Le nouvel observateur de tes mails

Le 28 août 2012

Dans son dernier éditorial pour Le Nouvel Observateur, Laurent Joffrin déplore que l'État ne puisse pas vérifier la véracité de ce qu'écrivent les gens par e-mail. Petit florilège des réactions suscitées, sur Twitter et du côté des journalistes Internet, par cette étonnante proposition.

En juillet 2011, Laurent Joffrin s’était illustré en sommant un utilisateur de Twitter de… ne pas le tutoyer. L’outrecuidant avait en effet osé le titiller en lui rappelant sa participation à l’émission de télévision “Vive la crise” qui, en 1984, prônait les vertus de la crise économique.

Le rabroué, par ailleurs contributeur de l’observatoire des médias Acrimed -qui a fait de Joffrin l’une de ses têtes de turc-, était revenu sur cet épisode dans un long article, Laurent Joffrin, de son côté, y consacrant l’un de ses éditos, Qui vous autorise @ me tutoyer ?

Un mois plus tard, @Laurent_Joffrin cessait de s’exprimer sur Twitter.

En cette rentrée politique 2012, Laurent Joffrin s’illustre de nouveau, avec un édito fustigeant, cette fois, les “dérives du web” :

Un texte circulant tout l’été de boîte e-mail en boîte e-mail a répandu de fausses informations sur la “Commission de rénovation et de déontologie” présidée par Lionel Jospin. L’illustration d’une dérive.

La “rumeur“, vilipendée par Laurent Joffrin ce 27 août 2012, avait déjà été dénoncée… le 25 juillet dernier, par Béatrice Houchard, rédactrice en chef adjointe du Figaro (reprise par Rue89), puis par Vincent Daniel de FranceTVInfo, ainsi que par Lionel Jospin sur Europe 1 (repris par Arrêts sur Images), et bien évidemment par l’AFP (repris par Le Monde). Le NouvelObs.com, par contre, n’avait jusque-là publié aucun article au sujet de cette rumeur.

Un mois après ses confrères, Laurent Joffrin remet donc le couvert, au prétexte que la rumeur continue à circuler par e-mail. Et de fustiger les “adversaires de toute régulation d’Internet“… comme s’il était possible, ou envisageable, de “réguler” la correspondance privée (comment ? en lisant tous les courriers ?), ou comme si l’État pouvait empêcher les rumeurs de se propager (en ne donnant le droit qu’à certains de parler, et l’ordre aux autres de se taire ?).

Le Net “ne produit rien”

Laurent Joffrin qui, rappelle Guillaume Champeau sur Numerama, avait déjà voulu taxer les FAI, mais également Google, avant d’apporter son soutien à la Hadopi, a toujours eu des problèmes avec le Net. Il s’était déjà prononcé, en l’an 2000, en faveur d’une régulation du Net, qualifiant même d’”idiots utiles du capitalisme sauvage” les opposants à une régulation étatique.

Déplorant le mauvais combat de Laurent Joffrin, Eric Mettout, rédacteur en chef de LExpress.fr, souligne quant à lui qu’”Internet n’est pas plus responsable des débordements qui s’y produisent que l’imprimerie des dérapages du Sun” :

Les tenants de sa neutralité ne sont pas allergiques « à toute application à la Toile des règles professionnelles ou des lois en vigueur dans les autres médias », mais, au contraire, aux carcans sur mesure, Acta, Sopa, Pipa, Hadopi, bientôt CSA… que veulent lui imposer ceux qui nous gouvernent – et quelques journalistes mal renseignés.

Par ailleurs, et comme le rappelle de son côté Xavier Berne sur PCInpact, le Net n’est pas une “zone de non-droit“, Martin Rogard, directeur France de DailyMotion, précisant à ce titre qu’on trouve 12960 citations du mot Internet sur legifrance…

En 2010, Laurent Joffrin, au détour d’une tribune appelant à “faire payer Google” au motif que “les internautes, pour une grande partie, se contentent de butiner les résumés qu’ils trouvent à portée de clic sur Google (et que) les journalistes du monde entier, sans trop en avoir conscience, travaillent ainsi, non pour le roi de Prusse, mais pour les actionnaires de Google”“, avait déjà étal toute son mépris et sa méconnaissance du Net en écrivant une phrase qui a beaucoup tourné sur Twitter :

Si le Net est un magnifique outil de diffusion, il ne produit rien.

Entre autres choses, le Net produit de la conversation, du débat, de la confrontation d’idées, il permet aux gens qui le veulent de pouvoir s’informer, se renseigner, de répondre à ceux qui écrivent n’importe quoi mais également de… s’offrir un bon coup de com’ buzz’ à peu de frais.

Benoît Raphaël souligne en effet que “Laurent Joffrin est remonté dans le radar des buzz de ce début de semaine“, au point d’arriver en 6e position sur les dernières 24 heures, derrière Rihanna et Johnny Halliday, et devant Neil Armstrong. Illustration avec ce petit florilège de vos réactions sur Twitter, où l’on ne trouvait personne à défendre la prise de position de Laurent Joffrin :


Photo de Laurent Joffrin via Wikimedia Commons (CC BY SA David Monniaux) et bidouillée par Owni ~~~~=:)

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  • ZondeR le 29 août 2012 - 13:38 Signaler un abus - Permalink

    “Photo de Laurent Joffrin via Wikimedia Commons (ccbyncsa) et bidouillée par Owni ~~~~=:)”

    Bonjour, la licence, c’est CC-BYSA et non ccbyncsa.

    Cordialement.

    Oups, j’ai rectifié, merci
    manhack

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  • LeLapin le 29 août 2012 - 13:41 Signaler un abus - Permalink

    Lettre ouverte (pas un mail, hein, attention !) à monsieur Joffrin.

    Tout d’abord permettez-moi de vous vouvoyer. En effet, cela fait longtemps que je ne vous considère plus comme un confrère, digne de votre carte, titre et notoriété.

    Comme vous le saviez encore il y a à peine une paire de décennies, il est de coutume dans notre métier de nous tutoyer, que nous nous connaissions ou pas, que nous venions de Paris ou de Hanoï, que nous travaillions dans les mêmes domaines ou pas. Cette règl^^^^habitude conviviale a toujours permis à notre congrégation d’échanger plus rapidement, sans s’encombrer d’artifices d’égos d’où sont parties a plupart des dérives dont vous fûtes bien souvent au centre, sinon pas très loin.

    Alors sous prétexte que je ne travaille plus à Paris, et que je communique avec les outils d’aujourd’hui (dont il est évident que vous n’avez ni l’intelligence, ni la sensibilité ni l’ouverture d”esprit pour en comprendre quoi que ce soit – voire surtout la volonté de faire le moindre effort pour y arriver), je devrais vous vouvoyer ? Enfin pas vous, les journalistes, dont vous n’êtes plus qu’administrativement. D’ailleurs eux, du plus petit pigiste au plus grand reporter, le comprennent. Bizarre. Ils doivent être fous, non ? ;)

    Comme vous ne l’avez visiblement jamais compris, le Net, pour des raisons équivalentes (la troisième personne du pluriel à l’imparfait du subjonctif dans un tweet de 140 caractères, c’est assez peu facile à caser, reconnaissez-le), est dès sa naissance un média de tutoyeurs. Ça vous défrise ? Alors partez-en (oups pardon, c’est déjà fait… enfin de Twitter en tous cas, mais c’est déjà ça).

    Mais au delà de la motivation qui consiste à fluidifier les messages pour améliorer leur traitement, le Net a des raisons historiques, humaines et sociologiques pour justifier que le tutoiement (sans oublier évidemment qu’Arpa, l’ancètre, était une construction militaro-universitaire américaine, donc dans une langue où le hiatus vouvoiement/tutoiement ne concerne que Dieu – vous prenez-vous pour Dieu ?). Ces raisons sont, visiblement, après tout ce temps, hors de la portée de votre mécanisme de pensée.

    Soyons clairs, je ne vous traite pas de débile profond ! Mais après avoir enseigné pendant trente ans les NTIC d’un côté, et le journalisme d’un autre, et pas toujours à des flèches, j’avoue que vos réactions face au Net me laissent pantois et perplexe.
    Les seules pistes qui me semblent pouvoir mener à des explications sur votre comportement iraient donc plutôt vers le pathologique : orgueil démesuré (là, certains de nos confrères bien plus proches de vous ont parfaitement argumenté le sujet), paranoïa, mégalomanie (la bashing sarkozien en plein conf’ de presse, ça peut largement provoquer des névroses, et pour peu qu’on désire combattre le mal par le mal…!) ou que sais-je encore ?

    Après plus d’un quinquennat de gouvernance du même acabit, et au su de la proximité, que dis-je, de l’intimité que vous avez entretenue avec les politiques de tous poils, il serait déso(pi)lant que vous restiez l’avatar de cette époque désormais révolue. Mais je sais que la fonction d’icône vous plait, quel qu’en soit le message.

    Voilà pour le tutoiement. Je ne vous tutoierai jamais, même si par le plus grand des /deus ex machina/ il se trouvait que vous me l’autorisiez. Je ne tutoie que les gens que j’estime et que j’apprécie, éthiquement et déontologiquement.

    Les pseudos

    Alors là vous avez failli me faire re-pêter ma côte cicatricielle (oui, souvent les journalistes prennent un minimum, au moins, de risques physiques autres que finir le déjeuner de presse gargantuesque que vous offre tel ou tel) de rire ! Dois-je vous rappeler que sur *nos* cartes de presse (et dans une moindre mesure sur pas mal d’autres papiers d’identité, comptes en banque…), il y a une place pour le pseudo ?
    Et bien cher monsieur Joffrin ? Le pseudonyme, qui a permis à des générations de journalistes de passer entre les mailles des totalitarismes politiques ou financiers ne serait pas autorisé au commun des mortels ? Le pseudo est donc, selon vous, un privilège (tiens, décidément, avec vous on revient toujours là) d’une bande d’encartés ?

    Là, vous êtes tellement prévisible que vous sortez le problème des trolls anonymes. Soit ! Alors quel est votre problème avec eux ? S’ils vous disent des méchancetés avérées et prouvées sur vos actes, rien ne change par rapport à l’IRL (“In the Real Life” – dans la vraie vie) en fait !
    Mais s’ils médisent sur votre personne, sans vraiment d’arguments ni de preuves, le système judiciaire et les lois de notre pays (et de la plupart des pays “évolués”) vous permettent de les attaquer en justice, et même de faire condamner un RSAïste à 20 ans de ses possibles revenus maximums si un jour il retrouvait la santé et un emploi) fonctionnent à merveille. Les exégètes de la chose l’ont commentée bien mieux que moi.

    Mon propre pseudo/surnom me convient. Je le porte avec fierté depuis 28 ans car il m’a été attribué par notre confraternelle “grande famille” (et pour info, n’a aucune allusion sexuelle).
    Dans les 80s et 90s, la plupart des pédégés des entreprises qui sont aujourd’hui au sommet du classement Forbes m’ont appelé régulièrement par mon pseudo. Un ministre de l’industrie aussi d’ailleurs (de droite, j’en ai peur ;).
    Alors mon pseudo, monsieur Joffrin, il vous emmerde. Il vous emmerde parce que si (par manque d’attention de ma part) un jour je dis ou j’écris sur un quelconque média des choses qui défrisent ce qu’il vous reste, je donne mes coordonnées IRL à tout contact privé demandant infos, explications ou souhaitant me rencontrer. Et contrairement à ce que vous avez voulu faire croire à ceux de vos lecteurs qui ne sont pas encore “branchés”, ce état de fait est la généralité et non l’exception.

    Pour en finir avec les pseudos, dites vous que certains de ceux que vous avez croisé sur les réseaux ont de bonnes raisons de vous prendre pour quelqu’un d’insignifiant car eux ont activement travaillé et pris des risques dans les “printemps arabes”. Visiblement vous auriez préféré qu’ils se livrent à la “kommandantur” d’eux-mêmes. Je passe sur cet épiphénomène selon votre perception, on pourrait vous écrire un bouquin (“papier”, pour vous faire le plaisir de couper des arbres et polluer au chlore) “Le non-nombrilisme pour les dirigeants de presse Nuls”.

    Le Net ne produit rien.

    Effectivement, il produit bien moins de CO2, de destruction de forêts et de déchets que la presse papier. Mais il ne produit rien d’autre de moins.

    Joffrin chez les twitos

    Contrairement à Facebook (le Grand Satan), sur Twitter, on a la timeline que l’on mérite (et en l’occurrence que l’on se fait soi-même). Si vos followers/followees (<- petit Birenbaum-clash sur lequel j'aimerais prendre le temps de revenir) ne vous conviennent pas, pourquoi les fréquentez-vous ?

    Mes timelines cumulent près de 2000 twitos, et je vous avoue n'avoir jamais bloqué, unfollowé ou filtré quiconque ne soitt un "spam" (reportez-vous à Wikipedia pour la définition, je ne vais pas user mes doigts à vous faire un cours).

    "On a la TL que l'on mérite"

    Ce sera ma conclusion. Si vous avez détesté ce que VOUS avez fait de votre timeline (car personne d'autre ne peut le faire à votre place), dites-vous que vous regardez le portrait de Dorian Joffrin. Je sais, il vous a fait peur ce portrait, il vous a emmerdé bien fort, et vous avez préféré le cacher plutôt que le comprendre et l'améliorer.
    C'est votre méthode. Elle en dit long sur la personne que vous êtes.

    J'ai quelques excellents "amis de trente ans" dans votre groupe de presse (et l'ancien). Beaucoup sont loin d'être cons. Si vous les écoutiez un peu, parfois ?

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    • LeLapin le 29 août 2012 - 14:05 Signaler un abus - Permalink

      Même si tout seul je fais moins de fautes que la plupart des grands journaux et magazines actuels, leur logique économique ayant fait un massacre chez les SR et correcteurs/réviseurs, j’ai laissé échapper “troisième personne du pluriel” là où il fallait évidemment lire “deuxième”. Je vous remercie de votre compréhension. :)

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  • joshuadu34 le 31 août 2012 - 12:08 Signaler un abus - Permalink

    régulons les mails, puis contrôlons les courriers dans les postes (ça crééra des emplois), inserons des micros sous les caméras de surveillance (ce magnifique « outil de sécurité » sécurisant uniquement pour l’esprit faible et embrumé des crétins lobotomisés par l’abus de média) pour contrôler aussi les discutions de comptoir, brulons les livre ne plaisant pas à l’inteligencia, interdisons les rassemblements de plus de deux personnes pour éviter les débats, régulons les diners amicaux ou du moins contrôlons les…

    Monsieur joffrin, le nouveau penseur des plateaux tv, aux côtés de ce que la philosophie et la sociologie font de pire, réinvente Orwell. Merci à lui de nous renvoyer à la lecture de 1984…

    Pour paraphraser Lelapin, que je me permettrais même de tutoyer, et pour reprendre la prose que j’ai coutume de servir aux éxcités du tuvoiement, le tutoiement est, pour moi, une preuve de respect. Je le réserve aux gens que j’aime (amis et famille), ainsi qu’à ceux que je respecte. A compter de quoi, monsieur Joffrin, je vous offre volontier mon plus profond vouvoiement !

    Enfin, concernant les pseudos, quelques longues années de militantisme, non encore terminées, même si elles prennent un tour différent, m’ont appris que votre nom n’est jamais oublié…. Après 10 ans et à plus de 800 kms de mes exploits passés, j’ai entendu parler de ceux-ci par le représentant officiel du MEDEF local… Contrairement à monsieur Joffrin, mes positions sont tranchées et rarement, si ce n’est jamais, lèche-cul, même si, dans le cadre des actions citées, elle étaient dans le plus profond respect des lois. Elles m’ont posées des soucis dans la recherche d’emploi… Mais il est vrai que le syndicalisme n’offre que rarement la possibilité, quand il est honnête, de se faire des amis parmi ceux qui nous mènent….

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  • corrector le 20 octobre 2012 - 12:22 Signaler un abus - Permalink

    Joffrin n’est qu’un vieux crouton sénile.

    Comme l’autre abruti avec sa “Rolex à 40 ans”, ou le débilos avec son “troussage de domestique”, il ne s’illustre que par des âneries.

    Assez de cette classe de ratés qui trustent les média depuis des années.

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