Bienvenue dans la Soucoupe Digitale

Internet et la fin des intellectuels en perruque

Publié le 19 octobre 2009 par [Enikao]

Il y a quelque chose de commun dans les déclarations publiques et médiatiques de personnes bien connues et bien en vues comme Dominique Wolton ou Alain Finkielkraut, pour ne prendre que ces deux références récentes. D’une part, ils apparaissent comme largement déclassés dans les débats à propos d’Internet où on les convoque pour porter un “regard d’intellectuel”, comme on convoque un auteur dans une dissertation de philosophie (on le fait parler sans le comprendre ni l’analyser). D’autre part ils portent des attaques ou soulèvent des critiques qui présentent d’étranges similitudes, qui ne peuvent devoir leur ressemblance qu’à la seule méconnaissance.

mozartSoit il y a des préjugés préétablis sur Internet qui errent dans la conscience collective et ils s’en font banalement l’écho (pour des “penseurs”, c’est une faute, et même grave), soit ils ont un intérêt particulier à produire le même discours. Cette idée traînait ici et là sans trouver les mots, c’est un billet de Thierry Crouzet qui a joué pour moi le rôle de déclencheur dans cette réflexion.

Qu’une partie de l’élite intellectuelle, forgée à la méthode du rat de bibliothèque et de l’analyse assidue, soit en retard sur l’appropriation des nouvelles technologies n’est pas un scoop. Comme une large partie du personnel politique, elle n’a pas adopté les moyens de communication, d’interaction, de partage et de consommation de nombreux français. En réalité, les charges répétées contre Internet (parmi les dernières, Jacques Séguéla pour qui le Net est une “saloperie” qui peut ruiner la réputation d’une personne en une seconde) ne sont pas un hasard et il y a une raison de fond.

Le problème des intellectuels officiels, reconnus et présentés comme tels (au point de faire rire nos amis américains comme le moquait Bill Maher en parlant d’intellectuels publics, une intelligentsia adoubée par le public à qui les faiseurs de célébrité n’ont donné que cet os à ronger) est ailleurs, et il est bien de l’ordre de la survie. Car comme toute structure vivante, organisation ou caste, ce qui existe a vocation à survivre et à se perpétuer. C’est le processus vital classique : nourriture, reproduction, lutte contre la mort. Une certaine élite n’y coupe pas.

Pour certains intellectuels et experts médiatiques, la présence dans les médias est leur raison d’être, au sens marketing du terme. Qu’on leur retire chroniques, plateaux et tribunes, ils ne seront plus grand chose. Si cela peut sembler impromptu d’introduire en France la notion de marketing dans les sphères intellectuelles, il est tout de même notoire que certaines élites maîtris(ai)ent bien leur personnal branding, quand bien même ils s’en défendraient. Les prises de positions sont parfois moins une conviction profonde qu’un positionnement. Pour exister, il faut se poser contre, nuancer, en somme se définir par rapport au marché existant.

La précision intellectuel « médiatique » est importante pour le distinguer de l’intellectuel qui produit, cherche, entre dans le dur, doute, change d’avis, à l’inverse de celui qui a choisi son positionnement marketing et s’y tient mordicus.

Au fond, ce qui effraie tant cette intelligentsia, c’est l’amoindrissement de sa surface médiatique. Les médias classiques sont allés piocher dans le nouveau vivier d’esprits vifs, différents et moins connus qu’est Internet. Cela permet de varier les plaisir en n’invitant pas que des têtes connues depuis 30 ans, mais aussi d’avoir des avis ou des regards bien plus intéressants parce qu’il s’agit de personnes immergées et non pas extérieures à leur objet d’analyse. Ceux qui avaient fait de leur métier l’expertise médiatique, une expertise toute relative puisqu’elle est dépendante d’une stratégie de compromis, voient donc leur surface d’exposition médiatique grignotée.

Pour des gens qui accaparent les médias depuis quelques décennies, on comprend que c’est problématique sur le front de l’ego, ça ressemble à une bonne gifle. Pire, c’est surtout un fond de commerce qui sombre. L’intellectuel médiatique, drapé dans sa superbe de penseur et capable de défendre un point de vue sans fondement (Finkielkraut n’hésita pas à assassiner dans Le Monde la Palme d’Or 1995, Underground, qualifiant l’œuvre d’Emir Kusturica de propagande panserbe avant de reconnaître, par la suite, après avoir vu le film, avoir été un peu injuste) dépend des médias pour entretenir son image, faire la promotion de ses productions (livre, étude, documentaire), en somme justifier son existence. Si des petits nouveaux marchent sur leurs plate-bandes, leur survie et leur épanouissement sont en péril.

Curieusement, avec des airs d’indépendance, ils ont quelque chose des musiciens en perruque, attachés à un mécène et travaillant à la commande. Eux seuls sont des intellectuels reconnus parce qu’ils en ont fait leur métier et parce qu’ils sont sous le regard du public (ce qui ne constitue pourtant pas un diplôme), les autres ne sont que de petits amateurs à reléguer au rang d’efforts plaisants mais insuffisants. La perruque joue ainsi le symbole de la soumission autant que de distinction, d’adoption parmi le cercle restreint des grands et les puissants. A ceci près que le maître de ces intellectuels en perruque n’est pas un riche mécène mais les médias de masse qui leur offre visibilité et leur confèrent existence et légitimité. Sans eux, ils n’existeraient pas au-delà d’un petit cercle d’initiés, comme hélas de trop nombreux chercheurs aux trouvailles et questionnement pourtant passionnants.

Comme mentionné en introduction, cette élite en déliquescence ne pratique pas Internet et n’en comprend ni les codes, ni les habitudes, ni les pratiques, ni les enjeux. Aussi, elle ne maîtrise pas du tout sa présence sur Internet car elle n’y est pas proactive : pas de site personnel vraiment animé, pas de blog ou de profil Facebook, et sans doute pas d’expérience numérique personnelle, les on-dit et les étonnements de l’entourage leur suffisement peut-être. Pour des professionnels du personnal branding, avouons que rater le virage de la e-reputation est bien dommage…

Il ne subsiste donc d’eux en ligne que des passages vidéo de coups de gueule dans les émissions où ces intellectuels de plateaux sont invités, assortis bien souvent de commentaires désobligeants, ainsi que des billets rageurs ou parodiques. Le ressentiment de ces intellectuels envers cette plèbe lyncheuse qui les moque plus ou moins violemment est donc en partie compréhensible quand c’est là leur seul prisme de lecture (narcissique, d’ailleurs), bien que ce soit finalement le lot de toute personne publique. Sauf que juste là, seules les célébrités et les politiques avaient fait les frais des moqueries, dans la presse people par exemple.

Les intellectuels en perruque critiquent un éventuel nivellement par le bas, sous-entendu un égalitarisme dangereux pour la pensée d’élite. Mais qui ose, aujourd’hui encore, dire que tout se vaut sur Internet ? Pour des centaines de commentaires sans intérêt ou orduriers, pour des dizaines de Skyblogs adolescents adorables de mièvrerie, d’atermoiements et de fautes d’orthographe, il y a aussi des analystes intéressants, des artistes, des photographes de talents, des poètes. Tout comme pour des centaines d’étudiants en sociologie assez moyens dans leurs capacités et leur intérêt pour la chose il y a quelques esprits affûtés capables de mener à bout des réflexions avancées. Il faut être d’une naïveté sans borne pour croire ou faire croire que l’égalité d’accès ou l’égalité des chances apporte une égalité de fait. Le fantasme égalitariste n’est qu’une vaine menace, il ressort toujours des figures parmi d’autres, c’est déjà le cas sur Internet et ne pas le savoir est une erreur quand on affirme le contraire. C’est bien Eolas qui a plusieurs milliers de visites quotidiennes, pas Kevin67.

Internet, lie de la pensée ? La qualité existe, et s’il est difficile de la définir de manière générale elle se reconnaît tout de même, de manière objective. Seulement l’irruption du discours de la vie quotidienne, du langage quotidien, de la bassesse quotidienne choque certaines personnes. Comme Coluche choqua quand il introduisit dans les années 80, à sa manière gouailleuse, le langage des zincs et des marchés dans de grands médias. Il s’en trouva pour s’offusquer de la grossièreté des propos, alors qu’il ne s’agissait que vulgarité, au sens de populaire. Le quotidien des petites gens crevait le petit écran, c’était un coup de poing à la bien-pensance.

L’arrogance des intellectuels en perruque se justifiait peut-être auparavant par l’exigence intellectuelle, par un savoir reconnu, une puissance mentale. Il faut apprendre à reconnaître que ce n’est pas un acquis qui dure ad vitam aeternam, et que lorsque la rigueur n’est plus assurée (les idioties publiquement proférées de Finkielkraut, Wolton ou Séguéla récemment à propos d’Internet, origine de nombreux maux de la société), quand la pensée s’est fanée ou perdue dans un passéisme nostalgique voire pleurnichard, la parole de l’intelligentsia présomptueuse ne vaut pas mieux que celle de la foule avec laquelle elle comptait prendre distance. Pour ceux qui critiquaient le nivellement par le bas, on peut dire qu’ils ne relèvent pas spécialement le niveau.

Que l’on se comprenne bien : il ne me semble pas faire partie d’une meute aux abois venue pour l’odeur du sang. Il n’est pas question de rentrer dans une attaque frontale même s’il me faut reconnaître une aversion personnelle pour les trois cas cités ici. Ils se sont très bien ridiculisés tout seuls comme des grands. Et ils ne sont pas des parangons de probité en la matière car ils ont participé, eux aussi, à des lynchages médiatiques. Plus posément, je ne comprends toujours pas au nom de quoi on continue à leur donner la parole, si ce n’est que ce sont des figures rassurantes pour le public car bien identifiées et qu’ils ont certainement des appuis et des amis pour continuer à occuper cet espace médiatique. Cela ne veut pas dire qu’ils aient toujours tort dans leurs prises de position ou dans leurs analyse non plus (lire à ce sujet les échanges chez Narvic). Simplement il me semble qu’ils ne constituent plus des références.

En revanche, ce qui me paraît intéressant, c’est la naissance d’autre chose : des personnes participent à la réflexion commune, l’enrichissent voire la coordonnent sans que cela soit leur métier. En somme, des gens capables de s’investir sans dépendre du succès médiatique de cette réflexion pour continuer à exister, à vivre. Il y a là quelque chose de désintéressé qui est plus profitable parce que ces experts-là (Maître Eolas, Authueil, Jules, Koz, Narvic…) le font avec leurs tripes, ça aura du succès ou non, ça intéressera ou non. Le calcul n’est pas le même que pour une personne dont c’est la carrière qui est en jeu à chaque apparition.

Tout comme une grande série d’artistes libres ont fait leur premier pas sans mécène à partir de la fin du XVIIIème siècle. Si certains ont eu faim, il faut aussi reconnaître que leurs oeuvres, libres, ont aussi marqué un profond renouvellement et un foisonnement créatif, dans lequel il y eut du bon et du moins bon. On peut comprendre que cela choque certains conservatismes qui veulent aller contre une force sociale puissante, appelons ça esprit du temps ou changement sociologique de fond. Il est simplement cocasse que ces intellectuels en perruque se parent de démocratie et viennent à la défendre sur tous les fronts en la mettant à toutes les sauces, sauf dans un seul domaine : celui des idées.

Le sens de l’histoire va, dans les pays occidentaux en tout cas, vers une circulation plus importante et plus dense des idées, plus libre, et désormais plus ouverte avec un canal étrange qui permet à certains talents de trouver un média porte-voix : Internet. Quand l’intelligentsia surclassée veut préserver des privilèges qui n’ont plus lieu d’être parce que les gens, les pratiques et le savoir ont changé, sans pouvoir justifier ce traitement d’exception, il est temps de s’adapter et de retirer la perruque.

D’une certaine manière, la réappropriation de la pensée, de la réflexion et du dialogue intelligent me fait penser à un retour à la démocratie directe par rapport à la démocratie représentative. Se passant des intermédiaires, certaines personnes ont choisi d’entrer dans le débat d’idées, en échangeant véritablement avec de nombreux interlocuteurs, sans pression du maintien de leur statut. La culture de l’Agora n’est pas celle du Parlement et la tension entre les deux traditions est bien palpable dans l’affrontement entre certaines élites et d’autres voix. Reconnaissons à l’Agora quelques avantages : il est bien plus engageant de pouvoir interagir directement que de rester passif face à un discours d’intellectuel isolé et coupé du monde. De même, pour un nombre croissant de personnes, naviguer, choisir son information en ligne est plus passionnant que de rester figé face à l’étrange lucarne ou au poste radio.

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38 réactions à cet article

  1. nicolasvoisin a dit, le 19 octobre 2009 à 12:13

    Superbe billet d’ @eni_kao en Une d’ #Owni http://bit.ly/3WvCMA
    Internet et la fin des intellectuels en perruque /-)

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  2. 0wn1 a dit, le 19 octobre 2009 à 12:16

    #Owni Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/2W0aYg

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  3. TiBo a dit, le 19 octobre 2009 à 12:21

    http://icio.us/zorynd

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  4. secteur_sud a dit, le 19 octobre 2009 à 12:29

    RT: @nicolasvoisin: Superbe billet d’ @eni_kao en Une d’ #Owni http://bit.ly/3WvCMA Internet et la fin des intellectuels en perruque /-)

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  5. krschneider a dit, le 19 octobre 2009 à 12:36

    RT @0wn1 Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/2W0aYg

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  6. cgenin a dit, le 19 octobre 2009 à 12:42

    RT @0wn1 #Owni Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/2W0aYg

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  7. Luis_AL a dit, le 19 octobre 2009 à 12:45

    RT @cgenin: RT @0wn1 #Owni Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/2W0aYg

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  8. tempsfuturs a dit, le 19 octobre 2009 à 1:14

    [Enikao] La fin des intellectuels en perruque… ou l’émergence d’une nouveau paradigme. http://su.pr/3DxWT1 #owni

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  9. La Règle du JE a dit, le 19 octobre 2009 à 1:17

    Effectivement, les autorités intellectuelles n’échappent pas à la remise en cause par Internet d’une bonne partie des rapports sociaux “traditionnels”…
    On pourrait ajouter que certaines d’entre elles n’ont pas attendu l’émergence du web pour s’insurger contre les dangereuses “passions égalisatrices” et le supposé nivellement par le bas propres aux sociétés démocratiques. Sur ce plan, Tocqueville avait déjà tout dit.
    Mais on passe un peu trop sous silence un phénomène inverse : une certaine tendance des “internautes” (je m’excuse pour ce raccourci inapproprié mais pratique) à faire front contre toute tentative venue des autorités traditionnelles de questionner ce qui peut apparaître des effets contestables de l’expression en ligne. Il est tentant de traiter de réactionnaire quiconque ose formuler une critique, en le renvoyant à la préhistoire du débat démocratique.

  10. La Règle du Je a dit, le 19 octobre 2009 à 1:21

    Effectivement, les autorités intellectuelles n’échappent pas à la remise en cause par Internet d’une bonne partie des rapports sociaux “traditionnels”…
    On pourrait ajouter que certaines d’entre elles n’ont pas attendu l’émergence du web pour s’insurger contre les dangereuses “passions égalisatrices” et le supposé nivellement par le bas propres aux sociétés démocratiques. Sur ce plan, Tocqueville avait déjà tout dit.
    Mais on passe un peu trop sous silence un phénomène inverse : une certaine tendance des “internautes” (je m’excuse pour ce raccourci inapproprié mais pratique) à faire front contre toute tentative venue des autorités traditionnelles de questionner ce qui peut apparaître des effets contestables de l’expression en ligne. Il est tentant de traiter de réactionnaire quiconque ose formuler une critique, en le renvoyant à la préhistoire du débat démocratique. Pas facile de trouver un équilibre entre la défense d’un mode d’expression révolutionnaire et sa critique constructive…

  11. histoire a dit, le 19 octobre 2009 à 1:42

    Leur effroi: «l’amoindrissement de leur surface médiatique» Internet et la fin des intellectuels en perruque http://ow.ly/vaXj

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  12. PolitisCh a dit, le 19 octobre 2009 à 1:42

    Leur effroi: «l’amoindrissement de leur surface médiatique» Internet et la fin des intellectuels en perruque http://ow.ly/vaYY

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  13. FrancoisGuite a dit, le 19 octobre 2009 à 1:47

    RT @lyonelkaufmann «L’amoindrissement de leur surface médiatique»: Internet et la fin des intellectuels en perruque http://ow.ly/vaYX

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  14. raffa_gm a dit, le 19 octobre 2009 à 2:04

    Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/3WvCMA (via @nicolasvoisin)

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  15. carbonmarket a dit, le 19 octobre 2009 à 2:08

    RT @raffa_gm Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/3WvCMA (via @nicolasvoisin)

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  16. [Enikao] a dit, le 19 octobre 2009 à 2:09

    @ La Règle du JE : Nous sommes bien d’accord pour ne pas verser dans un éventuel angélisme numérique. Loin de moi l’idée de reléguer la critique au rang des fossiles, il me semble que le dialogue avec les critiques (et il nous arrive aussi d’avoir un regard critique sur la qualité de l’expression en ligne) est ouvert. Alain Finkielkraut est d’ailleurs un “décliniste” convaincu, dont certaines prises de position sont convaincantes et solidement étoffées. Ce que je réfute c’est la valeur de certaines remarques et le suremploi de certains emperruqués par certains médias au nom d’une hypothétique “référence”. Si l’on veut bien reconnaitre une vision humaniste voire universelle de certaines pensées (tentatives, comme toujours, ne signifie pas réussite, et en la matière nous sommes tous conscients que c’est extrêmement ardu), cela ne signifie pas que la personne est la mieux qualifiée pour traiter certains sujets, en particulier lorsqu’elle ne les connaît que par ouï-dire. Cela reviendrait à faire de celui qui a lu une fiche de lecture sur l’Avare un expert de Molière.

  17. Jacques Bolo a dit, le 19 octobre 2009 à 3:19

    J’avais écrit qq chose à ce propos en 2005 (http://www.exergue.com/h/2005-07/medias/faute02.html):
    “Dominique Wolton, [pourtant] sociologue des médias avait laissé passer l’arrivée de l’informatique et d’internet (comme la plupart des universitaires). Débordé par la généralisation du phénomène qui le ringardisait, il a pu ainsi se raccrocher au train en commençant par en dénoncer les dangers – ça marche toujours. Il résume lui-même le propos de son livre “Internet, et après ?” par ces mots : « Relativiser le thème de la “révolution de la communication” et rassurer ceux qui se croient, à tort, dépassés ». Il faut bien rassurer sa clientèle, ou se rassurer soi-même !”

  18. Gekko_Hopman a dit, le 19 octobre 2009 à 3:26

    #finkielkraut #séguéla détestent Internet parce que http://bit.ly/16FS0b

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  19. MagicYoyo a dit, le 19 octobre 2009 à 5:10

    Je souscris à tes arguments… sans pour autant aller aussi loin dans le rejet des arguments adverses. Pour reprendre une phrase que j’ai lue je ne sais où, l’imprimerie à permis au peuple de lire, internet lui permet de s’exprimer.

    Si je me fait l’avocat du diable :

    - Avec la multiplication de sources presque anonymes, notre société ne risque-t-elle pas de perdre ses réalités communes ? C’est ce phénomène de démultiplication des réalités qui est (en autres) à l’œuvre dans les théories du complot. Ne peut-on pas y voir légitimement un danger pour la cohésion du corps social ?

    - La culture française, celle des lumières, celle dont le panache brille parmi l’histoire et la culture de l’Occident; cette culture est une culture élitiste. Les idées s’élaborent chez les professionnels de l’idée (philosophes, artistes, politiques…) avant d’être plus ou moins bien ingérées par l’ensemble du corps social. Ce système, certes quelque peu élimé, est noyé sous la production massive de discours sur le web. En naîtra-t-il un accroissement de l’intelligence globale ? Pas sur. Pas sur.

    Nous sommes à la moitié seulement de cette évolution. Nous devons préserver cette liberté d’expression acquise par un heureux hasard technique. Nous devons aussi penser plus global, en tant que corps social qui dois maîtriser cette évolution.

  20. ACabanis a dit, le 19 octobre 2009 à 6:16

    Internet et la fin des intellectuels en perruque | Owni.fr (@eni_kao) http://bit.ly/4CQhCj

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  21. larocheauxloups a dit, le 19 octobre 2009 à 6:46

    Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/k2dSE

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  22. [Enikao] a dit, le 19 octobre 2009 à 6:53

    @MagicYoyo
    Sur les réalités communes, je ne vois pas en quoi les sources anonymes changent quoi que ce soit à partir du moment où elles sont constantes. Maître Eolas est anonyme, et pourtant quand il blogue, quand il passe à la radio ou quand il est interviewé, c’est toujours la même personne qui s’exprime. Sacrifier le pluralisme à un corps social vraiment unifié, ça s’appelle… la censure, si on pousse la logique jusqu’au bout. La tentative de maîtrise devient vite tentative de contrôle, et il semble que d’expérience c’est voué à l’échec quand la parole est libre. Ce qui ne signifie pas qu’il soit impossible d’orchestrer la réflexion, au sens de créer des harmonies, des contrepoints, des crescendos. Ce n’est pas parce qu’un média ou une personne est installée depuis longtemps qu’il est plus légitime qu’un nouvel arrivant. Ou pour paraphraser une phrase choc du manifeste des journalistes web et blogueurs allemands : la tradition n’est pas un modèle intellectuel. « Place aux jeunes », comme le disait un certain Jean-Pierre R à propos d’un jeune neuilléen prometteur.
    Bonus (auto-promotionnel, désolé) : il n’y a pas eu besoin du web pour que les opinions divergent et créent des réalités alternatives, les médias y contribuent déjà activement. http://enikao.wordpress.com/2009/08/21/les-medias-forge-de-la-realite/

    Que la culture classique soit élitiste, c’est une chose, de là à dire qu’elle est la seule qui vaille c’est un jugement un peu lapidaire. Le problème des « professionnels de l’idée », c’est justement la professionnalisation. Cela signifie formation, moule, éventuellement incapacité à explorer de nouveaux territoires, et crise de désespoir lorsqu’ils ne trouvent plus d’écho à leurs réflexions. Un peu comme un politicien professionnel qui perd une élection : que fait-il en remplacement ? Moralité, il est poussé à multiplier sa présence pour exister, coûte que coûte. C’est bien de cela qu’il s’agit ici. Je ne sais pas si l’intelligence globale s’accroîtra, en revanche il semble que des pensées différentes sont en train d’émerger. Différentes, pas nécessairement meilleures. Mais cela augmente d’autant le champs d’expérience, d’analyse et de compréhension. Il vaudrait mieux se réjouir de cette dynamique et du foisonnement d’idées plutôt que pleurer avec nostalgie l’époque bénie des intellectuels officiels sortant peu du cadre, je pense. Et encore une fois, de la production massive émerge toujours des éléments plus remarquables que d’autres.

  23. svenouille a dit, le 20 octobre 2009 à 12:14

    Internet et la fin des intellectuels en perruque | Owni.fr http://bit.ly/4CQhCj via http://www.diigo.com/~svenouille

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  24. PatrickChareyre a dit, le 20 octobre 2009 à 6:38

    Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/E4BOd

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  25. mikiane a dit, le 20 octobre 2009 à 11:54

    Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/1iu5gt

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  26. Pplambert a dit, le 20 octobre 2009 à 12:29

    C’est aussi plus simplement un problème de génération. La triade d’intellectuels que vous citez est née soit dans la première moitié du XXe s ou dans l’immédiate après guerre. Il suffit de se replonger dans l’historiographie pour comprendre leurs positions et leurs grilles de lecture : les errements du communiste, mais aussi plus récemment le déclin reconnu de la littérature Française dans le Monde, le peu d’impact de nos intellectuels dans l’élite internationale majoritairement anglophone.
    Camus est relativement présent sur le web et tout compte fait cela fait un bon moment qu’il parle de tout cela à sa manière http://www.in-nocence.org/pages/parti/editoriaux/edit_42_main.html
    A mon humble avis ils sont d’avantage témoins que des acteurs du monde : cela ne fut pas toujours le cas. Les intellectuels Français portent une lourde responsabilité suivant les crimes qu’ils passèrent sous silence et suivant la défense de leurs idéaux : Malraux, Sartre…. Aujourd’hui avec le net cela ne serait plus possible : il est le meilleur outil et rempart possible contre les dictateurs de la pensée. Ils n’ont pas compris que l’outil aurait pu aussi être un remède à leurs propres errances et excès, à leur désirs de censure.

  27. MagicYoyo a dit, le 20 octobre 2009 à 12:50

    Juste 2 éclaircissements :

    - Mon premier propos n’est pas sur la pluralité/censure. Il est sur “trop de (sources) d’information tue l’information”. Il est aisé sur internet d’identifier les bonnes sources sur les sujets que l’on connait. Que se passe-t-il pour le pékin moyen qui cherches à se faire un avis sur la réforme fiscale. Il va trouver 10.000 sources divergentes, sur les opinions ce n’est pas un problème, mais aussi sur les faits. C’est en cela que je parles de démultiplication des réalités… qui aboutissent au fait que je ne peux plus savoir, mais seulement croire.
    Si je rajoute à cela que “internet” ne hiérarchise pas les sources selon leur fiabilité; et que la mission donnée aux rédacteurs web est d’obtenir un max de trafic/pub… alors je reste attentif à cette phase de transition.

    - Ensuite, je ne dis pas que la culture élitiste est la seule qui vaille. Je signifie juste que c’est celle qu’on jettera par fierté au visage du premier américain venu. Si on rentre dans un modèle pluriel de production et diffusion des idées (élite et masse), tant mieux ! Si la société civile y participe pleinement, je dis enfin ! Mais si on me dit que l’un doit mettre l’autre à la casse… je veux être sur de savoir où on mets les pieds.

  28. feedmem a dit, le 20 octobre 2009 à 12:54

    OWNI: Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/3rBnZK

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  29. [Enikao] a dit, le 20 octobre 2009 à 2:35

    Sûr ? Non. Trop d’information tue l’information, c’est le discours des copistes qui voulaient conserver le monopole de l’information écrite et ce pour le bien de la communauté et du corps social (relis « Le nom de la Rose », par exemple). Quant au « pékin moyen », sur un sujet qu’il ne maîtrise pas, il est tout à fait capable de trouver une source fiable et d’analyser la fiabilité de nouvelles sources qui lui sont inconnues (site d’une entreprise, d’une association professionnelle, d’un média étranger…). Ce qui se passe avec le web c’est que chacun peut trouver davantage d’informations, ou des informations différentes (pas toujours meilleures). Désormais, au lieu de recevoir passivement l’information présélectionnée (et donc filtrée, ce qui pose quand même la question de la censure car l’espace médiatique d’une radio ou d’un journal est fini alors que ce n’est pas le cas du web), c’est à chacun de chercher. C’est un processus, qui nécessite un apprentissage important au départ, l’acquisition de compétences, et qui se perfectionne par la suite ou s’étend à d’autres formes ou sujets d’information. Tu es bien arrivé jusqu’ici : comment ? C’est de ce processus là que je parle. La hiérarchisation devient le rôle de chacun. Sinon, il y a des initiatives comme http://www.aaaliens.com de sélection éditorialisée d’informations trouvées en ligne, ou bien les revues de web, ou encore http://www.vendredi.info que je t’engage à (re)découvrir.
    Pour le reste, il me semble qu’il y a confusion entre clivage (politique, social, économique : les idées, les regards divergent) et réalités (les choses divergent).
    Sur le web comme sur le print, les médias ont tous besoin de recettes, qu’il s’agisse de publicité ou d’achat. Il n’y a pas énormément de différences.
    Nous sommes bien d’accord, il n’est pas question de mettre qui que ce soit à la casse. Simplement il devrait y avoir adéquation entre l’expert et son sujet. Or il me semble que l’on cherche à caser toujours les mêmes figures rassurantes, dont la pensée peut certes être universaliste (penser le monde) mais dont le savoir n’est pas universel. Aussi, quand ils ne savent pas, ils pourraient avoir l’humilité et l’honnêteté intellectuelle de passer la main.
    Dernière remarque, et non des moindres. Quand il y a doute sur l’interprétation, contradiction, précision, sur Internet on peut avoir accès à l’auteur, l’interpeller et éventuellement engager la discussion (ce que tu fais, et c’est tout l’intérêt de l’exercice). On est dans la confrontation d’idées, le processus permanent de réflexion. Je ne connais pas d’équivalent dans les autres médias.

  30. A_DS a dit, le 21 octobre 2009 à 12:07

    RT @mikian: Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/1iu5gt

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  31. c_e_s_a_r a dit, le 21 octobre 2009 à 2:35

    RT @olivi3r: CQFD #intellectuelsaperruques http://tinyurl.com/yjkrmla @mccimperatriz: Bienvenu chez les webophobes http://bit.ly/sU5R3

    Commentaire posté via Twitter

  32. Miles a dit, le 21 octobre 2009 à 4:04

    CQFD.

    Big up! C’est posé, argumenté et assassin comme j’aime.

  33. Fuzzyraptor a dit, le 21 octobre 2009 à 4:14

    RT @A_DS @mikian: Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/1iu5gt

    Commentaire posté via Twitter

  34. Moktarama a dit, le 28 octobre 2009 à 2:14

    Les gens cherchent en général l’identité du locuteur lorsqu’ils ont des doutes sur son honnêteté intellectuelle, doutes qui naissent à la lecture de tel ou tel article (pour plus de précisions, voir les commentaires attachés aux articles d’Eric Le Boucher ou d’Alain Minc lorsque ceux-ci officiaient au Monde) . Vous feriez mieux de vous en réjouir ;-)

    Mais je suis peut-être un grand naïf…

    Commentaire posté via [ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés

  35. Moktarama a dit, le 28 octobre 2009 à 2:14

    Les gens cherchent en général l’identité du locuteur lorsqu’ils ont des doutes sur son honnêteté intellectuelle, doutes qui naissent à la lecture de tel ou tel article (pour plus de précisions, voir les commentaires attachés aux articles d’Eric Le Boucher ou d’Alain Minc lorsque ceux-ci officiaient au Monde) . Vous feriez mieux de vous en réjouir ;-)

    Mais je suis peut-être un grand naïf…

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  36. Laurent a dit, le 29 octobre 2009 à 2:36

    intéressante analyse ; on aurait donc un territoire d’expression, le commentaire étant donc un élément cloisonné de l’auteur ?

    contenu officiel émetteru vs l’agora ? remarque on imagine mal un tribun populaire discuter avec des anonymes au PMU…quoique..

    Commentaire posté via [ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés

  37. Laurent a dit, le 29 octobre 2009 à 2:36

    intéressante analyse ; on aurait donc un territoire d’expression, le commentaire étant donc un élément cloisonné de l’auteur ?

    contenu officiel émetteru vs l’agora ? remarque on imagine mal un tribun populaire discuter avec des anonymes au PMU…quoique..

    Commentaire posté via [ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés

  38. Evie22 a dit, le 14 février 2010 à 5:27

    A lot of different people know the basic keys of biography term paper writing, nevertheless it does not mean they are able compose really good research papers, however a essays online service can aid to accomplish the sample essay of A+ quality and demonstrate writing skillfulness of some students.

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  1. Les tweets qui mentionnent Internet et la fin des intellectuels en perruque | Owni.fr -- Topsy.com Dit :

    [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Nicolas Voisin et TiBo, Owni. Owni a dit: #Owni Internet et la fin des intellectuels en perruque http://bit.ly/2W0aYg [...]

  2. uberVU - social comments Dit :

    Social comments and analytics for this post…

    This post was mentioned on Twitter by nicolasvoisin: Superbe billet d’ @eni_kao en Une d’ #Owni http://bit.ly/3WvCMA
    Internet et la fin des intellectuels en perruque /-)…

  3. raffa's status on Monday, 19-Oct-09 12:04:45 UTC - Identi.ca Dit :

    [...] http://owni.fr/2009/10/19/internet-et-la-fin-des-intellectuels-en-perruque/ a few seconds ago from firestatus [...]

  4. Dominique Wolton Dit :

    [...] [Enikao] a écrit un nouveau billet: Internet et la fin des intellectuels en perruque Owni.fr Blog - Activité sur l’ensemble du site - PeopleRank: 4 - Il y a 14 heures Dominique Wolton ou Alain Finkielkraut, pour ne prendre que ces deux références récentes. D’une part, ils apparaissent comme largement déclassés dans les débats à propos d’Internet où on les convoque pour porter un [...... + votez [...]

  5. [Lab] Surprises et prothèses capillaires « [ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés Dit :

    [...] SmallBrother et Vendredi, Slate avait remis en contexte et pointé plutôt du côté d’Owni. La deuxième était emmenée par Rue89 et… François Desouche, qui fut le 21 octobre le [...]

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