Les #slogans du #19oct : de quoi ces manifestations sont-elles le cri ?
OWNI se propose avec l'aide des internautes de recenser les mots clés des banderoles du 19 octobre depuis les réseaux sociaux en utilisant les tags #19oct et #slogan pour décrypter les mots d'ordre personnels au delà des retraites.
Les manifestants ne savent pas de quoi ils parlent
Voilà où en sont arrivés certains membres de la majorité pour critiquer le mouvement social qui rempli régulièrement les rues françaises depuis le 7 septembre. L’arrivée des lycéens dans les cortèges et les blocages a rendu l’attaque encore plus facile : « on ne parlera de leurs retraites que dans 50 ans », s’exclamait à la télévision le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Et si nous prenions au sérieux deux minutes ces déclarations : et si, effectivement, les manifestants réunis par millions sous le soleil ou le froid des 7 et 23 septembre et des 2, 12 et 16 octobre ne défilaient pas spécifiquement contre la réforme des retraites ? Eh bien une autre question se poserait alors : quel genre de mot d’ordre caché réunit une à deux fois par semaine des millions de Français dans les rues ?
Étrangement, cette question là , aucun membre de la majorité ne la pose.
Définir un ras-le-bol en recueillant les mots de la rue
« C’est pas spécialement pour les retraites, y’a ça, mais on sent un ras-le-bol », dit calmement une sexagénaire, qui avait déjà marché déjà devant les CRS à Charonne contre la Guerre d’Algérie. Son témoignage sur Diasporamas en rejoint de nombreux autres, de tous âges et en tous lieux.
Interrogés par Le Monde.fr, certains lycéens descendus dans la rue ne semblent effectivement pas savoir de combien d’annuités la réforme va allonger la cotisation retraite, mais ne sont pas forcément là pour ça, et l’admettent : « je suis nul en politique et en économie, avoue Mathylde, en Terminale littéraire, qui considère cependant que : la réforme, c’est un nouveau signe de recul social. » A 50 ans d’écarts, un même constat : il y a une accumulation d’injustices. La réforme des retraites, etc.
Plutôt que de regarder les nuages pour savoir à quoi pense la France, OWNI a décidé de se laisser emporter par la foule : nous ne compterons rien cette fois, nous réunirons avec vous les arguments des banderoles. Par Twitter, Dailymotion, Youtube ou FlickR, en taggant de la date #19oct et du mot #slogan, nous vous invitons à nous envoyer les photos, vidéos et sons, des quatre coins de la France qui expliquent la manif, en précisant votre #ville d’un troisième tag, si possible en utilisant le code postal. Nous les compilerons par écrit pour crowdsourcer les mots les plus utilisés, les sentiments les plus forts, peut-être les noms qui font que la France tape des pieds. Sans recherche de sensationnel, ni de bon mot : nous cherchons simplement à cartographier les slogans que les manifestants portent.
Car au delà des habituels articles d’ambiance qui ne relèvent que les banderoles violentes ou provocatrices, nous restons persuadés qu’on n’utilise pas la force symbolique d’un mot soulevé au dessus de sa tête dans un cortège juste pour passer à la télé : on ne manifeste pas que pour soi quand on est dans un torrent de milliers de mobilisés. Peut-être cette cartographies des slogans donnera-t-elle raison à la majorité qui dit que les Français ne descendent pas dans la rue contre la réforme des retraites. Mais elle pourrait bien donner une réponse désagréable pour le gouvernement à la question de savoir ce qui pousse depuis le 7 septembre des millions de personnes à s’y réunir.
Photo : FlickR CC Marc Wathieu et lemarakk ; maikoki.
Retrouvez le dossier intégral d’OWNI sur les mobilisations de ces dernier jours



merci
“des millions de personnes à s’y réunir.” POUR S’UNIR !!
Victor Hugo – L’Année terrible
« À ceux qu’on foule aux pieds »
Oh ! je suis avec vous ! j’ai cette sombre joie.
Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie
M’attirent ; je me sens leur frère ; je défends
Terrassés ceux que j’ai combattus triomphants ;
Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m’éclaire,
Oublier leur injure, oublier leur colère,
Et de quels noms de haine ils m’appelaient entre eux.
Je n’ai plus d’ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c’est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C’est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
Je défends l’égaré, le faible, et cette foule
Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule
Et tombe folle au fond des noirs événements ;
Etant les ignorants, ils sont les incléments ;
Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
À vous tous, que c’était à vous de les conduire,
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,
Que votre aveuglement produit leur cécité ;
D’une tutelle avare on recueille les suites,
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Ils errent ; l’instinct bon se nourrit de clarté ;
Ils n’ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;
Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse
Et plus morne là -haut que les branches des bois ;
Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,
Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ?
En tournant dans un cercle horrible, on devient ivre ;
La misère, âpre roue, étourdit Ixion.
Et c’est pourquoi j’ai pris la résolution
De demander pour tous le pain et la lumière.