Les data en forme

Le 17 septembre 2012

Cette semaine, la veille des journalistes de données d'Owni vous emmène aux côtés des petits poissons, des gros donateurs des élections US, des contributeurs et "trices" de Wikipédia, au fond des finances des croyants et au coeur des molécules d'air. Embarquez pour ce 48ème épisode !

Nous sommes encore loin de Noël mais nous, chez Paulette, on aime les cadeaux. Attaquons donc ce 48ème épisode des Data en forme par un petit bijou.

Cette animation signée par le designer allemand Uli Henrik Streckenbach est une leçon de mise en scène des données. Sur 4 minutes et 20 secondes, c’est une véritable histoire de la surpêche qui se raconte où tous les chiffres sont à la fois les personnages et le décor.

Point besoin d’en dire plus, installez-vous, la projection débute…

Confirmation une fois de plus que l’un des secrets de tout bon travail autour des données tient dans cette question essentielle : que nous racontent les data ? Avant de plonger dans les outils de visualisation, il est toujours bon de s’attarder, parfois longtemps, sur la narration que l’on souhaite développer.

En donner #oupas

Après ce récit visuel aussi fluide qu’implacable, passons à la séquence “Élections US” qui risque d’être assez récurrente jusqu’au mois de novembre prochain. Cette semaine dans notre escarcelle : deux traitements data liés à la campagne.

The forest of advocacy” est une plateforme qui proposera un jeu de visualisations par semaine jusqu’au scrutin. Pour commencer, cette équipe aux compétences multiples – science politique, science des réseaux, psychologie, sociologie, analyse des médias, datavisualisation… – s’est arrêtée sur les grandes organisations finançant la campagne des deux partis.

L’équipe du LazerLAB a choisi huit grandes organisations qu’elle considère comme représentatives des différentes postures de ces structures : celles finançant le même parti avec constance au fil du temps, celles plus “mouvantes” ou encore celles, comme la banque Goldman Sachs, qui financent à part quasi-égale les deux camps assurant ainsi leurs intérêts quelque soit le résultat sorti des urnes.

Pour chaque organisation, les donateurs sont représentés par des carrés évoluant sur deux axes. Celui des abscisses qui partage horizontalement la visualisation en deux est un repère temporel, celui des ordonnées est le montant des donations : soit à destination des Républicains pour la partie haute ou des Démocrates pour la partie basse.

Ces visualisations sont proposées dans des modules vidéos commentés, ce qui a un vrai effet pédagogique, mais qui ne nous permet pas de jouer directement avec, ni d’explorer les données en détail, seule ombre à ce travail.

Le second traitement data de la campagne américaine est signé du Washington Post. Plusieurs visualisations interactives sont proposées sur le site du journal américain, toujours via le prisme de la cartographie.

La dernière en date est axée sur les déplacements des candidats à la fonction suprême. Où l’on apprend que le candidat républicain arpente plus le territoire que son adversaire occupant actuellement la Maison Blanche, Mitt Romney quadrillant notamment plus l’intérieur des terres américaines.

Les données du Washington Post ne s’arrêtent pas là puisque sont également comptabilisés les déplacements des épouses des candidats – ici la tendance s’inverse, Michèle Obama est bien plus sur les routes qu’Ann Romney – ainsi que celle des vice-présidents et de leurs conjointes.

Pour compléter cette visualisation géographique, une timeline affiche la répartition de ces visites dans le temps et de courtes notes de contexte sont proposées pour chaque événement.

En avoir #oupas

Pour qui veut s’exercer à rendre lisible des jeux de données complexes, Wikipedia et ses millions d’articles et de contributeurs peuvent être une destination tentante, notamment via son API. Santiago Ortiz, développeur indépendant rompu à la mise en scène interactive de données, s’est amusé à faire joujou dans ce luxuriant jardin plein de chiffres.

Partant d’un article du New York Times pointant la prédominance des contributeurs masculins, il est allé à la source et a développé une web-application permettant de parcourir ces données.

Si elle n’est pas évidente à appréhender au premier coup d’œil, elle mérite que l’on y passe quelques minutes. Identifiez bien les différentes diagonales marquant les paliers de la répartition femmes/hommes dans les contributions et amusez-vous à jouer avec les filtres proposés qui permettent de n’afficher que certaines catégories d’articles de l’encyclopédie (émissions TV, films, livres, émotions…).

Y croire #oupas

Travailler les données, c’est aussi (souvent) jouer la confrontation, la comparaison et aboutir à une vision macroscopique des forces en présence. C’est ce à quoi ce sont amusés les designers de l’agence Column Five en partant d’un jeu de données fourni par le Pew Forum : comment sont répartis les revenus dans les différentes communautés religieuses des États-Unis ?

Cette visualisation statique, “The Allmighty Dollar“, claire et efficace, nous permet d’explorer en un coup d’œil les portefeuilles de la foi.

Dataïfier le monde

Pour clore ces data en forme, échappons-nous du côté des représentations un peu folles du monde par les données. Explorons les data avec nos tympans autant que nos rétines.

L’ouïe tout d’abord avec ce projet bien allumé monté par Aaron Reuben, journaliste indépendant, et Gabriel Isaacman étudiant en science de l’environnement à l’université de Berkeley. Leur but commun : écouter l’air.

Comment ? Rien de plus simple : dans différents endroits, ils ont recueilli sur des filtres des particules atmosphériques. Ils ont ensuite séparé les milliers de composants qui forment la mixture que nous respirons puis leur ont assigné un son à chacun. Il ne restait plus qu’à appuyer sur “play” et laisser l’évolution des données nous rendre audible l’air qui nous entoure.

Comparaison oblige, jetez une oreille à l’air d’un tunnel encombré de semi-remorques puis à celui nettement plus apaisé des hauteurs de la Sierra Nevada.

Finissons comme promis avec une expérience visuelle, une vision où les data viendraient encombrer votre cornée, un génial exercice de style codé par le développeur canadien Peter Nitsch : Ascii StreetView. Certains nous ferons remarquer que le lien n’est pas neuf, certes, mais comme l’on dit par ici “old but gold”.

C’est “juste” le service Street View proposé par Google entièrement repeint à la sauce Ascii. Si ce service avait existé dans le kiosque de feu le Minitel, il aurait sans doute ressemblé à ça.

Bonne balade et à la semaine prochaine.

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