Transparence : les dangers de l’ivresse idéologique

Le 13 octobre 2009

Dans un essai publié vendredi dernier, Lawrence Lessig, prend ses distances avec le mouvement pour la Transparence et le Gouvernement 2.0, tel qu’il semble prendre le chemin, aujourd’hui. « Like the decision to go to war in Iraq, transparency has become an unquestionable bipartisan value. » « Comme la décision de faire la guerre à l’Irak, [...]

Modernity, Mirrored and Reflected Infinitely - Josiah McElheny, 2003

Modernity, Mirrored and Reflected Infinitely - Josiah McElheny, 2003

Dans un essai publié vendredi dernier, Lawrence Lessig, prend ses distances avec le mouvement pour la Transparence et le Gouvernement 2.0, tel qu’il semble prendre le chemin, aujourd’hui.
« Like the decision to go to war in Iraq, transparency has become an unquestionable bipartisan value. »
« Comme la décision de faire la guerre à l’Irak, la Transparence est devenue une valeur bipartite qui ne supporte pas la contestation. »

De la part d’un juriste, les termes employés ne sont jamais innocents, et signale de la part de l’administration, du corps politique, ainsi que des associations de soutien à ce mouvement telles que la Sunlight Foundation, un aveuglement dangereux.

La nature idéologique de ce mouvement est caractérisée aussi par l’absence de critique dans sa pensée opérationnelle, car si la Transparence est prise au sens de Transparence nue, c’est à dire d’une transparence qui n’est pas accompagnée d’une réflexion politique orientant les résultats, alors dans la recherche du bien souhaité par l’exposition des données institutionnelles au travers des technologies de l’information, des catastrophes collatérales seront inévitablement déclenchées.
Autrement dit, la Transparence risque d’être la corde avec laquelle le système démocratique risque de se pendre.

Attention, il ne s’agit pas de la part de Lawrence Lessig d’un discours radical ; la radicalité est d’abord dans le messianisme orchestré dans la société autour de cette transparence et dont les média produisent le reflet optimal ; mais pas seulement, il y a aussi la radicalité des outils technologiques employés, en l’occurrence le réseau.
Lessig constate qu’à chaque libération d’une activité humaine sur le réseau Internet, il n’y a jamais eu de retour en arrière possible à l’état précédent. Une partie du contrôle sur cette activité est alors définitivement abandonné. Ce fut vrai pour les industries de la presse et de la musique, qui, même par refus de s’engager ne firent que retarder leur transformation forcée, au risque de leur disparition.

Et c’est l’analogie principale exposée, il n’existe que deux chemins possibles maintenant : soit les acteurs actuels du changement (corps administratif, politique, associatif) accompagnent intelligemment le mouvement de Transparence, soit ils continuent comme aujourd’hui à faire confiance dans la Transparence nue et le système démocratique se retrouvera dans le meilleur des cas obligé de subir des transformations brutales imprévues, au risque même, s’il refuse de se plier à cette violence, de sombrer.

Si l’on ne prend pas en compte les limites comportementales humaines en jeu permanent avec le réseau, et que l’on décide d’ouvrir les données parlementaires et gouvernementales uniquement parce que l’on croit absolument que l’ouverture est bonne en elle-même, au lieu d’atteindre l’objectif d’une surveillance citoyenne appropriée et souhaitée, on établira des machines à créer de l’incompréhension, puis des mécaniques de ressentiment incontrôlables au sein de la société.

“La lumière du soleil (sunlight) est le meilleur des désinfectants”, telle est la devise que la Sunlight Foundation a empruntée à Louis Brandeis, et qui fait référence à l’effort de transparence pour « laisser passer les rayons du soleil » qui détruiraient définitivement la corruption au sein des organisations (messianisme américain typique), Lawrence Lessig note qu’il suffit de s’être aventuré dans un marécage pour constater que la lumière du soleil peut avoir une autre effet que celui d’un désinfectant.

Lire l’article sur le blog originel

photo par mon ami loranger – MoMA, New York, janvier 2005

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  • foobar le 13 octobre 2009 - 20:31 Signaler un abus - Permalink

    Voir la reponse de la sunlight fundation: http://blog.sunlightfoundation.com/2009/10/13/in-response/

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  • tlhote le 13 octobre 2009 - 21:00 Signaler un abus - Permalink

    Ce n’est pas une réponse, c’est une sorte de communiqué de presse embarrassé qui cherche à “déminer” l’essai de Lessig (11 pages), et n’y arrive pas car il faudrait quand même produire une réponse circonstanciée et lancer le débat, plutôt que d’affirmer que la Sunlight Foundation n’est pas concernée.

    De plus pourquoi vous restez “anonyme” ? Cette note à pour but de provoquer le débat autour du concept de transparence.

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  • foobar le 14 octobre 2009 - 0:21 Signaler un abus - Permalink

    Je pointais juste vers un lien pour continuer le débat (le blog SF pointe vers les principales réponses). Ensuite, je ne vois pas en quoi ce seraient des communiqués de presse, après c’est évident qu’ils n’ont pas passé un mois pour écrire la réponse, mais le débat serait bien moins vivant si c’était le cas.

    Finalement je passerais sur l’attaque ad hominem, je gère mes identités numériques de la façon qui me plait…

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  • tlhote le 14 octobre 2009 - 3:06 Signaler un abus - Permalink

    D’accord, je prends bien en compte ce que vous avez dit.

    Sur la réponse de la Sunlight Foundation, elle est claire sur le site du magazine The New Republic, qui poste en forme de débat les réponses ou réflexions provoquées par le texte de Lawrence Lessig.
    Hellen Miller et Michael Klein, co-fondateurs de la Sunlight Foundation, marquent évidemment leur différence de vue avec l’essai en remarquant qu’il est vraiment dommage que Lessig ait abandonné leur point de vue.
    Ils notent dés le début que Lessig “argumente que les américains n’ont pas la capacité d’attention et le jugement nécessaires pour faire une usage approprié du nouveau flux d’information” qui va naître du mouvement de la Transparence.
    Ce qui est une diversion sur ce que dit réellement Lessig, qui ne renie pas la capacité de jugement, mais simplement que la capacité d’attention d’une personne est limitée en fonction du flux quotidien d’information qu’il a à traiter. Il signale bien que cette ignorance n’est pas pathologique (ce que la réponse d’Helen Miller tendrait à faire accroire sur la position de Lessig), mais qu’il s’agit d’un choix rationnel de chaque internaute qui n’a qu’un temps limité à sa disposition.

    Les fondateurs de la Fondation Sunlight font remarquer qu’à cet effet de nombreux acteurs sont et seront formés par la Fondation Sunlight, journalistes, blogueurs citoyens, pour qu’ils puissent lire et comprendre ce flux de données au travers de mashups, et qu’ils soient capables de relier les points entre les diverses informations qu’ils collecteront de diverses sources.

    Je crois que cela dépasse les craintes de Lawrence Lessig, c’est à dire l’ouverture d’un potentiel d’activisme par la formation d’intermédiaires, qui va être dirigé à rechercher et établir le scandale grâce aux données présentées.
    Evidemment, que ces intermédiaires formés vont être concentrés sur leur tâche, mais ce qu’ils présenteront comme compte-rendu de leurs enquêtes va être soumis à l’appréciation du grand public, qui n’aura pas le temps, dans sa large majorité (à part quelques passionnés) de détecter les défauts d’analyses ou les sauts logiques dans les “constats” qui leur seront proposés, encore une fois par ce manque de temps qui resserrera leur degré d’attention.

    C’est là je crois, et c’est bien clair, que les chemins de Lawrence Lessig et d’Helen Miller (Fondation Sunlight) se séparent, le premier voyant le risque dans le public d’attiser le ressentiment démocratique et le populisme, la deuxième pensant qu’il faut attendre avec confiance les résultats de cette opération.

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