“Pourquoi j’ai nominé WikiLeaks au Nobel de la paix”

Le 4 février 2011

WikiLeaks, Nobel de la paix ? Un député norvégien a en tout cas déposé la candidature du site qui ulcère les chancelleries mondiales. Il s'en explique dans une tribune et une interview.

WikiLeaks, l’organisation conspuée par tout ce que la planète compte de diplomates, inscrira-t-elle son nom au palmarès du prix Nobel de la paix ?

C’est tout en cas le souhait de Snorre Valen, un jeune député de la gauche norvégienne. C’est en bonne et due forme qu’il y a quelques jours, ce député / blogueur / musicien de 26 ans a soumis au Comité Nobel norvégien la candidature du site qui fait trembler la Maison-Blanche.

Députés et membres de gouvernements du monde entier, recteurs d’université, anciens récipiendaires du prix… Ils sont nombreux à pouvoir proposer aux membres du comité le nom d’un individu ou d’une organisation. Ces derniers les passeront en revue, pour un résultat début octobre, où l’on connaîtra alors le successeur de Liu Xiaobo.

Si WikiLeaks venait à recevoir ce prix, ce ne serait pas la première fois qu’une organisation serait récompensée : depuis 1901, 20 organisations différentes ont été distinguées (la Croix Rouge – à trois reprises –, Médecins sans frontières, Amnesty International ou encore le GIEC, dernière en date…).

Même si cette nomination fait beaucoup de bruit, ce n’est pas non plus la plus atypique jamais enregistrée par les sages norvégiens, puisque des personnages aussi fameux pour leur apport à la paix mondiale qu’Adolf Hitler, Benito Mussolini ou Joseph Staline figurent dans liste des nominés – heureusement – jamais récompensés.

Contacté par OWNI, Snorre Vallen s’explique sur cette nomination.

« J’espère susciter le débat autour du dilemme entre le besoin légitime des gouvernements démocratiques à classifier l’information, et le besoin tout aussi légitime du public de rendre ses gouvernants responsables. En Norvège, le débat autour de la liberté d’expression a longtemps été dominé par les caricatures de Mahomet, mais j’ai toujours trouvé que le cas de WikiLeaks était plus intéressant, parce qu’il concerne le pouvoir et ses abus. Est-ce que l’on veut protéger la liberté d’expression même quand cela menace notre propre gouvernement ? C’est une sorte de ‘litmus test‘ des idéaux démocratiques ».

En théorie, la liste des nominés reste secrète dans les cinquante années consécutives à son dépôt. Si le silence lie les membres du comité, rien n’interdit les dépositaires de rendre leur choix public. Snorre Valen a donc pris les devants en annonçant publiquement sa démarche.

« J’ai décidé de rendre ma démarche publique parce que j’ai peur de la novlangue qui progresse dans notre scène politique. Quand des politiciens américains qui normalement défendent les droits de l’homme et la liberté d’expression affirment que Moubarak ‘n’est pas un dictateur’ mais considèrent WikiLeaks comme des ‘terroristes’, quelque chose ne va vraiment pas »

Quand on lui demande s’il pense que WikiLeaks a des chances de recevoir le prix, sa réponse est sans appel : « Complètement. C’est un très bon candidat ».

Mercredi, Snorre Valen publiait sur son blog une tribune (en) dans laquelle il expliquait pourquoi il avait pris cette décision. Nous l’avons traduite en intégralité.

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C’est toujours plus facile de soutenir la liberté d’expression quand celui qui parle est d’accord avec vous. C’est un des tests des valeurs démocratiques et libérales auxquels les gouvernements ont tendance à échouer. Ainsi, les gouvernements occidentaux ont généralement été tolérants vis-à-vis des régimes répressifs « amis ». Des entreprises du secteur de l’Internet aident la Chine à censurer les moteurs de recherche. Et beaucoup de pays veulent « tuer le messager », quand WikiLeaks publie du contenu d’intérêt public.

Publier des documents confidentiels est un droit évident que les médias et les journaux ont exercé depuis des décennies. De cette manière, le public a été informé d’abus de pouvoir dont les gouvernements devaient être tenus responsables. Internet ne change pas la donne, il rend juste l’information plus accessible, plus facile à distribuer et plus démocratique dans le sens où théoriquement, quiconque est doté d’un accès Internet peut y contribuer.

« Déterminer quels crimes doivent être rendus publics et par quel média ne doit jamais être le privilège des politiciens. »

Cependant, beaucoup cherchent à redessiner la carte de la liberté d’information avec l’émergence d’organisations comme WikiLeaks. Les pouvoirs politiques et les institutions qui d’ordinaire protègent la liberté d’expression avertissent soudain du danger, de la menace à la sécurité, oui, même du terrorisme que Wikileaks représente. En faisant cela, ils ne peuvent prétendre défendre les valeurs démocratiques et les droits de l’homme. En réalité, ils font même le contraire. Déterminer quels crimes doivent être rendus publics et par quel média ne doit jamais être le privilège des politiciens.

Liu Xiaobo a reçu le prix Nobel de la Paix l’année dernière pour sa lutte pour les droits de l’homme, la démocratie et la liberté d’expression en Chine. De même, WikiLeaks a contribué à la lutte pour ces valeurs au niveau mondial, en exposant (entre autres) la corruption, les crimes de guerre et la torture – parfois perpétrés par les alliés de la Norvège. Et plus récemment, en dévoilant les petits arrangements économiques de la famille du président Ben Ali en Tunisie, WikiLeaks a apporté sa toute petite contribution à la chute d’une dictature vieille de 24 ans.

Ce serait un crime que de bannir ou d’interdire la publication de telles informations. Cela doit au contraire être protégé, quoique l’on puisse penser du contenu de certains, voire de la totalité, des documents publiés.

Je suis fier de nominer WikiLeaks pour le prix Nobel de la Paix.

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Snorre Valen est député du parti socialiste norvégien. Il est également blogueur depuis 2004 et pianiste dans deux groupes. Il a aussi un compte Twitter.

Son billet a été initialement publié sur son blog.

Traduction et article : Martin Untersinger.

Crédit Photo CC : Nick Bygon, Ereneta.

Crédit photo Snorre Valen : Oskar Mellemsether.

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  • Onigiri le 4 février 2011 - 10:48 Signaler un abus - Permalink

    “Nommé”, bordel.

    “Pourquoi j’ai nommé Wikileaks au nobel de la paix”…

    “Nominer” n’est pas un mot français qui existe, c’est au mieux un anglicisme barbare, au pire un néologisme récupéré de Loft Story…

    L’article est très intéressant, sinon !

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  • Martin Untersinger le 4 février 2011 - 10:59 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,

    En effet, l’usage du verbe “nominer” est déconseillé par l’Académie Française (http://www.cnrtl.fr/definition/nomin%C3%A9).

    Cependant, il m’a semblé que le verbe nommer n’avait pas le même sens, et introduirait une ambiguïté quant à la situation actuelle et au sens de l’article…

    A choisir entre la stricte rigueur orthographique et la fidélité au sens profond de l’article, j’ai opté pour la seconde, en l’espèce un mot couramment utilisé (peut-être à tort), sans ambiguïté et compris de tous.

    En espérant vous avoir fait comprendre mon point de vue

    Bonne journée,

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  • ANDREU le 4 février 2011 - 13:03 Signaler un abus - Permalink

    Je dit BRAVO, j’approuve totalement la proposition du député Snorre Valen de nominé M. ASSANGE au prix Nobel de la Paix.
    Pourquoi ? Il est dans l’intérêt de la démocratie que de telles actions puissent faire prendre conscience à nos édiles politiques que le pouvoir ne leur permet pas de faire tout et n’ importe quoi.
    Il faut contrôler protéger, les politiques de leur turpitudes.
    Les nombreux scandales qui jalonnent la politique française (de tous bords)
    “Le sang contaminé”, des miliers de morts, apès 20 ans de procédures judiciaires, pour aboutir au “RESPONSABLE, MAIS PAS COUPABLE”? et quelques mois de prison avec sursis pour quelques lampistes.
    Les frégates de Taïwan quelques morts et des pots de vin aux partis politiques.
    L’ attentat de Karachi: 11 ingénieurs français assassinés, là aussi pour des pots de vin non versés (signé Chirac)
    Combien de ministres assassiné sous la cinquième république: M. BOULIN? BEREGOVOY, Jean de Broglie assassiné pour malversations financières.
    Sans compter les financements occultes de la “Francafric”

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  • Capello le 4 février 2011 - 16:22 Signaler un abus - Permalink

    “nominé” est un angliscisme abject utilisez nommé ou sélectionné

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  • Martin Untersinger le 4 février 2011 - 16:24 Signaler un abus - Permalink

    Cher Capello,

    Je vous invite à lire mon commentaire ci-dessus, justifiant de mon utilisation de “nominer”.

    Bien à vous,

    Martin

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  • Capello le 4 février 2011 - 17:35 Signaler un abus - Permalink

    Votre justification de “nominé” est particulièrement foireuse, ça n’a rien à voir avec l’orthographe, ce mot est un angliscisme, ce qui signifie qu’il ne fait que singer un mot anglais et n’existe pas en français. Il y foule determes plus appropriés : nommé, cité, sélectionné, choisi

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  • de jesus michel le 4 février 2011 - 19:13 Signaler un abus - Permalink

    félicitations à Snorre Vallen !
    Je suis heureux de constater qu’un homme politique important, élu, ose s’afficher en défendeur de la liberté d’expression à travers Wikileaks dont j’ai trouvé l’action légitime et courageuse.
    Merci à Snorre Vallen qui me redonne confiance.
    La bataille pour la liberté ne sera jamais terminée.

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  • roy le 5 février 2011 - 0:30 Signaler un abus - Permalink

    ah ces norvégiens ils seront toujours au dessus du panier !

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  • Lovyves le 5 février 2011 - 7:10 Signaler un abus - Permalink

    Oui, WikiLeaks mérite bien plus le prix Nobel de la Paix que certaines personnes ayant le Prix Nobel de la Paix, on devrait plus dire, pour elles: Prix Nobel de la Guerre, tel que Henry Kissinger et quelques autres.

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  • Dom le 5 février 2011 - 16:56 Signaler un abus - Permalink

    Noble initiative,
    malheureusement les critères retenus ne sont pas ceux de l’imaginaire des peuples, approfondir le sujet avec Henry Kissinger en 1973, Jimmy Carter en 2002 (cf Howard Zinn) … et quelques autres, par exemple :

    Le prix Nobel de la paix au service de l’impérialisme
    http://www.voltairenet.org/article167221.html

    Le Nobel de la guerre aux Messieurs du Nobel de la paix
    http://www.voltairenet.org/article167219.html

    Prix Nobel de la Paix : quand Oslo glorifie le mensonge et la guerre
    http://www.legrandsoir.info/Prix-Nobel-de-la-Paix-quand-Oslo-glorifie-le-mensonge-et-la-guerre.html

    La Prix Nobel de la Paix 2003 étrille la Banque mondiale sur son soutien aux dictatures
    http://www.amisdelaterre.org/La-Prix-Nobel-de-la-Paix-2003

    Martti Ahtisaari Prix Nobel de la Paix 2008 : L’homme qui a appuyé l’invasion à l’Irak
    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article75880

    Obama accepte le prix Nobel de la paix et plaide pour la guerre permanente
    http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16565

    L’objectif du prix Nobel de la paix est de créer des obstacles artificiels au développement de la Chine
    http://fr.china-embassy.org/fra/zgyw/t761453.htm

    et plus…

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  • stepann le 7 février 2011 - 6:16 Signaler un abus - Permalink

    Sarkozy il est mal que soit sité wikileaks au nobel . Dans la pochette diplomatique de Lewitte il y avait un mot de sarkozy aux turques qu’il allait revoir la loi sur le négationnisme du génocide des Arméniens . C’est un gros canailloux se sarko . Je vote des deux mains pour que Wikileaks est le nobel .
    Merci OWNI de cette article .

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  • YOU le 7 février 2011 - 14:43 Signaler un abus - Permalink

    Une belle initiative, cela ne m’étonne pas qu’elle vienne de Norvège, pays numéro un pour la liberté de la presse selon RSF. (http://fr.rsf.org/press-freedom-index-2010,1034.html)

    « (…) Quand des politiciens américains qui normalement défendent les droits de l’homme et la liberté d’expression affirment que Moubarak ‘n’est pas un dictateur’ mais considèrent WikiLeaks comme des ‘terroristes’, quelque chose ne va vraiment pas. »

    Les politiciens américains n’ont jamais défendus autre chose que leur propre leadership, comme tous les politiciens du monde d’ailleurs. La différence c’est que leur propagande est encore la meilleure. L’éthique ne fait pas le poids face aux $$ de la realpolitik…

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  • kokominutman le 9 février 2011 - 12:18 Signaler un abus - Permalink

    “J’espère susciter le débat autour du dilemme entre le besoin légitime des gouvernements démocratiques à classifier l’information, et le besoin tout aussi légitime du public de rendre ses gouvernants responsables. ”

    Si l’initiative de ce député est admirable, surtout quand on la met en regard des initiatives et pratiques pitoyables de nos 577 français, sa justification me semble boiteuse.

    Il ne s’agit pas “justifier un débat”, mais de délivrer une récompense pour une action. Le prix n’est pas une polémique mais une validation de l’action de Wikileaks, c’est en en ce sens que je peux comprendre ce Nobel potentiel et souhaite qu’il aboutisse.

    Par ailleurs, le besoin de transparence, c’est-à-dire la demande minimale de rendre des comptes en publiant leurs discussions et informations, que font les citoyens n’est pas à mettre sur le même plan que la classification du matériel que veulent opérer les services gouvernementaux des différents pays.
    D’un côté nous avons une nécessité basique de la démocratie : les représentants doivent informer le peuple de ce qu’ils savent, ce qu’ils discutent et ce qu’ils décident. Ainsi, le peuple souverain, socle de toutes les démocraties du monde peut juger et décider du sort qu’ils réserve à ses représentants et à leurs actions. Ca s’appelle “rendre des comptes”, et ce n’en est que la manifestation minimale. Ensuite doit venir les bilans et les sanctions éventuelles. Tout ce exprimant le fait fondamental que le peuple est souverains et que les représentants, les gouvernements et leurs multiples conseillers et officines doivent le servir.
    Hors, il se trouve que nous sommes dans une régression démocratique mondiale où on ne voit plus de représentants faire son bilan, ni même reconnaitre qu’il s’est trompé ou pire, même devant la justice – les exemples d’Hortefeux, ou Mauroy plus récemment, en attestent largement -. Quant à recevoir des sanctions, c’est à peu près inenvisageable.
    Dans l’optique de reprendre la main à l’échelon mondial, de restaurer la démocratie, de la sortie des griffes des politiciens fascistes et de l’argent corrupteur, obliger les gouvernants et d’ailleurs tout politicien en fonction de donner le déroule de ses décisions, les infos et les contacts qu’il a, qui le finance et à quel groupe il s’est agrégé me semble déterminant pour mettre un terme à la montée du totalitarisme mondial.

    En regard de cette exigence majeure, la “necessité” de classer les infos, pour un pouvoir, paraît compréhensible techniquement et s’il convient de mettre en attente des discussions et quelques décisions, celà doit se faire en priorisant l’exigence de “rendre des comptes”. Donc occulter ne sera qu’une mesure exceptionnelle et transitoire.

    La démocratie est une hierarchie des valeurs et des pouvoirs qui met le peuple souverain en premier. A partir de cette valeur, de cet état de fait, ses représentants doivent ordonner leur action et leur organisation pour rendre des comptes et surtout ne rien nous cacher.

    Que le député de la gauche norvégienne ait mélangé dans ses justifications une contrainte contingente et une exigence fondamentale, ne dit sans doute rien sur son état mental et ses convictions, mais exprime sûrement sa situation sociale et l’influence qu’elle peut avoir sur sa lucidité.

    Car, à l’aune de la justification que donne le député, Wikileaks pourrait être objet d’aimables débats, et susciter des promesses creuses de politiciens comme de services secrets et autres ambassades. Mais en aucun cas son exigence n’aurait des chances de devenir une norme, un premier cliquet permettant de ramener à nous la crémaillère démocratique.

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