Hessel face aux icônes de la France moisie

Le 17 janvier 2011

Mais qu'ont-ils les Rioufol, Zemmour et autre Bilger à critiquer le livre à succès de Stéphane Hessel, "Indignez-vous" ? Pour MicroCassandre, il a le tort de faire le consensus sur des valeurs de gauche.

L’arête Hessel ne passe pas. Ils s’en étranglent, ils en bavent, ils piaillent sur tous les plateaux leur indignation du succès d’Indignez-vous. Trop, à vrai dire, pour que ce vertueux concert d’indignation n’ait pas été orchestré.

Ils et elle : Eric Zemmour, Luc Ferry, Ivan Rioufol, Claude Askolovitch, les causeurs1 Elisabeth Lévy et Luc Rosenzweig, Philippe Bilger… Un éventail assez disparate, qu’unit (à l’exception d’Askolovitch) un tropisme très à droite. Droite vieille France et revendiquée réactionnaire chez Rioufol, Bilger, Ferry, lou ravis de l’ordre;  droite néocon et pro-israélienne jusqu’au fanatisme chez Rosenzweig ou Lévy, les deux n’étant pas incompatibles, comme le montre Zemmour.

Qu’y a-t-il donc dans ce petit opuscule pour susciter leurs glapissements indignés ? Rien de révolutionnaire, ont justement pointé quelques lecteurs. Stéphane Hessel n’est pas Julien Coupat (qui n’avait d’ailleurs pas provoqué chez eux les mêmes cris d’orfraie).  Une critique de l’État d’Israël très largement partagée ; une indignation devant les coups de canifs sarkozyens à la République, la séparation des pouvoirs et les libertés publiques ; devant les inégalités croissantes, la pauvreté galopante et les ravages du néolibéralisme.

Bref, quelques indignations non exhaustives qui pourraient être le socle commun de ce que la  gauche – ou, plus largement, la pensée humaniste – refuse.

Une pensée incompatible avec les politiques de la droite actuelle

Mais, là, j’ai dit un gros mot. Précisément, Hessel incarne une pensée de gauche, ou plutôt, a minima, un socle de valeurs qui devraient être communes à ses militants, voire ses électeurs, tous partis confondus. Et il fait consensus, là où les interminables feuilletons du combat des chefs du PS, d’EELV ou du Front de gauche lassent ceux qui partagent ses indignations. Le tort de ce petit livre, auquel on ne saurait d’ailleurs réduire le parcours ni la pensée de Hessel, c’est de démontrer par l’indignation que le respect humain qu’il défend est incompatible avec les politiques de la droite actuelle : dérégulation financière, privilèges des riches, détricotage républicain, traitement inhumain des étrangers. Incompatible, enfin, avec le règne du capitalisme financier et les dogmes de ses représentants (y compris au FMI !), ce qui décoiffe Askolovitch et autres sociaux(?)-libéraux.

Or, celui qui démonte la réalité d’une politique de droite, et les raisons de s’en indigner n’est pas un obscur gauchiste ou le porte-parole d’un parti, mais un Juste, un homme au parcours incontestable et remarquable. Qui de plus a l’outrecuidance de pulvériser des records de vente !

Et vous voudriez que la droite lui pardonne sans appeler ses chiens de garde au secours pour un concert de jappements ?

Se permettre de répondre à Hessel exige une autre hauteur de vues

L’ennui, c’est que pour mener la contre offensive, il faut un peu de talent. Face à un humaniste mesuré, ce n’est pas faire montre d’une grande intelligence stratégique que de dérouler le tapis rouge à des aboyeurs plus hystériques et excessifs les uns que les autres, de Luc Rosenzweig à Elisabeth Lévy –  la Nadine Morano du journalisme, pour laquelle le mot « hystérie » semble avoir été inventé.

Il aurait fallu trouver d’autres arguments que leur sempiternel ricanement « le camp du bien ! » (eh oui, difficile de caser Hessel dans l’axe du mal !) ou la défense pathétique, chez Bilger ou Ferry, d’un ordre établi qui ne génère que pauvreté, privation de libertés et injustice.
Se permettre de répondre à Hessel exige une autre hauteur de vues pour que la bassesse d’attaques sur l’âge du capitaine, le négationnisme sur son passé,  et la vulgarité généralisée de leurs crachats.

Philippe Sollers (qui croit aujourd’hui judicieux de se joindre à ce concert) théorisait, voici quelques années, sur « La France moisie »2 (eut égard, notamment à la montée du Front national).
Rien n’incarne mieux cette France moisie, ne lui déplaise, que ces sarcasmes venimeux contre Hessel. À vrai dire, on ne saurait s’en étonner :  voir une Elisabeth Lévy ou un Zemmour l’encenser, cela aurait été inquiétant. À ceux qui auraient encore des doutes sur ces pseudo briseurs de tabous qui ont leur rond de serviette sur tous les médias dominants, il dévoile leurs vrais visages et ce qui les anime : une haine pure de tout ce qui est à gauche d’eux.

Une raison de plus d’être reconnaissants à Hessel de les avoir fait sortir du bois pour ce qu’ils sont : des idiots utiles du sarkozysme, voire du Front national, dont les jérémiades sur la « pensée unique » et le « politiquement correct » cache une vraie servilité à l’égard des dominants.

Qu’il continue, surtout. Les chiens aboient et la caravane passe…

Lien : écoutez Jean Lacouture et Stéphane Hessel à Théâtre ouvert, et retrouvez leur dialogue retranscrit dans le prochain numéro de la revue Cassandre/Horschamp (sortie en librairies le 15 janvier)

Billet initialement publié sur MicroCassandre

Image CC Fickr avlxyz ; Alain Bachellier

  1. Animateurs du site causeur.fr, qui, de salon de thé où l’on cause, vire de plus en plus à un ersatz de tea party []
  2. Article paru le 28 janvier 1999 dans Le Monde []

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  • thomas le 17 janvier 2011 - 13:44 Signaler un abus - Permalink

    Vous avez lu son livre? Moi, oui. Et j’ai pas du tout les mêmes idées que Zemmour (néo-con et proisraélien parcontre, vous vous trompez, ou alors référencez!) ou Askolovitch. Je ne sais même pas qui sont Bilger ou Rosenswieg, mais j’ai acheté ce livre. Et honnêtement, un élève de sixième aurait pu l’écrire.
    Et s’il se vend si bien, c’est qu’on le trouve quasiment aux caisses de supermarché et qu’il est à 3 euros. Et d’ailleurs pourquoi la vente serait un argument?
    Bref, Hessel, un type bien, certes, mais son livre est une daube, sans aucun doute. Et Hessel sur les plateaux télé, c’est encore pire, résumé (et encore!) de la pensée: “être gentil c’est mieux que être méchant”, je vois pas du tout qui ça peut déranger! Même la dernière fois chez Taddéi, sur la Tunisie, c’était n’importe quoi, le pauvre vieux on lui demande son avis sur tout il finit par répéter la même chose applicable à toutes les situations “les jeunes sont cools, le mal c’est mal, le bien c’est bien, la gentillesse c’est l’avenir…”. Pour moi le problème d’Hessel, c’est que son petit texte, qui était là pour amener de l’optimisme, un peu d’espoir dans ces heures tristes, a été très mal interprété et tout le monde l’a pris pour la sainte parole qui va régler tous les problèmes et dénoncer à tout va. Mais en pratique, son texte ne sert strictement à rien! L’émotion, ça ne règle aucun problème. On le voit bien à Haïti! La réalité fout en l’air la pensée d’Hessel. Le drame d’Hessel c’est qu’on (les médias) ait pris son texte pour un programme politique, et dans ce cadre, il ne tient pas.

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  • thomas le 17 janvier 2011 - 14:03 Signaler un abus - Permalink

    Dernière question, qui m’intrigue, que la clique soit idiots utiles du sarkozysme, ça se défend, mais au niveau d’Hessel, pourquoi soutient-il DSK ? Ce faisant ne devient-il pas l’idiot utile du libéralisme et de ses dérives ?

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  • Paul B. le 17 janvier 2011 - 14:17 Signaler un abus - Permalink

    Je suis d’accord avec le commentaire précédent. Le livre de Mr. Hessel est vide ! Une dissertation moyenne de lycéen, enfilant les raccourcis (sans être particulièrement pro-israélien, j’ai été effaré par les doux euphémismes dans ses commentaires sur le Hamas). La conclusion sur les moyens de communication de masse (visant internet ?) est absolument ridicule. Le succès médiatique de ce livre est d’ailleurs peut-être révélateur de ce qui est dénoncé en son sein…

    Quant à cet article, il est loin de relever le niveau. Au moins, Mr Hessel s’abstient d’être insultant envers ses contradicteurs.

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  • Valdo le 17 janvier 2011 - 14:19 Signaler un abus - Permalink

    Thomas, merci d’avoir réagi. je ne partage pas votre opinion sur le livre. On peut lui reprocher d’être consensuel, je crois, même si les ventes ne sont pas un argument, qu’Hessel voulait s’adresser au plus grand nombre avec le rappel d’un certain nombre de fondamentaux. Ce n’est pas un traité de théorie politique, mais le constat de ce qui devrait indigner à minima ( et qui n’indigne pas tant que ça, même à gauche!). Quoi qu’il en soi, Hessel ne se résume pas à ce livre. Quant à DSK, cela me gêne aussi, cela dit il a dit très précisément: “je préfèrerais que ce soit Aubry”. Bon, son soutien inconditionnel au PS? je ne le partage pas, mais je pense qu’il veut surtout éviter, par tous les moyens, la réélection de Sarkozy.

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  • nicole l. le 17 janvier 2011 - 14:41 Signaler un abus - Permalink

    Wouw ! C’est rafraîchissant !

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  • AdH le 17 janvier 2011 - 16:01 Signaler un abus - Permalink

    Il est touchant de voir que, pour quelqu’un qui appelle à l’élévation du débat et de la hauteur de vue, il y en est si peu dans cet article…

    Alors Hessel, franchement il faut juste arrêter d’en parler. Ce qu’il dit dans son livre n’a de valeur que parce que c’est lui qui le dit. Tout le reste, ça fait 1à, 20, 30 ans qu’on le sait. Le rappeler est utile m’objectera t’on.

    Oui da, mais le rappeler et s’empresser de récupérer sa parole à des fins électorales (ET LESQUELLES ? Celle de DSK, ou de Cohn Bendhit soit deux des principaux responsables du délitement de la véritable pensée de gauche, celle du travail contre le capital…) c’est malhonnête. Ce n’est pas un hasard, sa parole on est venu la chercher (Voir le d@ans le texte qui lui est consacré : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3641), et on l’utilise.

    Comme d’habitude, la seule question est “à qui profite le crime ?”. Et c’est la seule qui compte.

    Pour moi, ça profite à la “gauche” en manque de symboles après avoir brûlé Marx et servi de paillasson au capitalisme sauvage.
    Hessel soutient DSK. Hessel contient Cohn Bendit. Sa parole de base (CNR, droits de l’homme, républicainisme, antisionisme…) est “de gauche” oui, mais il lui a manqué la mise à jour.
    Il a 93 ans, et on l’oublie souvent. Je ne dis pas qu’il est gâteux, mais contentons nous de l’écouter parler de ce qu’il sait vraiment. Et arrêtons, comme quelqu’un le soulignait, de lui demander TOUT sur TOUT.

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  • albert le 17 janvier 2011 - 20:13 Signaler un abus - Permalink

    Ce petit livre a effectivement permis à des millions de personnes de se reconnaître en un “groupe” vaste d’humanistes aux belles idées. Mais quel mal à vouloir un monde plus juste, plus respectueux de la vie humaine ou de la nature en général, plus fraternel que haineux??? Que des politiques tentent de récupérer la dynamique créée est ignoble mais cela n’enlève rien à ce texte de consensus autour de valeurs progressistes! Et en cette période de discours quasi propagandistes, ainsi que d’actes politiques décisifs en faveur d’une économie ultra libérale (trop droits sociaux, trop fainéant, recul de la protection santé, reforme de#retraites

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  • Mediactoeur le 17 janvier 2011 - 21:17 Signaler un abus - Permalink

    “des aboyeurs plus hystériques et excessifs les uns que les autres”
    1/ ==> c’est à l’aune de cette hystérie que l’on mesure la peur panique qui gagne certains au passage de la caravane emmenée par Hessel

    2/ que son opuscule ne contienne pas de programme politique ne signifie pas qu’il n’est pas un détonateur politique amorçant peut-être un possible réveil des consciences, une mise en mouvement des énergies actuellement chloroformées par la ritaline administrée par le pouvoir et ses suppôts …

    3/ naturellement le point 2 peut être le facteur déclenchant et explicatif du point 1 … :)

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  • MKL le 23 septembre 2011 - 13:12 Signaler un abus - Permalink

    Je voudrais signaler au passage que Stéphane Hessel à récemment préfacé un autre ouvrage :

    “Pour éviter le KRACH ULTIME” de Pierre Larrouturou

    (un des rares économistes français à avoir annoncé la crise actuelle depuis 2002, et à avoir donné des solutions crédibles pour l’éviter)

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