L’impression 3D vend son âme

Le 25 septembre 2012

Le fabricant d'imprimante 3D grand public MakerBot incarnait la possibilité d'un business model basé sur l'open source. Mais la polémique enfle depuis le lancement ce mois-ci de leur nouveau modèle, qui est fermé. Certains l'accusent d'avoir renoncé à leur éthique sous la pression des investisseurs qui ont apporté 10 millions de dollars l'année dernière.

Deux imprimantes 3B Replicator Makerbot

Ce jeudi, Bre Pettis, co-fondateur de MakerBot Industries, fabricant à succès d’imprimantes 3D grand public MakerBot, doit donner un talk à l’Open Hardware Summit sur “les challenges des biens de consommation open source”. Ce qui fait bien ricaner une partie de la communauté de l’open hardware, et en particulier ceux qui contribuent au développement desdites imprimantes.

Car depuis le lancement ce mois-ci de la quatrième génération d’imprimante de l’entreprise américaine, la Replicator 2, la polémique enfle dans le petit milieu : ce nouveau modèle n’est pas open source. MakerBot a vendu son âme au monde des systèmes propriétaires sous la pression des investisseurs, accuse-t-on dans le milieu. Fini a priori l’éthique hacker qui guidait ses décisions. Une triste évolution qui se lirait dans la chronologie des faits marquants de leur jeune histoire.

MakerBot Industries a été créée en 2009 de la volonté de développer les imprimantes 3D open source domestiques, en se basant sur la RepRap, la pionnière du genre. Ses trois co-fondateurs, Bre Pettis, Zachary Smith et Adam Mayer sont issus du milieu hacker. Les deux premiers ont d’ailleurs fondé le hackerspace new-yorkais NYC Resistor.

Plus qu’un outil, RepRap symbolise une vision politique de l’open source hardware (OSHW), dont témoigne le discours d’un de ses développeurs, Adrian Bowyer : cet ingénieur rêve d’un monde où les entreprises traditionnelles seraient court-circuitées. La fabrication des produits manufacturés serait assurée par les citoyens eux-mêmes, grâce à des imprimantes 3D utilisant des plans open source partagés en ligne.

Le fondateur d’Amazon dans le tour de table

Dans les premiers temps de son existence, MakerBot réussit à fédérer une jolie communauté soudée autour des valeurs de partage et d’ouverture chères à l’éthique hacker. L’entreprise a aussi lancé le site Thingiverse, où les bidouilleurs du monde entier peuvent faire profiter des plans des objets qu’ils bidouillent avec les machines.

L’entreprise est un succès, elle compte maintenant 150 salariés, et finit par attirer l’attention des investisseurs. L’année dernière, elle lève 10 millions de dollars, alors qu’elle a commencé avec 75.000 dollars en poche. Dans son tour de table, Jeff Bezos, un des fondateurs d’Amazon. Et début de la descente aux “enfers propriétaires”.

Parmi les signes avant-coureur, le changement des conditions d’utilisation en février dernier est pointé, plus particulièrement la clause 3.2, qui oblige les contributeurs à renoncer à leur droit moral et notamment à leur droit à la paternité. Du coup, MakerBot peut utiliser le travail de la communauté dans ses produits, qu’ils soient ouverts ou fermés.

Josef Prusa, un des développeurs importants de RepRap qui monte aussi sa boîte, entame dans la foulée un mouvement Occupy Thingiverse et publie un billet à l’ironie amère :

L’impression 3D est maintenant pleine de merde. [...]

Hey regarde, nous avons pris toutes vos améliorations que vous avez partagées sur Thingiverse, nous les avons compilées dans un package et nous les avons fermées pour vous :-D .

Les imprimantes MakerBot 3D : la Replicator à gauche et la Thing-o-matic à droite

Parmi les autres indices, il y avait eu aussi au printemps dernier le départ de Zachary Smith. Il s’est aussi exprimé sur la polémique avec la même franchise :

J’essaye de contacter les gens pour prendre la mesure des choses mais jusqu’à présent, personne ne parle, et mes anciens partenaires ne répondent pas à mes appels et mes mails. Cela ne va pas, certainement. La meilleure information que j’ai trouvée est une tonne de double langage d’entreprise bullshit [La réponse de Bre Pettis, ndlr] qui caractérisait mes interactions récentes avec MakerBot.

Louvoiement

Face aux critiques, Bre Pettis se défend dans un billet au titre risqué, tant les reproches semblent fondés : “Réparer la désinformation avec de l’information”

Question 1 : est-ce que la MakerBot Replicator 2 est Open Source ?

Nous y travaillons et nous serons aussi ouvert que nous pourrons l’être alors que nous construisons un business durable.

Ou plutôt louvoie, comme taclent certains commentateurs :

Uh, FYI, tu as posé cette question :

Question 1 : est-ce que la MakerBot Replicator 2 est Open Source ?

Mais tu n’y as pas répondu. Tu tournes juste autour du pot et tu saupoudres d’une poignée de joyeux mots sur l’open source.

Steve Jobs du hardware

L’histoire dépasse la simple anecdote pour renvoyer à une histoire plus ancienne, celle du logiciel. Libre par défaut à ses débuts, sans que ce soit codifié, il est devenu propriétaire à la fin des années 70-début des années 80, quand il a commencé à générer une économie viable avec la montée en puissance de l’ordinateur personnel. Bre Pettis serait somme toute le nouveau Steve Jobs, plus entrepreneur que hacker.

Et comme le souligne Zachary Smith, ce tournant de MakerBot est un coup porté à ceux qui croient que l’OSHW constitue un écosystème viable :

Non seulement ce serait la perte d’un fabricant OSHW important, mais ce serait aussi la perte d’une figure emblématique pour le mouvement. De nombreuses personnes ont montré MakerBot et ont dit : “Oui, l’OSHW constitue un business model viable, regardez combien MakerBot a de succès.”

S’ils ferment leurs portes, alors cela donnerait aux gens qui diraient que l’open source hardware n’est pas viable des munitions pour leur argumentation.

Cela découragerait de nouvelles entreprises OSHW de se monter. C’est vraiment triste.

Si l’histoire se répète, la logique voudrait qu’après un coup de barre propriétaire, l’open hardware prenne sa revanche dans quelques années : l’OSHW a ses Steve Jobs, elle aura bien ses Stallman.


Imprimantes 3D via les galeries photo de wwward0, makerbot et cogdogblog sous licences Creative Commons

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  • Sofar le 25 septembre 2012 - 13:40 Signaler un abus - Permalink

    L’impression 3D peut avoir un véritable potentiel émancipateur en effet : http://yannickrumpala.wordpress.com/tag/impression-tridimensionnelle/

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  • EmmanuelG le 25 septembre 2012 - 21:57 Signaler un abus - Permalink

    à ce sujet j’aime particulièrement la position de AB :

    http://www.makerbot.com/blog/2012/09/20/fixing-misinformation-with-information/#comment-38041

    “I don’t care about them because I know that by closing off the path that they have chosen, they have turned it into a reproductive cul de sac; they have made their machine sterile.”
    (par opposition aux repraps qui peuvent produire une partie des pièces d’autres machines)

    Sur le long terme c’est la stratégie open-source qui sera gagnante…

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  • Galuel le 25 septembre 2012 - 22:14 Signaler un abus - Permalink

    On ne peut pas espérer développer un business modèle avec du “libre” au sein d’un système monétaire privateur.

    C’est profondément contradictoire. Cela reviendrait à prétendre qu’un système de navigation Windows XP / Firefox serait libre sous prétexte que le seul Firefox l’est.

    Non. Une monnaie privatrice est contrôlée par un centre privateur, qui n’a aucun intérêt à voir se développer des activités économiques libres qui échapperaient à son contrôle. Donc il fait en sorte que la monnaie ne circule que où et quand il le décide, pour des échanges économiques qu’il décide.

    http://www.creationmonetaire.info/2011/09/le-monopole-du-code-monetaire.html

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  • Bonob0h le 26 septembre 2012 - 10:29 Signaler un abus - Permalink

    C’était prévisible ! Et tout le monde s’est mis des œillères.

    Bizarrement quand on propose de s’y prendre Autrement ! Personne !

    Il faut dire que le comportement des frenchis sur le forum reprap en 2008 est exemplaire en ce sens ! Même si le modérateur a du effacer des dérives et notamment une virant au pénal !

    Quand à un nouveau Stallman, alors que l’actuel ne veut même pas entendre parler d’un Libre Autrement … qu’il reste dans son coin ! Il fait et fait faire plus de dégâts qu’autre chose !

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  • The Groupefournisseurs le 26 septembre 2012 - 16:00 Signaler un abus - Permalink

    bon article sur l’imprimante 3d

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  • Léo le 27 septembre 2012 - 10:20 Signaler un abus - Permalink

    C’est quand même fabuleux d’avoir entendu jusque là la communauté OSH jouer la musique des grands jours pour la start up Makerbot, parce chouette quelqu’un avait trouvé un “business model” vertueux, faisant d’elle (ou faisandé d’ailleurs) le phare, l’horizon désirable du mouvement du matériel libre.

    Mesdames messieurs je voudrais mettre en doute la lucrativité. Car si les pleureuses aujourd’hui se déclarent sur tous les médias de culture numérique, ne serait-ce pas – je mets en mot leur malaise ici par cette idée – parce que l’OSH n’a de sens que lorsqu’il est véhiculé par des structures approchantes de l’économie sociale et solidaire?
    C’est à dire d’une part que le matériel libre ne pourrait faire sens que lorsqu’il est développé par des associations et coopératives recherchant avant tout un modèle économique à l’équilibre, où la motivation, l’incitation à se mettre à l’action, n’est pas le profit mais bien le projet socio-économique négocié par les différentes parties prenantes de la structure (K. Polanyi parle “d’encastrement du social dans l’économique”).
    Et d’autre part, le matériel libre ne pourrait faire sens que lorsqu’il encourage le « faire soi-même », le DIY et DIWO, en somme l’auto-construction. Makerbot vendait ces produits, construisant son modèle non pas sur une transmission de la culture DIY, mais bien en s’alignant sur l’offre et la demande; schéma classique mais pauvre d’allocation des ressources…

    Qu’avait de libre Makerbot ? De s’appuyer sur une communauté de développement dynamique mais surtout complètement gratuite ? L’OSH n’est-il qu’une forme d’exploitation des vertues novatrices des « utilisateurs » selon Von Hippel, des « contributeurs » selon Bernard Stiegler, en somme d’une R&D participative ?

    Apposer une licence libre sur du matériel et être appuyé par une communauté de développement est-il suffisant pour se réclamer de l’OSH? La nature de la structure porteuse est importante (ESS, Non profit organization), comme la méthode de diffusion du matériel. Des structures en France, pas forcément liées à la culture numérique, se développent pour diffuser des savoirs et des savoir-faire. C’est le cas dans l’autoconstruction de logement (Les Castors), dans l’éco-construction (Oxalis en Savoie, Le réseau des compaillons, etc…), dans le matériel agricole (ADABio autoconstruction), dans le bricolage urbain (Entropie à Grenoble). Ces associations ont en commun de diffuser le matériel libre et le DIY par des formations où l’on repart des stages avec le matériel et également avec la compétence de savoir construire, réparer, bricoler…

    La transmission passe évidemment par l’ouverture des plans, de la conception, le dévoilement des ficèles, des pistes explorées, mais également par le renforcement des compétences, des savoir-faire des autoconstructeurs.

    Autrement l’OSH ne sera-t-il pas seulement le fait de quelques initiés urbains débrouillards, pour lequel les communautés de développement ne pourront se revendiquer que du slogan « Venez comme vous êtes ! » de McDonald.
    Si le matériel libre prend comme exigence la capacitation des individus et l’élargissement plus conséquent du mouvement, il ne faut pas alors hésiter chers Hackers et Bidouilleurs en tout genre à regarder du côté des méthodes et des façons des autoconstructeurs de l’économie sociale et solidaire, partout sur les territoires.
    Pas sûr Sabine que l’Open Bidouille Camp ce weekend l’ait pris en compte. Mais comme disait Ordralfabétix dans plusieurs albums: “Il vient de Lutèce moi mon poisson!”. Petite galéjade de provincial.

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    • Bonob0h le 27 septembre 2012 - 10:36 Signaler un abus - Permalink

      Hé oui mon brave ! Ça fonce sans réfléchir, ça se gausse de si et la …

      Mais surtout ça n’écoute pas quand bien en amont on prévient, ça ne cherche pas à faire autrement, etc !

      Pire ça dénigre, insulte, etc …

      Puis, quand le couperet tombe ça hurle sur tous les toits :D

      Et bien sur ça attend un nouveau dicta du Libre qui n’a rien compris ;) Pour éternellement recommencer les mêmes erreurs !

      Pendant ce temps rien n’avance, au profit du plus grand nombre, hormis dans le cadre de petits clans bien fermés … Des clans “Libres” chez qui il est interdit de si, interdit de la, tralala !

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    • Bolivar le 7 mai 2014 - 12:04 Signaler un abus - Permalink

      May I correct your unadrstdneing on Zimbabwe. Your first assertion that “the decision by Mugabe to seize white-owned farms in 2000 stems from an act of revenge against Morgan Tsvangirai’s party.” This is completely false and even a casual unadrstdneing of the issue of land repatriation in Zimbabwe will show. It starts with the Lancaster House Agreement which brought Independence to Zimbabwe.“Robert Mugabe and his supporters were pressured into agreeing to wait ten years before instituting land reform.The three-month long conference almost failed to reach an accord due to disagreements on land reform. Mugabe was pressured to sign and land was the key stumbling block. Both the British and American governments offered to buy land from willing white settlers who could not accept reconciliation (the Willing buyer, Willing seller principle) and a fund was established, to operate from 1980 to 1990.Lord Carrington and Sir Ian Gilmour signed the report for the United Kingdom, Bishop Abel Muzorewa and Dr Silas Mundawarara signed for Zimbabwe Rhodesia, and Robert Mugabe and Joshua Nkomo for the Patriotic Front.”Please note Mr. Junchun that the Tsvangirai Party does not come into existence until 1999. However; what is far more important in unadrstdneing the crux of this matter is role of the successor government of Baroness Margret Thatcher and Lord Carrington, the signers of The Lancaster House Agreement. The Tony Blair government abrogated the agreement saying that it was not bound by what a previous British Government had agreed to! In other words Tony Blair refused to keep the British end of the bargain which was to pay for the land. The Government of Robert Mugabe was to pay for only improvements built on the land.The relationship between the Blair Government and the Mugabe Government deteriorates from here with unilateral sanctions by Britain and the US and Mugabe seizing farms and paying only for improvements as agreed to in the Lancaster House Agreement. The rest of your argument is just as flawed as it flows from a flawed premise. So, Mr. Junchun you may tell your superiors at the US State Dept or CIA or White house that they should consider “trolling” and disseminating this disinformation elsewhere.

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