Les mystérieuses bases de données de Mitt Romney

Le 28 août 2012

Aux États-Unis, le candidat républicain joue avec des bases de données (et avec la vie privée) de millions de potentiels donateurs pour remporter la bataille de l'argent contre Obama, nous révèle une enquête d'Associated Press.

Mitt Romney est un gars heureux. Le candidat républicain à l’investiture suprême face à Barack Obama est plutôt du genre à récolter facilement des fonds pour sa campagne. Des centaines de millions de dollars récoltés, entre autres, grâce à un projet très secret d’exploration de données (data mining) comprenant des informations personnelles telles que des actes d’achat ou une présence à l’église – comme l’a appris et rapporté l’Associated Press. Dans une enquête fouillée, mise en ligne par sa cellule investigation de Washington.

Afin de cibler ses potentiels donateurs, Romney passe discrètement par les services d’une entreprise texane spécialisée dans l’analyse de données, Buxton Company, une société qui se vante d’agréger des informations sur 120 millions de foyers américains. Et qui bossait déjà pour le candidat républicain à l’époque où celui-ci dirigeait le cabinet de consulting Bain & Company, qui a confirmé filer un coup de main pour détecter, parmi les sympatisants du parti à l’éléphant, les riches concitoyens n’ayant pas encore mis la main au portefeuille.

Point troublant : la loi interdit aux entreprises l’analyse de données propriétaires à des fins de contribution “en nature” à la campagne d’un candidat. Mais il n’existe aucune trace comptable parmi les rapports financiers soumis à la Commission électorale fédérale (FEC) d’une relation financière entre Buxton Company et Romney. Dont l’équipe reste sagement muette sur le sujet. Mutisme que n’observeront ni le patron de la société Tom Buxton, qui a confirmé vouloir s’afficher aux côtés “des gagnants”, ni par un leveur de fonds du candidat, qui a, lui aussi, décrit le projet à AP sous couvert d’anonymat.

Il est beau il est frais mon candidat

Le projet montre que les statégies d’entreprise utilisées pour influencer nos décisions d’achat et nos façons de penser sont désormais appliquées pour influencer les élections présidentielles”, indique l’AP, qui précise : “les mêmes données personnelles que nous donnons, souvent sans le savoir, en utilisant nos cartes de paiement ou en nous connectant à Facebook, sont maintenant collectées par des gens qui pourraient un jour occuper la Maison Blanche.

Le projet repose ainsi sur une analyse sophistiquée et dûment informatisée de centaines de bases de données commerciales très coûteuses, achetées et vendues en toute légalité – mais dans la plus grande discrétion – par les boîtes de marketing. Informations bancaires, fiscales, immobilières, civiques, familiales, réponses à des enquêtes d’opinion : tout ce que le secteur sait des Américains et de leur profil psychographique s’y retrouve.

DR – capture d'écran du site Buxtonco.com

Et permet, par exemple, de mettre la main sur plus de 2 millions de foyers de la région de San Francisco passés par le “détecteur Romney” et identifiés comme ayant la capacité de participer à la campagne du candidat pour (au moins) 2 500 dollars. Bingo. Cet été, selon une analyse de l’AP, les Républicains ont progressé significativement dans les quartiers traditionnellement démocrates en levant plus de 350 000 dollars autour de la Baie avec une contribution moyenne de 400 dollars par donateur – loin des montants auxquels son parti est habitué dans ce genre d’exercice où les plus riches sont habituellement ciblés. En bref : Romney chasse sur les terres d’Obama.

“Je peux regarder n’importe quelle donnée et dire ‘Je veux savoir qui pourraient être les donateurs à 100 dollars’. Nous travaillons sur n’importe quelle donnée.” – Tom Buxton

Enclin à fouiller, scruter, détailler et rendre parfaitement transparents les profils de ses concitoyens pour que la fête à plusieurs milliards de dollars puisse continuer, Romney est beaucoup plus opaque pour justifier de l’origine des fonds qui le propulsent aujourd’hui au niveau du Président sortant.


Source : Romney Uses Secretive Data-Mining
Photo CC [by-nc-cd] davelawrence8

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  • non le 28 août 2012 - 17:20 Signaler un abus - Permalink

    Beaucoup opaque ?

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  • anonymous le 28 août 2012 - 17:53 Signaler un abus - Permalink

    A vomir …
    Merci pour cet article montrant encore une fois le paradoxe capitaliste moderne.
    D’un coté on à des gens abrutis par le système, trop cons pour se rendre compte de la supercherie et de l’autre coté des voleurs sans scrupules qui utilisent tout ce qui est en leur pouvoir pour gagner une poignee de dollars quitte à utiliser des procédés qu’ils réprouveraient si ils étaient utilisés contre eux mêmes… Le tout cautionné par des politiques qui sont plutot a ranger dans la deuxiéme catégorie…

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  • Benavent le 29 août 2012 - 16:46 Signaler un abus - Permalink

    Intéressant et inquiétant. Pas tant sur la technologie et les modèles ( il y a de grande chances qu’il s’agisse de quelque chose élémentaire comme un modèle logit – on aimerait en savoir plus sur ce point), mais sur le fait de rapprocher des fichiers hétérogènes. Du big data?

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  • Anna le 29 août 2012 - 17:52 Signaler un abus - Permalink

    Incroyable!

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  • Albert le 30 août 2012 - 9:21 Signaler un abus - Permalink

    ça m’a l’air bien compliqué tout ça, alors qu’il est si simple de juste demander 50 millions d’euros à un dictateur, sans être jamais inquiété ni par la presse ni par la justice…

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