Ce samedi, les enfants ont cours de hacking

Le 12 octobre 2012

HacKIDemia fait partie de ces chouettes projets qui entendent renouveler la pédagogie des sciences et de la technologie en mettant au centre le (savoir-)faire, et qui puisent leur inspiration dans les valeurs des hackers, ces bidouilleurs créatifs et partageurs.

Après une première édition à Paris en juin, HacKIDemia a bougé à Bucarest en Roumanie en septembre.

À l’HacKIDemia, on n’apprend pas aux enfants à cracker le code de l’ordinateur de leurs géniteurs, non, on leur enseigne les sciences et la technologie par la pratique, en vertu du learning by doing cher aux hackers, ces bidouilleurs créatifs. Ce samedi, dans le cadre de l’Open World Forum (OWF), la deuxième édition française, co-organisée avec La Cantine/Silicon Sentier, proposera plusieurs ateliers pour mettre les menottes dans le cambouis, et aussi les grandes mimines des parents : conception de jeux vidéo, introduction à l’électronique avec le processeur Arduino et de la soudure, robot, graffiti, etc.

Ne vous fiez pas au côté fric de l’OWF, vitrine annuelle de l’Open Source en France qui se tient du côté des Champs-Élysées. Comme se réjouit Clément, membre du hackerspace francilien l’Electrolab qui prête son concours, le but n’est pas de rester entre-soi :

Dès le départ, Stefania vise une diffusion très large, pas uniquement pour nos petites têtes bobo, elle s’organise avec des contributeurs d’un peu partout. À force de passer sa vie dans des avions, elle a des contacts très variés.

La Stefania-voyageuse en question, c’est une jeune pile (open source) déroulant dans un français impeccable son parcours qui l’a menée de sa Roumanie natale à voyager sur tout le globe pour son projet HacKIDemia, après un passage par la Singularity University de Google aux États-Unis.

Le premier HacKIDemia à Paris en juin dernier, avec des élèves de l'internat d'excellence à Marly-le-Roy (78).

Hacker la pédagogie

Hacker la pédagogie

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Maman professeur, père ingénieur en électronique, cette mince petite brune prolixe a synthétisé dans son projet les ADN parentaux. Après un master en ingénierie pédagogique et un passage par Erasmus qui l’a rendu polyglotte — 7 langues en tout ! —, elle a atterri chez Google à Dublin pour plancher sur les algorithmes.

Plus que les opérations, elle se passionne pour l’éducation et initie des projets au sein de l’entreprise en Irlande, pour les adultes. Pas vraiment sur la même longueur d’onde que le géant de Moutain View, elle démissionne et, avec ses économies, part faire du volontariat au Cambodge, initier ce qui deviendra HacKIDemia. Avec une ligne claire :

Tu n’aides pas forcément les gens en leur donnant de l’argent. Le Cambodge est le pays avec le plus grand nombre d’ONG, ça handicape ce peuple  à un point pas possible. Je leur ai dit “je ne vais pas vous donner de l’argent, mais vous apprendre pour vous aider à vous en sortir par vous-même”.

Et un modèle, les hackerspaces, ces espaces physiques où les hackers se rencontrent, échangent, mutualisent :

Je veux faire des hackerspaces pour les enfants ! Il y a une innovation qui passe, invisible, mais qui a beaucoup d’impact, alors s’ils échangent avec les enfants…

Une bêta “magique”

Le numéro zéro d’Hackidemia est allumé en juin dernier, avec l’aide François Taddéi, du Centre de Recherche Interdisciplinaire, figure incontournable en France sur la réflexion pédagogique. Dans un lieu emblématique : l’internat d’excellence de Marly-le-Roy, une de ces structures destinées aux élèves défavorisées à fort potentiel. Une bêta qui tient toutes ses promesses. Stefania se souvient :

Les jeunes ne savaient pas trop à quoi s’attendre, ce sont des ados, l’âge où on les perd, ils sont venus en se demandant ce qu’ils allaient faire. À la fin c’était assez magique, on ne pouvait plus les faire partir : “j’ai fait un robot, j’ai fait un robot, il y avait une sorte de lumière dans leurs yeux.”

Benoit Parsy, qui fait des ateliers LEGO Mindstorm (des robots LEGO pour apprendre à coder, ndlr), est venu avec sa fille, elle a 6-7 ans et elle est très forte en programmation, ils ont accepté qu’elle leur apprenne et ils ont fait à leur tour.

Cela été très important pour nous : l’événement a été monté sans budget, nous avons juste contacté les gens qui travaillent avec des jeunes sur Paris, on a pu mesurer la motivation.

"J'ai fait un robot, j'ai fait un robot !"

La jeune femme enchaine avec un saut décisif par Google, non pas l’entreprise mais sa controversée Singularity University, en tant que education teaching fellow. L’institution vouée aux technologies, et non au transhumanisme comme on le croit à tort, se révèle surtout être une belle opportunité pour développer son projet, entre conférences et discussions interminables le soir.

De ce séjour, HacKIDemia en est ressorti avec un staff de trois personnes en plus pour faire des petits partout dans le monde, sur le mode du lab mobile.

Brésil, Niger, Mexique, Australie, Malaisie

Et depuis, ça n’arrête pas. Après Paris, les allumages s’enchaînent : installation d’un fab lab permanent à Sao Paulo au Brésil, à Lagos au Nigeria dans le cadre de Maker Faire Africa, une grande foire au DIY, puis Mexique, Australie et Malaisie en début d’année prochaine. Ils sont souvent sollicités par des structures publiques qui payent le voyage, par exemple au Brésil une école. La communauté visée, enfants mais aussi parents et professeurs, ne payent pas. Des entreprises de l’écosystème croissant du DIY apportent aussi des fonds, conscient de l’intérêt et de l’enjeu.

L’écosystème de demain

Aux côtés de fablab@school, fab lab truck, School Factory ou encore Maker Camp, Hackidemia fait en effet partie de ces projets qui entendent réinventer l’école pour mieux l’adapter au contexte actuel, marqués par de multiples crises : économique et écologique bien sûr mais aussi perte de sens, sentiment de dépossession lié à la disparition des savoir-faire. Ces structures sont aussi autant de terreaux pour que la bidouille d’un week-end deviennent le projet d’une vie et contribuent ainsi à régénérer le système en perdition. Stefania s’emballe :

Le retour à la production locale est un moyen de sortir de la crise, de rendre aux gens la liberté de s’entraider, il faut des hubs d’innovation qui vont s’agrandir et former un écosystème. Il faudrait revenir au système des guildes d’artisans.

Dès le plus jeune âge, il faut donc penser en mode “projet”, comme le souligne Jérôme Saint-Clair, du Graffiti Research Lab, un groupe consacré au renouveau de l’art urbain présent ce samedi :

Il est essentiel d’associer, non pas plus de pratique “téléguidée”, mais davantage de découverte et d’expérimentation afin de permettre aux enfants de chercher des solutions à des problématiques qui leur sont propres (par eux-mêmes ou à l’aide d’un prof ou mentor), de collaborer en partageant leurs connaissances et de développer des projets pensés par eux et pour eux, mariant plusieurs disciplines.

Dans cette nécessité de renouveler l’école, les acteurs extérieurs, agiles, du type HacKIDemia, sont peut-être les mieux à même de faire bouger les choses, comme l’analyse Clément :

Bien, sûr, on n’est pas près de poser un hackerspace/makerspace/fab lab dans chaque établissement scolaire, et il est à peu près aussi vital de proposer ce genre d’activités dans un cadre totalement hors du scolaire aussi pour une autre raison un peu dingue : pour plein de monde, l’école est une corvée… à laquelle tu n’as pas forcément envie d’associer ton action, pour ne pas te griller auprès du public visé.

Reste un enjeu de taille : éviter de finir comme Montessori, douillet nid à progéniture élitiste, mais envahir l’école en douceur.


HacKIDemia, dans le cadre de KIDEXPERIMENT à l’Open World Forum ce samedi, de 11 h 30 à 17 heures, gratuit, inscription recommandée.
Photos CC Flickr [by-nc-nd] PhOtOnQuAnTiQuE

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  • Lulu le 12 octobre 2012 - 19:01 Signaler un abus - Permalink

    Éviter de finir élitiste, c’est déjà proposer des choses en province et pas seulement à Paris.

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    • Sylvain le 14 octobre 2012 - 18:49 Signaler un abus - Permalink

      La proquoi ?

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      • Stefania le 15 octobre 2012 - 11:50 Signaler un abus - Permalink

        @ Sylvain, pas vraiment compris ton commentaire:S

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        • Sylvain le 20 octobre 2012 - 11:04 Signaler un abus - Permalink

          @Stefania je rebondissais -maladroitement- sur la remarque de Lulu, sur le fait qu’encore une fois ces initiatives n’ont lieu qu’à Paris quand elles ont lieu en France.

          Je sais que ce n’est pas de la mauvaise volonté de la part des organisateurs, mais la France est un pays excessivement centralisé, et chaque fois qu’une initiative innovante se contente de couvrir Paris ou la région parisienne (il y a plein de raisons à ça, détails plus bas) cela agrandit le fossé qui existe entre les Parisiens, qui ont accès à presque tout, et “le reste du pays” (soit 90% de la population quand même) qui a accès à bien peu en matière de Culture Scientifique et Technique.

          Les attraits de la région parisienne par rapport à la province :
          * une densité de population qui permet de facilement atteindre une “masse critique” pour un événement, avec des transports en commun efficaces qui permettent de drainer du monde.
          * des journalistes sur Paris qui s’intéressent à la CST, et capables d’informer, de mettre en perspective, de valoriser, alors que les journalistes de province s’aventurent rarement au-delà du trio foot/politique locale/faits divers. Le fait que 100% des rédactions des médias à grande diffusion soient à Paris aide aussi beaucoup.
          * des lieux (musées, “lieux de culture numérique”), soutenus à grands coups de subventions publiques, qui permettent de trouver facilement des salles pour organiser des workshops, des expositions, etc, dans une ville où le prix au m² est indécent. En province, peu de lieux, et peu de crédits, faire en sorte que les musées et lieux existants ne disparaissent pas est déjà un combat.

          Bref, je ne vais pas allonger la liste, et je tiens à remercier Stefania et ses partenaires pour cette initiative qui peut aider à lisser les inégalités sociales dans l’accès à la CST.
          Pour lisser les inégalités territoriales, il faudra autre chose …

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          • d1g1t4l le 30 octobre 2012 - 10:57 Signaler un abus - Permalink

            @Sylvain : Juste pour info : le même évènement est en ce moment même en préparation sur Nantes. Et à ce propos nous cherchons à recruter une équipes, des sponsors, des partenaires…

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    • Stefania le 15 octobre 2012 - 11:47 Signaler un abus - Permalink

      Bonjour Lulu, nous attendons des invitations et des gens qui peuvent nous aider à monter ca en provence. Aurai-tu des idées?

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  • Patrick d'Emmabuntüs le 15 octobre 2012 - 0:05 Signaler un abus - Permalink

    Bravo pour ce projet et cet article, et c’est grâce à ce genre de démarche que le monde devient plus humain.

    Pour ceux qui veulent que ce projet aille en province, chose très logique et pertinente, je rappelle (Je vais encore me faire plein d’amis) que le DIY prôner dans les FabLab and Co veut dire “Fait le toi-même !!!”, donc il vous suffit de prendre contact avec les responsables de ce projet, et ils vous donneront les infos nécessaires pour le faire vous-même en province.
    Pour ces personnes qui s’impliquent dans des projets elles ne veulent pas forcément le faire à Paris, d’ailleurs dans l’article on cite que ce projet est allé où va aller au “Brésil, Niger, Mexique, Australie, Malaisie”, donc on ne peut pas dire que ce projet reste centré sur Paris, et on ne peut pas leurs reprocher de ne pas faire bouger et avancer les choses.

    Donc pour ma part, je dis un grand BRAVO et une bonne continuation à ce et à ces projets.

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    • Stefania le 15 octobre 2012 - 11:49 Signaler un abus - Permalink

      Tout à fait Patrick! merci beaucoup pour ton feedback et tiens-nous au courant si jamais tu peux/veux t’impliquer dans le projet.

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      • Patrick d'Emmabuntüs le 15 octobre 2012 - 21:01 Signaler un abus - Permalink

        Bonjour Stefania,

        Je te remercie pour ta proposition, mais je suis déjà le porteur des distributions Emmabuntüs et l’animateur du Collectif du même nom. Cette distribution Linux motorise maintenant les versions Desktop des Jerrys, et c’est toi qui est en possession du premier modèle, et c’est comme cela que je t’ai connu en voyant la photo ou tu es prise avec le Jerry Ninja-Emmabuntüs. Pour ma part ce que je peux faire pour votre projet c’est d’embarquer dans la prochaine version de la distro des documents sur votre projet, et je vais d’abord t’inviter sur notre page Facebook comme cela tu pourras me contacter et nous pourrons échanger nos mails.

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  • Claude le 17 octobre 2012 - 18:21 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,
    J’ai 70 ans, dommage, né trop tôt mais quelle bonne idée ! à faire fleurir et se développer partout, à Paris, en province, à Caracas et partout ailleurs.
    Apprendre aux enfants à chercher et se débrouiller par eux-même : quel rêve! Quel danger aussi : une vrai mine à indignés allergiques à la télé.
    Un détail pourtant : Depuis que l’humain existe, son savoir et son talent repose sur l’apport de ceux qui l’entourent. Bien inclure la coopération dans le cursus. Amicalement.

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  • lopjincp le 23 avril 2014 - 8:27 Signaler un abus - Permalink

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