Anonymous dans le pré de WikiLeaks

Le 17 juillet 2012

Des collectifs d'Anonymous aussi ont leur propre plateforme de diffusion d'informations confidentielles, leur WikiLeaks sauce masque de Guy Fawkes. De vifs échanges sur Twitter entre l'organisation de Julian Assange et un groupe d'Anonymous ont fait ressurgir l'un de ces sites, ouvert en mars dernier : Par:anoia. De premières fuites commencent à être diffusées.

Le torchon brûle. Entre WikiLeaks et un groupe d’Anonymous rassemblés derrière le compte Twitter @AnonymousIRC, le désamour est consommé. Vendredi, le premier reprochait au second d’agir bizarrement depuis deux mois” et, pire, d’inciter à utiliser des proxies non sécurisés”. Une “marque de bêtise, de malveillance ou les deux” a assené l’organisation de Julian Assange sur son compte Twitter.

Réplique d’AnonymousIRC :

Nous avons toujours admirer l’idée [de WikiLeaks, NDLR] mais votre égo l’a tuée.

WikiLeaks & associés

WikiLeaks & associés

Les dernières fuites orchestrées par WikiLeaks laissent augurer une évolution dans l'histoire de l'organisation. Les cinq ...

Suivent plusieurs tweets critiquant le nouveau mode de diffusion des fuites par WikiLeaks : “Fuck votre diffusion au compte-gouttes (…)”, “Honnêtement @WikiLeaks, diffusez TOUS les mails syriens. Diffusez TOUS les mails de Stratfor. Et pas en 2025. Regagnez un peu de respect, sivouplé”. Conclusion du groupe d’Anonymous : L’information est libre. Expect it.” Fin de la lune de miel entre le collectif informel et WikiLeaks ?

Avec de faux airs de représailles, AnonymousIRC diffuse en suivant l’adresse d’une autre plateforme de whistleblowing – le lancement d’alerte. Moins qu’une riposte, elle obéirait à une autre approche de la diffusion d’informations confidentielles selon ses artisans. L’acronyme choisi résonne d’ironie et de lulz, ce sens de l’humour caustique cher aux Anonymous : Par:anoia, pour “Potentially Alarming Research: Anonymous Intelligence Agency”.

La liste des griefs

Là s’arrête le parallèle avec WikiLeaks. Sur le canal de discussion dédié de Par:anoia, les participants se montrent peu loquaces sur les rapprochements possibles avec l’organisation de Julian Assange. Un participant prévient discrètement par message privé qu’il vaut mieux ne pas trop s’appesantir sur la question…

“On n’est pas en compétition avec WL, plutôt une alternative” avance l’un des fondateurs de la plateforme. Un autre ajoute, précisant bien qu’il parle en son nom propre :

Mes principaux griefs sont le manque de transparence (plutôt ironique pour une organisation qui déclare “ouvrir les Etats”), la publication atrocement lente des fuites, le concept de “partenaires médias exclusifs”, et l’absence de crowdsourcing, de même que les publications incomplètes de données (par exemple les en-têtes n’apparaissent pas dans les emails).

Par:anoia est ouvert depuis mars dernier, affirme l’un des fondateurs. Le nom de domaine a effectivement été déposé le 12 mars. “On était cinq au début, probablement plus d’une vingtaine aujourd’hui. On l’a lancé quand on était suffisamment nombreux. On a réussi à créer l’infrastructure nécessaire. Au début, ça s’appelait Anoia.”

Par:anoia s’inscrit dans la succession de anonleaks.ru et anonleaks.ch, deux sites qui avaient publié les fuites sur la société de sécurité informatique HBGary dans un format exploitable pour tous les utilisateurs. La plateforme veut prolonger cet appel à l’intelligence collective et fera appel à l’ensemble des internautes pour exploiter les données diffusées. Sans passer par les médias, clament-ils de concert sur le canal de discussion :

Nous n’avons pas besoin des médias car nous SOMMES le médias. Ils sont invités à utiliser les données, comme tout le monde, ni plus ni moins.

Pour obtenir les données, Par:anoia dispose de deux adresses mails à utiliser avec une clé de chiffrement, qui permet d’envoyer des emails en protégeant le contenu. Le site avertit : “ATTENTION ! N’envoyez pas de documents sensibles sans utiliser le chiffrement.”

Innodata

Jusqu’ici les whistleblowers n’ont rencontré aucune difficulté pour envoyer des documents, affirment les artisans de la plateforme. La dernière fuite concerne la société Innodata, une société de sous-traitance de services informatiques. Des documents de l’Agence internationale de l’énergie atomique sont d’ores et déjà publiés, notamment sur l’accident nucléaire de Fukushima. Une autre série évoque l’un des chefs des services de sécurité fédéraux russes. Pour les artisans de la plateforme, le défi est de rendre ces données exploitables par le plus grand nombre.

L’un des outils en développement est une plateforme pour “océriser”1 en faisant appel à la communauté, ainsi qu’une frise chronologique qui reprenne les documents. Tout sera publié sur Par:anoia. Des informations confidentielles, d’entreprises ou de gouvernements, mais aussi des liens, des ebooks comme le livre de Parmy Olson, We are Anonymous. L’un des participants à la discussion collective justifie :

Tout le monde gagnerait énormément à la diffusion de certaines informations et ces informations sont très nombreuses ! Sur la corruption, mais aussi uniquement sur le fonctionnement interne de certains États ou organisations para-étatiques, surtout dans une cadre de privatisation croissante des services liés aux États.

Un autre participant le suit, enthousiaste :

C’est un choix personnel d’essayer d’aider les autres en partageant des informations, des liens, des livres… La satisfaction ressemble à ce qu’on ressent en gagnant une partie de squash ! Se sentir connecté… C’est faire partie de dizaines de milliers de personnes, partout dans le monde, qui ressentent les mêmes choses que vous. On ne peut pas raconter ça, les mots ne sont pas suffisants pour exprimer cette pure montée d’énergie, comme la pointe d’une flèche, pendant une opération.

  1. Transformer le format d’un texte pour pouvoir faire des recherches par mot-clés []

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  • dugenou le 18 juillet 2012 - 8:50 Signaler un abus - Permalink

    Anonymous Global Communique – There is NO “War” With WikiLeaks

    Saturday – July 14, 2012 2:00 PM ET USA

    We will now address your latest article regarding some sort of supposed feud between WikiLeaks and Anonymous. The article in question is here:

    http://www.ibtimes.co.uk/articles/362768/20120713/wikileaks-anonymous-war-anonymousirc-syria-files-stratfor.htm

    “The Anonymous hacking collective has declared war on whistleblowing website WikiLeaks following a furious Twitter row over the disclosure of two million e-mails from Syrian political figures, ministries and companies.”

    This statement is complete rubbish and typical of the journalistic hyperbole so prevalent amongst you reporters. Frankly we are a bit appalled as we expected better of you. If we continue to see such nonsense from you, our respect will diminish considerably.

    As your article goes on to state rather accurately, what REALLY happened here was a spat between ONE SINGLE Anonymous related Twitter account and the staff of WikiLeaks. Hardly a war, and one account certainly does not represent the Global Collective.

    The Anonymous account in question (@AnonymousIRC) is angry because all the contents of the “Syria Files” are not being instantly published. This is due to the fact that the individual behind this account is not in the decision loop regarding our handing over these files to WikiLeaks. Here’s the knowledge this individual lacks:

    The primary reason Anonymous decided to allow Wikileaks to manage the disclosure of the “Syria Files” is that we were unable to deal with the important processing that must take place for any disclosure on such a large cache. For example, we discovered at least 42,000 attachments in the cache that contained malicious code (viruses), and we expect there are many more we didn’t find. In addition to weeding out and cleansing malicious code from all 2.4 million, some effort must be made to authenticate the cache. After those tasks are complete, a thorough review of every message must be done – and any messages that could have a powerful and immediate impact on the genocidal Assad regime must be highlighted on the main Wikileaks site and a separate press release done for those messages. Remember, this isn’t just ANY leak – this monster is killing hundreds of his own people everyday. There is a sense of urgency to find and bring forth anything that might have an immediate impact on the conflict. Finally, the cache must be made into an indexed and searchable format. Only after the entire process described above is completed for the entire 2.4 million messages can the entire cache be released online.

    This is an ENORMOUS task, which even for a few thousand messages would take considerable time. But for a disclosure of this magnitude, which may well be the largest leak in history – it will take a great deal of patience. I have spent considerable time working directly with the staff and volunteers of WikiLeaks that are involved in this endeavour and I assure you they are working as hard as then can night and day to complete this important and historic task. At no point did the people in Anonymous who actually made this decision expect anything else but exactly this. There was always an expectation that this would take considerable time and patience. And as a final back-up plan, if for any reason WikiLeaks should fail in it’s task – a back-up copy of the “Syrian Files” was delivered to the AP as well. To ensure that for the historic record these files will never be lost.

    There is NO war between WikiLeaks and Anonymous, nor could such a stupid thing ever happen. There is NO misunderstanding or disappointment in the speed of WikiLeaks disclosure of the “Syrian Files”, this was expected by those of us who made the decision to hand over the files to WikiLeaks and indeed the reason for the delay IS the reason we gave the files to them in the first place.

    In the future, as we have advised journalists publicly before – do not take the actions or words of one single Twitter account as the voice of Anonymous Global. Instead, follow MANY Anonymous related accounts and aggregate the message to see what the true consensus of the collective is. Here are some accounts we would highly recommend for this purpose.

    @YourAnonNews @AnonPR_Network @PLF2012 @AnonCollective @Anon_Central

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  • » QueerPunxBelgium le 18 juillet 2012 - 17:46

    [...] sur OWNI : « Des collectifs d’Anonymous aussi ont leur propre plateforme de diffusion [...]

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