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La typographie, grande oubliée du (livre) numérique

Publié le 09 janvier 2010 par Pierre-Alexandre Xavier

2009, l’année noire pour l’édition, a vu se dessiner un paysage numérique nouveau, à défaut d’être innovant. Si les éditeurs indépendants, les libraires les plus dynamiques et certains professionnels à l’avant garde du livre ont su tirer parti de cette métamorphose, les conglomérats du livre, souvent impliqués dans la presse et surtout dans la distribution, ont souffert dans leur image de leur incapacité à proposer de nouvelles pistes pour l’avenir du livre.

Alors que les appareils et les dispositifs de lecture électronique se sont multipliés, offrant la multiplicité et la diversité, en dépit d’un prix relativement élevé, les éditeurs se sont montrés assez peu inventifs dans la numérisation de leurs ouvrages. Ce réel blocage ne provient pas seulement du manque d’imagination de l’édition. Il est également dû à la pauvreté des interfaces des lecteurs numériques et à leur ignorance d’une composante essentielle du texte sous toutes ses formes : la typographie.

La typographie constitue le train roulant du texte.
Sans elle, l’œuvre devient illisible sous sa forme imprimée et nous oblige à revenir au temps des scribes et des copistes qui uniformisaient l’écriture manuscrite afin de la diffuser plus largement. La typographie est le lien démocratique entre tous les textes, entre tous les lecteurs, entre tous les auteurs. Les caractères sont, par extension, les vecteurs de la plus large diffusion et les garants d’un déchiffrage égal par tous, pour peu que l’on sache lire.

Force est de constater que les efforts prodigieux produits durant des siècles par les fondeurs de polices, les dessinateurs et les graveurs de caractères, et les éditeurs amoureux des belles lettres, au propre comme au figuré, sont pour l’instant mis en suspens par la pauvreté, pour ne pas dire la misère, de l’usage de la typographie sur le Web et plus particulièrement sur les dispositifs de lecture numérique. C’est moche, mal foutu, peu ou pas adapté, fruste, quand ce n’est pas particulièrement illisible. Les textes numériques, qu’ils soient libres ou en téléchargement payant, n’échappent pas à cette consternante condition et ne présentent que rarement des textes embellis.

Le monde de l’informatique manque singulièrement de culture graphique, et la faiblesse du sens typographique n’en est qu’une facette. Le problème est que cette dernière pèse largement sur le degré de perception du texte. Son mauvais traitement menace doublement la culture littéraire et la diffusion du savoir. Elle oblige à redoubler d’efforts de perception et de déchiffrage et elle contribue à une baisse du niveau de la lecture, perçue comme de plus en plus rebutante.

Ce qui est le plus frappant, c’est l’absence d’intention, dans le domaine, des premiers concernés : les marchands de livres. Je ne parle pas des libraires qui continuent de préférer des livres beaux à des textes moches. Je parle des maisons d’éditions, des conglomérats qui ne prêtent pas plus d’attention à la typographie de leurs textes qu’ils ne prêtent d’attention à l’ampleur de la révolution numérique (à quelques exceptions près). Pour beaucoup de groupes d’édition, ce qui compte c’est le titre et bien entendu le nom de l’auteur. Puis une bonne couverture et un 4e plus ou moins soigné feront l’affaire. L’emballage prime sur le contenu, comme souvent, et il est toujours étonnant de voir combien les marchands de livres ne dérogent pas aux règles ineptes et déloyales de la grande distribution.

Enfin ce qui peut donner à réfléchir est moins l’absence d’attention à l’esthétique (et donc au confort) de la lecture que le mépris des règles strictes et efficaces du code typographique. Véritable signalisation de la navigation littéraire, le code typographique n’est pas seulement une convention de la langue française imprimée. Il est également le fruit de l’expérience, des contraintes de plusieurs métiers et d’habitudes prises au fil des siècles. Le code et sa typographie sont ainsi des biens d’héritage, un patrimoine qu’il conviendrait de préserver.

Mais ce sont là des considérations superflues dans un univers commercial et compétitif qui voit déjà ses marges grignotées par les « parasites » numériques, rognées par l’avarice des banquiers de la littérature et devenue peau de chagrin au moment des bilans et des comptes de résultats envoyés aux auteur(e)s. Dans un tel marasme, la typographie est une affaire secondaire, sauf bien sûr pour les éditeurs indépendants, les petites maisons et quelques autres qui aiment encore les rondeurs, les pleins et les déliés, les boucles et les pointes, sacrifiant une partie de leurs gains à l’embellissement du texte : volonté inutile et donc nécessaire…

» Article initialement publié sur Temps Futurs

» Illustration : “Typography One…” par MIAD Communication Design

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7 Tweets

18 réactions à cet article

  1. mathemagie a dit, le 09 janvier 2010 à 8:32

    [#owni] La typographie, grande oubliée du (livre) numérique http://goo.gl/fb/cw5c

    Commentaire posté via Twitter

  2. 0wn1 a dit, le 09 janvier 2010 à 8:39

    #Owni La typographie, grande oubliée du (livre) numérique http://bit.ly/6BzfPk

    Commentaire posté via Twitter

  3. urbanbike_jcc a dit, le 09 janvier 2010 à 9:38

    #Owni La typographie, grande oubliée du (livre) numérique http://bit.ly/6BzfPk (via @0wn1)
    Amusant car convergence de vue…!

    Commentaire posté via Twitter

  4. rez0 a dit, le 09 janvier 2010 à 11:07

    #veille La typographie, grande oubliée du (livre) numérique: 2009, l’année noire pour l’édition, a vu se.. http://twurl.nl/i4f0gm

    Commentaire posté via Twitter

  5. François Granger a dit, le 10 janvier 2010 à 12:49

    Il est dommage que dans un tel article se trouve au moins une faute de grammaire et une faute typo… Votre éditeur est lui aussi un radin puisqu(il ne paye pas de correcteur pour vous relire…

    Sur le fons, l’amour de la belle ouvrage est ce qui fait progresser l’artisanat, mais le produit est fonction du consommateur. La compositions des livres de poches, disponible depuis longtemps, n’est qu’un exemple de ces “maisons d’éditions, des conglomérats qui ne prêtent pas plus d’attention à la typographie de leurs textes qu’ils ne prêtent d’attention à l’ampleur de la révolution numérique”.

    La technologie ne fera que ce que vous lui demanderez de faire moyennant finance ou passion et motivation des compétances disponibles.

  6. Pierre-Alexandre Xavier a dit, le 10 janvier 2010 à 3:39

    Merci François pour ce commentaire. J’ai pu ainsi relire mon papier et y corriger quelques menus détails. J’ai trouvé la coquille, mais pas l’entorse à la grammaire française… Je ferais mieux la prochaine fois.

  7. aurorecarlo a dit, le 10 janvier 2010 à 10:16

    @mimile2000 Un art qui se perd : La typographie, grande oubliée du (livre) numérique http://bit.ly/86IIYP

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  8. Christian Gourdet a dit, le 10 janvier 2010 à 11:09

    Bonjour,
    il faudrait ajouter que les patrons de presse (les éditeurs) n’ont eu de cesse de réduire les coûts de fabrication à tout prix, notamment en licenciant à tour de bras les ouvriers qui étaient porteurs de ce savoir typographique : correcteurs et typographes, trop chers et trop… syndiqués à leur goût.
    Salutations “typo”
    Christian

  9. vlo75 a dit, le 10 janvier 2010 à 1:12

    Tout à fait d’accord : RT @Intempestif: Un art qui se perd : La typographie, grande oubliée du (livre) numérique http://bit.ly/86IIYP

    Commentaire posté via Twitter

  10. François Granger a dit, le 10 janvier 2010 à 3:53

    “quelques exceptions **prés**”…

    Je n’aima pas “corriger” l’”ortografe” des autres dans la mesure ou je suis moi-même “disortograffic”. Mais la disparition des correcteurs de la presse papier et en ligne est un symbole fort de cette baisse générale de la qualité du texte, avant même le massacre de la typographie sur le web. Mon reproche ne s’adressait donc pas à vous personnellement, mais au vous collectif de la presse.

    Un autre éclairage sur ce débat :

    http://neokraft.net/2010/quel-format-pour-le-texte-numerique

  11. Pierre-Alexandre Xavier a dit, le 10 janvier 2010 à 4:12

    Merci encore, correction est faite… et n’ayez crainte, c’est bien dans le même sens que je prenais votre commentaire sur la disparition ou plutôt la paupérisation de la profession de correcteur-relecteur.

  12. Alexandria a dit, le 10 janvier 2010 à 5:19

    Bonjour,
    Je reproduis ici le commentaire que je viens de poster sur le site “Temps futurs”, où la présentation de cet article est particulièrement mauvaise :
    « 4e paragraphe : “Force est de constater que les efforts prodigieux […]. C’est moche, mal foutu, peu ou pas adapté, frustre, quand ce n’est pas particulièrement illisible.”
    Pitié ! FRUSTE, pas “frustre” !
    « 6e paragraphe : “(à quelques exceptions prêt)”. À quelques exceptions PRÈS, bien sûr ! Plus loin : “Puis une bonne couverture et un 4e plus ou moins soigné”. UNE 4e […] soignéE, (sous-entendu : 4e DE COUVERTURE).
    « 7e paragraphe : “[…] d’habitudes prisent au fil des siècles”. Justes cieux ! PRISES au fil des siècles !
    « (Décidément, il est des sujets qui exigeraient l’irréprochabilité de celui qui les traite…)
    « Je suis d’accord avec l’auteur : la typographie est essentielle au texte, sur papier, ou numérique. (Du reste, vous qui nous parlez de typographie, comment se fait-il qu’il que les commentateurs ne disposent pas de possibilités d’écriture telles que le graissage de la police, l’italique, etc. ?) Mais avant la typographie, encore faudrait-il que syntaxe et orthographe ne soient pas massacrées ! »
    Je n’en retire rien, sinon que vous avez corrigé ici le “prêt” en “près”. Merci à ceux qui m’ont précédée. Par contre, il serait bon de corriger sur “Temps futurs”, référencé par Rezo.net… Quant à mes remarque sur la typo disponible pour les commentateurs, elle rest valables pou “owni.fr”
    Sur un tel sujet, l’à-peu-près est rédhibitoire…

  13. Alexandria a dit, le 10 janvier 2010 à 5:35

    L’ARROSEUR ARROSÉ…

    « comment se fait-il qu’il que les commentateurs […] » : supprimer “qu’il”, vestige d’une tournure antérieure.

    « Quant à mes remarque sur la typo disponible pour les commentateurs, elle rest valables pou “owni.fr” » : lire « elles restent valables pour “owni.fr”. » Pardon… Mes doigts ont ripé sur le clavier.

    (J’ai dû me séparer de mon relecteur, faute de moyens pour l’entretenir… [joke])

  14. Nicolas Voisin a dit, le 10 janvier 2010 à 7:17

    joli débat /-)

    cette discussion sera donc l’occasion de vous annoncer que nous avons embauché une SR - elle est parmi nous dans quelques jours/semaines :-)

  15. Pierre-Alexandre Xavier a dit, le 11 janvier 2010 à 12:53

    Je ferais mieux de me relire plus souvent… Merci à tous. Mes remarques restent valides en dépit de la chasse aux dérives typographiques et langagières.

  16. Alexandria a dit, le 11 janvier 2010 à 8:42

    L’ARROSEUR ARROSÉ… SE REMET SOUS LE TUYAU !

    Vous savez quoi, Pierre-Alexandre ? merci de votre modestie.
    Et honte sur moi une fois de plus !

    À ma Xème relecture, je retrouve une “fôte” dans mes commentaires… « Quant à mes remarque sur la typo […] » : “remarqueS”, bien sûr…
    La critique est aisée, mais l’art est difficile…

  17. cyrildruesne a dit, le 11 janvier 2010 à 7:04

    RT @urbanbike_jcc: #Owni La #typo, grande oubliée du (livre) numérique http://bit.ly/6BzfPk (via @0wn1) Amusant car convergence de vue…!

    Commentaire posté via Twitter

  18. Pierre-Alexandre Xavier a dit, le 12 janvier 2010 à 2:03

    L’avantage du blogging, c’est que l’on peut continuer à éditer le texte à mesure que des contributeurs viennent y apporter leur regard éclairé. Au contraire, votre contribution et celle de tous les autres lecteurs et commentateurs viennent enrichir le billet original qui devient dès lors une contribution collective.
    Aucune honte, le code typographique est un univers de justice autant que de justesse : tout le monde y est égal et personne n’y est au-dessus des lois… Et c’est tant mieux.

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