Quand les utilisateurs de logiciels libres refusent de mettre la main à la poche

Le 14 septembre 2010

Le logiciel libre laisse à l'utilisateur une grande liberté d'utilisation et de modification. Mais parfois les entreprises utilisatrices ne s'aperçoivent pas que le projet a besoin de financements pour se maintenir.

L’objet de cet article est de nous interroger à nouveau sur les travers de la gratuité et de son association aux logiciels libres, mais par un exemple concret. C’est l’histoire d’Olivier et de son plugin Wats qui vous est ici comptée :

J’ai commencé il y a un an le développement d’un plugin Wordpress pour transformer celui-ci  en système de support technique avec gestion des tickets. En un an, j’ai livré plus de 50 versions et des centaines de correctifs et nouvelles fonctionnalités. En échange, je n’ai reçu que très peu de donations. Régulièrement, des gens demandent de nouvelles fonctions, promettent parfois des dons en retour, mais ne donnent rien au final.

WordPress 3.0 est sorti il y a peu. Je n’avais pas pris le temps de tester et modifier WATS pour fonctionner avec cette nouvelle version et de nombreux utilisateurs ont mis à jour leur Wordpress sans faire attention à la compatibilité. Ils viennent maintenant me réclamer une version compatible au plus vite et bien entendu ne veulent toujours pas faire de dons.

J’ai eu une idée un peu originale : livrer la nouvelle version lorsque j’aurai reçu 500€ de dons. Il y a plus de 250 sites qui utilisent le plugin dont des entreprises. 500€ de dons, ce n’est donc pas grand-chose au regard des centaines d’heures passées jusqu’à présent pour développer le plugin.

J’ai suggéré à ceux qui me pressuraient pour livrer une version compatible avec Wordpress 3.0 de faire des dons. Je m’engageais à envoyer la nouvelle version à tous les utilisateurs faisant un don d’au moins 10€ . J’ai eu quelques dons. Une grosse dizaine en un peu plus de deux mois.

Ce qui a joué en ma faveur et forcé certains à donner, c’est que la version disponible sur wordpress.org n’était pas compatible avec wordpress 3.0 à cause de gros changements dans le core de WP. Du coup, ceux qui voulaient une version compatible ont dû faire un geste. En retour, je leur fournissais une version mise à jour (sachant qu’entre temps, j’avais aussi ajouté quelques fonctionnalités sympas).

Quels enseignements tirer de cette histoire ?

Tout d’abord que beaucoup d’utilisateurs de logiciels libres ignorent qu’ils ont à faire à des amateurs ou des personnes dont le support et le développement ne sont pas le métier principal. Ce sont souvent des passionnés.

Dans le cas présent, parmi les utilisateurs, nous avions à faire à des entreprises. Que représente 500€ pour une entreprise quand on sait que certains consultants spécialisés se facturent plus de 800€HT la journée. Tarif que bien des entreprises paient sans sourciller.

Évidemment, toutes les entreprises ne roulent pas sur l’or et certaines sont contraintes pour joindre les deux bouts d’utiliser des logiciels qu’elles ne paient pas. On notera au passage qu’il s’agit bien souvent de logiciels non libres.

C’est là toute la difficulté : faire payer ceux qui le peuvent. C’est possible, mais au prix d’un contrôle qui peut-être difficile à mettre en œuvre. C’est un peu la quadrature du cercle qui peut laisser penser certains qu’il ne faut alors rien faire et que la gratuité doit donc s’imposer.

Pourtant, il n’y a pas de fatalité. En France, les statuts comme ceux des associations sont facilement accessibles. Placer un logiciel libre dans le cadre d’une association peut procurer bien des avantages. Ce statut offre des déductions fiscales pour les donateurs. Une démarche qui demande cependant à faire reconnaître par l’administration fiscale l’association comme d’intérêt général. Difficile aussi pour le développeur de tirer des revenus de cette association. Idéalement celle-ci doit être portée par la communauté des utilisateurs qui pourrait alors “payer” le développeur (extérieur à l’association) pour réaliser des évolutions.

Une idée que je jette comme cela sans avoir trop étudié les tenants et aboutissants. Je me base sur le modèle des AMAP qui soutiennent des producteurs locaux par les achats des membres de l’association. On pourrait appeler cela des AMIL : Association de Maintient de l’Informatique Libre. Un contrat entre des utilisateurs et le ou les créateurs d’un logiciel libre. Mais j’invente peut-être le fil à couper le beurre!

Dommage aussi que des entreprises comme WordPress ne fassent rien pour ces milliers de développeurs. Nous passons tous par sa plate-forme et nous ne sommes même pas sollicités avant de télécharger un plugin pour faire un don. A charge pour le développeur d’introduire un bouton de don (Paypal toujours…) dans l’interface d’administration.

Je sais, le sujet délicat et je vous demanderais de ne pas porter de jugement ad hominem à l’encontre d’Olivier. Il s’agit ici de s’interroger sur des pratiques et de discuter ensemble des solutions.

Illustrations FlickR : Nils Geylen, bitzcelt

Article initialement publié sur le blog de Philippe Scoffoni

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  • Bertrand D le 14 septembre 2010 - 16:46 Signaler un abus - Permalink

    Travaillant pour un éditeur de logiciels libres, je vois bien quelle difficulté cela peut représenter de faire payer qui que ce soit pour quoi que ce soit en france… free software = logiciel gratuit pour la majorité, et non logiciel libre…

    Combien de fois n’ai-je entendu “mais comment gagnez-vous de l’argent ?”… “Ben comme les autres, en vendant du service, du support, du conseil…”

    Encore pas mal de travail pour faire accepter que les choses ne sont pas si simples et que même les auteurs de libre doivent manger ;)

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  • fdr le 14 septembre 2010 - 17:23 Signaler un abus - Permalink

    “Les utilisateurs de logiciels libres” c’est vaste comme formule. Une bonne part des “utilisateurs du libre” ne savent pas ce qui le différencie du reste, voire ne savent pas qu’ils en utilisent. Après, ça veut juste dire qu’il faut séparer les défenseurs du logiciel libre des utilisateurs lambda. Il serait plus intéressant de savoir quelles sont les pratiques de ceux qui défendent le libre. Est-ce qu’ils donnent? À qui? Quand? Et combien ? Là on aurait un résultat plus intéressant.

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  • Pierre Cattan le 15 septembre 2010 - 10:09 Signaler un abus - Permalink

    Je crois beaucoup au donaware, et sans doute des système comme flattr pourraient révolutionner les modes de paiement de la création sur le web.

    Maintenant, que des société mettent la pression sur un amateur qui développe gratuitement pour la communauté, je trouve ça juste scandaleux.

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  • Marie-Micheline le 15 septembre 2010 - 16:56 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour

    Je comprends qu’en effet les gens ont trop souvent de la

    difficulté de dépenser..je vous félicite pour votre travail et je vous souhaite de réaliser votre projet.

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  • Baptiste SIMON le 16 septembre 2010 - 13:02 Signaler un abus - Permalink

    cette situation est certes intéressante puisque réelle… mais les questions soulevées sont pour moi à côté du sujet. ça ne place pas l’objectif à l’endroit où il devrait être.

    cette personne souhaite gagner sa vie sur le développement de logiciel libre ? alors qu’elle ne fasse pas l’économie de se poser la question de son modèle économique, ou alors qu’elle ne se plaigne pas que des ronds ne rentrent pas dans des carrés.

    je crois qu’il faut absolument se poser la question politique de ce qu’est “travailler” dans les logiciels libres. travailler dans le domaine du logiciel en refusant le paradigme de la propriété intellectuelle est quelque chose de complexe mais de cohérent. il est essentiel d’apprendre avant tout à articuler son engagement avec ses nécessités professionnelles. si on fait les choses dans l’autre sens, çe ne peut évidemment pas marcher.

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  • Admin le 17 septembre 2010 - 16:07 Signaler un abus - Permalink

    Le commentaire précédent pouvant être assimilé à de la diffamation selon la loi française a été supprimé.

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  • Philippe le 17 septembre 2010 - 17:40 Signaler un abus - Permalink

    Pour ceux qui ne connaissent pas les licences de logiciels libres comme la GPL sous laquelle est distribué le plugin WATS sachez qu’il est indiqué dans celle-ci :
    BECAUSE THE PROGRAM IS LICENSED FREE OF CHARGE, THERE IS NO WARRANTY FOR THE PROGRAM

    “Aucune garantie pour le programme”. C’est en majuscule dans la licence également.

    Plus d’explication sur cette licence ici
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_publique_g%C3%A9n%C3%A9rale_GNU

    @Baptiste SIMON : je suis d’accord avec vous sur le fond et sur le fait que faire des logiciels libres est un choix non neutre. Lorsqu’il s’agit d’en vivre il faut bien se poser la question de comment on va pourvoir transformer cela en monnaie. Ceci-ci dit beaucoup de développeurs de logiciels libres commencent à bricoler quelque chose dans un coin et puis le font évoluer, lui rajoute des fonctions de ci delà en fonction des demandes et au bout d’un moment se retrouve avec un logiciel utilisé par pas mal de monde.

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  • Pierre le 21 septembre 2010 - 11:26 Signaler un abus - Permalink

    N’oublions pas que les utilisateurs d’un programme libre contribuent à son évolution par les retours qu’ils en font. C’est déjà un échange de bons procédés qui bénéficie au développeur et qu’on pourrait sans doute quantifier.
    Évidemment, réclamer une mise à jour à cors et à cris comme un enfant gâté n’est pas légitime.

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  • arena le 21 septembre 2010 - 18:56 Signaler un abus - Permalink

    sujet pas simple.
    Difficile de dissocier Open Source et Gratuité dans l’inconscient collectif.
    Personnellement, j’ai développé plusieurs plugins dont un téléchargé + de 100 000 fois.
    Si j’avais demandé 1 euro de don pour chaque téléchargement, j’aurai touché plus de 100 000 euros … Cela fait réfléchir …
    Comment sont considérés les développeurs de plugins par WordPress ?
    Quid du concept ‘core’ ou ‘canonical’ plugins ?
    Un modèle type Apps d’Apple est il transposable à WordPress ?

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  • hervé le 21 septembre 2010 - 22:37 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,

    Je travaille souvent avec des extensions et je comprends bien le sentiment (que je trouve un peu amer) du développeur.
    Travaillant dans une petite structure, j’ai aussi du mal à payer toutes les extensions (mais je m’y efforce).

    Les pistes qui me semblent bonne.
    - Une version de base gratuite
    - Une version avancée payante
    - Un support payant (avec engagement de temps).

    Adopter en plus un paiement selon le chiffre d’affaires de l’entreprise (petit, moyen et grosse) serait un plus. Cela sera certes pro-indicatif et difficilement contrôlable (sauf éventuellement lors le l’inscription pour le support) mais bon c’est un début. ;-)

    L’analogie avec les AMAP (dont je fais parti) me parait intéressant même si je ne suis pas sur de la fiabilité.
    Il faudrait encadrer une fourchette d’heures (comme pour le contenu d’un panier).
    a+

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  • Aphrodite le 21 septembre 2010 - 23:05 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour !

    Oui problématique récurrente et il faut bien le dire, très française. Le modele américain me parait plus sain et clair, comme par exemple celui de wpmudev ainsi que de très nombreux autres. Les plugins sont gratuits, en licence GPL, mais le support ne l’est pas. Un système efficace et finalement économique au regard des heures gagnées en développement, arrachage de cheveux et concours de lancé d’ordinateur par la fenêtre.
    Ces niveaux sont très efficace : gratuit = entraide utilisateurs, payant support pro. Autre modèle les 2 versions : light et pro.

    Hélas en France il n’y a pas ou très peu de ce genre de site, réunissant soit une équipe autour de multiples projets soit un très gros plugin. zelist a été abandonné surement a cause de ca, et tant d’autres merveilles de développement.

    Mais les devs ne sont pas souvent des markéteurs… ;)

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  • abaweb le 23 octobre 2010 - 15:48 Signaler un abus - Permalink

    il suffit de faire comme la “Magento generation” : une solution ecommerce (soit-disant) “opensource” à 3 ou 12 K$ PAR AN (!) et des forums “Bargento” super-conviviaux : gratuit il y a un an (Baargento 3), 15€ il y a 6 mois, et 25€ maintenant (Bargento 5)… ça c’est du (e)commerce !

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  • Kiffe Grave le 24 octobre 2010 - 13:43 Signaler un abus - Permalink

    Je suis tout à fait d’accord avec toi même si n’habitant pas la France.

    La force de l’Open Source réside dans le fait que tout le monde peut apporter sa contribution au code de l’application qui est partagée, malheureusement 99% des gens qui utilisent l’open source n’y apporte aucun plus :(

    Je ne parle même pas des dons!

    Malheureusement, il y aussi d’autres facteurs à prendre en compte: étant résident en Tunisie je n’ai pas la possibilité d’avoir un compte paypal ou même de pouvoir payer par carte Visa/Mastercard,…

    Donc même si je le voulais le faire, je suis bloqué!

    Mais bon,… Je te souhaite quand même bon courage. Et puis ce ci dit en passant, pourquoi ne pas penser à faire 2 versions: Une gratuite mais ayant des limitations et une autre complète full option?

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  • Florentine N'gapele le 24 mars 2011 - 9:25 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour, je viens de lire votre article avec attention. je suis formatrice et webmaster (application HTML, XML et CSS simplement). Je mets en oeuvre des formations sur Wordpress pour des personnes ayant de petits budgets et ne pouvant se payer de site. Je conseille aussi souvent l’utilisation de logiciels Libres (et j’insiste sur la différence entre “libre” et “gratuit”). Votre article m’a vivement intérrogée, je mène en effet une réflexion sur la façon de renvoyer l’ascenseur financièrement aux équipes de développeurs. Si vous souhaitez échanger sur ce point, ce sera avec plaisir. Bien cordialement, Florentine

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  • fresno computer stores le 11 novembre 2011 - 1:17 Signaler un abus - Permalink

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