Bienvenue dans la Soucoupe Digitale

La “generation Y” en a assez des “pourquoi ?”

Publié le 10 mai 2009 par [Enikao]

C’est une tarte à la crème, un cliché à la vie dure, mais la génération Y, ou génération numérique, ou génération digitale, ou encore génération du pouce (SMS & consoles de jeux) est là, et bien là. Socialement présente, active, et… mal accueillie. Dressons un rapide panorama de ce qui nous chiffonne, et surtout en premier lieu l’incompréhension et la surdité. Comme quoi si nous écoutons sans doute le baladeur trop fort, certains devraient peut-être passer chez Audika…

On ne veut plus des “pourquoi vous n’êtes pas politisés ?” : c’est une contre-vérité car nous votons et débattons, la jeune génération est en revanche très méfiante vis-à-vis des appareils politiques. Toute machine broie l’individu pour créer du collectif, or nous sommes plus individualistes car les utopies collectives sont en grande partie mortes au XXème siècle. Les grandes institutions ont failli : les partis ont magouillé, l’Armée a disparue, la famille se délite, l’Education Nationale se contente d’instruire et n’éduque plus. Il reste d’autres idéologies plus vivantes mais elles sont décentralisées et davantage empiriques que théoriques : altermondialisme, décroissance, éco-responsabilité. Il est plus difficile de gérer et fédérer autour d’une figure emblématique ceux qui ont appris à penser par eux-mêmes. Au reste, regardons ce qui reste de la fureur et de la fougue des révolutionnaires bon teint d’hier : des petits bourgeois bien installés ou des aigris cramponnés à leurs vieilles illusions.

On ne veut plus des “pourquoi vous n’engagez pas la lutte sociale ?” : heu… le CPE, les stagiaires anonymes, le chômage des jeunes si élevé, l’insertion sociale impossible, la banque qui se fait pénible dès le début de la vie indépendante, un État criblé de dettes pour le maintien du niveau de prestations d’une génération qui aura tout conquis et tout croqué, ça vous dit quelque chose ? Nous sommes  moins optimistes que vous au même âge, car nous savons que nous aurons moins que vous, qu’il n’y a pas à conquérir. Nous savons que nous entamons la longue liste des matches en trop sur un front purement économique. L’avenir est sombre et en plus vous vieillissez en refusant de mourir assez tôt. Allez, on vous aime bien, on vous garde quand même… Mais ne nous forcez pas à sourire ! En revanche sur les droits civils nous sommes là et bien là : droits des homosexuels, représentation, discriminations, parité, immigration et intégration, vote local… autant de débats largement entamés. Sans vous, la plupart du temps.

On ne veut plus des “pourquoi vous ne vous engagez pas dans l’entreprise ?” : on a commencé comme stagiaire, on a été trop diplômé pour le poste, ou manquant d’expérience, on nous embauche pour remplacer certaines fonctions sans en recevoir le salaire, alors donner aveuglément notre loyauté, il ne faut pas rêver non plus. Nous sommes la génération du chômage de masse, des plans sociaux et des conflits où il y a un peu à préserver, rien à gagner. Arrêtons les discours faussement paternalistes sur l’accomplissement de soi en entreprise : une société fait du business pas de la philanthropie. Nous venons travailler pour chercher à manger et un peu plus si possible. Si en plus on s’épanouit dans notre travail c’est formidable mais pas indispensable. Et d’ailleurs nous donne-t-on du champ pour cela ? Nous fait-on confiance ? Prend-on des risques en nous confiant certaines missions, certaines responsabilités ? Nous n’en avons pas l’impression. L’époque des bons petits soldats obéissants est révolue, il va falloir faire avec une génération moins niaise mais qui a d’autres richesses et valeurs à partager.

La voiture et les avions ça nous fait moins rêver, les pétroliers et les banques aussi. Le consulting et les présentations pipeau jusqu’à pas d’heure avec notes de frais invraisemblables également. Parlez-nous engagement en faveur du handicap, de la diversité, gestes éco-responsables, économie locale, commerce équitable, formation. Nous n’avons simplement pas les mêmes aspirations, nous savons que nos carrières seront plus chaotiques, nous ne serons pas dans une courbe globalement croissante durant notre carrière. Les métiers que nous exercerons dans 10 ans n’existent probablement pas encore aujourd’hui. Mais nous sommes davantage prêts à nous adapter, à rebondir, à changer. Saurez-vous en prendre le meilleur parti ? Au pire, nous entreprendrons, sans vous. Nous le faisons déjà.

On ne veut plus des “pourquoi tu ne te maries pas ?” et des “pourquoi tu ne fais pas d’enfants ?” : nous sommes la génération des parents de divorcés, nous avons eu sous les yeux des familles qui se déchirent, il ne faut pas non plus trop en demander tout de suite. Cela ne veut pas dire que le couple ou les enfants font peur. On se PACSe, on vit ensemble, on se sépare, on fait des enfants hors mariage, on recompose les ménages, on assume son homosexualité sans faire de mariage de façade. Les femmes sont plus libres et libérées, elles veulent une carrière, elles sont devenues plus exigeantes (à raison) et ne s’engagent pas à la légère. Nous sommes la génération du SIDA, pour laquelle le sexe et la relation à l’autre n’est pas émancipateur mais est un danger potentiel. Nous sommes la génération de la xénophobie et du racisme au quotidien, la génération du FN à plus de 10%. Comprenez nos angoisses et nos doutes. Et pour ce qui est de faire des enfants, on s’entraîne, on s’entraîne… (NDLA : il existe une version plus trash de cette dernière réponse mais chez owni on est polis, on enlève les doigts de son nez et on dit bonjour à la dame).

On ne veut plus des “pourquoi tu as besoin de Facebook, Twitter, Skype, ton blog, LinkedIn et MSN au bureau : tu ne bosses jamais ?” parce que nous sommes une génération connectée. Nous entretenons des relations plus informelles avec différents cercles de connaissances, nous outrepassons les hiérarchies parce que nous recherchons l’efficacité plutôt que l’esprit maison. Nous formalisons nos pensées, nous réfléchissons collectivement, parce que nous veillons et pas seulement au coin du feu avec une guitare. Nous aimons travailler en musique, faire des blagues potaches, réagir rapidement, en résumé : vivre ! Nous ne sommes pas des no-life mais au contraire des more-life. Nous avons de multiples dimensions. Il y a une vie, sur le lieu de travail comme ailleurs. Ce monde n’est pas aseptisé, décrit par un organigramme. Il y a des rapports humains. Vous acceptez bien que l’on emporte du travail à la maison, alors pourquoi pas un peu de vie privée au travail ?

On ne veut plus des “pourquoi vous ne comprenez pas que tout ne peut pas être gratuit ?” parce que vous vous cramponnez à une époque pré-numérique où la fabrication et la copie nécessitaient des moyens matériels et impliquaient une privation de l’un pour donner à l’autre. Aujourd’hui les choses ont changé et les business models de l’industrie vidéo et de la musique devraient changer. La vente des supports est une activité marchande annexe, pas l’activité artistique en elle même. Elle est parasite parce qu’elle capte l’essentiel des revenus sans produire quelque chose d’utile.

Les frères Coen et Dardenne font des films. Ils ne bourrent pas les salles ni les rayons DVD des commerçants. Dionysos fait de la musique, et donc des albums et de la scène. Ses membres  ne gravent pas les disques personnellement et s’en fichent pas mal. Arditi joue des pièces et des films, il en assure éventuellement la promotion dans les médias mais c’est simplement… le jeu. Le jeu d’une industrie. Ce n’est pas là son talent artistique ni ce pourquoi on l’engage.

Qui plus est, penser que nous croyons que tout est gratuit c’est nous infantiliser et nous prendre pour de sombres crétins. L’image de la jeunesse insouciante et en rébellion c’est bien gentil mais ce n’est drôle que dans les séries TV et les publicités ironiques. Nous payons nos impôts, nous avons un salaire, nous achetons ce que nous aimons pour nos loisirs. Les gros téléchargeurs sont aussi des gens passionnés, et donc la plus part du temps les plus gros acheteurs, les plus fervents prescripteurs (oui oui ! Ils font même du marketing pour vos produits ! Et gratuitement en plus !) et parfois même… sont artistes eux-mêmes.

Vous pensiez que le monde avait beaucoup changé entre celui de vos parents (nos grands-parents) et le votre ? C’est vrai. Il a également beaucoup changé en une génération, juste après. Ces questions sont légitimes mais les réponses datent déjà et n’ont toujours pas été entendues par une génération qui s’agrippe aux pouvoirs. Peut-être ne fait-on que reporter l’éternelle querelle des anciens et des nouveaux, qui a dû faire jaser à d’autres époques charnières. Seulement, l’histoire et la technique, la société et la géopolitique, l’économie et les nouveaux enjeux de la planète, tout cela s’accélère.

Au lieu de nous prendre pour des mômes, pourquoi ne compteriez-vous pas un peu sur nous ?

PS : le titre est resté sans accents pour generation, car en anglais, Y se dit “why”, comme pourquoi.

  • Commentaires

25 réactions à cet article

  1. metal kid a dit, le 10 mai 2009 à 3:24

    C’est pas la génération Y, c’est le Fight Club!

  2. corentinallard a dit, le 10 mai 2009 à 9:53

    Amen !

  3. WalRaff a dit, le 10 mai 2009 à 10:48

    je ne suis pas d’accord pour tout. Vous regroupez différentes générations (dans le même panier) pour faciliter la tenue de ce discours. Un assez bon article (réactionnaire) quoique je trouve que la lutte sociale et l’entreprise soit deux sujets qui méritent débat avant de conclure si vite.

    j’émets par ailleurs des réserves sur ceci :
    “L’avenir est sombre et en plus vous vieillissez en refusant de mourir assez tôt”

    “En revanche sur les droits civils nous sommes là et bien là : droits des homosexuels, représentation, discriminations, parité, immigration et intégration, vote local… autant de débats largement entamés. Sans vous, la plupart du temps.”
    qu’entendez vous par représentation? vote local?
    la parité a été largement entamé par la génération 68.
    Immigration et intégration sont des thèmes ou je n’ai pas vu de réel conflit générationnel mais plus institutionnel.

  4. [Enikao] a dit, le 11 mai 2009 à 8:07

    Un peu surpris d’être qualifié de “réactionnaire”, mais il est vrai qu’il s’agit d’un billet d’humeur plutôt que d’une étude sociologique.
    Sur la mort tardive de nos aînés, un smiley aurait pu illustrer mon propos, il s’agit d’ironie (très acide).
    Représentation : élus et dirigeants sont des hommes, blancs, de plus de 40 ans. En gros. Pas très représentatifs de la France.
    Vote local : vote des résidents aux municipales.
    Entamer, c’est pas du boulot si on ne va pas plus loin. Et les progrès sur la parité sont lents et incomplets.
    Immigration et intégration sont des sujets éminament générationnels, car les enfants d’immigrés ne sont pas bien intégrés, rejetés en France, coupés de leurs racines qu’ils idéalisent, et mal compris par leurs parents qui ont migré et fait des efforts mal récompensés.
    Mais nous pouvons en rediscuter :-)

  5. WalRaff a dit, le 11 mai 2009 à 9:03

    voilà le thème que je cherchais, un billet d’humeur.
    Je me doutais plus au moins du côté ironique qui concorde bien d’ailleurs avec le “billet d’humeur”. Au moins là c’est clair ;).

    Les élus sont en effet la plupart du temps, des hommes, blancs de plus de 40 ans mais il n’empêche que les femmes noires de moins de 40ans prennent de plus en plus de place au niveau associatif et j’avoue que le retard peut être vu comme un échec au niveau politique. Mais je pars du principe qu’imposer quelque chose (qui semble naturel mais les idées reçues ont la dent dure) comme une sorte de quota est encore plus malsain qu’un simple changement de mentalité.

    Je me doutais du vote des résidents aux municipales (pour le vote local) et malgré tout votre respect, ce n’est pas une idée que je ne partage pas malgré mon quart de siècle tout mouillé. Et pour moi ce n’est pas un débat générationnel (j’insiste sur ce point)

    Au niveau de l’immigration, je me met (enfin j’essaye) à la place d’un fils d’immigré passé, et il est vrai qu’il peut éprouver de la rancœur envers ce pays qu’est la France et idéaliser par la même occasion un pays dont il connait même pas la moindre parcelle. Mais est ce vraiment de l’immigration & d’intégration? justement non, ils sont la France d’aujourd’hui.

    Au plaisir,

  6. Biblioroots a dit, le 13 mai 2009 à 10:24

    Excellent, je m’y reconnais dans ce billet d’humeur moi . J’entre pas dans le débat mais j’aurais pu écrire la même chose … J’écoute Bob Dylan “Rolling stones” à l’instant “with no direction home, like a rolling stone” ….

  7. [Blocked by CFC] Yaya a dit, le 14 mai 2009 à 2:17

    J’ai beaucoup apprécié le “billet d’humeur”, parce que je me sens concerné par les thèmes, qu’il est bien écrit et que je comprends la position.
    Mais je n’adhère pas et je ne cautionne pas.

    Je n’adhère pas à cette somme de justifications, comme pour masquer le vide existentiel d’une génération qui manque de références. Comme si nous avions à nous excuser d’exister. Et ce n’est pas dans le virtuel que se trouve la réponse (le seul mauvais passage amha –> L’ère du vide, Lipovetsky)

    Je ne cautionne pas parce qu’une fois que la génération Y s’est excusée de descendre “d’une génération qui aura tout conquis et tout croqué” alors elle pourra devenir elle aussi une génération de “petits bourgeois bien installés ou des aigris cramponnés à leurs vieilles illusions”. En version nouvelles technos. Parce qu’on sera devenu ce qu’on n’a pas voulu être comme disait Kery.

    Pour conclure, je mixerai le “The world is yours” de Scarface et “Deviens les changements que tu veux voir dans ce monde” de Gandhi. Parce que le monde nous appartient si nous arrêtons de nous justifier. Parce que pour éviter aux générations suivantes de nous mettre leurs malheurs sur le dos, il faut arrêter de se regarder le nombril en pleurant nos idéaux. Si on comptait sur nous mêmes au lieu d’attendre qu’on compte sur nous?

    Mais nous pouvons en rediscuter :)

    ps: pour le passage sur le virtuel, je parle de l’illusion du “more life”, pas du gratuit et de l’évolution des business models (très juste).

  8. Communiter a dit, le 14 mai 2009 à 11:11

    Ohhhh oui ! J’aurais également pu écrire cet article tant il est proche de mon ressenti ! Et oui il y a bien un gouffre générationnel, plus ou moins accentué parla force du lien social dans la famille. Pour ma part, je sens bien que mes grilles de lecture du monde sont inaudibles pour mes aînés…

  9. Fabrice Epelboin a dit, le 18 mai 2009 à 2:10

    @yaya

    j’ai peur (décroissance, et surtout changement climatique) que la génération Y n’aura jamais l’occasion de s’ “installer dans un petit confort bourgeois”, non pas que - comme ses ainés - la tentation ne soit pas forte, mais avec un demi milliards de réfugiés climatiques en ballade sur la planète, cela risque de ne pas être évident…

  10. [Enikao] a dit, le 18 mai 2009 à 3:55

    @Yaya Si “L’ère du vide” est intéressant (et mal écrit), en particulier sur la question du rire et du cool, il ne fait que constater lui aussi. Avec acuité, il est vrai.
    Mais il ne s’agit ici ni d’une forme d’excuse, ni vraiment de justifications. Et je crois que là où nous ne nous sommes peut-être pas compris, c’est sur la question du numérique (dont je parle finalement très peu) et du virtuel (que je n’aborde pas), car je parle de choses bien concrètes et non d’une forme de fuite en avant. Génération de consom’acteurs, nous ne sommes pas détachés des contingences matérielles, loin de là.
    Mon constat d’origine est que nous sommes probablement (oui, je pèse beaucoup mes mots), pour la première fois depuis très longtemps, une génération qui ne sera pas “ascendante” dans le confort de vie. Aujourd’hui la société française est rognée aux deux bouts : jeunes et seniors sont écartés des centres de décision, de l’emploi…
    Que nous prenions déjà en main notre destin, je l’indique, mais cela reste à un échelon local, voire individuel. Dans la plupart des sphères dirigeantes et influentes, l’économie, la politique et l’intelligentsia, le témoin ne passe toujours pas.
    Et on continue à nous prendre pour des enfants. Un collègues, marié, père, directeur associé d’une PME, trentenaire dépassé, m’indiquait qu’il avait été qualifié par un journaliste de “jeune professionnel” alors qu’il a près de 10 ans de métier. Dans 15 ans il sera déjà has been ? Nous avons un problème avec l’âge en France.

  11. Seb de CaRéagit a dit, le 18 mai 2009 à 4:47

    Je suis aussi de cette génération. La fameuse, “gen Y”.

    Vous dites:

    “Il reste d’autres idéologies plus vivantes mais elles sont décentralisées et davantage empiriques que théoriques : altermondialisme, décroissance, éco-responsabilité.”

    Et quelques lignes plus loin (seulement !), vous dites:

    “Arrêtons les discours faussement paternalistes sur l’accomplissement de soi en entreprise : une société fait du business pas de la philanthropie

    Difficile de voir l’argumentation rectiligne derrière le raisonnement. Tout cela est bien beau, les pleurs incessants de la population incomprise. Nous sommes aussi la génération qui va se pointer sur le marché du travail lorsque la génération des boomers partira à la retraite. Nous sommes plus ouverts sur le monde, grâce aux nouvelles technologies, ouvrant ainsi de nouvelles opportunités, qu’il s’agisse de culture, de connaissance ou même d’emplois.

    Pleurer c’est pas mal, manquer de respect aux générations précédentes n’est pas la solution. Je n’aime pas cette argumentation basée sur le dénis de nos parents ou grands parents. Quid de ceux qui sont tombés pour votre liberté ? Et leurs enfants privés de pères ou de familles ?

    Il ne s’agit pas là d’opposer les classes d’âges entre elles, tout le monde s’en taponnent. Que les vieux ne fassent pas confiance aux jeunes, cela est vieux comme le monde, cela changera, avec le temps, et à force de courage et de travail des actifs ou futurs actifs de notre génération. Ce n’est pas dans le déni et les pleurs que la gen Y prendra toute sa place dans la société d’aujourd’hui.

  12. raph a dit, le 18 mai 2009 à 7:37

    euh, c’est un portrait de la génération X, ça, pas de la Y…

  13. [Enikao] a dit, le 18 mai 2009 à 10:04

    @Seb Soyons honnêtes, nous vivons dans un monde de contradictions, non ? Sans parler des anticonformistes affichés qui cèdent aux sirènes du consumérisme. Nous savons qu’une entreprise est là pour faire du business. Elle peut adopter une approche généreuse, participer à des actions louables, avoir un management original et humain, mais très concrètement elle ne se constitue pas pour faire seulement des actions méritoires. Elle fait rentrer de l’argent, sinon elle ferme au bout d’un temps plus ou moins long qui dépend de sa trésorerie. Ou alors c’est une ONG ou un service public et c’est une autre histoire.
    On peut très bien travailler dans une entreprise classique et avoir des idées qui ne correspondent pas vraiment à la pensée dominante, non ? Ce qui me gène c’est que de nombreux employeurs n’ont peut-être pas compris cette dichotomie et peuvent croire que, parce que nous sommes dans une entreprise “à la papa”, le discours “à la papa” nous touche comme auparavant.
    Peut-être n’était-ce pas clair dans ce texte, mais il ne s’agit pas de pleurnicheries, bien au contraire. Ce n’est pas un manifeste non plus.
    Je n’ai pas développé sur la technologie, la culture, la conscience que nous avons, mais je souscris à ces remarques. En revanche, l’effet mécanique boomers > retraite > appel d’air sur l’emploi ne me semble pas évident. Le remplacement ne sera pas à 1 pour 1 pour des raisons évidentes de mutation de société (les emplois à venir seront nouveaux, certains disparaîtront).
    Quant à manquer de respect à nos ancêtres, loin de moi cette idée. L’écrit sèche les propos, il y a de l’ironie dans ce que j’ai écrit. La reconnaissance à ce niveau là est une affaire privée, et je ne suis pas là pour la raconter.
    Il ne s’agit pas d’opposer deux générations, c’est effectivement vieux comme le monde. Mais en peu de temps les conceptions du monde, les enjeu et les perspectives ont énormément changé comme je l’indique dans le dernier paragraphe. C’est le dialogue de sourd, le chantage (nous avons tout fait alors plie-toi à nos volontés), et la condescendance qui me gênent.
    Peut-être aura-t’on l’occasion de s’en parler de vive voix.

    @raph : va savoir, peut-être même qu’on est passés à l’alphabet grec ! ;-)

  14. Marc Dangeard a dit, le 23 mai 2009 à 3:15

    Excellent article, tout a fait representatif de beaucoup de ce que je vois ici aux US meme chez des moins jeunes (l’esprit hippie est reste dans la Bay area). En gros les promesses qu’offrait le systeme ont ete cassees, et la crise actuelle finit d’en faire la demonstration. Beaucoup de corporations ou autres organizations sont devenues des dinosaures qui n’apportent plus les reponses esperees. Comme dit l’auteur “nous entreprendrons sans vous”. Du coup on voit des mouvements comme le co-working, le couch-surfing, les barcamps un-conferences etc… La regle est le Information overload, collaborative entrepreneurship, project economy. Les modes de fonctionnements qu’on connait sont toujours la, mais une economie de peer-to-peer est en train de se mettre en place, et la crise va sans doute accelerer le mouvement parce que les gens qui sortent du systeme n’ont plus les meme choix qu’avant.
    La solution est de transformer l’entreprise pour s’adapter a ce nouvel environment. Les entreprises qui n’arriveront pas a faire le switch disparaitront. C’est ce qui arrive aux journeaux par exemple. Ici aux US ils ferment les uns après les autres. Les media companies en general souffrent (jouneaux professionels, organization de conferences, etc…)
    Pour ceux que ca interesse, 2 excellents outils pour aider les entreprises dans leur transformation:
    La matrice “economie directe” de Xavier Comtesse (http://www.thinkstudio.com) qui aide a comprendre ce qui se passe et comment gerer l’evolution de l’entreprise, et blueKiwi, une plateforme de communication 2.0 pour l’entreprise (http://www.bluekiwi-software.com).

  15. Célina a dit, le 25 mai 2009 à 10:16

    EXCELLENT. Je n’ai rien d’autre à ajouter. Si ça t’intéresse, je travaille avec d’autres gens de ma génération (et de la tienne) dans une assoc (actenses) qui précisément tient c discours et essaie de voir comment améliorer la représentativité de la jeune génération dans un paysage politique, syndicale, entrepreunarial encombré de problèmes de cumul des mandats, d’infantilisation et de paternalisme. Je suis très très très heureuse de lire ces lignes …. merci à toi.

  16. Célina a dit, le 25 mai 2009 à 10:16

    oups je me suis trompée dans l’adresse de mon blog : c’est http://ximalistak.com

  17. [Enikao] a dit, le 26 mai 2009 à 1:46

    @Celina De rien, ce n’est pas un manifeste mais il semble que ce billet a reçu un certain écho et que certains se soient reconnus (et peut-être ne suis-je pas vraiment de la génération Y, mais c’est un autre débat).

    J’en profite pour jeter un oeil à Actences et à ton blog :-)

  18. Junior a dit, le 30 mai 2009 à 12:22

    Une seule chose à dire “Tout est dit”

  19. Stanislas J a dit, le 03 juin 2009 à 4:28

    Ce billet est juste parfait :)

    Je pense que beaucoup de jeunes se reconnaissent dans ce discours, et a vrai dire je sens le vent se lever… :-)

    Merci Hadopi, merci l’ancienne génération de nous avoir donné un si beau prétexte pour nous reconnaitre, nous unir, et nous battre…

    Ca va chier… lol!

  20. Etupa a dit, le 12 juin 2009 à 12:36

    Moi je dis simplement GG!!

    excellente synthèse : pour moi 1981 et ma copine 1983 :)

  21. GenX a dit, le 22 juin 2009 à 12:36

    Je ne suis pas de la génération Y mais de celle de Sarkozy, Messier, Breton, Jobs, Gates (on est de la même année, mais moi j’ai réussi :))
    J’ai des enfants de la génération Y et, tous les jours, je me demande ce qu’ils vont devenir.
    La seule solution que je vois c’est de jouer le jeu jusqu’au bout, plus loin que le bout…faire comme en Suède où a été créé le parti pirate qui em….e la classe politique, faire comme pour Hadopi et envoyer des masses d’email aux représantants politiques jusqu’à ce qu’ils entendent, faire comme Google et créer des entreprises qui jouent le jeu plus fort que les autres et qui utillisent leur ressources pour agir contre les problèmes climatiques ou le verrouillage du contenu.
    Dans de telles conditions, l’infiltration sera efficace et les changements durables.
    Bon courage.
    X

  22. david a dit, le 04 septembre 2009 à 2:03
  23. maison astuces a dit, le 09 février 2010 à 9:52

    très bon article qui décrit bien la generation Y. Par contre, je ne suis pas sûr que les discussions sur facebook, twitter permettent réellement d’élever le débat et de “réfléchir ensemble”. Je trouve que les jeunes sont de plus en plus connectés mais malheureusement de plus en plus seule en même temps… c’est le paradoxe de vivre connecté en permanence.

  24. KirstenWr34 a dit, le 22 février 2010 à 11:18

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  1. Bibliobsession 2.0 » Les contenus à l’ère de l’abondance, réponse à un “pourquoi” Dit :

    [...] Les contenus à l’ère de l’abondance, réponse à un “pourquoi” Une fois n’est pas coutume, je fais très court ;-), juste ce documédia proposé par Mikiane sur Owni. Prenez le temps de le visionner, il est passionnant. Je vous recommande également la lecture de cet article volontairement générationnel, dans lequel je le retrouve assez bien. Et vous ? La “generation Y” en a assez des “pourquoi ?” [...]

  2. De l’ennui public et de l’obligation du choix » Denis au fil du web Dit :

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