Fête le vous-même !

Le 20 septembre 2012

Sur le modèle des Maker Faire, ces grands rassemblements dédiés au do it yourself, version moderne du bricolage de nos grands-parents, Owni organise ce samedi le premier Open Bidouille Camp, en partenariat avec la Cantine et Small Bang. Au menu, des ateliers pour mettre la main à la pâte et une conférence sur les enjeux politique, économique et sociaux de la fabrication personnelle.

C’est chouette les Maker Faire, pourquoi il n’y en a pas en France ?

Si ça nous botte, just do it !

Oui, mais à la française !

Voici en résumé la substantifique moelle des échanges qui nous ont conduit d’une discussion autour d’une bière avec des passionnés de bidouille/hacking/making/Do it yourself (DIY), à un événement bien réel : le premier Open Bidouille Camp, qui accueille le public ce samedi de 11 heures à 18 heures à Mains d’Œuvres à Saint-Ouen (93).

Co-organisé par Silicon Xperience/La Cantine et Smallbang, il proposera au grand public de se (re)lancer dans les joies du bricolage créatif,  à travers une série d’ateliers. Et le tout est gratuit, avec le soutien de nos sponsors Etsy, la Fonderie, Kiss Kiss Bank Bank, des donateurs de notre collecte sur la plate-forme de crowdfunding, qui a permis à Digitalarti de rejoindre les sponsors, sans oublier nos partenaires médias DailyMotion, le Mouv’ et l’Atelier des médias.

L’objectif et l’enjeu était clair, dès le début : faire un événement grand public, à l’image des Maker Faire, ces grands rassemblements à succès dédiés à la bidouille, nés aux États-Unis en 2006 et qui ont depuis essaimé. Dans ce sens, l’Open Bidouille Camp (OBC) espère apporter un élément de réponse aux questions que nous avions soulevées dans un article : “Le DIY se boboïse”. Nous y faisions le constat que les possibles ouverts par le numérique, tant sur les moyens à disposition que sur les capacités d’entraide et de partage propres à Internet, n’atteignent pas forcément les publics qui en ont le plus besoin. Qui dans les quartiers populaires sait ce qu’est un fab lab ? Pratique Arduino ? Partage ses plans d’impression 3D sur Thingiverse ?

“Oh je fais une étagère DIY”

L’utilisation du terme DIY est emblématique : ceux qui bidouillent, réparent, récupèrent, créent par nécessité ne disent pas “oh je fais une étagère DIY”. Ils font tout court, ils bricolent éventuellement, sans avoir un regard réflexif sur leurs pratiques.

Nous avons dans un premier temps pensé squatter la Fête de l’Humanité, en escomptant capter un peu de l’immense foule qu’elle draine. Et puis le clin d’œil à Marx nous amusait : les fab labs et autres hackerspaces ne permettent-ils pas de se réapproprier les outils de production ? Faute d’accord  – non motivé – des organisateurs, nous avons dû trouver un nouveau lieu qui respectât l’état d’esprit initial. Fuyant Paris et ses bobos (à l’exception de l’équipe organisatrice, qui ne peut échapper à elle-même), nous avons investi Mains d’Œuvres, un lieu bien connu des habitués de l’éducation populaire.

Le meilleur moyen d’inciter les gens à pratiquer, c’est de leur proposer de se lancer à travers des ateliers. En tout, une vingtaine d’associations ou collectifs ont accepté de poser leurs outils et logiciels, issus du monde du hacking, des fab labs, de la récupération, de l’informatique et même de la cuisine. Et, oui vous mettrez la main à la pâte aussi au sens propre du terme. Voici un échantillon des stands, et pour un descriptif plus complet et exhaustif, visitez le Tumblr de l’événement qui se remplit progressivement :

- la programmation, c’est compliqué ? Découvrez-là à travers des robots dansants LEGO Mindstorm, même les enfants peuvent s’y mettre.

- contre l’obsolescence programmée, cultivez l’art de la récup’ avec la Débrouille compagnie.

- la voiture, c’est pô pratique et ça pollue, le Velib, c’est fatigant à Ménilmontant, alors vive le vélo électrique. Antoine Sachs, de la chronique sans carbone, est un adepte du biclou à batterie. Peut-être repartirez-vous avec le vôtre ?

Papa hacke le capitalisme

Parce que cette bidouille en mutation est un extraordinaire terrain de réflexion politique, économique et sociale, nous avons glissé entre deux ateliers un temps pour débattre de ces enjeux. Un terrain potentiellement révolutionnaire, à l’image de la position d’Adrian Bowyer, le créateur de la RepRap, une imprimante 3D grand public autoréplicante (elle peut fabriquer ses propres pièces) :

Je peux imaginer un collectif de dix familles qui vont ensemble dans un village utiliser leur imprimante 3D domestique durant une semaine pour imprimer les dessins de la voiture d’une des familles, téléchargés d’un site open-source. D’un coup, il n’y a plus d’industrie de la voiture. »

Moins extrêmes, certains s’insèrent davantage dans l’économie “classique”, en la mâtinant plus ou moins des valeurs de partage et d’ouverture. Quand ce n’est pas les entreprises traditionnelles qui viennent à ce nouvel écosystème.

Trois invités seront présents pour remettre ces enjeux en perspective et répondre aux questions du public. Fondatrice du blog Ecoloinfo, Anne-Sophie Novel vient de publier Vive la co-révolution, avec Stéphane Riot. Enseignant-chercheur à la Sorbonne, Mathieu O’Neil est rédacteur en chef du Journal of Peer Production, une revue en ligne traitant des nouveaux modes de production collaboratifs. Spécialiste du hacking, le chercheur suédois Johan Soderberg a publié entre autres une thèse, “Du Free software à l’open hardware : théorie critique sur les frontières du hacking”, et “Hacker le capitalisme – Le mouvement de l’open source et du logiciel libre”.

Et comme toute cette effervescence manuelle et intellectuelle demande de l’énergie, nous avons prévu quelques caisses de Club-Mate, la boisson énergisante favorite des hackers, et des gâteaux faits maison bien sûr !

Soutenez l’Open Bidouille Camp en participant à notre collecte Kiss Kiss Bank Bank !


Illustrations [CC-by-nc-sa] de Loguy Batonboys /-) S.A.V par Cédric Audinot et photos par Ophelia Noor ~~~~=:)
Un évènement organisé par Owni (Sabine Blanc, Andréa Fradin, Ophelia Noor), Silicon Xperience-La Cantine (Hélène Girard, Nirina Thibault), Smallbang (Eva Moari, Pierre Cattan).

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  • Patrick. le 20 septembre 2012 - 21:33 Signaler un abus - Permalink

    « do it yourself, version moderne du bricolage de nos grands-parents » :

    Le broom, version moderne du balai ; le bike, version moderne du vélo ; le game, version moderne du jeu…

    Pathétique…

    « Ceux qui possèdent les mots, la langue, possèdent aussi la pensée et, si l’on possède la pensée des autres, on possède tout le reste » (Vladimir Volkoff)

    « Il y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune,  ce soit l’anglais » (David Rothkopf, directeur général du cabinet de conseils « Kissinger Associates »)

    « La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui. » (J.J. Rousseau)

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    • Karim le 1 octobre 2012 - 5:45 Signaler un abus - Permalink

      Merci Patrick, car il est important de sentir qu’on est pas seul et il est bon de vibrer sur la même longueur d’onde.
      J’apprécie énormément Vladimir Volkoff, mais je me permet d’adapter votre citation au contexte que nous vivons
      « Ceux qui possèdent les mots, la langue, peuvent accéder à la pensée et être limité à la pensée des autres est une forme subtile d’esclavage.»

      Merci

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  • Steeve le 21 septembre 2012 - 10:35 Signaler un abus - Permalink

    Intéressant cette petite fiesta !

    Dommage que je sois un bobo sinon je serais bien venu.
    Mais au fait, le bobo ce n’est pas un vulgarisation de l’individu qu’on croise et dont on distingue seulement la silhouette ?
    Ou alors des personnes qui usent des mêmes blogs, des mêmes sites, des mêmes lieux, des mêmes professions ?
    Arrêtons nous 5 minutes et regardons nous, le phénomène bobo est symptomatique de notre société.
    L’alternatif est aussi bobo malheureusement pour certains, comme vous le disiez.

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  • stefz le 23 septembre 2012 - 19:59 Signaler un abus - Permalink

    Citation :
    “Je peux imaginer un collectif de dix familles qui vont ensemble dans un village utiliser leur imprimante 3D domestique durant une semaine pour imprimer les dessins d’une de la voiture d’une des familles, téléchargés d’un site open-source. D’un coup, il n’y a plus d’industrie de la voiture.”

    Bon, déjà, il me semble qu’il y a un bug sur “d’une de la voiture” qui gêne la compréhension. Eh ! Faîtes gaffe avec vos citations !

    Par contre, elle soulève une question intéressante : vu le prix des imprimantes, l’entretien, etc, ne faudrait-il pas imaginer une forme de mutualisation et créer des lieux ouverts, sortes d’Ateliers locaux d’impression 3D, où on pourrait transmettre nos fichiers 3D puis aller récupérer notre production, échanger avec d’autres “créateurs”, discuter technique. Et puisque vous parler démocratisation, ne pas oublier que les outils de créa 3D ne sont pas à la portée de tout le monde. Il faudrait imaginer une médiation entre l’idée (que tout le monde peut avoir) et la production finale de l’objet.

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    • Sabine Blanc le 29 septembre 2012 - 18:31 Signaler un abus - Permalink

      Aïe, je corrige, merci !
      Et effectivement la mutualisation des imprimantes 3D fait partie des choix possibles. C’est d’ailleurs déjà le cas dans les hackerspaces, makerspaces, fab labs.

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  • Titif' le 27 septembre 2012 - 22:47 Signaler un abus - Permalink

    “Bobo” n’est-ce pas une étiquette?…
    “L’utilisation du terme DIY est emblématique : ceux qui bidouillent, réparent, récupèrent, créent par nécessité ne disent pas “oh je fais une étagère DIY”. Ils font tout court, ils bricolent éventuellement, sans avoir un regard réflexif sur leurs pratiques.”
    Le nécessiteux dénué de regard reflexif, n’est-ce pas un ignoble lieux commun?…
    Fort peu alternatif, ce discours…
    …voire choquant!

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  • tomtom le 28 septembre 2012 - 18:01 Signaler un abus - Permalink

    Allez, juste pour dire qu’on vous a pas attendu pour organiser des Maker Faire en france …

    Nancy : [DIY Festival](http://diyfest.herbesfolles.org/) – plus issu de la culture punk que de la culture hacker (bien que ca ne soit pas mutuellement exclusif). La 4e édition est dans les cartons.

    Strasbourg : [Selbst Gemacht](http://papiergachette.blogspot.fr/2012/09/festival-selbst-gemacht-22-23-septembre.html), dans le même esprit.

    Bon baiser de province ! :)

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    • Sabine Blanc le 29 septembre 2012 - 18:39 Signaler un abus - Permalink

      La province, genre ici ? Ou ? Ou encore à cet endroit. Ou peut-être bien ici :)
      La province, je connais, j’ai grandi dans un village de 2 000 habitants et j’ai travaillé 2 ans et demi en PQR. Après ça coûte cher de voyager, malheureusement. Et il arrive qu’on loupe des choses, c’est humain, je suis ravie de découvrir votre festival qui a un beau programme.

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  • François le 3 octobre 2012 - 19:16 Signaler un abus - Permalink

    Vue depuis le Canada, l’Internet en .fr est une farce linguistique.
    “C’est chouette les Maker Faire, pourquoi il n’y en a pas en France ?
    Si ça nous botte, just do it !
    Oui, mais à la française ! ” ===> tu m’en diras tant!

    Ne parlons même pas des “tags” pour cet article.

    So long buddies,

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  • Antony auffret le 4 octobre 2012 - 10:41 Signaler un abus - Permalink

    Salut, avec plusieurs association et organisations du pays de Brest, inspiré par l’open bidouille camp de saint-ouen nous allons organiser un évènement.

    J’aimerais savoir si on peut s’approprier l’appellation Open Bidouille Camp ? Si on peut reprendre les visuels ? et se revendiquer de la dynamique ?

    A Brest ce sont les petits débrouillards, la maison du Libre (avec le Tyfab, un fablab), téléfab (le fabalab de telecom Bretagne), au moins une cinquantaine de bidouilleurs identifiés et potentiellement d’autres que nous contacterons comme les participants au festival de la soupe (dont les recttes sont en creative communs), les jardinier bricoleurs de “Vert le jardin” ou encore “le Boulon” (recyclerie du pays de Brest,…

    merci de vos réponses.

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