société avant qu’elle te nique”, fleurant bon le binarisme simpliste et immédiat dont raffolent le caïd et le trader. Le vivre ensemble ? L’en commun ? On s’en fout ! Comme l’a écrit cruellement Roberto Saviano, “l’éthique, c’est la bouée des perdants qui n’ont pas su tout rafler”.

    Impression également que l’auteur oublie une logique que les sociologues (Foot Whyte, H. Becker, Goffman…) savent depuis belle lurette : l’entrée en délinquence est le fruit d’un apprentissage lui-même nourri, en tout cas jusqu’à un certain point, d’un choix individuel. Saccager des quartiers ne répond pas à une quelconque fatalité.
    Si cette donnée ne saurait être le seul facteur permettant de mieux comprendre ces émeutes malheureusement assez “classiques” (il faudrait aussi parler davantage de l’influence de la consommation et des imaginaires véhiculés par les grandes marques, du statu quo systématique des autorités, des processus de parquement socio-spatial des populations et de démission parentale…), on est en droit d’attendre de lire des articles un peu plus analytiques et prospectifs sur Owni, la ville ne se limitant pas à des applications iphone (achetés ou volés).

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • skorecki le 17 août 2011 - 13:53 Signaler un abus - Permalink

    Certes mais un discours victimisant sur le thème “qu’avons nous fait pour eux” n’est en rien l’amorce d’un discours, de solution. L’empathie est facile…

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Alexis N. le 18 août 2011 - 12:18 Signaler un abus - Permalink

    @MICROTOKYO : “Impression également que l’auteur oublie une logique que les sociologues (Foot Whyte, H. Becker, Goffman…) savent depuis belle lurette : l’entrée en délinquence est le fruit d’un apprentissage lui-même nourri, en tout cas jusqu’à un certain point, d’un choix individuel. Saccager des quartiers ne répond pas à une quelconque fatalité.”

    Je te suggère de relire Goffman et Becker. Ils expriment, à peu près, exactement l’inverse de ce que tu affirmes. La déviance est le fruit d’un cadre extérieur aux individus. Cf. les entrepreneurs de moral chez Becker, le stigmate émanant d’autrui chez Goffman.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • microtokyo le 18 août 2011 - 12:36 Signaler un abus - Permalink

    @Alexis. Bonjour, et merci pour ton commentaire. En revanche, je ne suis pas d’accord avec ta lecture des deux sociologues : Goffman parle effectivement de stigmates (= la société dominante stigmatise un groupe minoritaire et/ou plus fragilisé) mais à aucun moment, sauf erreur, son discours ne se fait déterministe (cf. Durkheim : la société cadre tout, dirige l’individu). PLus encore, Goffman dit justement que ce qui crée de la tension et du lien entre ségrégateurs et ségrégés, c’est justement la négociation des codes, de la présentation de soi. Pour parler concrètement, le délit de sale gueule d’un flic ou d’honnêtes gens sur un “jeune à casquette et à accent des banlieues” est le autant le résultat de préconçus que de la manière – souvent consciente – dont certains jeunes veulent se montrer (“nous sommes des rebelles”, “regardez, nous sommes des p’tits durs”).

    Pour Becker, idem, je ne partage pas ton interprétation. Relis Outsiders (qui traite notamment des jazzmen et des fumeurs de hash) : savoir fumer correctement (alors que c’est interdit par la société normative), savoir instituer des codes permettant de dire si tel ou tel musicien ou son est avouable pour un jazzman (se différenciant volontairement lui-même du citoyen lambda, supposé ignare et mouton de la société) relèvent d’un apprentissage. Apprentissage certes influencé par la société extérieure, mais on ne peut pas dire que Becker a le discours du “la société broie les individus”. Au contraire, ceux-ci trouvent les failles, s’en accomodent et quand ils n’entrent pas dans une logique nihiliste (cf. les jeunes émeutiers contemporains de 2005 ou de Londres), construisent des valeurs qui seront peut-être plus tard entérinées par la société qui hier les sous-estimaient.

    Qu’en penses-tu ?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Alexis N. le 18 août 2011 - 13:01 Signaler un abus - Permalink

    @MICROTOKYO : Effectivement mon commentaire est simpliste et très en surface. Je voulais juste t’inviter à la nuance par le biais d’une petite provocation. :-) Je trouvais que ton poste responsabilisait trop les émeutiers. La phrase “saccager les quartiers ne réponds pas à quelconque fatalité” m’a choqué. Je la trouve inappropriée. Il y a du déterminisme qui borne les choix individuels. Je ne veux pas déresponsabiliser les émeutiers, mais ne sont-ils pas dans l’impasse, n’est-ce pas le seul moyen : faire violence à une société qui se traîne des problèmes que chantaient déjà les Clash ? Quels répertoires d’actions possèdent-ils hormis ces violences ? Parias géographiques, sociaux, politiques, financiers, comment peuvent-ils mettre en oeuvre des actions “plus” légitimes ?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • microtokyo le 18 août 2011 - 13:46 Signaler un abus - Permalink

    @Alexis. Oui, tu as raison, là est toute la question : que te reste t-il quand on ne te veut pas de toi ou qu’on ne t’écoute jamais ? Les humains désespérés sont comme les autres mammifères qui, acculés par un ennemi, optent pour la dernière option possible : l’attaque. C’est là où nous nous rejoignons quand tu dis “il y a des déterminismes qui bornent l’action individuelle.”

    Pour les émeutiers, c’est peut-être plus complexe. Déjà, c’est une toute petite minorité, jeune et masculine, qui d’une émeute à l’autre, n’est que peu voire pas du tout suivie par leurs voisins d’immeuble. Pour ma part, je me méfie un peu du discours racialisant/ethnicisant.

    Ensuite, la violence, soit, mais dans ce cas, pourquoi s’en prendre aux biens des voisins et aux boutiques, et pas aux institutions (mairie, commissariat, rédactions de journaux, très doués pour souffler le chaud et le froid) ? Violence morbide qui, au même titre que le dédain des gouvernements successifs pour la “question des banlieues” (mythe régénéré de la question sociale du XIXème- dbt XXème des banlieues cocos), ne fait que pourrir la situation avec le temps. Certes il y a le plaisir de casser (choix individuel), mais plus encore cette “tout petite minorité” est finalement la plus fragilisée car se réfugie à l’extrême sur des valeurs de société (agressivité, argent rapide, consumérisme, rejet des processus d’apprentissages…), à défaut de pouvoir être acceptée dans d’autres : créer, s’exprimer, capacité à réfléchir par soi (sortir du ‘je te nique avant que tu me niques’).

    Que faire ? Avant que de sortir les vieux serpents de mer (bourses d’excellence dans les grandes écoles, politiques de diversité dans les grandes entreprises, louer les vertus sociothérapeutiques du football), ouvrir ou développer des espaces d’expression dans TOUS les quartiers qui en ont besoin, riches comme moins riches. Ceux-ci dépassent assez largement l’idéologie trendy de la “mixité sociale” (comme si on pouvait forcer des gens à habiter ensemble!). Faire en sorte que TOUS les gens se rencontrent, ne pas se limiter au ou tu deviens dealer/ ou tu deviens trader…

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • jef le 19 août 2011 - 23:39 Signaler un abus - Permalink

    Quelques vérités faciles mais qu’il ne me semble pas avoir lu dans les commentaires :
    (Je ne donne pas non plus tout la liste des ingrédients, c’est à vous d’innover)

    - Irriguer les individus d’objets désirables qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir.
    - Soutenir ne serait-ce que passivement une des pires crises des 100 dernières années, et de surcroit donner l’impression que les “fauteurs” (les méchantes banques) sont impunis, et continueront de l’être.
    - Faire élire un “Monsieur rigueur” (D. Cameron) qui met en coupe réglée les budgets sociaux, et qui se trouve d’autre part empêtré dans un gentil scandale politico-médiatique (Murdoch)
    > mélanger un peu tout ça, sur fond de chaleur ambiante (youpi l’été), et de dangereux réseaux sociaux.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • ASSELIN le 20 août 2011 - 15:18 Signaler un abus - Permalink

    Merci pour ce témoignage touchant de Darcus HOWE.La journaliste qui l’interroge est à l’image du pouvoir anglais:idiote et à coté de la plaque,posant des questions inopportunes alors même qu’elle avait déjà reçu les réponses.Edifiant et consternant de bêtise.Ce journaliste pointe l’idiotie et surtout l’inconscience des nantis et possédants:ceux qui n’ont rien s’ennuient dans la haine et la frustration.L’absence de perspectives d’avenir est une autre cause.De plus une rage impuissante fait saisir les occasions pour déchaîner les instincts de ces laissés pour compte auxquels moi-même j’appartiens et que je pense si bien comprendre SANS APPROUVER LEUR DESTRUCTION.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • jef le 20 août 2011 - 15:46 Signaler un abus - Permalink

    Difficile de ne pas penser non plus à la récupération politique (Chez nous le Karcher, Outre-manche, le vertueux Bobby) ; De l’éventuel pain béni pour un gouvernement conservateur…
    Continuons la lutte sur le terrain de l’influence peut-être? Il n’y a pas que les méchants lobbystes qui peuvent utiliser les réseaux sociaux pour changer la société de manière pacifiste…

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Vivre Londres le 31 août 2011 - 19:00 Signaler un abus - Permalink

    Finalement, la situation a été normalisée en trois jours, la police a été très efficace.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • Brat le 25 septembre 2011 - 11:28 Signaler un abus - Permalink

    Arrêtons avec les mots insurrection et révolution. Nous savons maintenant qu’une majorité des éléments arrêtés pendant cette émeute avait un passif criminel chargé. Rien à voir avec la pauvreté, le racisme, la société ou autre excuse. Ces criminels ont attaqué des gens du peuple, des ouvriers, des travailleurs, n’importe qui. C’était du vandalisme pur et simple. Rien à voir avec les émeutes de 2005 en France qui elles étaient politico-religieuses et dirigées par des musulmans.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
7 pings

Derniers articles publiés