WikiLeaks éclate une bulle de schiste

Le 31 août 2011

L'économie des gaz de schiste est une bulle. Les Etats-Unis avaient été prévenus, dès 2009, comme le révèlent des télégrammes diplomatiques d'un consulat américain en Arabie Saoudite.

Dès septembre 2009, l’ancien vice-président de la société pétrolière saoudienne Aramco, Ibrahim al-Husseini prévenait les États-Unis de la surévaluation des capacités du gaz de schiste. Selon lui, le boom de l’industrie des gaz de schiste était une bulle. Dans un télégramme diplomatique du consulat américain de Dharan (en Arabie Saoudite) publié par WikiLeaks, l’analyse de ce membre de la famille régnante, ingénieur pétrogazier d’expérience, n’est pas flatteuse :

Les réserves de gaz de schiste […] sont largement surestimées.

Une conclusion à laquelle se rangeaient de nombreux cadres de l’industrie pétrogazière et de la finance, dont le New York Times a révélé une partie des échanges entre 2009 et 2011. Alertée sur une possible bulle financière autour des gaz de schiste, l’autorité des marchés financiers américaine (la SEC) a depuis assigné en justice de nombreuses compagnies dont Chesapeake, ExxonMobil et Southwestern Energy.

Dans ces dossiers, la SEC exige de connaître la réalité des réserves en gaz de schiste dont les compagnies se sont vantées ; leur permettant de réaliser de copieux profits boursiers.

Folles spéculations

L’enquête apparaît d’autant plus justifiée à la lecture de ces nouveaux éléments apportés par WikiLeaks. En septembre 2009, al-Husseini condamnait cette nouvelle ressource et les folles spéculations dont elle faisait l’objet, avec un argument certes un peu technique, mais imparable :

Alors comme ça, la Marcellus shale [gisement du gaz de schiste du Nord Est des États-Unis] contiendrait plus de gaz que les champs Nord du Qatar ?

Eh bien, c’est formidable, mais même à un rythme de 3,4 millions de pieds cube par jour (scfd) [soit 0,1 million de mètres cubes environ] par an et par puits, ça va prendre un sacré temps pour remplacer un champ de 900 milliards de pieds cube de réserves. Dans le même temps, les États-Unis consomment 63 milliards de scfd de gaz, ce qui nécessiterait quelque chose comme 20 000 puits avec une production de 3 millions de scfd chacun. Et, à la vue de la baisse rapide de production des puits, cela nécessiterait de creuser quelque chose comme 10 000 nouveaux puits par an pour être à l’équilibre.

Fin 2009, déjà, 26 000 puits avaient été fracturés et le rythme n’a fait que s’accélérer depuis. En août 2009, un spécialiste de Anglo-European Energy avait tranché dans le vif :

Je connais bien les caractéristiques des bons puits [d'hydrocarbures] (lent déclin de la production, faible coût d’exploitation, production importante) et, comme vous le savez, les gisements de gaz de schiste n’ont aucune de ces caractéristiques.

Une information inaccessible aux autorités américaines à l’époque mais qui était, au même moment, transmise par la voie d’un document diplomatique à Washington. Télégramme terminé par une considération personnelle du consul de Dharan :

Le scepticisme [sur les ressources pétrolières] hors OPEP et sur ressources d’énergie non-conventionnelle présente un certain intérêt.

Pas sûr que Washington ait su le saisir à temps.


Crédits photo FlickR CC : by-nd Wootang01

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  • Pierre le 31 août 2011 - 15:10 Signaler un abus - Permalink

    Comment se fait-il que nos gouvernements ne se rendent pas compte qu’ont se fait voler?

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  • Philou le 31 août 2011 - 16:25 Signaler un abus - Permalink

    @Pierre : comment se fait-il qu’il y ait encore des personnes pour ne pas croire que nos gouvernements sont en place pour protéger les voleurs ?

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  • Efemero le 31 août 2011 - 16:30 Signaler un abus - Permalink

    Un expert d’un pays de l’OPEP qui dénigre les gaz de schiste, c’est un peu comme un expert d’AREVA qui dénigre le photovoltaïque… Je suis contre les gaz de schiste mais ce genre d’argument bidon me fait bien rire.

    J’imagine Obama:
    “L’Arabie saoudite me conseille d’arrêter les forages et d’acheter du gaz au Qatar? OK!”

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    • corrector le 2 novembre 2012 - 22:10 Signaler un abus - Permalink

      Surtout qu’il n’y a pas besoin d’être un géologue ou expert en hydrocarbures pour savoir que chaque puit à une durée d’exploitation limitée…

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  • Sylvain Lapoix le 31 août 2011 - 16:42 Signaler un abus - Permalink

    @Efemero : vous avez raison à ceci prêt que, à l’époque, el-Husseini n’était plus chez Aramco mais chez Booz&Co, consultant pour le secteur de l’énergie.

    L’auteur du télégramme note d’ailleurs le biais “politique” qu’il peut y avoir mais souligne qu’il s’agit surtout là d’une expertise technique : comme vous le remarquerez en lisant le “cable”, el-Hussaini dit lui-même “les gaz de schiste n’ont rien à voir avec le pétrole”. Quant aux liens entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, ils ne sont pas tant emprunt de “solidarité émiratique” que ça : à bien des égards, le gaz qatari concurrence le pétrole saoudien (notamment dans ses dérivés chimiques, type GNL, secteur dit “aval” de la production pétrolière).

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  • Gilles du Pontavice le 1 septembre 2011 - 11:06 Signaler un abus - Permalink

    Le gaz de chistr,
    ya que ça de bon. “Le gaz de chistr” de Gilles de Janzé, éditions La Truite de Quénécan, explique avec humour ce qu’est l’exploitation du gaz de schiste, et propose une alternative.

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  • pourlesarbres le 1 septembre 2011 - 13:17 Signaler un abus - Permalink

    Ca semble bien être une bulle, où les derniers entrants vont se faire piéger comme du gaz dans le schiste. Une grosse boîte US est en train de vendre ses forages (et quand on sait le peu de temps qu’un forage est exploitable…)
    Dans un petit livre très drôle, “le gaz de chistr” de Gille de Janzé, je copie cela:
    “Une notion qui fait son chemin est le Taux de retour énergétique” ou TRE.
    On estime qu’il y a 40 ans l’exploitation du pétrole aux Etats-Unis avait un TRE de 25 pour 1.Aujourd’hui ce ratio serait tombé à 15 pour 1. Pour le gaz de schiste il a été estimé que ce ratio serait au maximum de 2 pour 1, ce qui est plus affaire de shadoks que d’industriels.”!!!

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  • alger infos le 28 juillet 2012 - 22:36 Signaler un abus - Permalink

    comme ça le gaz de schiste serait une grande arnaque. c’était trop beau pour être vrais

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  • corrector le 2 novembre 2012 - 22:06 Signaler un abus - Permalink

    > 26 000 puits avaient été fracturés

    On “fracture” les puits?

    Je pensais qu’on les creusait!

    > Je connais bien les caractéristiques des bons puits [d'hydrocarbures] (lent déclin de la production, faible coût d’exploitation, production importante) et, comme vous le savez, les gisements de gaz de schiste n’ont aucune de ces caractéristiques.

    Bravo le défonçage de porte ouverte! Défonçage au bulldozer ou par fracturation hydraulique?

    Par définition, les ressources non conventionnelles sont celles qui ne peuvent pas être exploitées par les techniques traditionnelles. Forcément elles sont plus complexes à exploiter, plus couteuses, plus risquées…

    On sait bien que la fracturation hydraulique nécessite :
    - beaucoup de puits
    - beaucoup d’eau
    - beaucoup de produits chimiques dans l’eau, dont certains assez dangereux (mais il parait que ce point là pourrait être amélioré)

    La question n’est pas là. La principale question est : quelles sont les conséquences à moyen et long terme de la fracturation? (même en supposant que tout a été fait parfaitement selon les normes d’exploitation les plus strictes)

    Et là il faut être clair : faute de recul suffisant personne n’en sait rien. Mais elles pourraient être très graves.

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