Hacker la vie (pour la changer)

Pas Sage en Seine se poursuit. Samedi, plusieurs intervenants se sont attaqués à un domaine souvent laissé en jachère : la politique. Hacker les règles qui régissent la vie de la cité ? Oui, mais comment ? Le débat s'est ouvert, sans solution miracle mais avec l'envie manifeste d'y réfléchir.

La Cantine fait salle comble pour cette 3ème journée du festival hackers Pas Sage en Seine - (cc) Ophelia Noor

Elle était pleine à craquer La Cantine. Réactive, boute-en-train, concentrée selon les heures et les interventions. Du monde a défilé du matin au soir de la troisième journée de Pas Sage en Seine, festival de hackers et des internets polissons organisés depuis jeudi dans ce haut lieu parisien des cultures numériques. Sécurité, DIY, et aussi politique, un mot avec lequel les geeks sont souvent fâchés…

C’est en tout cas ce qu’affirme d’emblée Stéphane Bortzmeyer, ingénieur à l’Afnic (l’association en charge d’attribuer les noms de domaine en .fr) et dernièrement engagé dans l’équipe de campagne du Front de gauche :

Je vais parler de politique. La moitié d’entre vous va partir au bar boire des coups, je sais. Mais je vais vraiment parler de politique.

Et ruer dans les brancards : non, les responsables politiques ne sont pas des crétins ; non, le possible contournement technique de la loi ne l’invalide pas ; oui, la loi doit être la même pour tous quelques soient les compétences des uns et des autres ; non, la qualification technique ne suffit pas à faire de bonnes législations. Oui, Stéphane Bortzmeyer veut réhabiliter la politique, celle qu’il définit comme “ce qui concerne tous les choix fondamentaux de la vie de la cité”. Il a même une formule qui sonne comme un slogan : “Hacker la politique”.

Décentralisation

Ce n’est pas le frétillant porte-parole de La Quadrature du Net, Jérémy Zimmermann, qui le contredirait sur ce point:

L’heure est grave. Nous sommes face à un choix entre deux sociétés : l’une repose sur l’interconnexion des technologies pour surveiller et punir ; l’autre sur la décentralisation, le partage, la diversité et l’ouverture.

Jérémie Zimmermann (La Quadrature du Net) pendant sa conférence "Citoyenneté en ligne dans un monde post-ACTA" Sur l'écran, Richard Stallman, programmateur, militant, fondateur de la licence GNU et président de la Free Software Foundation - (cc) Ophelia Noor pour Owni

Autant dire qu’il ne penche pas pour la combinaison drones-biométrie-datamining-lois d’exception. Hacker la politique donc, en se mobilisant quand il le faut (contre Pipa, Sopa et Acta), tout en restant force de proposition, mantra de l’association de défense des libertés qu’il a cofondée, et abondamment défendue lors de son intervention.

Ouverture

Olivier Gendrin, artisan du Fab Lab récent ouvert à l’université de Cergy-Pontoise et baptisé Fac Lab, se reconnaîtrait sans doute dans la description d’une société fondée sur ces valeurs. Le Fac Lab, ce laboratoire où les outils – parfois de hautes technologies – et savoirs – parfois très pointus – sont mutualisés, a adopté sa sainte trinité : participer, documenter, partager. Tout en restant ouvert à tous :

Des juristes viennent, des ingénieurs et des physiciens aussi. Des professions qui ne se rencontrent pas sur le campus habituellement. Il y a des étudiants bien sûr, mais aussi des chômeurs, des mères de familles, des collégiens…

Un enthousiasme pour le Do It Yourself que certains questionnent. Le nom de Serge Humpich est revenu à deux reprises dans la journée de samedi. Une première fois, parce qu’il a été condamné après avoir rendu publique une faille dans les distributeurs automatiques de billet. Le tout en bidouillant une carte à puce. C’était il y a 12 ans.

Hier, Serge Humpich portrait un regard critique sur l’open hardware (le matériel libre), non sans provoquer quelques remous dans l’assemblée, certains lui reprochant de calquer les schémas de l’industrie sur le DIY.


Photographies par Ophelia Noor pour Owni
Interview de Serge Humpich préparée par Sabine Blanc, grande prêtresse du petit Minitel /-)

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  • Légiste le 17 juin 2012 - 8:26 Signaler un abus - Permalink

    “politique” c’est le nom de la boite noire qui se trouve entre les moyens et les fins, laquelle contient une multitude de petites boites noires qui portent toutes le même nom : “appétit de pouvoir”. Or, s’il est naturel d’avoir faim cela ne nous condamne pas à l’obésité qui est, comme on le sait, le mal du siècle. “Faire de la politique” n’est-ce pas examiner notre relation à la mesure et par conséquent s’interroger sur l’excès, sur l’avidité qui depuis un bon demi siècle veut faire croire qu’il n’y a pas de limites.

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  • romain blachier le 17 juin 2012 - 9:52 Signaler un abus - Permalink

    et zut le genre de festival qu’on loupe parce qu’on étais pas au courant

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  • zoe le 17 juin 2012 - 13:02 Signaler un abus - Permalink

    “L’heure est grave …”
    Muarf ! ça fait un moment qu’elle est grave, l’heure.
    Où messieurs Zimmerman et Bortzmeyer ont-ils vu que nous disposions d’un quelconque levier pour peser concrètement sur la “marche du monde” pour faire simple ?
    Que celle ou celui, qui a une réponse (détaillée et fonctionnelle, voire illustrée par un exemple récent) veuille bien nous en faire part …
    Que reste t-il ? Hacker nos propres vies parce qu’elles nous sont confisquées méthodiquement ?
    Acta n’est qu’un leurre.
    Un peu réducteur (à mon sens) votre conception de la politique, Légiste, non ? Convient-il encore et encore d’examiner et de s’interroger face à l’insatiable Moloch, que nous avons engendré et qui, à l’instar de Chronos, dévore ses enfants, des générations d’enfants ?
    Il y a tant à faire.

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    • Légiste le 18 juin 2012 - 10:54 Signaler un abus - Permalink

      “réducteur” dite-vous, je ne fais pourtant que rappeler le fait élémentaire que le pouvoir est aussi, je dis bien aussi, dans les mains de chacun d’entre nous et justement “hacker la vie pour la changer” n’est-ce pas le début de ce mouvement de responsabilité ? L’écueil n’est-ce pas la tentation de prendre le pouvoir pour l’ivresse que le pouvoir donne et non pour endosser la charge qu’il implique ?
      Vous n’avez donc pas remarqué que ce joli mot : “changement” est le plus souvent compris comme une nécessite qui incombe à l’autre ?

      Le mythe se trouve selon moi dans cette idée qu’il existerait un démiurge qui règlerait à notre place nos problèmes or la représentation du politique qui semble encore avoir cours n’est-elle pas celle de l’homme “providentiel” ?
      Et cette représentation n’est-elle pas un moyen commode de nous décharger de toutes responsabilités ?
      Le moloch est en nous il n’y a que nous qui pouvons, là où nous sommes, le combattre avec nos moyens, aussi rudimentaires soient-ils.

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      • zoe le 20 juin 2012 - 12:58 Signaler un abus - Permalink

        “un peu réducteur” (le désaccord était volontaire au passage, s’agissant de votre conception). Maintenant que votre pensée se déploie … beaucoup moins.
        Je vous rejoins sur l’écueil (à juste titre, voire au sens propre du mot, l’image est forte) mentionné : à ceci près qu’il “est” la tentation (ou le fait) de “prendre” le pouvoir (cela renvoie à “vies méthodiquement confisquées”).
        Il est vrai que j’ai cessé de remarquer ce que vous dite à propos du changement (un peu de lassitude sans doute) : changement … un mot pour exprimer le dynamisme de l’être, sa permanence quand on le lit dans l’autre sens.
        Pour le reste, il suffit de se retourner sur les récentes élections en France, qui illustrent assez bien vos propos.
        Quant au Moloch … Il est nous et nous sommes lui, le combattre revient à le nourrir à mon sens.
        Et voilà que nous revenons au “changement”, à la transformation nécessaire …
        Cordialement.

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        • zoe le 20 juin 2012 - 15:06 Signaler un abus - Permalink

          Post-scriptum …
          Et comme dirait un balayeur de ma commune (qui pratique son pouvoir sur les saletés que nous oublions ou ne voyons plus) :
          “dessaisissez-vous et laissez agir”

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  • Stéphane Bortzmeyer le 17 juin 2012 - 18:14 Signaler un abus - Permalink

    Attention, bien que le nom de mon employeur ait été ajouté à l’interview, ledit employeur n’y est pour rien, n’a pas donné son aval et ne suis pas forcément mes idées.

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  • Th3D0c le 19 juin 2012 - 9:29 Signaler un abus - Permalink

    Juste pour la forme, le programmateur est la machine qui programme les µcontrollers, le programmeur est l’Homme qui programme la machine :)
    Sans trop vouloir ergoter “Richard Stallman programmateur militant”, mon slip n’en a fait qu’un tour!

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  • Josy le 20 juin 2012 - 11:26 Signaler un abus - Permalink

    Ce type du Front de Gauche n’avait rien à faire là. Vraiment, on est étouffé par ces parasites politiques qui bouffent à tous les râteliers. Il faudrait en faire une règle : “Tu veux parler de politique ? Alors c’est TOI qui part au bar d’à côté, et non pas l’auditoire.” Non mais quel culot !

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    • thy le 30 juillet 2012 - 13:56 Signaler un abus - Permalink

      “Ce type” avant d’être du Front de Gauche est avant tout présenté comme ingénieur au sein de l’AFNIC, ses interventions concernant IPv6 sont certainement parmi les plus pertinentes qui puissent être entendues et son blog est juste une référence dans le domaine du réseau et du décodage des normes type RFC. Il affiche sa couleur politique, mais reste neutre dans ses analyse, donc que lui reproches tu précisément ?

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