Les fuites en avant de WikiLeaks

Le 19 octobre 2010

Depuis trois mois, WikiLeaks monopolise l'espace public et capte l'attention des médias du monde entier. Afin d'y voir plus clair dans un paysage au relief parfois accidenté, alors que se profile une nouvelle fuite, OWNI vous propose une chronologie interactive.

En plein mois de juillet, quand WikiLeaks publiait 77.000 documents confidentiels de l’armée américaine sur le conflit afghan, nous évoquions “la plus grande fuite de l’histoire de la guerre”. A cette occasion, OWNI vous proposait de contribuer au recoupement des informations par le biais d’une application dédiée et collaborative. Mis sous pression par le Pentagone, les administrateurs du site, au premier rang desquels son fondateur, Julian Assange, ont ensuite traversé une zone de turbulences. Malgré les dissensions internes et les tentatives de mise en échec, ils seraient sur le point de publier une nouvelle salve de fichiers classifiés, relatifs cette fois-ci à la guerre en Irak, alors même que l’armée américaine s’est officiellement retirée à la fin du mois d’août.

Pour mieux retracer le calendrier mouvementé des dix dernières semaines, voici une chronologie interactive. Celle-ci sera régulièrement mise à jour (déplacez-vous en scrollant vers la gauche ou vers la droite):

Vous pouvez également retrouver une version grand format en cliquant ici

Lundi 18 octobre, Julian Assange a publié, via Twitter, un communiqué mettant fin aux spéculations de la presse internationale concernant la publication imminente par WikiLeaks de près de 400.000 documents classifiés de l’armée américaine sur la guerre en Irak.

Sources, Where art thou?

Le fondateur de WikiLeaks en profite pour régler ses comptes avec la presse mainstream en dénonçant son manque de rigueur journalistique: à partir d’une source unique, en l’occurrence un article sur le blog Threat Level de Wired, plusieurs centaines d’articles ont annoncé une nouvelle fuite pour le lundi 18 octobre. En défendant un journalisme scientifique, Assange déplore que des dizaines de rédactions se soient fait duper par un “blog sensationnaliste”, coupables de ne pas avoir croisé leurs sources et leurs informations.

Dans leur article date du 27 septembre 2010, les journalistes de Wired Kevin Poulsen et Kim Zetter évoquaient les luttes internes au sein de l’organisation, notamment entre Assange et son second Daniel Schmitt, et publiaient des échanges de chat entre les deux militants. “Wikileaks est sur le point de publier ses documents irakiens ce 18 octobre selon des ex-employés – bien trop tôt selon certains d’entre eux pour mener à bien le travail d’édition autour des noms des informateurs”, pouvait-on lire.

Mais la notion d’”employé de WikiLeaks” a-t-elle seulement un sens? John Young, vétéran de la transparence gouvernementale par le biais de son site Cryptome, rappelle l’ADN de l’organisation:

Je suis persuadé qu’il n’y a personne au sein de Wikileaks, son existence même est une croyance infondée. Plusieurs personnes participent à des activités communes mais il n’y a pas d’organisation au sens formel, pas de responsable, pas d’employés. Le conseil d’administration de Wikileaks n’est qu’un arrangement informel sans existence légale, sans responsabilité ni base juridique. Wikileaks reste un concept, une initiative, comme l’est Cryptome.

Beaucoup de bruit pour rien?

On aurait vite fait de vilipender Wired, et dans leur sillage, l’ensemble du corps journalistique, pour ces imprécisions. Tancés par Assange, Wired a publié mardi un article en forme de justification, où ils précisent que, non, “[ils] ne détestent pas WikiLeaks”. Mais ne sont-ils pas les victimes du système à tiroirs mis en place par Assange lui-même, qui répudie le système de Kerckhoffs pour lui préférer “la sécurité par l’obscurité”? Le leader de WikiLeaks n’est plus à une contradiction près, et dans son communiqué, il ne dément pas la publication imminente d’une nouvelle salve de War Logs. Il rappelle seulement les règles du jeu qu’il a édictées: WikiLeaks ne communique jamais sur son agenda. De son côté, le site du magazine Mother Jones n’hésite pas à ironiser sur le comportement de l’ancien hacker. Face à l’horizon bouché, les prochains jours devraient permettre de décanter ce précipité médiatique.

Ci-dessous, la traduction du communiqué de Julian Assange:

D’où proviennent toutes ces déclarations annonçant que Wikileaks s’affaire sur l’Irak aujourd’hui (lundi)? D’un seul blog de Wired Magazine, aux airs de tabloïd! C’est exact. Sur plus de 700 articles, les journaux et agences de presse du monde entier se sont fait avoir par un blog sensationnaliste.

Bien évidemment, vous ne trouverez nulle part mention de ce blog, en règle générale, dans les articles de la presse grand public, car cela affaiblirait la crédibilité de leurs articles en les dévoyant – aucune preuve, et de fausses allégations prononcées par une source qui n’est pas crédible. Où va le journalisme?

Mais ce blog de Wired n’est pas qu’une source manquant de fiabilité. C’est un opposant notoire qui répand toutes sortes de fausses informations au sujet de Wikileaks, qui n’ont pas cessé de se multiplier depuis que nous avons demandé l’ouverture d’une enquête pour déterminer le rôle joué par Wired dans l’arrestation du soldat américain Bradley Manning, source présumée [de WikiLeaks].

Nous avons condamné la conduite de Wired Magazine, qui nous est dès lors devenu hostile. Les deux blogs concernés, Threat Level et Danger Room, bien qu’ils aient produit des articles de qualité au fil des ans, publient maintenant des billets sans intérêt sur les dernières armes à la mode et autres gadgets de guerre technologique, restant par là même, fidèles à leurs noms: Threat Level (niveau d’alerte) et Danger Room (la salle du danger).

Ces deux blogs, et en particulier le journaliste Kevin Poulsen, sont responsables d’une quantité impressionnante de fausses déclarations concernant WikiLeaks. Aujourd’hui, un billet sur Danger Room commence ainsi: “Nous sommes toujours dans l’attente de WikiLeaks sur sa promesse de publier des centaines de milliers de documents militaires américains sur la guerre d’Irak.” Un autre mensonge.

WikiLeaks ne dit rien sur des dates de publication imminentes. En fait, à de très rares exceptions, nous ne communiquons jamais d’informations précises sur de futures publications sachant que cela alimente la machine à ragots d’organisations malveillantes.

Julian Assange
Rédacteur en chef

Retrouvez l’application War Logs V1, notre live-blogging de la précédente fuite, ainsi que tous nos articles étiquettés WikiLeaks

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Crédits photo: Flickr CC The US Army, mira 66

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  • jd le 20 octobre 2010 - 10:45 Signaler un abus - Permalink

    Au lieu de discuter de la validité des documents publiés, de faire le parallèle entre la communication gouvernementale et le bilan de la guerre, on discrédite la personne qui a fourni le moyen de les publier. On se demande ce qui est essentiel dans cette affaire. Et puis après tout, on mène des combats à la hauteur de nos moyens …

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