Il faut le reconnaitre, Susan Boyle a tué le web 2.0.
La fin des illusions
Ce rêve béta d’un monde dont l’information et la culture ne seraient créés et véhiculés que par les amateurs, ce rêve est non seulement idiot, mais bel et bien enterré. Pour la première fois de l’histoire, la télévision, un vieux média, que l’immense majorité d’entre nous a toujours connu, cette vénérable vielle dame a su utiliser le web social et montrer sa puissance que l’on croyait endormie. Le plus grand mega hit buzzométrique de l’histoire est le fait d’une chaine de télé.
Les vieux média peuvent se saisir du web social, s’y renouveler, s’y réinventer, certains diront s’hybrider. Il y a fort à parier que bon nombre y arriveront. Bien sûr, il y aura beaucoup de morts, mais c’est toujours le cas quand une météorite frappe une planête naguère bien tranquille.
Après la tempête
Le web 2.0 des amateurs n’a certes pas submergé l’environnement médiatico-culturel, mais il a considérablement changé le paysage, au point d’obliger les vieux média à muter en profondeur. Une mue comme ils n’en ont jamais connue jusqu’ici. Pour des média dont les précédents bouleversements technologiques se limitaient à la PAO ou la télé couleur, le choc a été terrible.
Le web 2.0 a également permis à une multitude de sous cultures, et de systèmes médiatico-culturels animés par des technologies, de prendre corps et de s’épanouir. Composées d’audiences fragmentées, elles sont pour la plupart difficiles - voir impossibles - à monétiser, mais elles n’en sont pas moins des cultures, avec leurs codes, leurs langages, leurs rituels, leurs communautés et leurs mythologies. Toutes sont créées, pour l’essentiel, par ce qu’il est commun (pour ne pas dire vulgaire) d’appeler des amateurs.
Au sein de ces sous-cultures, qu’elles se logent dans MySpace, Skyblogs ou Facebook, apparaissent régulièrement des Artic Monkeys ou des Sliimy, qui débarquent subitement dans les mass media - les vieux média scrutant les nouveaux à la recherche de chair fraiche. Là encore, l’un se servant de l’autre pour son plus grand profit. Mais même là, c’est encore une preuve que les vieux média peuvent parfaitement s’hybrider avec, non pas le web 2.0, mais le web social.
Amateurs vs. Professionel
Cette confrontation, trop mise en scène dans l’utopie du web 2.0, on l’a souvent agité sous le nez des professionnels des vieux média. Au mieux pour les inciter à muter au plus vite, au pire pour leur faire peur. Cela n’a pas du tout été efficace, il faut bien l’avouer, et Narvic à bien raison quand il clame que cette utopie est inopérante.
A force de dire à des journalistes que les bloggeurs feraient, demain, leur boulot, il règne désormais, chez la quasi totalité des média traditionnels, une attitude de suspicion et de crainte dès qu’il s’agit d’internet. Au point d’en étouffer jusqu’à la dernière minute les cris du débat Hadopi 1.0, au point que certains représentants de la presse, lors des derniers états généraux, n’hésitaient pas à réclamer une grande muraille numérique ‘à la chinoise’, pour les protéger d’internet, au point qu’il est désormais de bon ton de Moranoïer à tout va en dénonçant les théories du complot les plus farfelues qui pullulent sur internet, pour mieux garder le silence, probablement, sur celles qui montrent un silence coupable des média face à la mise en coupe réglée de l’internet par le pouvoir.
Là où la presse fût jadis le gardien des libertés publiques, cette utopie du web 2.0 l’a poussée, outre à s’hybrider, à se rendre complice de ceux qu’elle dénonçait hier, croyant y voir son salut tout en sachant parfaitement qu’elle sera elle aussi, à terme, une victime, subventionnée, nationalisée par alliance, implicitement réglementée dans l’usage qu’elle s’autorise de la liberté d’expression.
La réalité, c’est que les bloggeurs ne sont pas prêt de remplacer les journalistes… professionnels. Et comme la crise actuelle, le transfert décevant des budgets off vers le on, la difficulté de monétiser les contenus, etc, vont, au final, faire disparaitre les amateurs chez les journalistes - Darwin oblige - vers quoi se dirige-t-on ?
Encore une bulle qui éclate
Il y a moins d’argent, c’est sûr, et c’est probablement parti pour durer, suffisamment en tout cas pour faire disparaitre tout modèle qui ne soit pas viable par temps de vaches maigres. Qui plus est, sur le online, l’argent dont les contenus s’attribuaient autrefois la part du lion doit désormais se partager avec d’autres acteurs : les technologies, tout d’abord, dont Google est le symbole, et ces foutus amateurs, qui même s’ils aident les vieux média à muter, ont aussi leurs propres mondes, fait de minuscules audiences, certes, mais au final, cela représente énormément de surface publicitaire diluant d’autant le gâteau.
La situation, en terme médiatico-culturel, n’est pas si éloignée de ce qu’il se passe dans le monde des technologies, et on pourrait y trouver une lecture de ce que l’avenir réserve. Trois mondes y cohabitent, le monde du fermé et du propriétaire, à la Apple, celui du Libre, de l’open source, et un monde hybride, fait de sociétés comme Google ou Yahoo. Ces trois mondes sont en réequilibrage aujourd’hui, et le Libre, dont le poids était pour ainsi dire quasi inexistant il n’y a que vingt ans, est aujourd’hui un acteur majeur. Une explosion de la part de l’amateur face au professionnel, elle aussi, largement due à l’internet.
Dans le monde mediatico-culturel, il serait facile de voir ces trois mondes, celui des média old-school qui sont restés comme avant, ou presque, celui des “pure players”, comme OhMyNews ou Skyblogs, faits exclusivement de contenus amateurs, et les hybrides, au mileu.
La période de crise que nous traversons ne fera que faire disparaitre la plupart des média old-school, beaucoup de ceux qui auront su s’hybrider à temps survivront. Les amateurs aussi, quoi qu’il arrive, même si on les surveille, si on les censure, et qu’on les montre du doigt. Les amateurs, et les sytèmes médiatico-culturels amateurs survivront. Mais une chose est sûre, pour des raisons différentes, financières d’un coté, et démocratiques de l’autre, les systèmes médiatco-culturels, qu’ils soient portés par des professionels ou des amateurs, traversent, chacun de leurs coté, une crise aiguë.
Une muation a la David Cronenberg
Maintenant qu’amateurs et professionnels se sont saisis sur web social, il va leur falloir assumer cette hybridation qu’il ont réalisé avec les technologies, qui sous tendent tout cela. Cela pose des problèmes multiples et variés. Comment, pour l’amateur, gérer son identité, et comment, pour la démocratie, légiférer ou enseigner cela, ou bien encore comment, pour le professionnel, innover en matière de technologie quand on est un média et que ce n’est vraiment pas son métier.
Car cette hybridation a un coût, celle de la dépendance à une technologie qui ne cesse de changer, d’évoluer, de se perfectionner où de créer des usages totalement inattendus.
Dans le secteur des contenus - aliment de base du médiatico-culturel - le chemin vers la terre promise du web 3.0, celui des machines intelligentes, passe par de nécessaires étapes.
Maintenant que le web 2.0 est derrière nous, avec, plus loin encore, le monde du web 1.0, et alors que le web 3.0 n’est pas pour demain, il va falloir créer le web… je sais pas, moi… disons 2.5.
Pour cela, on a déjà quelques petits morceaux de la version 3.0, comme les technologies sémantiques. Celles qui permettent à la machine de réaliser certaines tâches habituellement réservées aux humains, comme ‘comprendre’ une question, identifier des relations logiques au sein d’un contenu, discerner et classer les faits, les actes, etc.
Ce dont nous disposons est assez embryonnaire, et ce à quoi nous avons accès l’est encore plus, ceci dit, c’est déjà assez impressionnant. Reste à voir comment les amateurs et les professionnels vont s’emparer de ces outils et ce qu’ils vont en faire.
Bas les masques
En réalité, la véritable bataille, si vous y regardez de plus prêt, n’est pas entre amateurs et professionnels, tout cela se passe entre professionnels. Vous avez les professionnels des contenus, comme le New York Times, et les professionnels des technologies - qui se servent (leverage) souvent des amateurs - comme YouTube ou MySpace, avec, bien sûr, au milieu, une éternelle hybridation des modèles : CurrentTV, le Huffington Post…
Les rééquilibrages qui s’annoncent, au final entre contenus et technologies (autonomes, comme Google, ou utilisant les amateurs, comme YouTube), vont prendre longemps, ce ne sera pas l’affaire de quelques années comme l’on prophétisé certains à l’arrivée du web 2.0. Cette prophétie du web 2.0 éclate aujourd’hui grâce à Susan Boyle, comme la bulle internet a éclaté en mars 2000. Mais la bulle en 2000 n’a pas fait ne serait ce que fléchir la croissance de la population internet, et l’éclatement de la bulle du web 2.0 n’aura pas plus d’impact sur le web social.
Le web 2.0 est mort, vive le web 2.5 !
[...] comme l’écrit Fabrice Epelboin sur Owni.fr, “Ce rêve béta d’un monde dont l’information et la culture ne seraient créés et [...]
[...] comme l’écrit Fabrice Epelboin sur Owni.fr, “Ce rêve béta d’un monde dont l’information et la culture ne seraient créés et [...]
[...] comme l’écrit Fabrice Epelboin sur Owni.fr, “Ce rêve béta d’un monde dont l’information et la culture ne seraient créés et [...]
[...] Susan Boyle, ou l’avènement du web 2.5 | Owni.fr owni.fr/2009/05/02/susan-boyle-avenement-web – view page – cached Il faut le reconnaitre, Susan Boyle a tué le web 2.0. La fin des illusions Ce rêve béta d’un monde dont l’information et la culture ne seraient — From the page [...]
[...] Pour aller plus loin, un article sympa sur l’effet Susan Boyle et l’Internet 2.5. [...]
Commentaires depuis sites tiers avec BackType
Dans la même veine de la guerre entre pro de la technique et pro des contenus, il ne me semble pas utopique de penser que google et youtube se lanceront demain dans la presse. Si cela peut leur apporter du trafic…
Pour l’instant, ils ont décliné toutes les offres de vente qu’on leur à faite, sans même négocier à la baisse. Le patron a été parfaitement clair la dessus, ce n’est pas au programme. Ceci dit, avec l’arrivée qu’on imagine massive des eBooks, ils pourraient changer d’avis…
Sur l’opposition Professionel vs. Amateur, regarder les arts plastiques donne une longueur d’avance.
C’est en effet un milieu qui a posé et reposé cette opposition un nombre de fois infini particulièrement depuis les années 60 — et probablement avant.
Jetez un oeil au récent éditorial de Rhizome.org, “After the Amateur: Notes”:
http://rhizome.org/editorial/2566
(best quote IMHO: “One can fail to be a professional, but one cannot fail to be an amateur”)
Par contraste avec ces décennies de réflexion en art plastique, on voit combien les autres milieux — comme la presse — sont d’une naïveté incroyable dans leur approche de l’amateur et du professionnel.
Les passages entre les statuts, la différence entre excellence et professionnalisme, la récupération de l’amateurisme, l’amateur et le sub-amateur… sur tout cela, on dirait qu’il y a volonté farouche de surtout ne rien y comprendre !!
En pratique, on pourrait aussi poser la question suivante : qui garantira la qualité d’un lien à l’avenir ? Une corporation coalisée autour d’un système (Journalistes ou autres), ou un algorithme ?
Qui garantira la qualité d’un article quand les journaux seront mort ? Est-ce ça le sens de la question ?
On pourrait généraliser plusieurs exemples ayant déjà eu lieux, et dire que ça sera un mélange de:
* Watchdogs citoyens dont le travail est plus facile que jamais — cf. article du monde sur Twitter dépecé en 30s, ou encore la pétition de la SACEM, l’article bidon sur les bloggeurs pro…
* D’ONG qui vont se consacrer a cela — cf. le fact checking pendant la campagne américaine
* Et de revue par les pairs — donc plus ou moins corporatiste
Et on peut supposer qu’à l’heure du whuffie comme alternative post-money de plus en plus tentante, la réputation automatisée jouera aussi une grande part.
Si le web se sémantise (web 3), toutes ces données pourrait en effet être agrégées et mises en regard des articles.
Les navigateurs finiraient par intégrer la gestion de crédibilité et réputation, comme ils intègrent les certificats SSL.
Mais n’oublions pas qu’il y a aussi une bonne partie du contenu qui n’a absolument pas besoin de voir sa qualité garantie : op-ed, édito, satire, etc. sont par essence des articles auto-qualifiés.
Avant on “croyait” les journaux — on avait pas vraiment d’autres choix.
Maintenant on peut déjà critiquer directement un article, sur sa propre page. Alors peut-être demain aura-t-on les outils pour évaluer la crédibilité d’une source.
Bon, faut que tu nous fasse un article sur la façon dont le rapport amateurs/pro a évolué dans l’art et les leçon à en tirer, il y a plein de chose à apprendre la dedans… Et vu le nombre de contenus traitant du copyright, m’est avis (Mekameta me l’a un peu soufflé), que le monde de l’art à beaucoup à apprendre au monde du Libre (et à nous tous) là dessus
Various fields of people’s life utilize a lot of time and efforts, therefore why should we waste valuable time for argumentative term paper writing? It would be better to utilize some paper writing service to purchase the college essay at, I opine.