Plaidoyer pour une culture libre

Le 19 avril 2012

Dans le cadre du Tribunal pour les générations futures organisé mardi par le magazine Usbek et Rica, Lionel Maurel a tenté de convaincre le public qu'il est possible d'étendre la culture libre, mais que cela a un petit coût : la mise en place d'un système du type licence globale, où chaque internaute paye une contribution de quelques euros.

Les intervenants du Tribunal des générations futures à la Gaîté Lyrique mardi 17 avril 2012 - © Jacob Khrist pour Owni

Mardi soir,  le magazine Usbek et Rica organisait une conférence à la Gaîté Lyrique sur le thème “la culture doit-elle être libre et gratuite ?”. Il s’agissait de la cinquième édition du Tribunal pour les générations futures, dont voici le pitch :

Parce que l’avenir n’est pas encore mort, nous avons plus que jamais besoin de l’explorer ! Chaque trimestre, accusé, procureur, avocat, témoins et jury populaire statuent sur un enjeu d’avenir… pour identifier les bouleversements d’aujourd’hui et les défis de demain.

La culture doit-elle être libre et gratuite ? La philosophie hacker dessine une nouvelle société du partage, dans laquelle la culture doit trouver un modèle économique à la fois stable et ouvert. Militants du libre et représentants des industries culturelles seront là pour en débattre, dans ce nouveau Tribunal pour les générations futures.

Le principe de ces soirées est qu’un jury, composé de personnes choisies au hasard dans la salle, est invité à se prononcer sur une question à l’issue du réquisitoire d’un procureur, de la plaidoirie d’un avocat et de la déposition des témoins.
J’ai eu le grand honneur d’être invité à participer comme avocat à cette séance,  tandis qu’Eric Walter, secrétaire général de la Hadopi, s’est exprimé en qualité de témoin.
Voici ci-dessous la plaidoirie que j’ai prononcée à cette occasion, en faveur de la culture libre.
À vous de juger à présent, sachant qu’à la question posée à la fin par le président du Tribunal -  “Faut-il punir les internautes qui copient, partagent et diffusent librement sur Internet ?” -,  les jurés ont répondu non, par trois voix contre deux.

Plaidoirie de l'avocat de la culture libre, Lionel Maurel - © Jacob Khrist pour Owni

Le prix de la liberté

Mesdames, messieurs les jurés. Vous qui représentez ici les générations futures.
Vous vous souvenez sans doute de la campagne de spots vidéo, lancée l’été dernier par la Hadopi pour promouvoir son label PUR. On y voyait notamment la chanteuse Emma Leprince, cartonnant avec son tube “I prefer your clone” dans les années 2020. Un flashback nous ramenait au temps présent et nous montrait une petite fille. Une voix off énonçait alors que sans Hadopi, Emma Leprince ne pourrait jamais devenir artiste. Suivait ce slogan : “Hadopi : la création de demain se défend aujourd’hui”.
C’est donc vous, générations futures, qui étaient invoquées et utilisées pour promouvoir le système de protection des œuvres promu par la Hadopi. Le raisonnement sous-jacent était le suivant : le téléchargement illégal et les autres formes de piratage représentent un mode d’accès gratuit à la culture qui lèse les artistes en les privant des revenus liés à la vente de leurs œuvres. En les privant des moyens de subsister, cette gratuité met en danger les créateurs et l’avenir de la création. Avec le risque à terme que la création culturelle disparaisse et qu’il n’y ait plus ni livres, ni films, ni musique.
Je ne suis pas d’accord avec cette conception et je vais essayer de vous le montrer, mais je reconnais que cette question de l’avenir de la création mérite d’être posée. C’est même sans doute la question la plus importante à laquelle nous ayons à faire face dans le débat actuel sur le droit d’auteur et le partage des œuvres en ligne.

C’est sur elle que les générations futures nous jugeront.

La culture doit-elle dès lors être libre et gratuite ? La vraie question est plutôt : si la culture était libre et gratuite, aboutirait-on à une mise en danger et à une mort de la création ?
Je vais répondre en juriste, mais avant tout, il est nécessaire de bien clarifier les termes du débat, notamment à cause de l’ambiguïté des mots ” libre” et “gratuit”. En anglais, le terme “free” peut renvoyer à ces deux termes indistinctement, alors qu’en français, ils recouvrent deux réalités profondément différentes.

Beaucoup de choses sont gratuites sur Internet, mais peu sont réellement libres. Je peux lire certains articles gratuitement sur le site du Monde ou de Libé : les contenus sont librement accessibles, mais ils ne sont pas libres. Je peux écouter de la musique en streaming gratuitement sur Deezer ou Spotify, même sans prendre d’abonnement, mais il ne s’agit pas de musique libre.

L'expert à la barre, Vincent Ricordeau, co-fondateur & PDG de KissKissBankBank - © Jacob Khrist pour Owni

Ces exemples montrent que la gratuité est un modèle économique à part entière, qu’elle serve à dégager des recettes publicitaires ou s’articule avec des formules de freemium. La plupart des géants du Net ont construit leurs empires sur la gratuité. On peut utiliser gratuitement le moteur de recherche de Google et tous les outils que la firme met à notre disposition : Google Maps, Google Docs, Gmail, etc. Les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, sont gratuits. Mais il s’agit là d’une “fausse gratuité”, car les utilisateurs “payent” ces services en leur fournissant des données personnelles ou des contenus, ensuite marchandisées. Ces exemples montrent que la gratuité n’est pas toujours synonyme de liberté, loin de là.

Éloge des Creative Commons

En revanche, il existe des choses qui sont réellement libres et gratuites sur Internet, comme par exemple Wikipédia. L’encyclopédie collaborative est gratuite, mais elle est surtout libre et cette liberté provient de la licence libre (Creative Commons CC-BY-SA) sous laquelle elle est placée. En vertu de cette licence, il est possible de modifier et de réutiliser gratuitement les contenus de Wikipédia, y compris à des fins commerciales, à condition de citer la source, de créditer les contributeurs et de partager les contenus sous la même licence.

Cette forme particulière de liberté est d’abord née dans le monde du logiciel libre, pour  être ensuite élargie aux autres champs de la création et à tous les types d’œuvres pouvant être protégées par le droit d’auteur. Le fonctionnement des licences libres renverse la logique traditionnelle du copyright. Au lieu de poser des interdictions (“Tous droits réservés”), les licences libres permettent aux auteurs de donner a priori des libertés aux utilisateurs pour certains usages, normalement soumis à autorisation : reproduire, représenter, modifier, etc.

Le jury du Tribunal pour les générations futures à la Gaîté Lyrique - © Jacob Khrist pour Owni

Des licences comme les Creative Commons permettent en outre aux auteurs de maintenir certaines interdictions, comme celle de l’usage commercial ou de la modification, afin de conserver un contrôle plus étroit sur leur création.
Mais dans les cas couverts par la licence, l’usage est bien libre et gratuit. C’est le cas pour plus de 200 millions de photographies sur Flickr et plus de 10 millions de fichiers sur Wikimedia Commons.
Ces exemples prouvent que la culture PEUT être libre et gratuite, dès maintenant, si les auteurs font le choix d’utiliser les licences libres. Il existe d’ailleurs tout un pan de la création contemporaine – la culture libre – qui s’est constitué en utilisant ces licences. C’est le domaine du remix, du mashup, de la réutilisation et de la dissémination des œuvres : le propre de la culture Web.

Objection rejetée

Mais générations futures, je vous entends m’adresser une objection : ces licences conviennent sans doute aux amateurs pour diffuser leurs créations, mais quid des professionnels qui voudraient en tirer revenu. Comment Emma Leprince pourrait-elle devenir une artiste si elle place ses chansons sous licence libre ? Même si on peut comprendre ce type de réticences, l’argument en réalité ne porte pas, car il existe d’ores et déjà des créateurs qui ont réussi à construire des modèles économiques convaincants en utilisant des licences libres, et ce dans tous les domaines.

C’est le cas pour les livres avec Cory Doctorow, qui offre depuis longtemps ses ouvrages sous licence libre en ligne, mais vend (et fort bien) les même livres en papier. En matière de musique, il existe une Emma Leprince en Australie, nommée Yunyu, qui a réussi à percer en plaçant certains morceaux de ses albums sous licence libre, afin que leur circulation lui assure un marketing viral. C’est le cas également pour le cinéma avec le succès l’an dernier du film d’animation El Cosmonauta du producteur indépendant espagnol Riot Cinéma. Dans la photographie, Jonathan Worth, exposé à la National Portrait Gallery, diffuse ses clichés en ligne sous licence Creative Commons.

Eric Walter, secrétaire générale de la Hadopi, au Tribunal pour les générations futures à la Gaîté Lyrique, le 17 avril 2012 - © Jacob Khrist pour Owni

La culture peut être libre ; elle peut même être gratuite, mais des modèles économiques viables peuvent être construits, fondés sur la valeur du partage. Car contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le partage donne de la valeur aux œuvres, au lieu de les dévaloriser.

Un exemple qui le prouve est celui de Yann Arthus Bertrand, qui a choisi de diffuser gratuitement son film Home sur Internet, ce qui ne l’a pas empêché de rencontrer le succès pour la projection en salles et pour la vente de DVD. Au contraire, c’est PARCE QUE son œuvre a été diffusée gratuitement et partagée qu’elle a acquis une valeur qui a pu ensuite être monétisée.
La culture peut donc être libre et gratuite, grâce aux licences libres. Ce n’est pas exclusif de la mise en place de modèles économiques innovants et rémunérateurs et il vous appartiendra, générations futures, de vous emparer de ces outils pour construire la culture libre de demain.

Domaine public menacé par le lobbying

Mais la question qui nous était posée n’était pas la culture PEUT-elle être libre et gratuite, mais la Culture DOIT-elle être libre et gratuite, ce qui est différent. Elle implique que la gratuité soit appliquée comme un principe général, au-delà du cercle des artistes décidant d’utiliser les licences libres. Cette généralisation peut paraître problématique, mais à cause du discours ambiant qui culpabilise la gratuité et le partage, on a tendance à oublier que la culture EST déjà dans de nombreuses hypothèses libre et gratuite. C’est la loi elle-même qui l’impose, y compris aux titulaires de droits, et c’est absolument essentiel pour préserver nos libertés.

Le premier exemple de gratuité et de liberté consacrées par la loi, c’est celui du domaine public. Car le droit d’auteur n’est pas une propriété comme les autres : elle est limitée dans le temps et 70 ans après la mort de l’auteur, l’œuvre entre dans le domaine public. Il est alors possible de la reproduire, de la représenter et de l’exploiter, gratuitement et librement (moyennant le respect du droit moral).

Le domaine public est un moteur essentiel pour la création, car bien souvent, on créée en s’appuyant sur ce qui existe déjà : Bach empruntait des airs populaires traditionnels pour composer ses morceaux ; que serait Picasso sans Titien, Vélasquez ou Ingres ? Led Zeppelin a révolutionné le rock en réinterprétant des standards du blues, etc.

La création de demain se protège aujourd’hui, nous dit Hadopi. Mais il est tout aussi important de protéger le domaine public pour défendre la création de demain, afin que les générations futures puissent s’appuyer sur la création d’hier et y puiser leur inspiration.

Or pourtant, le domaine public est sans cesse menacé par le lobbying des industries culturelles qui réclament et obtiennent du législateur une extension de la durée des droits. Le Parlement européen vient d’accepter que les droits voisins des interprètes et des producteurs de cinquante à soixante-dix ans.

Le procureur, Thierry Keller, co-fondateur et rédacteur en chef d'Usbek et Rica - © Jacob Khrist pour Owni

Nous venons de fêter les 100 ans de la naissance de Robert Doisneau, mais son œuvre va rester protégée jusqu’en… 2065, l’auteur étant mort en 1994. Cela signifie que de mon vivant, je ne verrai jamais entrer dans le domaine public le Baiser de l’Hôtel de Ville, pourtant réalisé en 1950, il y a plus de soixante ans. Et peut-être vous aussi, générations futures, ne le verrez-vous jamais entrer dans le domaine public, si la durée des droits est encore allongée, comme on peut le craindre !

La culture EST-elle libre et gratuite ? Oui, grâce au domaine public, mais aussi grâce aux exceptions au droit d’auteur.

Exceptions au  monopole de l’auteur

Nous pouvons par exemple heureusement faire gratuitement de courtes citations d’œuvres, mais ce n’est possible qu’en vertu d’une exception au monopole de l’auteur. Nous pouvons écouter les CD et DVD que nous achetons chez nous (encore heureux !), mais là encore, ce n’est possible que parce qu’existe une exception pour les représentations dans le cadre du cercle de famille. Les handicapés visuels peuvent obtenir en France gratuitement des œuvres adaptées, en gros caractères ou en braille, parce qu’une exception le leur permet.

Un monde dans lequel ces exceptions n’existeraient pas serait une dystopie digne d’Orwell ou de Bradbury. Combien nos libertés seraient fragilisées s’il nous fallait payer pour faire de simples citations ou pour chaque écoute de musique en privé ! Et pour supprimer la gratuité de l’exception handicapés, faudrait-il instaurer une taxe sur les cannes blanches et les lunettes noires !

Grâce aux exceptions au droit d’auteur, la culture EST donc libre et gratuite, et il est essentiel qu’il en soit ainsi. Un dernier exemple va nous permettre de revenir à l’environnement numérique.
Dans le monde physique, je peux tout à fait librement et gratuitement donner un livre qui m’appartient à la personne de mon choix. Comme cet acte n’implique aucune copie, ni aucune représentation, le droit d’auteur n’a absolument rien à dire à ce sujet et les titulaires de droit ne peuvent en aucune mesure s’y opposer.

Le jury des générations futures - © Jacob Khrist pour Owni

Cette forme de partage gratuit de la Culture joue un rôle essentiel. Combien de livres avez-vous découvert grâce à un ami ou à un conjoint qui vous les ont prêtés ou donnés ?
Dans l’environnement numérique cependant, cette faculté de partage est réduite à néant. Le même ouvrage sous forme numérique ne peut être envoyé par mail à un ami, car cet acte implique nécessairement une copie et une représentation. Il est donc contraire au droit d’auteur et c’est ainsi que le partage est devenu piratage.

Mécénat global, contribution créative…

Or pour vous, générations futures, il arrivera sans doute un moment où les livres papier disparaitront, ainsi que tous les autres supports physiques, et où toute la culture prendra une forme numérique. Peut-on accepter que ce passage au numérique ait pour conséquence une réduction tragique de la liberté de partager la culture ?

La culture DOIT-elle être libre et gratuite ? La vraie question est de savoir comment nous pouvons préserver pour les générations futures la liberté de partager la culture en toute légalité qui était la nôtre dans l’environnement physique.

Et là, je dis que cette liberté a nécessairement un prix et que le partage sous forme numérique ne pourra rester entièrement gratuit, si l’on veut qu’il soit reconnu comme un droit.
Plusieurs modèles ont été imaginés qui permettraient de consacrer le droit au partage dans l’environnement numérique. Ils peuvent prendre des noms et des formes différentes, qu’il s’agisse de la licence globale, de la contribution créative ou du mécénat global.

Tous reposent sur l’idée qu’en échange d’une contribution de quelques euros, prélevée sur l’abonnement Internet, les individus se verraient reconnaître un droit au partage des œuvres, pour des échanges hors marchés, sans finalité commerciale. Le modèle est celui des échanges décentralisés du P2P ou celui de la diffusion en ligne par le biais des blogs ou des sites personnels. Il ne s’agit en aucun cas des systèmes centralisés à la MegaUpload, qui impliquent nécessairement une transaction commerciale, sous une forme ou une autre.

Ce système consacre une liberté d’échanger la culture et permet de récompenser les créateurs, en fonction du nombre de partages de leurs œuvres, en leur reversant une part des sommes collectées à partir du surcoût à l’abonnement Internet. L’échange est alors libre tant qu’il s’effectue dans un cadre non commercial, mais même s’il n’est pas payant à l’acte, il n’est pas gratuit, puisque l’internaute doit s’acquitter de ce prélèvement mensuel.

Spirale répressive

Vous pourriez préférer, générations futures, de continuer à accéder illégalement aux œuvres, sans avoir rien à payer pour cela. Mais vous devez prendre en considération que cette gratuité a un coût, pour chacun de vous et pour la société toute entière.

Pour les accusés, Eric Walter, secrétaire général de l'Hadopi - © Jacob Khrist pour Owni

Car pour lutter contre le partage des œuvres, le législateur s’est engagé dans une spirale répressive, qui augmente sans cesse le niveau de la violence d’État et fait peser une grave menace sur nos libertés et sur l’intégrité d’Internet. Depuis vingt ans, les textes répressifs s’enchaînent à un rythme alarmant : Traité OMPI sur les DRM, DMCA américain, DADVSI en Europe et en France, Hadopi et la riposte graduée, SOPA/PIPA bloqués aux États-Unis mais aussitôt remplacés par CISPA, ACTA liberticide négocié dans le secret, mais arrivé aux portes du Parlement européen… Cette fuite en avant du droit et ces agressions continuelles contre les libertés sont le prix à payer de la gratuité, pour nous et pour les générations futures.

Si l’on veut que le partage devienne un droit reconnu et consacré par la loi, alors il faut être prêt à en payer le prix, qui est celui de la contribution créative. Pour les individus, c’est une somme modeste de quelques euros par mois ; pour les créateurs, c’est une nouvelle manne de plusieurs centaines de millions par an. Pour la société toute entière, c’est le prix d’une paix retrouvée.
Pour qu’il redevienne à l’avenir aussi simple de donner un fichier à un ami qu’un livre aujourd’hui.

La question n’est hélas plus de savoir si la culture doit être libre, mais si nous voulons le rester.

Nous et les générations futures.


Photographies par © Jacob Khrist pour Owni /-) et Usbek & Rica

Toutes les photos de la soirée ici

Lionel Maurel, alias Calimaq. Juriste & Bibliothécaire. Auteur du blog S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information. Décrypte et analyse les transformations du droit dans l’environnement numérique. Traque et essaie de faire sauter (y compris chez lui) le DRM mental qui empêche de penser le droit autrement. Engagé pour la défense et la promotion des biens communs, de la culture libre et du domaine public. Je veux rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle me donne, notamment ici : twitter .

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  • “…/…la contribution créative. Pour les individus, c’est une somme modeste de quelques euros par mois ; pour les créateurs, c’est une nouvelle manne de plusieurs centaines de millions par an. Pour la société toute entière, c’est le prix …/…”
    …qui donnera à une nouvelle société de surveillance et gestion des Droits, avec Salaires et frais somptueux et disproportionnés, en rapports des Droits des vrais Auteurs !

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    • Lionel Maurel (Calimaq) le 19 avril 2012 - 9:21 Signaler un abus - Permalink

      Bonjour,

      Je vous recommande de vous reporter au livre “Sharing” de Philippe Aigrain.

      Il montre bien qu’on peut évaluer le partage des oeuvres par voie de sondage, sans qu’il soit besoin de mettre en place une surveillance des usages.

      Par ailleurs, les SPRD tant décriées ne sont pas non plus les seules structures par lesquelles on peut passer pour répartir les droits, et là encore, Philippe Aigrain propose la création d’un organisme indépendant des titulaires de droits.

      Les travers du système actuel ne sont pas une fatalité !

      Cordialement,

      Calimaq

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  • monartiste le 19 avril 2012 - 11:01 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,
    Merci, c’est lumineux !
    Je suis convaincu aussi qu’il faut réinventer les modèles économiques de la création. Internet nous ouvre des perspectives, que l’on découvre à peine. Il est nécessaire de tendre vers des modèles hybrides alliant toutes ces nouvelles pistes ( crowdfunding, contribution créative, mécénat global, brand content, placement produit…)
    L’industrie culturelle nous a imposé la vente comme modèle économique mais celui si disparaît à l’ère du numérique…Il faut s’en affranchir et aller vers une économie du partage…Il faut adopter les nouveaux modes de consommation comme la consommation collaborative. De ces nouvelles manières de consommer découleront de nouvelles manières de financer…C’est en redonnant confiance et envie que l’on créera un nouvel écosystème et non pas par la répression du pouvoir politique.
    Pour conclure, je voudrais revenir sur les exemples que vous avez choisi, tout d’abord El cosmonauta de Riot Cinéma n’est pas un film d’animation mais un long métrage de science fiction, qui est en passe de sortir…Pour bien les connaître ( j’y ai modestement participé), malgré le soutien considérable des internautes, ils sont toujours à la recherche d’un producteur ou de plusieurs investisseurs particulier…
    http://www.thecosmonaut.org/ Je vous invite véritablement à regarder de plus près ce projet et à télécharger ” the plan” mélange de business plan et de dossier de présentation..C’est une mine d’information…
    Je pourrais continuer à en parler longtemps, mais l’on va s’arrêter là pour cette fois…

    J’en profite aussi pour faire un peu de promo…je viens de publier un guide sur le crowdfunding, que vous pouvez obtenir ici
    http://www.leguideducrowdfunding.com/

    Merci
    vive la free culture
    Nicolas

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    • Lionel Maurel (Calimaq) le 20 avril 2012 - 15:50 Signaler un abus - Permalink

      Bonjour et merci pour ces précisions.

      J’aimerais bien en savoir plus en effet sur la manière dont le film El Cosmonauta s’est monté en utilisant le crowdfunding et et les licences libres.

      Pour savoir ce qui a fonctionné et ce qui a moins bien marché.

      Ça vous dirait une interview à ce sujet dans S.I.Lex ?

      Cordialement,

      Calimaq

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  • Err0r_500 le 19 avril 2012 - 20:51 Signaler un abus - Permalink

    J’étais à la conférence et je dois dire que l’intervention de Lionel Maurel était de (très) loin la plus convaincante.
    Pour résumer les trois autres intervenants dans leur ordre d’apparition :
    Thierry Keller d’Usbek & Rica avait surtout l’air d’être là pour faire la promo de son magazine, j’en veux pour preuve cette magnifique photo dans la galerie du magasine avec une boite à dons avec inscrit dessus “A partir de 5€. Donnez ce que vous voulez!” c’est à dire à partir du prix en kiosque. Je suis parti directement après la fin de la conf et ne suis donc pas allé voir la fameuse boite, mais je ne crois pas qu’il s’agissait d’une oeuvre conceptuelle, c’est bien du premier degré…
    Vincent Ricordeau du site de crowdfunfing Kiss Kiss Bank Bank (perso, rien qu’au nom du site je commence à me méfier) semblait être lui aussi présent uniquement pour faire la promo de son site, qui malgré ses grands discours genre, les créateurs se foutent de l’argent, ils veulent monter leur projet et savourer les expérience humaines venant avec, oublie de préciser qu’il se prend une comm’ de 10% sur chaque projet ayant réussi à collecter les fonds dans le temps imparti. Si je me souviens bien du chiffre qu’il a annoncé ce soir-là : 3M d’€ en 2 ans, je pense que les 300k€ restants lui permettent de payer ses serveurs sans trop de souci.
    Et en final, Eric Walter (HADOPI) qui commence d’emblée par annoncer que son statut de fonctionnaire d’état et la période pré-électorale l’empêchent malheureusement de répondre au sujet de la conférence et se lance alors dans une plaidoirie genre, je ne fais qu’appliquer la loi et c’est pour votre bien. Le but étant cette fois-ci non pas l’enrichissement personnel mais la justification d’un système qui faisant mine d’ignorer l’aspect techniquement impossible de sa tâche en profite pour développer les parfaits outils d’une société de contrôle (ce qu’expliquait d’ailleurs très bien Lionel Maurel).
    Aucun débat contradictoire entre les intervenants et un jury qui avait l’air de découvrir le sujet… bref, prochaine conf de Lionel Maurel solo : j’en suis, celle-ci était une blague.
    Néanmoins il me semble y avoir quelque chose à retirer de tout ça, c’est la mise à nue d’un phénomène symptomatique du domaine du libre appliqué à la culture et que je trouve de plus en plus patent (en français :) ) depuis quelques années (avant le milieu était bien trop marginal), c’est qu’il devient surtout l’occasion pour des types de la même trempe que ceux qu’ils disent combattre de se faire du beurre sur le dos des créateurs en leur tendant un miroir aux alouettes : gratuité de l’exploitation de leurs oeuvres contre notoriété.
    Je parle volontairement de la gratuité plutôt que de l’aspect ouvert car pour moi, le pendant culturel d’un code source accessible est la partition en musique (mon domaine), l’ébauche pour l’écrivain ou le peintre etc. mais là on ouvre sur quelque chose d’extrêmement vaste qui de toute manière n’intéresse que peu le public artistique. Si pour le logiciel libre, le fait d’avoir un code audité en permanence, auquel on peut faire confiance etc. à une réelle importance sociétal; dans le domaine de l’art j’ai du mal à comprendre comment cela peut devenir, “ok pour remixer mon morceau sans rien avoir à me demander” ou l’utiliser dans une pub pour une bagnole (tant que vous citez mon nom en petit quelque part).
    Le système des droits d’auteurs actuel est malade et empire (si c’est encore possible) à cause de l’appât du gain de tous les intermédiaires, mais pourquoi ne pas décider de s’affranchir de ces derniers plutôt que des droits sur son oeuvre, ce qui laisse alors toujours la liberté de les céder gratuitement, d’en fournir la “source” etc?
    Matthieu

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    • Lionel Maurel (Calimaq) le 20 avril 2012 - 16:00 Signaler un abus - Permalink

      Merci pour votre commentaire et d’être venu assister à cette conférence.

      Je vous trouve néanmoins un peu dur.

      D’abord parce que le numéro spécial de la revue Usbek & Rica sur le partage est excellent. J’ai beaucoup aimé la manière dont ils ont montré les différentes ramifications de ce mouvement et j’ai appris bien des choses en le lisant.

      L’intervention du PDG de KissKissBankBank n’était pas à mon avis hors sujet, car le crowdfunding constitue une piste très intéressante pour le financement de la Culture libre. Je surveille ce qui se passe aux USA sur la plateforme KickStarter : certains porteurs de projets s’engagent à libérer leur création sous licence libre si le seuil de financement est atteint. Voyez par exemple la page Creative Commons sur KickStarter : http://www.kickstarter.com/pages/creativecommons

      Par ailleurs, et cela vous surprendra peut-être, mais j’ai trouvé qu’Eric Walter a été très habile dans ce débat et le positionnement pour lequel il a opté était assez redoutable d’un point de vue rhétorique. Il s’est en effet attaché à montrer qu’entre ma position et la sienne, il n’y avait pas d’opposition (avis que je ne partage pas du tout).

      Mais en cela, il a réussi à influencer les membres du jury et le vote serré final reflète l’efficacité d’un tel argumentaire (3 contre 2, alors que le contexte lui était très défavorable).

      Pour le reste, je suis d’accord avec vous et je trouve votre remarque finale sur la libération du code source des oeuvres particulièrement intéressante.

      Cordialement,

      Calimaq

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      • Err0r_500 le 24 avril 2012 - 11:08 Signaler un abus - Permalink

        Bonjour,

        Excusez-moi d’avoir tardé à vous répondre.

        C’est vrai que j’ai eu la dent un peu dure, mais on ne badine pas avec l’avenir de l’Art :), plus sérieusement, je crois que je m’attendais à une conférence s’adressant à des personnes documentées sur le sujet (et il y en avait, c’est claire) et donc qui irait un peu plus loin.

        Je ne juge pas la qualité d’Usbek & Rica. Pour être tout à fait honnête j’ai cherché la semaine dernière à m’acheter leur numéro et ne désespère pas de pouvoir le trouver quelque part. Ce que je reproche c’est de faire “genre” on adhère à la philosophie alors que dans les faits ce n’est clairement pas le cas. Sortir un magazine a un coût, je ne remets pas cela en cause, mais si pour les dons, le seuil minimal avait été le coût de revient, j’aurais compris. Là j’ai vraiment l’impression que l’on se moque des gens. C’est un peu comme si en allant faire ses courses, on nous disait, le kilo de riz vaut autant que chez le voisin, mais si vous voulez donner plus, libre à vous (et c’est en cela que l’on est cool).

        Pour ce qui est de la source des oeuvres, à mon avis la grande dissymétrie entre un logiciel et une oeuvre d’Art (la culture ne se limite pas à l’Art et Wikipédia etc. est exclue de cette considération) c’est que le logiciel est un outil alors que l’Art est un produit (pas dans le sens marchant, mais dans le fait qu’il résulte de l’utilisation d’un outil : matériel, logiciel, conceptuel etc). Se réserver des droits sur un outil ou concept est très différent de le faire sur ce qu’ils ont servi à produire, d’ailleurs si on prend l’exemple de la GPL, je ne crois pas me tromper en disant qu’il n’y a pas de restriction sur l’usage que l’on fait du programme. En musique, il y a une grosse différence entre écrire une fugue et “poser un brevet” sur le concept de fugue.
        Cette distinction plus visible en musique car le mot “partition” porte en lui la notion de partage (je vais pas me la jouer avec l’étymologie latine, mais c’est ce que cela veut dire à la base) et je pense qu’une licence libre est la solution la plus naturelle pour un vecteur de partage après, je n’ai jamais réussi à avoir une réponse claire sur le lien qu’il existait (légalement) entre une partition et l’oeuvre, son exécution, son enregistrement etc. mais je crois savoir que c’est pour l’instant extrêmement lié du fait que le système actuel s’est dit que s’il pouvait gagner sur les deux (voire n) tableaux c’était tout bénef et il n’y avait pas besoin de se poser ce genre de question.
        Matthieu
        NB : Le commentaire semble ne pas être passé la première fois, je le reposte donc en espérant que cela ne fasse pas doublon.

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  • shokin le 18 octobre 2012 - 19:59 Signaler un abus - Permalink

    A la fin de l’article, ça dit que la liberté a un prix, qu’il faudra y mettre quand même un peu de sa poche.

    Mais est-ce qu’un utilisateur devra payer s’il ne se sert que d’oeuvres, de fichiers et de sites qui sont sous des licences Creative Commons (donc que le créateur voulait librement partager) ? Surtout, si cet utilisateur (et il ne sera pas le seul) crée lui-même des oeuvres qu’il met sous une (ou plusieurs) licence Creative Commons et en libre accès (libre téléchargement, par exemple).

    Est-ce que la redevance Télévision doit être aussi payée par les personnes qui ne regardent jamais la télévision (et n’en ont pas chez elles ; souvent par choix) ?

    L’idée du libre partage est plutôt de créer assez de domaine public (avec notamment la CC0) dans tous les domaines : musical, graphique, visuel, didactique, littéraire, scientifique, etc. Le rêve serait de trouver plein de sites dont les contenus sont sous licence CC0 : des sites de partitions musicales, des sites didactiques (avec plein de fichiers CC0 ; sur les sciences, les arts, les langues, etc.), des sites d’images, des sites de romans, des sites d’études scientifiques, etc.

    Bon, peut-être qu’on ne partage pas tous le même rêve. ^^

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  • événement culture 3 | Pearltrees le 19 avril 2012 - 9:42

    [...] Plaidoyer pour une culture libre » OWNI, News, Augmented Mardi soir,  le magazine Usbek et Rica organisait une conférence à la Gaîté Lyrique sur le thème “la culture doit-elle être libre et gratuite ?”. Il s’agissait de la cinquième édition du Tribunal pour les générations futures, dont voici le pitch : Parce que l’avenir n’est pas encore mort, nous avons plus que jamais besoin de l’explorer ! Chaque trimestre, accusé, procureur, avocat, témoins et jury populaire statuent sur un enjeu d’avenir… pour identifier les bouleversements d’aujourd’hui et les défis de demain. [...]

  • [...] Article trouvé sur l’excellent OWNI ! J'aimeJ'aime  Tagué internet, libre, piratage [...]

  • Logiciels libres | Pearltrees le 22 avril 2012 - 18:49

    [...] Plaidoyer pour une culture libre » OWNI, News, Augmented Beaucoup de choses sont gratuites sur Internet, mais peu sont réellement libres. Je peux lire certains articles gratuitement sur le site du Monde ou de Libé : les contenus sont librement accessibles, mais ils ne sont pas libres. Je peux écouter de la musique en streaming gratuitement sur Deezer ou Spotify, même sans prendre d’abonnement, mais il ne s’agit pas de musique libre. Je vais répondre en juriste, mais avant tout, il est nécessaire de bien clarifier les termes du débat, notamment à cause de l’ambiguïté des mots ” libre” et “gratuit”. [...]

  • Plaidoyer pour une culture libre. le 24 avril 2012 - 4:05

    [...] système du type licence globale, où chaque internaute paye une contribution de quelques euros. .. Lire l’article Partagez cet article : Publié dans Actualité économique, Internationale, [...]

  • Propriété intellectuelle | Pearltrees le 24 avril 2012 - 12:36

    [...] Le premier exemple de gratuité et de liberté consacrées par la loi, c’est celui du domaine public. Car le droit d’auteur n’est pas une propriété comme les autres : elle est limitée dans le temps et 70 ans après la mort de l’auteur, l’œuvre entre dans le domaine public. Il est alors possible de la reproduire, de la représenter et de l’exploiter, gratuitement et librement (moyennant le respect du droit moral). Le domaine public est un moteur essentiel pour la création, car bien souvent, on créée en s’appuyant sur ce qui existe déjà : Bach empruntait des airs populaires traditionnels pour composer ses morceaux ; que serait Picasso sans Titien, Vélasquez ou Ingres ? Led Zeppelin a révolutionné le rock en réinterprétant des standards du blues, etc. Mais la question qui nous était posée n’était pas la culture PEUT-elle être libre et gratuite, mais la Culture DOIT-elle être libre et gratuite, ce qui est différent. Plaidoyer pour une culture libre » OWNI, News, Augmented [...]

  • [...] Plaidoyer pour une culture libre (Owni) [...]

  • [...] Culture libre en tête. Dans ce plaidoyer pour la culture libre, Lionel Maurel, reprend et articule toutes les notions fondamentales: la création libre, la [...]

  • Liens | Copy Party Belgique le 4 mai 2012 - 13:25

    [...] Un excellent plaidoyer pour une culture libre (OWNI) [...]

  • [...] on owni.fr J'aimeJ'aime  [...]

  • [...] titre personnel en tant que citoyen, mais également en tant que bibliothécaire, je suis favorable à la mise en place d’un système de contribution créative, qui me paraît le seul moyen [...]

  • [...] PLAIDOYER POUR UNE CULTURE LIBRE [...]

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