Pourquoi on ne peut pas prédire les révolutions par les données

Le 10 mars 2011

La séduisante idée de révolutions déclenchées par des conditions sociales bien définies ne tient pas la route. Prédire ces évènements est impossible, surtout quand les révoltes passées ne sont pas analysées sérieusement.

Ndlr: Billet publié sur owni le 06 février 2011. Rendez-vous le 22 mars pour la Nuit-Sujet Owni/Radio Nova sur le thème “Dégage” autour de la mise en réseau du monde et de son impact politique global.


Dans Libération, le 17 janvier dernier, Emmanuel Todd explique que l’une des causes de la révolution tunisienne est à chercher dans la diminution de l’endogamie (les mariages entre cousins) et l’augmentation de l’alphabétisation. Cette analyse a été interprétée comme la preuve que l’on pouvait prédire les révolutions en regardant uniquement les statistiques. Formidable ! Construisons un indice de la probabilité de révolution !

Cette analyse marxienne (un adjectif inventé pour désigner ceux qui suivent les idées de Karl Marx sans avoir la connotation politique de marxiste), pense l’histoire comme une science exacte. Tout comme l’eau bout à 100°C à une pression de 100 kPa, on pourrait imaginer que les révolutions se déclenchent quand l’alphabétisation atteint 95%, le nombre d’enfants par femme descend à 2 et le taux d’endogamie à 20%.

Autant de modèles que de révolutions

Cette vision alléchante d’un monde obéissant à des règles connues ne tient pas la route. La première explication coule de source : si l’on pouvait prédire les révolutions, les despotes n’auraient qu’à regarder une série d’indicateurs pour conserver le pouvoir. Ce qu’ils font, dans une certaine mesure. En décembre dernier, Bouteflika, en Algérie, a augmenté de 50% le salaire des policiers, sentant sans doute la grogne monter chez ses voisins tunisiens. En janvier, après la fuite de Ben Ali, l’émir du Koweït a offert un chèque-cadeau de 1 700 euros à tous ses sujets, y compris les nouveau-nés (nés jusqu’au 1er février).

Surtout, si le modèle imaginé par Todd fonctionne dans le cas de la Tunisie et de Égypte, il n’explique absolument pas les révolutions Géorgiennes et Ukrainiennes de 2003 et 2004. Dans ces deux pays, les taux d’alphabétisation tournaient autour de 99% depuis des décennies et le nombre d’enfants par femme était largement inférieur à 2 depuis les années 1980.

On pourrait se dire que le modèle ne vaut que pour des pays de cultures similaires. Mais, là encore, difficile de voir une ‘culture arabe’ autre qu’imaginée. Le commerce entre Tunisie et Égypte, par exemple, est plus de 70 fois inférieur à celui entre la Tunisie et l’Union Européenne (pdf). Niveau culturel également, les Tunisiens semblent plus proches de la France que de l’Égypte. À en croire Google, ils s’intéressent autant à Amr Diab, le chanteur arabe pop ayant vendu le plus d’albums de tous les temps, qu’à nos très français Amel Bent et Charles Aznavour.

Le monde arabe existe surtout sous la plume des éditorialistes occidentaux et le modèle explicatif des révolutions saucé de culturalisme ne tient pas vraiment la route.

Paris, 2007

De la révolution à l’émeute

Un autre problème tient à la définition de la révolution. Parle-t-on de mouvements visant à un changement de régime ? A un changement de gouvernement ? A une diminution du prix du pain ?

La révolution de février 1917 en Russie commença par des exigences de nourriture et s’est terminée par la mise en place d’un régime diamétralement opposé au précédent. Même chose en septembre 1989 en Allemagne de l’Est. Les manifestants de Leipzig, lors des Montagsdemo, ne demandèrent pas tout de suite la fin du régime communiste.

Dès lors, que doivent trouver les modèles ? Prédire les changements de régime après-coup en imaginant des modèles ad-hoc, ou prévenir les émeutes ? Prédire le futur a posteriori est relativement facile. Prévoir les émeutes, c’est plus difficile.

Prenons celles des banlieues en France en 2005, ou celles de la Martinique en 2009. Si le taux de chômage des jeunes (entre 20% et 55% dans ces territoires) peut être un indicateur de troubles sociaux à venir, il ne détermine rien en soi. La ville d’Auchel (62), malgré un taux de chômage supérieur à celui de Clichy-sous-Bois (23% contre 21% en 2007), ne semble pas candidate aux émeutes urbaines.

On pourrait prendre en compte plein de variables (densité du tissu urbain, origine géographique des populations, proportion de francophones, état du marché du travail etc.) qu’on n’arriverait toujours pas à créer un modèle expliquant les émeutes en Seine-Saint-Denis, aux Antilles et leur quasi-absence dans le Pas-de-Calais. Une étude de l’université de Stanford montre d’ailleurs que le principal déterminant des émeutes reste les émeutes précédentes sur le territoire. En d’autres termes, plus une ville a vu d’émeutes par le passé, plus il est probable qu’il s’en produise une.

Surtout, les émeutes sont parfois l’affirmation d’une catégorie sociale pour laquelle il n’existe pas encore d’outils de mesure. De quelles statistiques dispose-t-on sur « les jeunes des banlieues » ? Sur les békés (Blancs) antillais ? La création de nouvelles catégories sociales nécessite, de la part des observateurs (dont les journalistes), de changer de grille d’analyse pour comprendre ce qu’il se passe (ce n’est pas la pauvreté qui déclenche l’émeute).

Ce travail a été fait en 1967 par le premier des datajournalistes, Philip Meyer. Il a montré que les émeutiers de Détroit n’étaient pas des jeunes sans éducation sans autre moyen de faire entendre leur voix, mais que les diplômés s’étaient autant révolté que les non-diplômés.

Sur les émeutes de 2005 en France, rien de tel de la part des journalistes. Quelques sociologues ont mené des enquêtes, mais n’ont testé que peu d’hypothèses, comme l’origine ou la taille des familles dans les communes révoltées (dans ce livre dirigé par Hughes Lagrange ; je n’ai pas trouvé de modèle statistique dans celui dirigé par Laurent Mucchielli). Il reste du boulot pour les journalistes, si nous ne voulons pas nous cantonner à des analyses au doigt mouillé et à faire écho aux sociologues.

Photos CC Wassim Ben RhoumaNocturnales

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  • leblase le 6 février 2011 - 17:29 Signaler un abus - Permalink

    Très bon article.
    il me semble toutefois que l’exemple des “émeutes des cités” en 2005 est mal choisi, tant elles semblent avoir été provoquées à dessein électoral pas des phrases incendairement méprisantes, une présence soudaine de forces anti-émeutes, etc.
    Un peu comme lorsque Poutine avait provoqué un réflexe sécuritaire grâce à des attentats à Moscou, attribués aux séparatistes Tchétchènes.
    Dans les deux cas, les abords immédiats de la capitale avaient été choisis, pour un tas de raisons faciles à deviner.
    Le systématisme de Todd dans ses analyses sur l’univers familial est parfois rebutant, et c’est dommage tant ses recherches comportent souvent la rafraichissante qualité d’une pensée différente.

    nkb: Merci, et remarque très juste. Mais l’intifada 2 a aussi été, en partie, le produit de provocations. Tout comme plein d’émeutes, certaines ayant entraîné des bouleversement politiques.

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  • Philippe le 7 février 2011 - 1:38 Signaler un abus - Permalink

    Article né sans doute d’un manque de recul par rapport à l’analyse de Todd.
    Todd parle de modernisation. Dans le cas de l’URSS, la révolution de 1917 marque le passage à la modernité (en terme d’alphabétisation et de taux de natalité). Même chose pour 1789 ou pour les révolutions chinoise ou iranienne : à chaque fois on rencontre les mêmes caractéristiques (révolution précédée par un passage de l’alphabétisation au dessus des 50%, baisse du taux de natalité). Caractéristiques qu’on retrouve aussi dans l’évolution récente de la Tunisie.

    Les événements de Géorgie et d’Ukraine (ex-régions de l’URSS) surviennent dans des zones où cette modernisation a eu lieu depuis longtemps. On parlera plutôt de “contre-révolution”, pas d’un point de vue politique mais en constatant un déclin tant démographique qu’éducatif (y compris dans le reste de l’ex-URSS, en particulier pendant les années Eltsine) : hausse du taux de mortalité, baisse de l’espérance de vie : c’est ainsi que Todd avait anticipé la chute de l’URSS dès 1976.

    nkb: Donc le modèle, si il existe, ne fonctionne que dans les cas où il fonctionne, dans les cas contraires ce sont des “contre-révolutions”? ;-)

    Et pour la Géorgie, on note après la chute de l’URSS, outre ces caractéristique, un taux élevé de sélection du sexe de l’enfant avant la naissance (on tue une grande proportion de filles par IVG), ce qui pour un démographe est un signe d’archaïsme des moeurs.

    Enfin, vous mélangez émeutes sporadiques et révolutions, ça n’a pas grand rapport avec l’approche qui tente de cerner l’évolution des sociétés sur le long terme (la Révolution française a mis cent ans pour installer un régime républicain stable).

    nkb: J’essaie ici de montrer que l’on ne peut pas faire la différence entre émeutes sporadiques et révolution avant la fin des évènements. La journée des tuiles en juin 1788 aurait pu rester une émeute urbaine. On la considère aujourd’hui comme le point de départ de la Révolution de 1789. D’où l’interrogation que j’indique dans l’article: les modèles que l’on cherchent doivent-ils prédire les révolutions, les révoltes ou les émeutes?

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  • juliengoetz le 7 février 2011 - 10:21 Signaler un abus - Permalink

    juste pour me faire l’avocat du diable sur 2 ou 3 points:

    “si l’on pouvait prédire les révolutions, les despotes n’auraient qu’à regarder une série d’indicateurs pour conserver le pouvoir”

    > S’il suffisait de connaître des indicateurs chiffrés pour maîtriser l’histoire, le monde ne serait pas aussi complexe. Il n’est pas envisageable qu’il existe malgré tout des indicateurs mais que 1/ ils soient nombreux et complexes (tout en restant interconnectés et donc faisant sens) 2/ que le fait de les connaître ne donne pas de facto le pouvoir de contrôler la suite des événements ?

    “Mais, là encore, difficile de voir une ‘culture arabe’ autre qu’imaginée. Le commerce entre Tunisie et Égypte, par exemple, est plus de 70 fois inférieur à celui entre la Tunisie et l’Union Européenne (pdf)”

    > difficile de réduire une notion séculaire de culture (arabe ou autre) à un simple comparatif de balance commerciale…

    “À en croire Google, ils s’intéressent autant à Amr Diab, le chanteur arabe pop ayant vendu le plus d’albums de tous les temps, qu’à nos très français Amel Bent et Charles Aznavour”

    > Google fait déjà à ce point force de loi pour qu’il soit représentatif des intérêts culturels des Tunisiens (12,5% de connectés en 2007, combien aujourd’hui ?)

    Et je rebondis également sur le dernier commentaire et ta réponse nkb :

    “D’où l’interrogation que j’indique dans l’article: les modèles que l’on cherchent doivent-ils prédire les révolutions, les révoltes ou les émeutes?”

    Je ne pense pas qu’il soit envisageable de prédire une révolte ou une révolution et émeutes/révolte/révolution sont souvent mêlées les unes entrainant parfois les autres et parfois non. Par contre la question qui me semble juste à se poser serait : existe-t-il des indicateurs permettant de sentir la fragilité d’un régime et du système sur lequel il repose, question qui inclut donc la possibilité d’une bascule #oupas.

    julien

    nkb: Indeed :-) La confiance dans les institutions est la mesure à prendre en compte. Mais là encore, les indicateurs ne sont pas universels. On peut utiliser le taux de bancarisation dans la plupart des pays (parce que ce n’est pas déclaratif et très révélateur). Mais dans ceux où on ne peut pas vivre sans compte en banque (e.g. en France), il faut en chercher d’autres: Confiance dans la police, la justice, le parlement… Faudrait récupérer ces sondages, et les comparer avec des données brutes. Un indicateur de la proportion des victimes ayant porté plainte serait assez révélateur, à mon avis.

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  • Buzut le 7 février 2011 - 11:44 Signaler un abus - Permalink

    “La journée des tuiles en juin 1788 aurait pu rester une émeute urbaine. On la considère aujourd’hui comme le point de départ de la Révolution de 1789.”
    Les choses s’analyses plus simplement avec du recul. C’est d’ailleurs le recul qui différencie l’histoire de l’actualité.
    Pour autant, analyser l’actualité, au risque de faire des erreurs, est le seul moyen de comprendre le monde dans lequel nous vivons, et de fait, ce vers quoi nous nous dirigeons.

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  • Philippe le 7 février 2011 - 11:50 Signaler un abus - Permalink

    Le terme de contre-révolution n’est pas de Todd, mais d’évidence la hausse du taux de mortalité et la baisse de l’espérance de vie sont le signe d’une crise existentielle d’une société. La chute de l’URSS s’est traduite par ce type de réaction démographique. Aujourd’hui la Russie se contracte et perd des habitants. Il s’agit manifestement d’une régression pour un pays.

    Au contraire, le dynamisme démographique entraîne un dynamisme politique et idéologique dans un contexte culturel favorable. C’est visible en particulier aujourd’hui en Amérique latine.

    Les analyses démographiques permettent de voir où les révolutions sont possibles ou ne sont pas possibles pour le moment. En Tunisie, le taux d’alphabétisation des femmes est de 92%, le taux de mortalité infantile est de 20 pour mille ; au Maroc, c’est respectivement 61% et 40 pour mille. On peut facilement voir avec ces deux indicateurs que le Maroc est moins avancé que la Tunisie, mais que la situation est mûre pour que le dynamisme culturel et démographique se traduise par des changements politiques.
    Il y a trente ans, le taux de natalité au Maroc était de plus de 7 enfants par femme, aujourd’hui il est comparable à celui de la France. La femme marocaine pratique donc le contrôle des naissances et s’est donc en partie émancipée individuellement, en dépit d’un taux d’alphabétisation incomplet… Ce sont des données bien plus précieuses pour la compréhension d’une société que le rapport de forces politiques apparent dans le Parlement un peu fantoche de cette monarchie.

    Tout ça suppose évidemment d’admettre qu’une analyse des statistiques démographiques puisse conduire à des interprétations : c’est le sens de toutes les recherches en sciences sociales.

    nkb: Nous sommes donc d’accord :-) Je ne critiquais pas les sciences sociales, mais ce qu’en font les journalistes.

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  • job le 7 février 2011 - 12:41 Signaler un abus - Permalink

    …… les travaux de todd montrent que les sociétés présentent des invariants qui peuvent rapprochés les peuples dans leurs misères aussi bien que dans leurs espérances . Ces invariants démographiques et éducatifs ne peuvent accéder à ceux des sciences exactes – comme en physique- cependant ils ont le mérite de lire des situations figer par leurs complexités.
    à contrario il existe l’analyse des évolutions des sociétés non occidentales type ” le choc des civilisations”……

    Il facile de montrer l’insuffisance du ou des modèle(s) de Todd mais quel modèle vous préposez?

    nkb: L’idée que j’essaye de faire passer reste que les systèmes complexes, surtout quand ils impliquent des humains, sont difficilement modélisables. On peut identifier des mécanismes, mais pas de “modèle général”.

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  • leblase le 7 février 2011 - 12:54 Signaler un abus - Permalink

    @Philippe
    ..”d’évidence la hausse du taux de mortalité et la baisse de l’espérance de vie sont le signe d’une crise existentielle d’une société”..
    De la même manière, la baisse de la démographie, même dans les cas de hausse de l’espérance de vie comme au Japon ou dans de nombreux pays de l’UE, représente aussi une crise existentielle profonde.
    Une crise différente mais qui touche à l’équilibre fondamental d’une société.

    ..”le dynamisme démographique entraîne un dynamisme politique et idéologique dans un contexte culturel favorable”…
    …”Les analyses démographiques permettent de voir où les révolutions sont possibles ou ne sont pas possibles pour le moment”..

    Todd, dans son livre “Après la démocratie” relève que le seul pays en Europe où les facteurs démographiques alliés à une stagnation politique et sociétale permettraient une révolution, est la France.

    Concernant vos observations sur la femme marocaine il est intéressant de voir que, un peu comme en Tunisie, l’arrivée de sociétés françaises délocalisées a permis à nombre de jeunes femmes de devenir la principale source de revenus d’une famille.
    Un tel état de fait change inévitablement la donne dans une tradition essentiellement masculine.

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  • Stéphane le 7 février 2011 - 14:56 Signaler un abus - Permalink

    Dommage de ne pas parler dans cet article des travaux très intéressants de Bruce Bueno de Mesquita : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bruce_Bueno_de_Mesquita

    Il travaille justement depuis des décennies à la mise en équation des enjeux géopolitiques mondiaux et a connu de nombreux succès par le passé en prédisant des évènements politiques majeurs, et leur dénouement.

    Son taux de réussite de l’ordre de 95% (source CIA, pour laquelle il travaille depuis de nombreuses années) n’en fait pas un modèle absolu, mais il faut lui reconnaître d’être quand même dans le vrai.

    Pouvoir tout prévoir est certes illusoire, ne serait-ce parce qu’il faut, pour nourrir le modèle de prédiction numérique, récolter de nombreuses données. C’est possible sur quelques évènements très ciblés, mais pas pour toutes les politiques intérieures de tous les pays.

    Mais certifier que l’on est incapables de prévoir par les données est également faux.

    Bonne journée

    nkb: De Mesquita (dont je n’ai pas lu le livre) a l’air très intéressant, mais aucune étude sérieuse n’évalue son travail. Bonne journée aussi!

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  • Pine'up le 7 février 2011 - 17:14 Signaler un abus - Permalink

    Euh… Et Cuba, monsieur Todd ?

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  • Joël le 7 février 2011 - 22:19 Signaler un abus - Permalink

    Je vois que la plupart des commentaires défendent Todd qui sait certainement calculer une corrélation et qui ne vise pas à construire une règle déterministe comme tu sembles le suggérer avec l’exemple de l’eau qui bout ou avec la ville d’Auchel (un contre exemple ne suffit pas à détruire une loi probabiliste et un démographe dira avec raison qu’il y a plus de chance d’émeutes à Auchel qu’à Neuilly.)

    Ceci dit, pour les problèmes complexes, (petits nombres, structure…) un traitement quantitatif à base de moyennes et de corrélations est souvent très faible. Il faut faire appel à d’autres branches des maths (jeux, graphes…). C’est la critique que fait Claude Levi-Strauss dans les mathématiques de l’homme (http://www.scienceshumaines.com/les-mathematiques-de-l-homme_fr_22932.html) et que tu fais ici aussi. A la lecture de l’article de Todd, il fait bien référence à une structure de la société (“système familial patrilinéaire”). Sa prédiction se base sur des maths qualitatives et quantitatives. Désolé mais je vais être moi aussi obligé de le soutenir !

    nkb: Merci de ce commentaire de qualité. Mais relisez aussi ce que j’écris. Je me garderais bien de critiquer le travail de Todd, pour lequel j’ai la plus grande estime. Je critique l’interprétation qui en est faite (voir ici notamment, où on parle d’évolution “naturelle”), surtout parce que très peu de journalistes seraient capables d’expliciter un modèle statistique.

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  • Bénédicte Kibler le 7 février 2011 - 22:46 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,
    Pourquoi ne pas prendre Alexis de Tocqueville comme référence ?
    Lorsqu’il analyse les causes de la Révolution française, il décrit de nouveaux rapports de force au sein de la société française: ces nouveaux rapports de force ne correspondaient plus à la hiérarchie sociale de l’époque.
    C’est la bourgeoisie qui prend le pouvoir.

    Pourquoi ne pas analyser les révolutions par ce biais ?

    En Tunisie, il s’agit en fait d’une éviction de Ben Ali par l’Armée tunisienne parce que le clan du dictateur donnait trop de prérogatives à la police…

    Par ailleurs, il est vrai que les révolutions se produisent lorsque les régimes en place mènent une politique de modernisation rapide: cela confirme le fait que les rapports de force sont bouleversés au sein de la société, du fait même de cette modernisation accélérée.

    nkb: On peut faire d’excellentes analyses des révolutions, ce que Tocqueville, comme vous le rappelez, a bien montré. Maintenant, et c’est le sens de cet article, modéliser les révolutions me paraît vain, en particulier parce qu’on aurait du mal à définir les éléments constitutifs d’une révolution. Quant au rôle de la modernisation dans les révolutions, difficile encore une fois d’en tirer des enseignements à portée générale au vu des révolutions en ex-URSS et des évolutions des pays à “modernisation rapide” (Turquie dans les années 1920, Corée du Sud, Singapour dans les années 1980, Inde et Chine aujourd’hui).

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  • Raphaël le 10 février 2011 - 11:18 Signaler un abus - Permalink

    Nous sommes tous très friands de grandes analyses. Celles-ci sont souvent passionnantes. La difficulté est que l’immense majorité de ces analyses se fonde sur l’écume des faits. Nous les construisons en prenant quelques faits “allant de soi”. Mais il n’y a pas d’allant de soi et il faut être sûr des faits avant de chercher à les analyser.

    Dans cet article beaucoup d’évènements sont placés au même niveau, alors qu’ils n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres.

    Se référer aux révolutions française de 1789 et russe de 1917 ? Évidemment. Et c’est bien la seule évidence ici.

    La Tunisie et l’Égypte actuelles connaissant sans doute des mouvements révolutionnaires. Mais en Tunisie, il n’y a pas eu de révolution, c’est-à-dire de changement de système politique. Il n’y a eu, pour l’instant, que le départ d’un président que nos médias nous présentent comme responsable de tous les maux. En Égypte ce mouvement n’a pas aboutit jusqu’à présent et pourrait se solder par une répression et un changement symbolique de dirigeant.

    Et pour tout le reste ?

    La “Révolution des Roses” en Géorgie et la “Révolution orange” en Ukraine ? Les médias occidentaux les ont effectivement présentées comme d’authentiques révolutions. Mais la réalité est bien différente. Et l’ont parle aussi dans ces cas là de “coups d’État de velours” : une belle mise en scène médiatique servant à faire basculer des États d’une zone d’influence à une autre (de russe à américaine).

    Les “émeutes” dans les banlieues françaises ? Un commentaire à souligné combien elles avaient été provoquées par le pouvoir politique lui-même.

    Il est impossible de construire une analyse à partir d’informations totalement disparates et sans s’interroger sur la réalité des faits.

    nkb: Merci d’abonder dans mon sens :)

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  • Groucho le 10 février 2011 - 12:13 Signaler un abus - Permalink

    La recette pour la Révolution :

    80% de la population mondiale Urbaine ET Salariée.

    accrochez vos ceintures, ça va tanguer…

    nkb: Ca doit être le cas en France depuis quelques décennies, et ça ne tangue pas encore trop :-)

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  • groumpf le 10 février 2011 - 15:56 Signaler un abus - Permalink

    Vous commencez mal (ce qui disqualifie la suite).

    E. Todd est dans la double tradition d’E. Le Play (“Les ouvriers européens”) et de L. Stone (“The Causes of the English Revolution”).
    Rien à voir avec Marx à moins de considérer que toutes les théories qui procèdent d’une vision naturaliste ou holiste du social sont filles du “manifeste du parti communiste”. Ce qui serait une légère caricature :)

    Après le Monsieur est prudent et indique des coefficient de corrélation et non des lois sociales ce qui est acceptable dans son champ de recherche (démographie).

    nkb: Pour la nième fois, je ne critique pas Todd, dont j’admire le travail, mais l’interprétation que l’on peut en faire (lisez mes réponses sous les autres commentaires!). Concernant Marx, je ne comprends pas votre remarque, d’autant plus que j’explique la différence entre marxien et marxiste.

    Avant de critiquer un auteur à partir d’un article simplificateur, faites l’effort de le lire.

    nkb: 1 partout? ;-)

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  • Groucho le 10 février 2011 - 16:41 Signaler un abus - Permalink

    nkb: Ca doit être le cas en France depuis quelques décennies, et ça ne tangue pas encore trop :-)

    Dans le monde, très cher, dans le monde. D’où le R à révolution ^^

    Ensuite, je ne disais pas ça très sérieusement.
    Par contre, le fait qu’il y ai des conditions matérielles qui sont la cause des évènements sociaux me parait indubitable. Vous pensez-quoi ? Que ce sont les aspirations des anges qui cause les révolutions ?

    Bien sûr, le choix des critères statistiques peut porter à débat, mais c’est bien là l’essence des sciences humaines. Que prétendez-vous ? Qu’il n’est pas possible d’analyser scientifiquement le développement de nos sociétés ? Voulez-vous remplacer les cours de statistiques dans les cursus de sciences humaines par des cours de Poésie ?

    On peut ne pas être d’accord avec E.Todd, mais au moins il est possible de le contester dans le cadre d’une analyse rationnelle. Avec-vous, qui contestez la possibilité d’une analyse rationnelle et matérielle d’une de l’histoire, comment peut-on débattre ? En invoquant le pouvoir des dieux et du lyrisme poétique…

    Allez, assez perdu de temps avec un obscurantiste post-moderniste adepte de la médiocrologie; faisons plutôt un peu de provoque:

    Quand 80% de la population mondiale sera urbaine et salariée, on viendra vous botter les fesses avec des pieds bien matériels et bien quantifiables.

    ^^

    nkb: Pour la n+1ème fois, je ne critique ni Todd, ni les sciences sociales. Au contraire, je critique l’interprétation simpliste que l’on en fait. Je sais bien que les sociologues et les démographes font des modèles statistiques probabilistes. Je constate simplement que journalistes et leurs lecteurs ne les comprennent pas et les interprètent de manière biaisée. Quant à ma prétendue contestation d’une analyse rationnelle de la société, je vous renvoie à mes précédents articles, qui parleront d’eux-même.

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  • Shamox le 10 février 2011 - 18:17 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,
    Je ne vais pas faire d’éloge sur cet article et celui de M. Todd. Au contraire, plusieurs points me désespèrent (oui, à ce point). Prenons les choses linéairement.
    M. Todd (Marxien donc, déjà pour moi séparer une science qui a réussit à unifier plusieurs domaines me paraît sogrenu, mais je sais que certains parviennent à le justifier (et pour cause cet unification remet en question la possibilité de changer la société sans révolution, ce qui gêne forcément les intellectuels qui ont un pied bien ancré dans la société actuel tout en cherchant désespérément à concilier les contradictions interne du capitalisme)) explique dans l’article que vous citez que la Tunisie à rejoint le “modèle historique général”, derrière ce terme se cache un concepte marxiste évidemment (pour moi), qui est le modèle du développement capitaliste. Je ne vais pas me lancer dans sa description (cf K. Marx qui l’explique mieux que moi). Toutefois dans la méthode de M. Todd, j’observe une “bizarerie” : Il observe des symptômes pour en faire des causes… Ex: J’ai mal à la tête et des courbatures. Ha ! Je vais probablement avoir de la fièvre ! Oui, c’est probable. Mais le mal de tête et les courbatures sont-elles les causes de la montée de fièvre ?? Chacun sait que non. De la même manière, la baisse du taux de fécondité, principalement lié à l’entrée des femmes sur le marché du travail, est une conséquence du développement capitaliste, et l’alphabétisation en est une aussi (nécessité de la bourgeoisie d’avoir à disposition une main d’oeuvre toujours plus qualifiée (sur laquelle le profit en marge est plus important)). Ce dernier développement de l’alphabétisation dans le cas de la Tunisie nécessite une analyse plus poussée dans les conceptes marxistes. En effet, on observe sur le marché du travail tunisien une “non concordance” entre la structure économique encore “assez faiblement développée” et le niveau d’éducation élevé mis en place par Ben Ali et ses gouvernements (représentant la super-structure politique). Il en résulte des ingénieurs faisant vendeur à la sauvette d’une manière massive. Juxtaposé cette réalité à une crise importante du système capitaliste (dans le cas de la Tunisie : baisse des flux migratoires vers l’Europe, et baisse des investissement européen) et vous vous retrouvé avec un taux de chômage élevé. Ajouté à ceci, une population jeune (donc des jeunes sans emploi ni capitaux pour créer leur entreprise) et un gouvernement autoritaire, et vous avez des jeunes a un niveau d’éducation élevé (donc avec un certain niveau de sens critique, et une volonté de liberté plus exacerbée) sans aucune perspective d’avenir, sans liberté de parole. Autant dire une situation explosive.
    En bref, M. Todd vole au dessus de la réalité en analysant certains nombres. Je ne pense pas qu’on arrive à de bon modèle théorique avec une telle méthode.
    Autre point, quand on se dit issue du marxisme, et qu’on pose cette science dans la case des sciences exactes c’est qu’on a rien compris, ou simplement qu’on cherche la facilité. Le marxime serait à résumer de la sorte : analyse de la société humaine par la dialectique et l’économie. Si on cache le premier des deux fondements du marxisme (la dialectique), alors on obtient une science exacte mais incapable d’expliquer la société dans son ensemble. Donc d’expliquer la réalité. C’est la dialectique qui permet au marxiste d’appréender la société réelle et la place inévitablement dans la case des sciences “inexactes” à comparer donc avec la biologie. La biologie n’est évidemment pas une science exacte, pourtant elle est en mesure d’énoncer des lois de fonctionnement du vivant… Beaucoup de monde oublie cette science pourtant essentielle au développement des techniques. Mais, j’en conviens, moins impressionnante que les sciences exactent (puisque contrairement à elles, elle ne permet pas de prédire “exactement” des comportements et des phénomènes).
    Donc à “la vision alléchante d’un monde obéissant à des règles connues ne tient pas la route” je mets le hola. Si on peut et on le fait, mais vous ne trouverez pas un marxiste qui vaille quelque chose vous dire qu’il va vous sortir des équations vous permettant de dire quand il faut retirer vos actions de la bourse etc… Cette science permet de comprendre les mouvements historiques, qui n’ont rien de prédictible dans leurs détails, mais seulement dans leurs tendances et l’ordre de leur durée. Par exemple, on est en mesure de dire que nous sommes entrés dans les années 2000 dans une nouvelle phase (encore une nouvelle) du développement capitaliste, qui voit se confronter sur le MARCHÉ international des anciennes puissance à taux de développement bas et des nouvelles puissances à des taux de développement élevé (phase à laquelle nous avions déjà assisté avant la première guerre mondiale). Mais cette fois (changement) cette affrontement se fait à des niveaux continentaux. Que cette phase restera à tendance fortement libre échangiste (donc pas de fermeture des frontières généralisées) et qu’elle ne pourra duré que le temps que murisse totalement les forces productives des deux géants asiatique (Chine et Indes), soit le temps d’une petite génération (< 20 ans). Qu'est-ce qui s'en suivra ? Inévitablement un affrontement militaire généralisé des grandes puissances pour redéfinir leurs sphères d'influances. Et par conséquent à la naissance des conditions objectives de la révolution internationale… Manquera à savoir si la condition subjective, qu'est représenté par la présence et l'enraciement d'un parti révolutionnaire marxiste (donc un parti-science), sera de la partie pour permettre un changement radical de la société.
    Dans la suite de votre article, "si l’on pouvait prédire les révolutions, les despotes n’auraient qu’à regarder une série d’indicateurs pour conserver le pouvoir". Je serai d'accord si les despotes en question pouvait avoir un contrôle sur le marché internationnal qui est le facteur déterminant des changements sociaux… Or il est évident que ni Ben Ali, ni Sarkozy, ni Bush (à l'époque) ne pouvait empêcher la crise qui s'est répandu sur le marché mondiale. Aucune organisation et encore moins une personne ne peut contrecarrer les tendances du marché capitaliste. Qui puise ses forces dans toutes les forces capitalistes mondiales. on ne contrôle pas un tsunami, ni les vents solaires. On les subit et on "essaie" de gérer. Un dictateurs ou un président, ou un premier ministre, n'a pas la capacité de lutter contre les tendances sociales, il ne peut que les accompagner ou les subir en fonction de leur ampleur et de sa force relative à cette ampleur.
    Bon je m'arrête là car si je sors 10 lignes par lignes j'y serais encore ce soir. Et je n'ai pas le temps.

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  • REMY le 12 février 2011 - 0:04 Signaler un abus - Permalink

    Vu le même jours sur “Danger Room”
    http://www.wired.com/dangerroom/2011/02/pentagon-predict-egypt-unrest/

    Les Etats-Unis ont dépensé des millions de dollars dans des logiciels de prévisions Géopolitique…
    Avec peu de succès dans le cas de l’Egypte…

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  • professeurtournesol le 16 février 2011 - 23:18 Signaler un abus - Permalink

    Bonsoir,

    le cas de l’Ukraine n’est en rien une révolution nationale : il s’agit bien plus de l’évolution (temporaire) d’un rapport de force entre deux communautés séparées qui partagent le même espace politique.

    nkb: Vous balayez d’un geste le parallèle avec la révolution ukrainienne, pourtant très pertinente. On a bien, dans les cas tunisiens, égyptiens, ukrainiens et géorgiens, des gouvernements renversés par des manifestations populaires. Les réduire à des oppositions ethniques serait, à mon sens, une erreur (pareil pour le Liban en 2005).

    Si vous écoutez bien Todd, il dit aussi (il est loin d’être le seul) que la démocratie élective n’a pas de sens dans un pays qui n’a pas convergé vers une certaine homogénéité démographique.

    Vous faites dire au démographe ce qu’il ne dit pas (voire le contraire de ce qu’il dit). Vous lui reprochez en effet un modèle explicatif des révolutions saucé de culturalisme… son “modèle” est à la sauce démographique, mais certainement pas culturaliste (lisez donc “le rendez-vous des civilisations”, où il explique justement avec Youssef Courbage que le monde arabe est très divers sur le plan culturel, anthropologique, et démographique).

    Todd ne propose de plus pas un “modèle” au sens où “pouf”, passé un niveau critique il y a brusque transition de phase (quoique à l’échelle historique peut-être). Il donne des conditions qui semblent nécessaire pour qu’une révolte sociale puisse évoluer vers une révolution (à comprendre au sens de “passage à la modernité”).

    Pour finir, je vais tenter d’expliquer les choses avec ce qui paraitra être un contre-exemple : l’Iran. la révolution irannienne correspond parfaitement aux critères de Todd. Vous me direz probablement que l’Iran ne s’est pas tourné vers la modernité après sa révolution. A celà je vous réponds que la révolution France a duré un siècle ans, ponctué de retours en arrière (restauration) et de phases autoritaires (2 empires). A l’échelle historique, la théocratie iranienne est un épiphénomène de la modernisation de l’Iran (qui est réelle).

    Sur le fond, je ne pense pas que Todd propose vraiment un modèle (au sens mathématique du terme). Il propose une grille de lecture (pertinente à mon avis) qui entend faire des prédictions qualitatives à partir de données aussi bien quantitatives (taux de mortalité infantile, taux de natalité, endogamie, taux d’alphabétisation) que qualitatifs (systèmes familial – qu’il détermine cepedant à partir de données quantitatives). L’intérêt de cet auteur est qu’il reste démographe et ne voue pas un culte aux équations (ce qu’un bon physicien ne devrait pas faire non plus d’ailleurs).

    Enfin, concernant votre remarque sur les systèmes complexes sont difficilement modélisables, je me permets de mettre quelques bémoles.
    1 – heureusement que les sciences manquent parfois de modestie et affichent des ambitions jugées trop hautes… c’est comme ça qu’elles progressent.
    2 – on sait très bien modéliser certains systèmes complexes. Cf. le succès phénoménal de la physique statistique, de l’étude des systèmes dynamiques non-linéaires, ou plus récemment de la physique de la matière condensée, ou celle des milieux granuleux). Si vous voulez un exemple qui mette en jeu des humains : les prédictions liées au traffic routier sont un exemple.

    Je ne cherche pas à faire du réductionnisme, ni à nier qu’une société prise dans sa globalité est infiniment plus complexe qu’un réseau routier, des marchés financiers, ou un superfluide… simplement à dire que toute modélisation n’est pas impossible (il faut, comme toujours, connaître le domaine de validité du modèle – ses limites quoi).

    Bien à vous

    Tryphon T.

    nkb: Sur le reste, je rappelle pour la n+2ème fois que je critique l’interprétation qui a été faite de Todd. Ce n’est pas pareil. Merci pour ce commentaire, cela dit.

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  • professeurtournesol le 16 février 2011 - 23:30 Signaler un abus - Permalink

    Cher Shamox,

    vous faites deux contre-sens

    1 – vous reprochez à Todd de prendre la cause pour l’effet, ce qu’il ne fait pas. Il se borne à constater des correlations entre certains indicateurs démographiques et modernisation politique et économique.
    2- vous écrivez “M. Todd vole au dessus de la réalité en analysant certains nombres. Je ne pense pas qu’on arrive à de bon modèle théorique avec une telle méthode.” D’une part on aurait aimé lire un argument en faveur de cette affirmation (sans quoi il s’agit de l’expression d’un préjugé), et d’autre part le modèle théorique de Todd s’appuie sur les structures familiales.

    Bref, vous confondez deux choses :
    - les indicateurs démographiques contextuels d’un côté (qui permettent des prédictions parce qu’ils sont corrélés avec des évolutions économiques et politiques).
    - les structures anthropologiques de l’autre côté (qui sont à la base du modèle explicatif de Todd sur la manière dont les sociétés mènent leur modernisation économique et politique).

    Ce que vous semblez ne pas digéré il me semble, c’est que les anthropologues (et démographes) ont repris le structuralisme marxien, mais qu’ils l’ont remis à l’endroit (primat de l’athropologie sur l’économie).

    Mais ce n’est pas parce que vous digérez mal les épinards qu’il faut les interdire à tout le monde.

    Bien à vous

    Tryphon T.

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  • professeurtournesol le 16 février 2011 - 23:47 Signaler un abus - Permalink

    Réponse à Pine’up : “Euh… Et Cuba, monsieur Todd ?”

    Je peux me tromper mais il me semble qu’à Cuba l’endogamie est toujours très forte.

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  • professeurtournesol le 17 février 2011 - 17:01 Signaler un abus - Permalink

    @nkb: Vous balayez d’un geste le parallèle avec la révolution ukrainienne, pourtant très pertinente. On a bien, dans les cas tunisiens, égyptiens, ukrainiens et géorgiens, des gouvernements renversés par des manifestations populaires. Les réduire à des oppositions ethniques serait, à mon sens, une erreur (pareil pour le Liban en 2005).

    Merci d’avoir pris le temps de repondre (et toutes mes excuses, je ne voulais pas vous infliger une n+2ieme mise au point sur Todd).

    Il me semble que dans le cas de l’Egypte et de la Tunise, les revendications (et leur devenir) ne se bornent pas au depart d’un gouvernement. On a bien une exigence d’evolutions a la fois institutinnelles et socio-economiques.

    En Ukraine, il s’agissait avant tout d’une revolte faisant suite a un scrutin opaque. En ce sens la “revolution orange” ukrainienne ressemble beaucoup plus selon moi a ce qu’on peut observer en Cote d’Ivoir (elections volees + clivage electoral essentiellement reduit a un affrontement ethnique).

    Je ne me suis pas assez interesse aux cas georgiens en libannais pour pouvoir en dire quelquechose d’interessant.

    En tout cas je conteste vivement la pertinence de la comparaison entre Egypte et Tunisie d’un cote et Ukraine de l’autre. Il me semble de surcroit que la contagion moyen-orientale (qui n’a pas eu lieu dans les pays de l’ex-bloc de l’est) actuelle indique que cette comparaison avec l’Ukraine et la Georgie n’est pas tres heureuse. De plus l’Ukraine et la Georgie sont le terrain d’une lutte d’influence entre la Russie et les USA.

    Contrairement a l’Ukraine ou les mouvements de jeunesse ont ete finances par l’occident (cf. http://www.lexpress.fr/informations/les-dessous-de-la-revolution-orange_666653.html), les jeunes tunisiens et egyptiens n’avaient pas de soutien financier de l’occident (qui plutot qu’avant-gardiste, a subi les evenements).

    Bien a vous

    Tryphon T.

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  • professeurtournesol le 17 février 2011 - 17:09 Signaler un abus - Permalink

    precision sur “En Ukraine, il s’agissait avant tout d’une revolte faisant suite a un scrutin opaque. En ce sens la “revolution orange” ukrainienne ressemble beaucoup plus selon moi a ce qu’on peut observer en Cote d’Ivoir (elections volees + clivage electoral essentiellement reduit a un affrontement ethnique).”

    Je ne nie pas qu’en Cote d’Ivoire et en Ukraine, la revolte ait ete egalement motivee par des aspirations de justice sociale et de democratie.

    Ce que je dis, c’est que dans ces deux cas on a une revolte conjoncturelle et ephemere (l’Ukraine ayant fait son passage a la modernite bien avant, et la Cote d’Ivoire n’y etant pas encore – il me semble).

    Aller, je blablatte. Difficile de dire ce qu’il adviendra des revolutions tunisiennes, egyptiennes, et autres. Je vous accorde qu’au-dela des commentaires d’actualite, l’histoire jugera.

    Bien a vous

    tryphon T.

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  • Groucho le 18 février 2011 - 10:50 Signaler un abus - Permalink

    “Le lien entre la révolution populaire en Egypte et les revers essuyés par l’empire américain au Proche-Orient est évident. L’étude de l’histoire et des grandes stratégies montre que le recul de toute influence impériale s’accompagne de grands bouleversements. L’affaiblissement de l’hégémonie impériale favorise l’émergence de nombreux foyers de rébellion et de résistance et les exemples historiques sont innombrables.” New Orient News (Liban)

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  • Pabloleberger le 10 mars 2011 - 17:33 Signaler un abus - Permalink

    J’ai parcouru les nombreux commentaires qui ont souvent l’air de se tirer la bourre à partir de nombreux a priori et incompréhensions diverses.
    Si je peux comprendre et même abonder avec le fait qu’on ne peut prédire l’avenir en général à partir de données il n’empêche que Todd les a “envisagé” ou prédites: chute du mur, déclin de l’empire et maintenant insurrections arabes.
    Ici(http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3800) le lien certainement déjà indiqué vers l’émission d’arrêt sur images qui permet à Todd de s’expliquer.

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  • kokominutman le 10 mars 2011 - 17:42 Signaler un abus - Permalink

    J’avais également noté les phrases de Todd durant l’émission de Taddei. Il se la raconte un peu l’expert…
    De multiples facteurs peuvent déclencher une révolution sans doute. Le moindre n’étant pas le hasard. Hasard qui a fait croiser à un petit vendeur fort diplômé la route d’une fliquette qui l’a privé de ses moyens de subsistance en l’humiliant pour faire bonne mesure.
    Et comment quantifier la détermination ? Acharnés à la sonder et l’amplifier avec obstination, les groupes révolutionnaires ne sont pas parvenus par eux-mêmes seuls à déclencher la révolution, sauf peut-être en Russie.

    On peut observer sans doute des conditions réccurentes préludant à diverses révolutions. La synthèse eruptive n’en sera pas pour autant programmée.

    Il n’empêche que les révoltes ou révolutions arabes d’aujourd’hui, et ce n’est leur moindre réussite, nous rappellent que ça peut péter. Et même que ça pète n’importe quand !

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  • yohooo le 11 mars 2011 - 11:03 Signaler un abus - Permalink

    Cet article est très mal documenté.

    Il contient beaucoup d’affirmation souvent peu vérifiées, sans sources.

    nkb: J’attends vos sources pour vous répondre sur le fond! :-D

    Par exemple, la révolution orange en Ukraine en 2004 ne s’est pas faite par le peuple, mais a été largement appuyé depuis l’étranger via des ONG. Il en est de même pour la série des révolutions colorées. Par ailleurs, il s’agit de révolution de palais : rien n’a changé en Ukraine depuis. Il n’y a pas eu de processus constituant.
    On a juste assisté à une transition de pouvoir.

    Et même s’il y en avait eu, je ne voit pas en quoi cela appui votre argumentation. Vous utilisez les mêmes arguments que Tod (pourcentage d’alphabétisation, etc.)

    Enfin, je n’ai pas vérifié, mais il faudrait vérifier s’il n’y a pas de régression en matière de niveau d’étude en Ukraine. Ce qui pourrait expliquer, selon moi, l’absence de réel révolution en Ukraine.

    Vous voyez, on est fondamentalement pas d’accord.

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  • Nikkash le 14 mai 2011 - 7:30 Signaler un abus - Permalink
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  • Nikkash le 18 juin 2011 - 13:05 Signaler un abus - Permalink

    Voici un article pour compléter le votre, car il plonge dans le monde des modèles dits prédictifs :
    Révolution VS Modélisation
    http://nikkash.blogspot.com/2011/05/revolution-vs-modelisation.html

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