Hackers, bâtisseurs depuis 1959

Le 8 novembre 2012

OWNI Editions publie Hackers, bâtisseurs depuis 1959. Rétrospective accessible qui revient sur plus d’un demi-siècle d’histoire du hacking en soulignant son éthique et la richesse de son apport technique. Un ouvrage préfacé par Mitch Altman, co-fondateur du hackerspace de San Francisco Noisebridge.

Mise à jour
Les 18 premières pages de l’ebook sont téléchargeables ici [PDF]


Hackers, bâtisseurs depuis 1959.” (105 pages, 4,49 euros) est disponible au format epub sur Immatériel, la FNAC (Kobo) et Amazon (Kindle), ainsi que sur OWNI Shop au format .PDF et epub, sans marqueur ni DRM.


Aujourd’hui, la porte d’entrée grand public dans l’univers des hackers, ce sont les reportages racoleurs au JT de 20 heures sur les “vilains-pirates-chinois-qui-en-veulent-à-votre-CB”. Hackers = vilain, et puis c’est tout. Ces mêmes JT seront aussi diffusés en replay sur Internet. En toute contradiction.

Car sans les hackers, il n’y aurait pas d’Internet. Il n’y aurait pas d’ordinateur non plus. Avant d’en arriver à nos PC connectés à 5 megabits/seconde, il y a un demi-siècle d’histoire du hacking. Stricto sensu, le hacking n’est rien d’autre que l’usage créatif des techniques, l’art de démonter les systèmes – hacker signifie mettre en pièces en anglais – pour mieux en reconstruire d’autres, en fonction de ses envies, ses besoins, son simple plaisir. Autrement dit, sous le clavier de Jude Milhon, “St. Jude”, patronne des hackers, morte en 2003 :

Le contournement intelligent des limites imposées, qu’elles le soient par votre gouvernement, vos propres capacités ou les lois de la physique.

Si la littérature sur le domaine n’est pas inexistante, elle est malheureusement trop souvent en anglais. Il faut lire Hackers: Heroes of the Computer Revolution, l’ouvrage référence de Steven Levy, pour se plonger avec délice dans les prémisses du hacking moderne, au Massachusetts Institute of Technology, le prestigieux MIT. Une histoire qui commence dans un club de modèle réduit de train, à une époque où les ordinateurs font passer le bahut normand de grand-maman pour une table de chevet.

Nous ne parlons pas que de technique dans notre eBook. La richesse extraordinaire de ces gens ingénieux est indissociable d’une éthique : libre accès aux machines et au code, liberté de l’information, et donc partage des connaissances, éloge du code comme véritable art, primauté de l’horizontalité contre la pyramide hiérarchique, des actes et non des grands discours incantatoires, ce qu’on appelle la do-ocracy.

Historiquement centrés sur le logiciel, le software, les hackers exercent maintenant aussi leur curiosité et leur inventivité sur les objets, le hardware. Les années 2000 sont celles d’un retour au physique, avec l’explosion des lieux de travail collaboratifs qui gravitent autour de cette sphère : hackerspaces, makerspaces, fab labs, etc. Récemment, on observe même un effet de mode autour du DIY, le do-it-yourself, “faites-le vous-même” : il suffit de bidouiller trois LED et une imprimante 3D pour se revendiquer hacker.

De la cave au Parlement européen

En soi, le hacking est donc éminemment politique, au sens noble du terme, qui renvoie étymologiquement à l’organisation de la cité : il est un pied de nez permanent aux systèmes fermés et oligarchiques, toutes tentatives de confiscation du savoir. Ces “sorcières” modernes, pour reprendre l’expression de l’e-zine underground Phrack, sont prises en chasse dès les années 70, et la chasse s’intensifie au fur et à mesure qu’un écosystème se développe autour de l’informatique et de l’Internet. En face, la communauté se mobilise, “l’hacktivisme” se structure, avec par exemple la création de l’Electronic Frontier Foundation (EFF) en 1990.

Politisés, certains hackers sont carrément entrés dans la danse politique “classique”, avec le Parti Pirate, né de la lutte du site de téléchargement The Pirate Bay. Somme, c’est un système qu’on peut bidouiller comme un autre, nous l’avait expliqué l’élu berlinois Pavel Mayer, proche du Chaos Computer Club, l’influent collectif allemand :

La machine politique du Parlement a des boutons, des leviers, que vous pouvez contrôler, vous devez comprendre ce qui se passe si vous les actionnez. On modifie la machine quand on sait exactement comment elle fonctionne.

En théorie, l’esprit du hacking s’applique à tout domaine. Mais le système politique, coriace, se laissera-t-il détourner ? À moins que ce ne soit lui qui hacke les hackers…


Voir le diaporama de l’ebook, ici. Photographies par Ophelia Noor.
Hackers, bâtisseurs depuis 1959.” (105 pages, 4,49 euros) est disponible au format “epub” sur Immatériel, la FNAC (Kobo) et Amazon (Kindle), ainsi que sur OWNI Shop au format .PDF et epub, sans marqueur ni DRM.

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  • fred le 9 novembre 2012 - 21:17 Signaler un abus - Permalink

    Bonsoir,
    Faut arrêter de s’exciter sur la signification française de tels anglicismes.
    La sémantique n’est intéressante que si elle fait évoluer les mentalités. Au cas particulier on tourne en rond depuis des années.
    Quand les mots ne parlent pas, les phrases qui les emploient ne parlent pas non plus.
    Le mot hacker ne veut rien dire puisqu’il faut en permanence tenter d’en redéfinir le sens.
    C’est généralement le lot de tous ces codes réservés “aux spécialistes”, par ailleurs incapables de vulgarisation.
    Exemple : “sans les hackers, il n’y aurait pas d’Internet” : c’est la phrase type qui ne parle pas au béotien. On dirait un précepte, une loi, une doctrine édictés dans un monde qui prétend s’en affranchir.
    Si le mot hacker dans “l’univers des hackers” est mal utilisé c’est que le terme hacker est incompris. S’il est incompris aujourd’hui c’est certainement parce qu’il n’a aucun sens*. Ne pourrait t-on trouver une mot sensé en français pour mettre définitivement fin à cette polémique stérile ?
    En tous cas on aura compris que ce mot ne sera pas “pirate” trop connoté !
    Ni “bidouilleur” trop méprisant, ni “esprit” trop sectaire, ni même “activiste” pas assez orienté.
    Philanthropes bâtisseurs d’internet ? Phibanet ?

    *Bien sûr, certaines structures réactionnaires n’ont de cesse de détourner les mots des spécialistes pour mieux manipuler les non spécialistes. hacker pour une majorité (comme le concept web2.0 pour certains) n’a aucune signification consensuellement admise. Le quidam n’est pas plus sûr de lui quand il entend ce mot que quand il l’emploie …

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  • PhDams le 15 novembre 2012 - 16:09 Signaler un abus - Permalink

    En parlant de l’éthique hacker et de l’éloge de l’amateur à travers du logiciel libre, je vous recommande la lecture de la dernière émission de Polemix et la voix off ” Une Histoire du logiciel libre”, compostée sur au lien suivant :
    http://lespostiers.fr/2012/11/15/de-woody-guthrie-au-logiciel-libre-illustrations-de-lethique-hacker-au-xxe-siecle/

    Et pour ceux qui en veulent plus, deux autres liens :
    http://lespostiers.fr/2012/09/01/socrate-et-les-hackers-eloge-de-lamateur-a-travers-les-ages/
    http://nordexpress.blogspot.ch/2009/06/lethique-hacker.html

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  • Roussi le 31 décembre 2012 - 14:55 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour les filles!
    Magnifique prestation sur france cul ce Samedi soir , un de mes meilleur cadeau pour cette fin d’année! Une fois encore BRAVO pour cette mise au point urgente et nécessaire au sujet des Hackers Merci et bonnes fêtes!
    Juste si vous en avez le temps un petit regard là dessus : http://legarage-gpl.org/la-fonderie-mobile, un hacker/space plutôt sympathique et régional.

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