La cote de la révolte

Le 7 octobre 2011

Encercler la finance mondiale. La contraindre. L'opération Occupy Wall Street gagne en intensité sur de nouveaux espaces politiques. Sociologues et politologues y voient l'émergence de véritables mouvements politiques.

Le mouvement Occupy Wall Street, comme son cousin européen du Mouvement du 17 septembre, tout comme Les Indignés, ne se réduisent pas à des accès de contestations contre la finance mondiale. Pour plusieurs sociologues et historiens de nos démocraties contemporaines, ils représentent surtout des mouvements politiques à part entière, capables de porter des propositions qui un jour seront adoptées par l’ensemble de la société.

Un nouveau cycle doit (…) s’ouvrir dans la vie des démocraties, aussi décisif qu’avaient été ceux de la conquête du suffrage universel au XIXe siècle, puis de la mise en place des États-providence au XXe siècle. Il faut maintenant donner à nos démocraties une assise élargie, il s’agit de les comprendre autrement et d’enrichir leur signification. Elles sont à réinventer.

Cette sentence est du chercheur Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, à l’origine d’une véritable somme sur les nouvelles conditions de la légitimité démocratique au XXI° siècle.

Pour Rosanvallon, en substance, l’acte électoral ou le débat parlementaire ne représentent plus, de nos jours, qu’une parcelle du champ politique où se construit une légitimité démocratique. Désormais, d’autres espaces, d’autres problématiques, échappant aux acteurs politiques historiques, donnent lieu à l’émergence de revendications ou de propositions qui rapidement bénéficient d’une légitimité démocratique ; sans nécessiter un acte électoral. Tel est le cas des demandes visant à réformer en profondeur le système financier international.

Les mouvements qui en sont l’expression ont déjà été baptisés par les chercheurs. Manuel Castells, le maître de la sociologie des réseaux, les qualifie de mouvements « d’insurgence ». Leur force tient à la pertinence de la revendication portée, associée aux moyens de communication mis en œuvre. Pour Castells :

La communication de masse a déjà changé la démocratie depuis longtemps. Mais l’auto-communication de masse [la faculté pour chaque citoyen d'être un média en soi, notamment sur les réseaux sociaux, NDLR] est en train de changer les relations de pouvoir et de contre-pouvoir dans la société.

Les mouvements du type Occupy Wall Street traduisent ainsi des aspirations profondes. Susceptibles de profiter d’un impact et d’une force de transformation de plus en plus importants.

Raison suffisante pour les suivre, pas à pas, sur le terrain, grâce à leur vie sur les réseaux. Pour passer ici de la théorie à la pratique, nous vous proposons quelques pistes :

Le site web du mouvement Occupy Wall Street.

La carte des mobilisations aux Etats-Unis.

Un suivi du mouvement en direct et en streaming.

Un suivi du mouvement sur Twitter. Et le hashtag : #OccupyWallSt et #OWS

Suivre le mouvement sur Facebook.

Les comptes-rendus quotidiens des Assemblées générales du mouvement à New York

Le site de soutien Occupy Together qui recense toutes les nouvelles localisations du mouvement

Nous sommes les 99% est un blog qui regroupe des témoignages, et ici, une interview des créateurs du blog, ainsi qu’I am the 99%, une variante sur Tumblr.

La page Wikipedia Occupy Wall Street.

Occupy Wall Street sur Reddit.

Le rôle des médias sociaux dans Occupy Wall Street” sur le site d’Huffington Post contient un tableau de “l’activité Facebook autour de Occupy Wall Street”.

Occupy Wall Street Journal sur Scribd.

Répertoire des slogans lors des manifestations.

Une très belle vidéo sur les microcommunautés formées sur le sit in, depuis les infirmières jusqu’aux rouleurs de cigarettes. Belles images.

Right Here All Over (Occupy Wall St.) from Alex Mallis on Vimeo.

Le Dailyshow critique le traitement par les médias du mouvement :

Policiers arrêtant des manifestants :

Les affiches d’Occupy Wall Street :

Balerine sur le Taureau
Annonce camping à Wall Street
Anonymous on Wall Street
Le poing sur les arguments


CC Photographers :
http://www.flickr.com/photos/eqqman/
http://www.flickr.com/photos/shankbone/

Adbusters Storify – Daily Updates :
http://storify.com/adbusters

Image CC Flickr PaternitéPartage selon les Conditions Initiales blulaces

Image de Une Marion Boucharlat

Retrouvez le dossier complet :

Une lumière crue dans la nuit de la finance
Occuper Wall Street et son esprit

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  • asselin le 8 octobre 2011 - 13:33 Signaler un abus - Permalink

    D’accord avec M Rosanvallon, je pense qu’effectivement c’est la dimension représentative de notre format démocratique qui est en cause. Avec le temps, la spécialisation qu’est le pouvoir politique sous mandat s’est asséchée autour de son ossature “logistique” (répondre, comme dans un vaste larsen, aux événements et éponger les contingences). Elle apparaît à la fois inefficasse et insuffisante, trop lente, trop mécanique, pas assez visionnaire, privilégiant l’influence sur la compétence. Le parlement devrait sans doute redevenir ce qu’il est fondementalement: un organe technique de formalisation donnant forme législative aux décisions parvenues à des accords ou des consensus au sein de la société, tout du moins les prendre en compte sérieusement. Il est tout à fait anormal -chacun peu l’admettre- dans une démo-cratie que le centre de gravité soit un gouvernement et “son” parlement…

    Mais celà est tout sauf neuf. Les révoltes des années 60 formulaient déjà exactement cette même défiance vis à vis de l’ “organisme” politique. Elles aussi promouvaient un format beaucoup plus distributif du pouvoir politique. Elles aussi avaient adopté des formes de luttes basées sur le fait accomplit plutôt que sur la revendication (la doleance, comparé à la fronde, comprends toujours une dimension d’allégence).

    Ce qui est amusant, c’est que l’outil même par lequel la nouvelle génération que certains appellent désormais “indignés” s’est formalisé (internet) à été pensé, initiés, conçu, et même conceptualisé dans sa portée d’ouverture et de déconcentration du flux par cette génération des années 60/70. En quelque sorte, si l’on accepte une lecture romanesque de l’histoire récente, on pourrait dire que la génération des utopies a armé celle des indignés pour qu’elle finisse l’achèvement d’un vieux monde trop compacte pour être vaincu frontalement.

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  • Adam le 8 octobre 2011 - 14:40 Signaler un abus - Permalink

    merci beaucoup

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  • Galuel le 8 octobre 2011 - 14:41 Signaler un abus - Permalink

    Tant que le code monétaire ne sera pas compris comme étant la racine du problème… Le problème continuera à repousser, encore et encore…

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  • Jean Bon le 8 octobre 2011 - 23:14 Signaler un abus - Permalink

    Tout à fait d’accord avec asselin.
    Je dirais aussi que la compromission des politiques, des syndicats (leur affaiblissement également) avec les lobbys des dominants et les dominants eux même, ne laisse pas d’autres choix aux dominés d’exprimer leur colère et leurs propositions (ben oui il y en a…) dans la rue (les indignés) et dans les lieux de pouvoirs symboliques tel que Wall Street.

    Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas une panacée, mais cela fait plaisir à voir.

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  • Uraninum le 9 octobre 2011 - 1:23 Signaler un abus - Permalink

    Heureux hasard que de tomber sur cet article juste après le visionnage d’une conférence donné par Etienne Chouard intitulé “Le tirage au sort comme bombe politique durable contre l’oligarchie”.
    Chouard y montre les faiblesses de ce que l’on appel aujourd’hui injustement démocratie (qui se trouve être l’exact opposé : une oligarchie) et développe longuement l’alternative d’une vraie démocratie.
    On pourrait croire à un simple pléonasme de tous les discours contestataires actuels (indignés, réelle démocratie, occupywallstreet, etc) et des philosophes les alimentants : non.

    Présentation rapide du modèle : tirage au sort des représentant dans un système basé sur l’amateurisme politique (non professionnalisation car cela ce fais au profit d’une caste politique) et rotation des charges à court intervalle, dans le but ultime d’assurer une réelle égalité politique à chaque citoyen. Ce système a comme base directe le modèle politique athénien que l’on sait être un des plus réussi dans l’histoire.

    Cette trop courte description, vous fais surement apparaitre l’idée comme branlante et infondée, cependant elle ne l’est pas. Le principe est pragmatique et très raisonné. Bref, c’est un idée originale qui vaut la peine d’être connue car il amène une perspective nouvelle quant à la situation de crise de plus en plus évidente de notre système.

    Liens =>
    http://www.youtube.com/watch?v=WeZh2Pl3wXw&feature=player_embedded

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  • Qasfiel le 9 octobre 2011 - 15:37 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour OWNI,

    J’ai noté une petite erreur sur la première photo de la galerie. La légende traduisant le texte est actuellement “Peu m’importe qu’on dise que je suis un terroriste conspirationniste”, alors qu’il ne s’agit pas de “conspiracy terrorist”, mais de “conspiracy theorist” dans la VO, soit je crois un adepte de la théorie du complot (pas sûr qu’on puisse dire “théoriste”…).
    Et comme je ne savais pas trop comment vous faire parvenir l’observation, je vous l’envoie par un commentaire qui n’a cure d’être validé ou non.
    Voilà voilà, c’est tout. Bon courage pour la suite et continuez comme ça, vous faites des trucs trop bien.

    Respectueusement,
    Qasfiel

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  • improbable le 11 octobre 2011 - 12:51 Signaler un abus - Permalink

    C’est un peu fort de cafe d’associer Rosanvallon avec les mouvements de revendications populaires.

    Rosanvallon n’a-t’il pas ete un membre tres influent de la fondation Saint-Simon qui se “se plaçait en opposition à tous les courants de pensée totalitariste et soutenait une démocratie accompagnée d’un libre développement du marché. La fondation s’est illustrée par la publication d’ouvrages à destination du grand public (“Vive la Crise” en 83 avec Yves Montand et “La Guerre en face” un an plus tard). Elle insistait en particulier sur le caractère indissociable de l’économie de marché et de la démocratie.(source wikipedia)”?

    Fondation qui a donc favorise a faire accepter aux francais l’ultra-liberalisme qui est justement denonce par les differents mouvements d’”indignes”.

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  • Tristan le 11 octobre 2011 - 17:55 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,

    je souhaite indiquer une grosse erreur de traduction dans la légende de la photo du soldat qui tient une pancarte. Vous indiquez “Seconde fois que je connais mon pays, c’est la première fois que je connais mon ennemi.”

    Il fallait bien sûr traduire par : “C’est la deuxième fois que je combats pour mon pays et la première fois que je connais mon ennemi.”

    –Tristan

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