InternetMedias

Un blogueur sachant bloguer

Je ne me suis jamais considĂ©rĂ© comme un photographe. Tout juste quelqu’un qui, comme beaucoup d’autres, aime Ă  produire ces images – un amateur, au sens premier du terme. C’est pourquoi j’ai dĂ©cidĂ©, il y a quatre ans, en ouvrant

Tags

par André Gunthert le 28/11/2009

37 réactions
facebook share mail email A+ A-
Ă€ propos de l'auteur

Maître de conférences en études visuelles, EHESS

Je ne me suis jamais considĂ©rĂ© comme un photographe. Tout juste quelqu’un qui, comme beaucoup d’autres, aime Ă  produire ces images – un amateur, au sens premier du terme. C’est pourquoi j’ai dĂ©cidĂ©, il y a quatre ans, en ouvrant mon compte Flickr, de placer mes photos sous licence creative commons, autrement dit d’en autoriser la reproduction gratuite.

Depuis, plusieurs dizaines de mes photos se sont trouvĂ©es reproduites ici et lĂ . Selon deux scĂ©narios, et toujours la mĂŞme ligne de partage. D’un cĂ´tĂ© l’internaute souhaitant illustrer son site, qui m’en fait au prĂ©alable la demande, ou m’en informe a posteriori, par un mail sur mon compte Flickr, ou encore le site de presse anglophone, toujours scrupuleusement poli, bien outillĂ©, qui me permet de confirmer d’un clic mon accord pour la reproduction. Dans tous ces cas, c’est un plaisir de voir mes images reprises, employĂ©es dans des contextes particuliers, de façon aimable et respectueuse.

De l’autre, le site de presse francophone: jamais une demande, mĂŞme pas une information a posteriori, dont on dĂ©couvre le chapardage au dĂ©tour d’une promenade en ligne ou d’un signalement par un ami. Chapardage? Mais l’image n’est-elle pas en licence CC? Certes, mais il y a visiblement deux manières de faire. Pour les sites de presse francophones, il faut s’estimer heureux de voir son nom citĂ© – alors que cette mention est bel et bien stipulĂ©e par les conditions de la licence (tout comme, dans mon cas, l’interdiction d’un usage commercial, ce qui pose problème pour des rĂ©utilisation dans un contexte presse). Un lien vers le compte d’origine est encore plus rare – il est systĂ©matique lorsque ce sont des blogueurs qui reproduisent la photo.

Aujourd’hui, je trouve une de mes photos utilisĂ©es sur le site de Sylvestre Huet, journaliste Ă  LibĂ©ration spĂ©cialisĂ© dans les sciences, qui trouve sur son blog un espace plus large que celui chichement accordĂ© dans les colonnes de son journal. Pas une mention, pas un lien – et quand on clique sur la photo, on a droit a la copie agrandie soigneusement archivĂ©e sur le site liberation.fr. Compte tenu de la licence, l’ami Sylvestre n’a certainement enfreint aucune loi en empruntant de façon cavalière cette photo. Mais pour moi, au lieu de me sentir flattĂ© de voir ma photo reprise, j’ai l’impression qu’on a piquĂ© dans mon porte-monnaie.

Ce sentiment ne vient pas seulement de l’ignorance de ma paternitĂ©. Il naĂ®t du mĂ©susage de l’espace 2.0, confisquĂ© par un journaliste qui n’en connaĂ®t pas les codes. Pour un blogueur sachant bloguer, citer une photo sans faire un lien vers la source est contraire Ă  toutes les règles. Et cela non en vertu d’un naturel chevaleresque, mais parce que l’univers du blogging est celui de la rĂ©ciprocitĂ©. Un blogueur qui utilise un contenu sait que les siens pourront ĂŞtre citĂ©s de la mĂŞme façon. Il a donc tout intĂ©rĂŞt respecter les prĂ©rogatives de ses pairs, s’il veut ĂŞtre traitĂ© Ă  l’identique.

Mais Sylvestre Huet ne partage pas ses photos sur Flickr, et ce n’est pas demain que je pourrai lui rendre la pareille. C’est bien dommage, parce que s’il avait expĂ©rimentĂ© cette forme d’exposition, il comprendrait aisĂ©ment ce que son geste a de dĂ©sinvolte, et en quoi il contredit l’esprit du web.

Billet initialement publié sur Totem.

---
Pour ne rien manquer d'OWNI, suivez nous sur Twitter et sur Facebook.