La twittclasse vire au clash

Le 19 octobre 2012

Aurélie et ses petits élèves étaient très contents d'être la première twittclasse de la Haute-Savoie. Ils le sont un peu moins d'être la première interdite, après un volte-face de la hiérarchie sur fond officiel de paranoïa sécuritaire.

Mise à jour du 23 octobre
Mise à jour du 26 octobre

En Haute-Savoie, la première twittclasse du département a dû fermer sa timeline fin septembre, peu de temps après son ouverture, un rétropédalage qui semble inédit.

Il existe actuellement plus de 200 twittclasses en France qui fonctionnent sans problème, en accord avec leur hiérarchie. Il est fini le temps des expérimentations audacieuses de la pugnace Laurence Juin, la première à avoir utilisé le site de micro-blogging Twitter dans un cadre pédagogique en France. Le Centre national de documentation pédagogique donne même la marche à suivre.

Un lien vers YouPorn ou des insultes auraient-ils atterri dessus ? Rien de tout cela. Dès le début, tout a été fait dans les règles, nous a expliqué Aurélie, la jeune institutrice de La Roche-sur-Foron à l’origine de l’initiative :

Pour préparer le terrain, j’ai pris contact avec ma conseillère pédagogique en juin, pour savoir à qui m’adresser et quel projet fournir. Je me suis aussi renseignée auprès de collègues ayant des twittclasses pour savoir la procédure qu’ils avaient suivie. Puis, nous avons attendu les recommandations du chargé TICE1 du recteur de mon académie. Après ce feu vert hiérarchique, la réponse de mon inspectrice de l’Éducation nationale (IEN) a vite été positive.

Hacker la pédagogie

Hacker la pédagogie

Les médias sociaux font l'objet de fréquents blocages dans les établissements scolaires. Pourtant, en eux-mêmes, ils ne ...

La procédure peut sembler lourde, mais la maison Éducation nationale fonctionne ainsi, a fortiori quand il s’agit d’Internet, souffre-douleur d’une partie du corps enseignant, lassé des copié-collé Wikipedia et fermé aux charmes des liens faibles de Facebook, ce pourvoyeur de cyber-harcèlement.  Les premiers pas sur le réseau social se font sans souci, en respectant bien des règles pour éviter des dérapages : les élèves ne possèdent pas le mot de passe – qui n’est pas la date de naissance d’Aurélie… -, ils ont pour l’instant accès au compte via un projecteur, et plus encore,“ils ne tweetaient quasiment jamais en temps réel par manque de matériel en classe, nous enregistrions tous les messages dans des documents OpenOffice, puis ils étaient copiés-collés dans Twitter”, souligne Aurélie. Difficile de contrôler davantage. Certains parents s’y mettent même puisque cinq élèves créent un compte dans la foulée, précise-t-elle.

Bug Facebook cache-crasse technique

Et puis patatras, l’expérience est suspendue :

J’ai reçu l’ordre de cesser temporairement de tweeter avec la classe, au prétexte initial du pseudo-bug Facebook, et en attendant un avis des services juridiques… du Rectorat.

Le même rectorat qui avait donné son accord peu avant. La suspension sera transformée en arrêt total, pour des questions de sécurité. Contactée, l’inspectrice de l’Éducation Marie-Françoise Casanova nous a expliqué :

Les serveurs de Twitter sont à l’extérieur et l’entreprise n’a pas de convention avec l’Éducation nationale. Le projet n’a pas été autorisé, il l’était au début. D’autres logiciels qui ne respectent pas les conventions de sécurité sont interdits, ça n’a rien à voir avec Twitter. J’avais juste donné un avis pédagogique, le projet était, est toujours intéressant. La sécurité est la seule raison.

Jusqu’à nouvel ordre, les twittclasses sont désormais interdites dans le département. Et le nouvel ordre, c’est donc des conditions de sécurité satisfaisantes. On en conclut que l’Éducation nationale devra héberger des serveurs de Twitter.

Internet, c’est le mal

Dans le petit milieu des professeurs qui <3 les Internets, la décision parait absurde. Stéphanie de Vanssay, contributrice d’Elab (laboratoire-éducation-numérique), s’emporte : “Je suis outrée de cette fermeture sous de faux prétextes, c’est emblématique de la défiance généralisée de la hiérarchie envers les enseignants et d’une grave méconnaissance de tout ce que peut apporter le web à notre enseignement et à nos élèves.”

François Meroth, le président de l’association des Amis et défenseurs de l’école publique (ADEP), basée en Haute-Savoie, y voit un “décalage entre le discours affiché, avec la volonté affirmée d’ouvrir l’école et les politiques locales fermées.” Le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon vient en effet de remettre sa feuille de route quinquennale pour refonder l’école en 10 points. Et “L’école et les nouvelles technologies” occupent le 8erang :

Les nouvelles technologies devront être utilisées comme “un levier de changement, d’ouverture“. Pour réussir le déploiement de l’e-éducation, le président de la République a demandé que les établissements soient équipés des matériels, ressources et réseaux nécessaires.

Bisbilles microcosmiques

On comprend d’autant plus l’agacement de François Meroth en se penchant sur la presse locale. La sécurité n’a peut-être rien à voir là-dedans, mais plus des enjeux de pouvoir microcosmiques. Le Dauphiné libéré relate dans un article surtitré “la seule classe Twitter du département, qu’il devait visiter, a été suspendue” :

Pierre Frackowiak, pédagogue et toute une carrière passée au sein de l’Éducation nationale, était invité par l’association des Amis et défenseurs de l’école publique (ADEP) pour s’exprimer devant le public, vendredi à La Roche-sur-Foron. Avant cela, il devait rendre visite à la seule classe Twitter du département située dans la même ville. Il n’en a pas reçu l’autorisation.

Quoi qu’il en soit, Aurélie et ses petits élèves peuvent se consoler en lisant les messages de soutien sur Twitter, qui eux circulent librement :

MàJ mardi 23 octobre

Pour tenter de faire évoluer la situation, l’ADEP et e.l@b ont envoyé une lettre ouverte au recteur, signé par “les personnalités et mouvements syndicaux ou pédagogiques suivants : Education et Devenir; Prisme; La Ligue de l’Enseignement; SE-UNSA; SGEN-Cfdt; SGEN-Cfdt 74; SNUipp 74; CRAP-Cahiers pédagogiques; Pierre Frackowiak, (IEN honoraire); Michel Guillou, (consultant spécialiste en éducation numérique); Jean-Jacques Hazan, (président de la FCPE); Philippe Joutard, (ancien recteur); François Taddei, (généticien, membre du Haut Conseil de l’Education).”

Lettre qui sera envoyée si rien ne bouge ce jeudi “pour un écho aussi large que possible dans la presse”.

C’est la twitt-guerre.

MàJ mardi 26 octobre

Owni a reçu des nouvelles de cette affaire par l’intermédiaire de l’ADEP :

“L’affaire de la ‘Twitt-Classe’ se règle ce jour, sans que nous devions publier la ‘lettre ouverte’. Nous avions dit au Recteur que nous espérions une solution dans les 48 heures. C’est en cours, les choses s’étant accélérées de façon significative. Nous vous remercions de l’intérêt que [...] vous avez porté sur cette affaire qui était nettement moins anecdotique qu’il n’y semblait. Et les articles parus dans la presse et les réseaux locaux ou nationaux auront eu leur importance.

Dans un message pervenu aux signataires de la lettre, l’ADEP se félicite que “l’enseignante a[it] reçu ce jour une forte délégation “de luxe”, (IEN, DASEN, IANA…), pour un examen approfondi du projet” et que “la classe Twitter [puisse] redémarrer, moyennant quelques aménagements qui permettent à tout le monde de sortir avec les honneurs de cet imbroglio.


Photo de Mallix [CC-byncnd]

  1. Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement, ndlr []

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  • oomu le 19 octobre 2012 - 15:51 Signaler un abus - Permalink

    d’un autre coté, voilà qui est formateur pour les élèves : politique, considération informatique, jeu de pouvoir, considération d’hébergement local ou distant. si c’est pas de la formation ça, je sais pas ce que c’est :) .

    En un sens, je vois cela comme l’occasion de faire un bilan et le faire comprendre aux élèves.

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  • Coviaux le 19 octobre 2012 - 17:03 Signaler un abus - Permalink

    pathétique Education nationale, ce n’est pas des postes d’enseignants qu’il faudrait supprimer mais bien certains de ceux qui décident à coups de circulaires des modes pédagogiques, toujours en retard d’un train de préférence, et qui s’occupent en guéguerre de pouvoir et de territoire au détriment du travail de terrain des enseignants – et de l’apprentissage de nos enfants bien sûr

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  • MEROTH le 19 octobre 2012 - 17:14 Signaler un abus - Permalink

    Merci pour ce bel article.
    Il est certain que la situation locale est particulière, et ce qu’on peut appeler “l’affaire du blocage de la #twittclasse ” un drôle d’imbroglio. Entre les frilosités d’un département, les interrogations sur les compétences ou sur la bonne foi de certains “petits ministres” et des rancoeurs ou parfois des malentendus “originels”…
    Bel article. On ne sait pas très bien comment l’enseignante et ses élèves vivent ce blocage. Mais j’espère que cela finira par se décoincer… C’est grotesque.

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  • jmgilliot le 19 octobre 2012 - 17:28 Signaler un abus - Permalink

    Il faudra que l’on m’explique pourquoi le problème de sécurité pose problème uniquement en Haute Savoie. Ont-ils peur de tomber de plus haut, ou les serveurs twitter sont-ils spéciaux dans ce coin de France ?
    Clairement la maison Education Nationale ne semble pas savoir se coordonner sur certains niveaux décisionnels.

    Merci en tout cas d’avoir relayé l’info et nous avoir permis de partager cette anomalie.

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  • Pouet le 19 octobre 2012 - 18:11 Signaler un abus - Permalink

    http://status.net/product
    Y’a des clones de twitter libres, sinon.

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  • Loys le 19 octobre 2012 - 21:12 Signaler un abus - Permalink

    “une grave méconnaissance de tout ce que peut apporter le web à notre enseignement et à nos élèves.”

    C’est vrai qu’ils auraient pu participer au sympathique hashtag #unbonjuif.

    C’est vrai aussi que, les adolescents passant en moyenne 5 heures par jour devant un écran, il est urgent de ne pas les en couper en classe et de les habituer dès le plus jeune âge, en maternelle ou en primaire, à participer à des réseaux à caractère publicitaire comme Facebook ou Twitter.

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    • Sabine Blanc le 19 octobre 2012 - 22:06 Signaler un abus - Permalink

      Vous devriez faire attention, vous avez dû vous mettre devant un écran pour taper votre commentaire. De même pour alimenter votre blog, pourrir le web, etc. Vous devriez lire ce superbe article d’Eric Scherer, “La plume est une vierge, l’imprimerie une putain”, qui remet en perspective la diabolisation d’Internet en faisant le parallèle avec le rejet de l’imprimerie à ses débuts. Le tout avec force citations de Grands Auteurs et une citation en latin, ce qui devrait vous plaire, vous qui avez fait vos humanités.
      http://owni.fr/2010/02/10/la-plume-est-une-vierge-limprimerie-une-putain/

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      • Loys le 19 octobre 2012 - 22:26 Signaler un abus - Permalink

        L’article que vous citez dit beaucoup de bêtises…

        Libre à vous de croire que je veux diaboliser le numérique à partir du moment où je porte un regard critique sur lui en tant qu’enseignant.

        De ce point de vue, je suis davantage dans la ligne d’OWNI que vous…

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      • Loys le 19 octobre 2012 - 22:32 Signaler un abus - Permalink
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        • Friscote le 19 octobre 2012 - 22:51 Signaler un abus - Permalink

          Amusante votre revue de presse… Dommage qu’au lieu de capturer tous ces articles vous ne vous fassiez pas l’écho sur votre site, par exemple, de la sortie du manuel de français de 4e numérique libre et gratuit pour iPad de Yann Houry ou d’autres initiatives de vos collègues enseignants, qui à n’en pas douter, posent un regard critique ET CONSTRUCTIF sur la place du numérique à l’école…

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    • shokin le 20 octobre 2012 - 10:23 Signaler un abus - Permalink

      Sur le web ou face à la téloche ? Ce n’est pas du tout le même type d’écran facial. Sur le web, il y a des logiciels libres, une liberté de rythme (sauf un peu pour les vidéos) de lecture. A la télévision (je n’en ai plus), tout le rythme est imposé, ce n’est pas le spectateur (La société du spectacle, Guy Debord) qui mène la danse.

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  • Antoine Melo le 20 octobre 2012 - 7:09 Signaler un abus - Permalink

    Ces expériences sur des réseaux sociaux publiques sont certes formatrices (voir commentaire pertinent @oomu), mais elles nous éloignent bien souvent de nos objectifs, sans qu’on puisse avoir un véritable contrôle sur ses dérives! Quand je parle dérives, je pense errances, butinages superficiels (en référence au dernier ouvrage de Michel Serres), “glissades” sur les savoirs plutôt qu’appropriation …
    En tant qu’enseignant, on doit également pouvoir recentrer les débats sur les éléments clés de l’apprentissage, veiller à respecter un certain droit à l’oubli et à l’erreur pour nous et nos apprenants … En résumé, offrir une certaine sécurité immédiate et future.
    Pour atteindre nos objectifs, tout en garantissant l’écueil des chardons, je ne peux que recommander d’utiliser les réseaux sociaux privés (notamment celui mentionné par @pouet)! Ce type de réseaux permet aux plus timides ou/et aux plus faibles de s’exprimer plus librement, de manière plus discrète; c’est eux qui en ont le plus besoin, pas les forts en gueules qui s’exprimeront de toutes manières, quel que soit le canal … Les enseignants avec des réseaux privés n’ont d’ailleurs pas attendus Mme Laurence Juin pour faire du microblogging …
    Quant à croire que tout cela est grotesque, je suis convaincu que si on connaissait les intentions des autres comme les nôtres, nous serions sûrement plus indulgent (c mon côté suisse;-)

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  • Saume-wan le 20 octobre 2012 - 8:29 Signaler un abus - Permalink

    Je suis certainement un vieux con mais j’ai du mal à voir à quoi sert Twitter dans un cadre scolaire. Quand on regarde les tweets en question, c’est encore plus flagrant.
    En essayant de comprendre le truc, je tombe sur une liste non exhaustive des usages possibles : courtes productions écrites en classe, live-tweet de sorties/voyages scolaires, moyen de communication, soutien, interactivité sur temps personnel de l’élève, ouverture de la classe à un plus large réseau etc (source : http://maonziemeannee.wordpress.com/2011/05/03/fiche-pratique-utiliser-un-reseau-social-en-classe/)
    J’ai beau tourner le truc dans tous les sens, j’ai surtout l’impression d’un grand vide pédagogique.

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    • alzorglub le 20 octobre 2012 - 13:03 Signaler un abus - Permalink

      déjà en soi Twitter n’a pas grand intérêt..
      Par contre l’intérêt pédagogique c’est de donner à tous la chance de se placer sur les nouvelles technologies qui feront la vie de demain. Ça sert à avancer, sans prendre racine dans de vieilles traditions.

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    • Méroth le 20 octobre 2012 - 16:22 Signaler un abus - Permalink

      On peut aussi imaginer d’utiliser Twitter pour sa capacité à susciter des textes courts, rapidement échangeables, première étape vers une production de textes plus longs… L’angoissante “page blanche” est remplacée par un outil simple.
      Par ailleurs, la dynamique des “correspondances”, (avec telle ou telle classe, tel ou tel pays), est simple, démultipliée, et les liens ainsi créés aident les enfants à comprendre et à toucher du doigt une dimension essentielle du langage écrit…
      Entre autres ;-)

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  • Zeboute le 20 octobre 2012 - 10:32 Signaler un abus - Permalink

    Encore une paranioa déguisée devant internet. Alors qu’internet doit rester neutre.
    Voici encore le retour des apocalyptiques d’internet. Une défiance séculaire !
    A lire : http://zeboute.wordpress.com/2012/10/09/apocalyptiques-fin-internet-media/

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  • alzorglub le 20 octobre 2012 - 13:00 Signaler un abus - Permalink

    Et oui, c’est comme ça que ça se passe dans notre beau système de l’éducation nationale (comme dans beaucoup d’autres administrations d’ailleurs) : la logique sécuritaire c’est “on ferme tout et on gère au cas par cas”.
    On ne connaît pas -> on a peur -> on bloque.
    Complètement idiot et rétrograde.
    Plus que sécuritaire, c’est pour dépenser moins en temps de gestion. NUL !

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    • Méroth le 20 octobre 2012 - 16:24 Signaler un abus - Permalink

      A noter que ce n’est pas non plus “partout comme ça”, et que le cas de cette Twitt-classe bloquée est (heureusement) unique. La Haute-Savoie est frileuse…

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  • PARENT le 23 octobre 2012 - 14:16 Signaler un abus - Permalink

    J’invite cette enseignante à créer, en attendant, un eCrocus book de la classe sur le site http://www.ecrocus.com.
    Qui plus est, les fondateurs et l’hébergement sont basés en France.

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