Le sens caché des discours

Le 8 novembre 2011

Présidentielle oblige, dans quelques semaines, des heures de discours encombreront chaque jour les flux d'infos. Mais de nouveaux outils d'analyse existent pour "faire parler" ces textes écrits pour les foules. Démonstration avec les discours de 2007, qui révèlent quelques surprises.

L’utilisation de logiciels d’analyse lexicale sur les discours1des candidats à la présidentielle de 2007 met en évidence quelques surprises. Car l’analyse mathématique de leur langue, de leur parole au jour le jour, montre qu’ils abordent souvent des sujets éloignés des thématiques auxquelles leur personnalité publique est associée2. À la veille de l’échéance de 2012, ce retour sur expérience devrait nous inviter à écouter avec distance les discours de la prochaine présidentielle.

Un peu comme si les règles du marketing politique gouvernant l’écriture des discours se trouvaient mises à nu. Confirmant l’impression que ces interventions – largement mises en scène dans les meetings – ne consistent pas à approfondir les thèmes que les candidats sont supposés incarner. Mais davantage, par de savants dosages, à séduire des électeurs qui ne se seraient jamais reconnus dans tel ou tel candidat.

Une gauche plus à droite

En traitant les discours avec un logiciel de text mining – technique statistique permettant d’automatiser le traitement de gros volumes de contenus texte, en isolant les tendances et les sujets évoqués par les candidats – trois des candidats à la présidentielle 2007 se détachent des autres. L’infographie ci-dessous (cliquez pour voir en grand format) répertorie visuellement les thématiques principales des orateurs. À l’image de leurs convictions, les discours sont plutôt représentatifs de leur vision politique du pays, à quelques exceptions près.

Pour Nicolas Sarkozy, les thématiques du travail, de l’école, des moyens, des enfants, de la République et de la morale sont majoritaires. Fidèle à sa vision du “travailler plus pour gagner plus” et de son idée d’une République méritocratique, son long discours aura eu tendance à noyer l’auditeur dans des valeurs républicaines, chères à l’hyper-président.

Malgré tout, le candidat du slogan “ensemble tout devient possible” est en lien avec celui qui s’est auto-proclamé candidat des maires de France, Gérard Schivardi. Notamment sur les questions concernant l’Europe et Maastricht et sur l’importance de l’école, et un peu plus à l’écart, l’importance des parents, de la démocratie et des droits. Schivardi se démarque par ailleurs sur le thème de l’égalité et… des amis. Contrairement à Jean-Marie Le Pen, opposé à Nicolas Sarkozy, dont les principales problématiques tournent autour de la nation, du peuple, de la victoire (notamment celle de Valmy cité quinze fois) et des Français.

Plus étonnant, la sécurité – ou l’insécurité – est une occurrence qui se retrouve souvent dans la bouche des candidats de l’extrêmegauche (Marie-Georges Buffet, José Bové et Olivier Besancenot). Et que Ségolène Royal utilise une dizaine de fois. La gauche abandonne ainsi certains de ses thèmes et intervient sur le sujet phare de l’ancien ministre de l’Intérieur.
Autre surprise de ce text-mining : en associant au sein de ce groupe “à gauche” différents mots, ressort “Ensemble tout devient possible” le slogan de l’UMP.

Diversité quantitative

Avec Tropes, autre logiciel d’analyse sémantique, le style du discours peut être défini et permet d’aborder le point de vue qualitatif de leur prose respective. D’abord le style diffère selon qui prononce son discours. Ensuite la répartition quantitative des noms, verbes et adjectifs n’est pas la même. La majorité des candidats de cette présidentielle-là a adopté un style argumentatif, défini par le logiciel, comme étant celui qui discute, compare ou critique. Les candidats étant majoritairement opposés à la droite en place, les critiques et la discussion sont la suite logique de leur argumentation.

Quand la narration prime dans le discours de Dominique Voynet, José Bové adopte lui un style descriptif et reste dans la position de constat. Quant à Nicolas Sarkozy, en position de force, il est le seul à user d’un discours énonciatif, soit “qui établit un rapport d’influence ou révèle un point de vue”.
Correspondant finalement à ce qu’il est possible d’observer en règle générale chez ces candidats ou au sein de leur parti.

Deux catégories de candidats se distinguent concernant l’utilisation des pronoms. Si Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen et Ségolène Royal ont un langage plutôt centré sur le “Je” (à relativiser pour le cas de Ségolène Royal et Jean-Marie Le Pen qui couplent le Je et le Nous mais qui figurent tout de même juste derrière Nicolas Sarkozy), les autres sont plus modestes. Les premiers usant et abusant de la première personne du singulier. Je, donc.

Et ceux qui ont l’esprit d’équipe (José Bové, Dominique Voynet et François Bayrou) et s’expriment surtout avec la première personne du pluriel (Nous).

À noter que Dominique Voynet et José Bové n’utilisent que très peu la première personne du singulier.

Dans la catégorie nombre de mots : la palme d’or du candidat le plus prolixe est attribuée à l’actuel Président de la République, qui le 14 janvier 2007, Porte de Versailles, a tenu en haleine son auditoire avec 8 233 mots. Suivi de très loin par Ségolène Royal et son discours, prononcé trois jours après, qui comptabilise 4 045 mots. Soit la moitié. Sur la dernière marche du podium monte Jean-Marie Le Pen, qui le 20 septembre 2006 au moulin de Valmy, abreuve ses auditeurs de 3781 mots.

Viennent ensuite Gérard Schivardi, Dominique Voynet et François Bayrou avec respectivement 3 423, 2 289 et 1 812 mots. Quant à Olivier Besancenot et José Bové, leurs deux courts discours tiennent en 1 586 et 1 390 mots. Ou un cinquième et un sixième du discours de Nicolas Sarkozy.

Quand on veut, on peut

En triant le nombre de verbes par leur fréquence, être et avoir reviennent le plus souvent. Ensuite pour Olivier Besancenot et Gérard Schivardi, falloir et avoir remportent tous les suffrages. José Bové reste en marge avec être, vouloir et devoir dans son trio de tête.

Mais ce qui correspond le plus à ce que les candidats représentaient il y a cinq ans tient souvent en un seul verbe, le plus emblématique du personnage. Aussi, si le charismatique Jean-Marie Le Pen utilise sensiblement les mêmes verbes que ses concurrents de l’époque, son trait de caractère qui le différencie est incarné par… le verbe incarner.

De la même manière, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et Olivier Besancenot (Gérard Schivardi également) ont en commun la notion du vouloir/pouvoir, à rapprocher de la maxime “quand on veut on peut” et d’un idéal méritocratique. Le trio José Bové, Dominique Voynet et François Bayrou sont plutôt dans le “faire” que le falloir.

Le mot de la fin

Dans certains discours, à l’exception de ceux José Bové, Ségolène Royal et François Bayrou, le seul nom propre est prononcé est… Nicolas Sarkozy. Un indice pour déterminer quel sera le prochain Président de la République : chercher dans les discours de candidature de la présidentielle 2012 qui est cité le plus par chaque candidat.


Données qualitatives traitées par Birdie Sarominque avec le logiciel DTMVic5.2 développé par Ludovic Lebart, ancien directeur de recherche au CNRS. Pour la méthodologie, le tri des données a été effectué en sélectionnant les occurrences supérieures à 7 pour chaque mot.

Infographie réalisée par Marion Boucharlat.

  1. Les discours des candidats sont disponibles ici : Données par candidat []
  2. manquent à l’appel Arlette Laguillier, Frédérique Nihous et Philippe De Villiers dont les discours de candidature ne sont pas disponibles ou introuvable” []

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  • gasnier le 8 novembre 2011 - 10:30 Signaler un abus - Permalink

    C’est dommage que dans cette analyse très intéressante n’apparaît pas ni Hollande, ni Aubry

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  • luc le 8 novembre 2011 - 11:56 Signaler un abus - Permalink

    un autre mode d’analyse intéressant du charabia de ces messieurs serait sa scansion, chronométrique : l’exercice a été tenté à propos du discours que prononça Mussolini au moment de l’entrée en guerre contre l’Ethiopie en 1935, et a révélé que le temps des pauses-et-silences était… plus important, que le temps de paroles ! Ce procédé de dramatisation a été repris plus tard en France par de Gaulle puis, sous une forme plus rudimentaire, par le célèbre escroc Jacques C. Il est aujourd’hui tombé en désuétude, par crainte du ridicule, mais on peut encore, ça et là, en trouver des résurgences -notamment du côté du lêche-médef élyséen.

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  • moi le 9 novembre 2011 - 2:20 Signaler un abus - Permalink

    Très intéressant, mais vous passez a coter des options les plus puissante des logiciels d’analyse cryptographique moderne, qui permettent maintenat de savoir qui écris pour qui (sachant que l ont utilisent tous en moyennne800 mots), et surtout le plus amusant en assosciant les recherches avec avec des mot cles et en datant les discour savoir qui reprend les mots de qui…….

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  • luc le 9 novembre 2011 - 11:39 Signaler un abus - Permalink

    (@moi, du 9 november 2011) oui d’accord, mais pas besoin de logiciels pour savoir que derrière l’idéologie “ultra-libérale” qui lui tient lieu de viatique, Chouchou fait écrire ses discours par le nommé Guaino, au style vieux-con aisément reconnaissable…

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  • Arthénice le 9 novembre 2011 - 16:24 Signaler un abus - Permalink
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  • RandomZ le 11 novembre 2011 - 0:52 Signaler un abus - Permalink

    Pas très convaincant désolée… Si l’extrême gauche emploi le mot “sécurité”, qui dit que ce n’est pas pour dire “sécurité de l’emploi” ? Dans ce cas tout est faussé !

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  • Claire Berthelemy le 11 novembre 2011 - 1:53 Signaler un abus - Permalink

    @RandomZ : nous avons aussi vérifié le contexte. Et il y a les deux notions de sécurité : professionnelle, sociale, et insécurité/sécurité publique.

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  • Gazeld le 14 novembre 2011 - 14:35 Signaler un abus - Permalink

    Merci pour cette précision, je me posais la même question.

    Sinon, dommage de rater un calcul aussi simple que celui que vous faites: “Ou un huitième du discours de Nicolas Sarkozy.” Non, entre 1 586 et 1 390 d’un côté, et 8 233 de l’autre, il n’y a pas un facteur 8, mais plutôt un facteur 5 pour le premier chiffre et au plus un facteur 6 pour le second !

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  • Claire Berthelemy le 14 novembre 2011 - 14:40 Signaler un abus - Permalink

    @Gazeld : Oups, oui vous avez raison… Modifié !

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  • VIGNAUX le 14 novembre 2011 - 15:37 Signaler un abus - Permalink

    L’analyse lexicale du discours est un vieux débat toujours intéressant !!! la seule ombre au tableau est que la production du sens ne se réduit pas aux mots !!! Demeure l’effet de contraste !

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  • Charlie le 5 mai 2014 - 22:17 Signaler un abus - Permalink

    Le proble8me de ces artistes entrupreneers, c’est que pour arriver e0 un syste8me e9conomique viable sans interme9diaire, il faut de9je0 avoir un public, (et dans le cas de radiohead et amanda palmer, on peut presque parler de captif, dans la mesure of9 il trouvera difficilement un produit de substitution. Pour Imhotep c’est un peu diffe9rent effectivement). Je trouve e7a inte9ressant qu’on mette toujours en avant des artistes ayant choisi apre8s coup pour conside9rer e7a comme un syste8me viable, alors que tout un tas de musique de niche fonctionne de cette matie8re et en voit l’impossibilite9 d’en tirer un revenu (voir e9galement le paradigme production/contrf4le souleve9 par Byrne sur wired.com re9cemment, meame s’il est imparfait, il est inte9ressant). Tom Yorke mettait e9galement en avant le rf4le des diffuseurs (radio, te9le9, prog de festival), qui eux fonctionnent en quasi-exclusivite9 avec les majors, rf4le important dans la viabilite9 d’un pratique sans interme9diaire. Il n’y a qu’e0 voir l’exemple de ce rf4le sur la carrie8re de Denise Glaser (consultable sur wikipedia) au fur et au mesure de la pragmatisation de l’industrie musicale, et que ce qui aurait pu faire d’elle un John Peel (bon, dans la varie8t’, s’entend) l’a conduit e0 s’effacer au profit du type Guy Lux (l’everyman de l’essai de Ecco).Cele0 soule8ve le rf4le de DJ comme diffuseurs. On assiste e0 la fois e0 un retour des DJ (vinyle), et des Selecta (nume9rique) dans les soire9es et dans les before et after des concerts (voire dans les chill out de fests). La ne9cessite9 d’investir le terrain de l’interme9diaire de diffusion me semble peu compatible avec certaines caracte9ristiques de l’autoprod: 1/ l’absence de re9seau qui caracte9rise le stade pre9professionnel 2/ l’absence de moyens pour compenser l’absence de re9seau comme l’envoi de pack promo (et je ne parle meame pas de la saturation).Ce qui nous ame8ne au rf4le du booker/charge9 de diff/etc.. Eh oui, faute d’avoir de9je0 les outils, il deviendrait ne9cessaire e0 l’artiste entrepreneur d’avoir un salarie9! Difficile quand on ne se paie pas, e0 moins d’une structure coope9rative. Avec tout e7a, on aboutit au remplacement d’un darwinisme musical par un autre darwinisme musical, aucun des deux n’e9tant strictement lie9 e0 la qualite9 intrinse8que de la production musicale, mais bien plus aux contingences. Avec l’ajout que sur le territoire frane7ais, le pre9dominance du re9seau conduirait e0 accentuer le parisiano-centrisme. On reviendrait aux anne9es 50 of9 on montait e0 Paris pour se faire connaeetre (un comble pour l’e9poque du de9mate9rialise9), avec l’inconve9nient supple9mentaire qu’e0 Paris les lieux de diffusion et de re9pe9tition sont re9duits (et oui, le caf-conc’ remontant au 19e, la structure urbanistique a change9, les flux pendulaires aussi sont passe9s par le0 qui font obstacle entre musique et populaire via un autre me9dium que le stade/la tre8s grande salle).D’apre8s moi, les solutions vont, soit vers des structures coope9ratives de musiciens, soit vers une de9liquescence du syste8me major qui permettrait l’essor des petits labels et des structures associatives via surtout une de9centralisation), soit encore vers un syste8me de pre9-achat avec financement des projets en amont (souscriptions, etc c’est aussi ni plus ni moins que le syste8me de subvention hors Etat).J’avoue finalement que je peux avoir une image biaise9e, dans la mesure of9 je ne suis pas certain qu’il soit justifie9 d’eatre artiste e0 temps plein si aujourd’hui ou demain, eatre artiste e0 temps plein c’est passer la moitie9 de son temps en re9seautage ou promotion, la professionnalisation pour pouvoir se de9dier e0 l’art est une hypocrisie.

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  • J avoue qu il y a un bail que je n avais pas trouve une lecture de cette qualite !!!

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  • Going to put this article to good use now.

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