À vos hackerspaces citoyens

Le hackerspace TMP/LAB vient de passer un an en résidence à la Gaité lyrique, le musée parisien des cultures numériques. Le 22 avril prochain, il remballera ses codes sources en fanfare avec une production philharmonique pour extra-terrestres. D'ici là, bilan sérieux avec Ursula Gastfall, l'une de ses membres. Et très sérieuses perspectives politiques.

Performance EEG, braincomputer interface (tmp/bci) // Neurohack à la Gaité Lyrique le samedi 25 mars 2012 - (cc) Ophelia Noor pour Owni

La résidence d’un an du TMP/LAB à la Gaité lyrique à Paris s’achèvera dans dix jours. Tous les jeudis, le hackerspace basé à Vitry-sur-Seine s’est posé dans ce récent musée dédié aux arts numériques pour échanger et pratiquer autour de leur vision du hack, qui est à la base un usage créatif des technologies. Un exercice inédit pour ceux qui furent parmi les premiers à revendiquer le terme de hacker en France, après l’expérience malheureuse du Chaos Computer Club France, le faux-nez de la DST des années 90 qui avait douché les velléités. Bilan et perspective avec Ursula Gastfall, un de ses piliers.

Êtes-vous satisfait par rapport à vos objectifs ?

Je ne sais pas si nous avions vraiment un objectif, nous avions surtout envie d’essayer d’aller à l’extérieur, dans un nouveau lieu, une nouvelle forme, de Vitry nous sommes passés à Paris, nous avons rencontré d’autres gens, nous avons tenté cette ouverture dans un musée. Je pense qu’il y a des gens que nous n’aurions pas vu sinon, il est plus simple pour des raisons de locomotion d’aller à Paris qu’à Vitry. Nous avons aussi croisé des gens qui étaient là pour d’autres choses. Ceux qui se rendent à Vitry viennent spécifiquement pour nous.

C’était intéressant aussi pour la forme car ce qui nous plaisait avec les gens avec qui nous avons travaillé à la Gaité, c’était que ce lieu pourrait être un lieu de vie et qu’on y fasse des projets qui poussent progressivement.

L’autre point positif, ce sont les intervenants que nous avons eu, nous avons organisé un cycle de conférence, tous les premiers jeudis du mois. Nous avons pu faire une programmation hétéroclite à notre goût, sans que ça soit forcément aussi des gens qui sont invités ailleurs : par exemple Elektra du Chaos Computer Club de Berlin, qui s’occupe de réseaux mesh (réseau WiFi par relai, “maillé”), l’astrophysicien Laurent Notalle, l’artiste-programmeur Pall Thayer et ses micro-codes.

C’était chouette aussi pour La paillasse, le biohacklab (hacklab centré sur les biotechnologies) qui travaille avec nous, pour leur première année d’existence.

On entend régulièrement parler d’un hackerspace central  à Paris, est-ce un projet qui vous attire ?

À titre personnel, je ne défends pas particulièrement l’idée d’un lieu central. Mais effectivement, il y a des envies diverses. Je suis assez contente que nous effectuions des allers-retours en banlieue et que nous fassions plein de choses au-delà du périphérique, j’ai l’impression que les gens y prennent un peu plus de temps. L’idée justement, c’est que ce ne soit pas centralisé.

Performance EEG, braincomputer interface (tmp/bci) // Neurohack à la Gaité Lyrique le samedi 25 mars 2012 - (cc) Ophelia Noor pour Owni

Mais Berlin a C-Base, San Francisco Noisebridge, etc, ça ne manque pas ?

Ce n’est pas l’idée d’un hackerspace que je me fais d’un hackerspace. C-Base a une autre fonction, il y a plusieurs hacklabs à Berlin, le point de rendez-vous se fait à C-Base, je ne vois pas un énorme avantage à avoir un point comme ça avec ses lourdeurs, c’est plutôt des cellules qui se répartissent et qui ont des connections les unes avec les autres.

Vous fêtez vos cinq ans cette année, alors heureux ?

(Rires) Il faut demander aux autres mais oui oui ! Nous avons pleins de projets à court et moyen terme, nous organisons un festival mi-août dans les Alpes, chez quelqu’un qui a construit lui-même sa maison avec des panneaux solaires, on y fera des ateliers pour travailler, ce ne sera pas des conférences. Nous montons une nouvelle Electronic pastorale à Conques dans le Berry aussi les 14 et 15 juillet, et il y en aura tout l’été.

Vous êtes satisfaits du développement des hackerspaces en France ?

Oui, il n’y a pas de centre, il y a des gens que nous avons croisés qui ont fait leur hackerspace et que nous avons continué à côtoyer, qui vont se déplacer,  je peux travailler avec des gens du Loop par exemple, ou à la BlackBoxe, c’est important, il n’y a pas d’unités fixes, il n’y a pas un porteur de projet, un leader, il y a des gens qui travaillent les uns avec les autres. C’est vrai qu’au début, on a été très lent, par rapport à l’Allemagne.

Dans le cadre du festival de clôture de l’exposition 2062, on vous a vu faire une performance qui pouvait paraître élitiste, pour initiés1, à côté de ça, il y a une explosion des hackerspaces2, le hacking se démocratise vraiment ?

Je ne trouve pas ça du tout élitiste, on raconte ce qu’on fait, ce n’est pas de la pédagogie, je n’aime pas ce terme qui induit déjà un rapport un peu distancié. Au contraire, on ne met pas les choses sur un piédestal, nous expliquons le système utilisé, que nous avons fabriqué en open source, oui c’est brut, minimal mais pas élitiste en soi, ça voudrait dire qu’il y a des codes, ce n’est pas le cas. Après, c’est une performance.

Performance EEG, braincomputer interface (tmp/bci) // Neurohack à la Gaité Lyrique le samedi 25 mars 2012 - (cc) Ophelia Noor pour Owni

Le terme de démocratisation ne me va pas. Il s’agit plutôt de connecter les gens qui sont là et de faire en sorte qu’ils fassent les choses, plutôt que de penser qu’on va influencer qui que ce soit. Il n’y a pas que les hackerspaces qui ont ce comportement, j’ai l’impression d’un mouvement global, il y a de plus en plus de gens qui se retrouvent et qui se disent : “on ne va pas attendre que ça vienne d’en haut, on ne va pas attendre que la vie change et faire autre chose à la place.” Ils prennent des petits morceaux de choses qu’ils ont envie de faire, et les gens avec qui ils peuvent les réaliser…

La doocracy plutôt que la démocratie ?

Oui, après les néologismes… Nous n’aspirons pas à faire venir plus de gens, il y a des moments un peu plus pérennes pour que les gens s’associent. À Toulouse par exemple, nous avons fait de la broderie avec un club de 3ème âge.


Photographies par Ophelia Noor pour Owni /-)

  1. Performance EEG, braincomputer interface (tmp/bci) //Neurohack- auditorium. À partir de captations des ondes électro-encéphalographiques, In-Betwween, performance réalisée grâce au système Open source OpenEEG, les fait voir et entendre grâce la création d’environnements visuels et sonores.” Elle était réalisée par Ursula Gastfall, Pascale Gustin etGérard Parésys. []
  2. voir cette liste complète []

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