Jeunes journalistes, arrêtez de penser comme des vieux cons

Le 31 mai 2010

Sûre d'elle-même, moutonnière, experte ès personal branling, la nouvelle garde, dans sa majorité, regarde le paysage des pures players avec des œillères : avant 2006, point de salut !

Petite précision de la rédaction : bien qu’OWNI “arrête la frise du Net aux cinq dernières années”, nous avons dans nos cartons un projet de fond qui nous tient à coeur : une histoire du web français. Car pour fréquenter régulièrement des dinosaures du web et leur accorder une place de choix sur la soucoupe, ce jeune vieux con de Jean-Marc Manach, Eric Scherer, qui est un de nos parrains, sans parler d’un nostalgique du papier comme Jean-Christophe Féraud, nous sommes bien conscients de n’avoir rien inventé.

En plus, nous ne sommes pas (tous) journalistes :)

Ce qui ne nous empêche pas de trouver ce billet pertinent…


Billet d’humeur sur un milieu que je connais peu (comme SCANDAL) et qui me fait pourtant pas mal cogiter : les jeunes journalistes qui peuplent ma timeline Twitter. Des personnes intelligentes, passionnantes, avec un sens aigu du bon lien mais avec la mémoire d’un poisson rouge alzheimerique quand on parle de journalisme sur le Web.

D’ailleurs, peu de noms mais beaucoup de pseudos Twitter dans cette bafouille rageuse. Le jeune journaliste ne nomme plus, il pseudise. On va vite vous remettre dans le droit chemin, c’est moi qui vous le dis.

Le texte est incohérent et ce n’est pas grave.

Un jeune journaliste, c’est quoi ?

Un ex-dreadeux avec un clavier entre les mains, un diplôme d’école de journalisme et beaucoup d’arrogance.

Les jeunes journalistes sont l’avenir du journalisme. Et ils le savent. Donc chacun, au travers de dix liens par jour et de discussions sur l’avenir de la profession, prophétise un jour l’iPad comme sauveur de la presse avant de l’abandonner le lendemain au profit « d’une révolution des contenus » et le surlendemain de l’avènement des blogs mutualisés à l’annonce des résultats de l’Huffington Post.

Des jeunes qui pensent pour la plupart de la même manière, au gré de l’actualité, qui adoptent le point de vue des anciens qu’ils sont censés conseiller, voire éclairer sur l’avenir de la profession, digital natives qu’ils sont.

A trop bien connaître ces « anciens » qui prennent le Web autant pour une plaisanterie de jeunes que pour un mal nécessaire (et incompréhensible), ils perdent toute envie de regarder ce qui se faisait sur le Web avant 2006. L’actualité est déjà assez dense pour avoir à s’embêter avec des cours d’histoire.

Des jeunes qui ont du coup toujours les vieux modèles et noms en tête alors qu’ils devraient les laisser mourir (oui, je parle bien des grands journaux, entre autres) parce qu’ils veulent les voir perdurer pour un jour y travailler, ou y continuer.

Ce jeune journaliste sort ou étudie donc dans une école de journalisme. La diversité et l’originalité intellectuelle est donc une gageure de ce milieu qui occupe bien le devant de la scène Web.

Côté vie réelle, la directrice de l’IJBA confiait pourtant aux candidats à l’édition 2009 de leur Koh-Lanta, que seuls 15% des journalistes sortent effectivement d’écoles. Une proportion qui laisse songeur.

Je suis geek avant d’être apprenti-journaliste, donc les récits des jeunes ahuris à l’entrée d’écoles rêvant d’Aubenas et de grande presse me laissent moqueur. Ils veulent devenir journalistes, pas informer par passion. Un tort impardonnable qui les mène à croire tout ce que disent les professeurs sortis de médias vieillissants.

Le personal branding pour éviter de réfléchir

Les jeunes journalistes personal brandant, ce sont les (très) sympathiques et intelligents @StevenJambot, @PaulLarrouturou ou @JeremyJoly. Symptomatique de ce que j’avance, le web docu Link Generation de ce dernier recueille les avis d’autres jeunes journalistes et de vieux de la presse en occultant complètement des mémoires vivantes de l’économie des médias Web comme @EParody.

Intelligents je disais aussi, parce que Jérémy écoute les critiques des râleurs dans mon genre et prend note des propositions pleines de fautes qu’on peut formuler pour compléter cette excellente initiative.

Ils se caractérisent par le culte du personal branding, du lien, du tweet-clash et toutes ces choses qui distrayent en battant des bras dans l’air. En collectionnant les « réflexions » sur trente sujets liés au journalisme, on en arrive à une activité disparate, perdue un peu partout sur la Toile, sans lieu ou moyen de réflexion commun. Alors peut-être qu’ils ont ces discussions en école, mais rien n’en ressort sur le Web. Just for the show, donc.

Pareil pour Owni d’ailleurs, qui malgré un contenu de (haute) qualité et une démarche originale, se concentre uniquement sur le neuf et se prend pour un pionnier lunairiste en arrêtant la frise du Net aux cinq dernières années. Les dix ans précédents passent encore au broyeur de la jeunesse, de l’autopromotion et de la nécessité d’un discours de nouveauté.

Les jeunes journalistes : de l’intelligence mais un spectre limité

Aussi, geek que je suis, je sais que les pure players, ce n’est pas les adulés Rue89, Slate ou Mediapart mais ZDNet, PC INpact, Numerama, Tom’s Guide ou le Journal du Net. Des journaux en ligne qui vivent (bien ou moins bien) de leur production (ou d’activité annexes des groupes qui les supportent) que ces jeunes journalistes ne connaissent pas parce que leurs professeurs, sortis de la vieille presse ou de médias audiovisuels, ne leur en ont jamais parlé.

La presse spécialisée dans les nouvelles technologies est la première à avoir investi le Web, à avoir connu les affres du financement d’un média à une époque où le Web était moins développé et à s’en être (très) bien sortie, au point de pouvoir maintenant étendre ces marques sur divers supports.

Je le sais d’autant mieux depuis mes deux mois chez ZDNet qui fournit un travail d’une très grande qualité (avec des analyses souvent bien moins molles que celle des « grands médias ») et m’a bien ouvert les yeux sur l’état de la « vraie » presse en ligne. Celle des pure players qui a trouvé des modèles éditoriaux et commerciaux assez cohérents pour vivre de leurs écrits depuis plus de dix ans et continuer sur cette voie encore longtemps.

On pourra me rétorquer que ces modèles (adossement à des comparateurs de prix, à des groupes d’audits, marketing direct…) ne sont pas applicables à la presse généraliste. Un bon point qui ne doit pourtant pas faire oublier qu’ils existent et qu’ils peuvent être de bonnes inspirations pour des modèles dérivés.

Donc : OUI, la presse en ligne a un avenir, et un très long passé même. Il faudrait apprendre à le connaître avant de discuter de l’édition « pure Web » comme d’un phénomène émergent. Groumph.

Mon lot de bêtises

Ce billet coup de gueule doit être bourré d’erreurs, d’inexactitudes et d’oublis qui en font tout l’intérêt. Ca vient aussi d’une très profonde frustration face à un discours que je lis tous les jours sur le Web. Discours qui provient de ces jeunes et moins jeunes journalistes, avec leur arrogance de « gens des vrais médias » qui croient que l’édition en ligne, à part eux, se limite aux blogs.

Les commentaires avec du « Tu n’y comprends rien, petit imbécile qui croit tout connaître » sont bien entendu les bienvenus. :)

Open your eyes, bidule de mince.

Parce que je n’écris jamais de billet sans insérer de clip compromettant

Enfin non, mais bon. Un peu de musique bizarre ne devrait pas vous faire de mal. Donc Mind Wall par le géant Towa Tei, c’est parti. Wesh.

> Article initialement publié sur Irregulier.net ; la réponse de Steven Jambot à ces critiques : faire du concret en Afrique australe

> Illustration CC Flickr par One Laptop per Child

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  • Alexandre Léchenet le 1 juin 2010 - 7:58 Signaler un abus - Permalink

    Moi, j’aimerai bien savoir qui tu mets dans ton tas de “jeunes journalistes” parce qu’en citer trois, c’est pas très finaud. Tu n’en as trouvé que trois qui répondent à la description… Des jeunes journalistes qui me parlent de l’iPad ? J’en ai trouvé plus d’un, qui disent que c’est de la merde. Des jeunes qui pensent différemment que leurs aînés, j’en trouve plus, dont certains avec une vision assez inédite, et qui énerve “les-supers-experts-en-économie-de-la-presse”.

    Quant à ce que font les jeunes, on a des preuves de jeunes qui tentent des trucs, mais il faut, hélas, plutôt demander aux vieux de laisser un peu de place.

    Et aussi, un jour, il faudra que tu comprennes que faire un média sur l’actualité sur Internet, c’est heureusement ne pas avoir à parler d’Internet dans tous ses articles.

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  • guenaelpepin le 1 juin 2010 - 8:36 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,

    C’est toute la part d’inexactitude du billet qui n’est pas censé refléter la réalité mais mon sentiment de blogueur.

    Assez largement, j’inclurais les “jeunes” en école de journalisme qui ont la manie de RT tous les liens avec une réflexion sur le journalisme web qu’ils trouvent. Et il y en a.

    Pour les trois en question, j’ai repris les trois figures qui me venaient immédiatement en tête, pour tout dire.

    Pour les articles 100% sur Internet, je ne vois pas trop où j’ai laissé échapper ça. Si c’est en référence aux “anciens” pure players, ce qui m’intéresse justement c’est qu’ils ont une actualité qui parle en majorité de thèmes autres qu’Internet lui-même en réussissant à en vivre. Ce que veulent basiquement les grands titres de presse.

    C’était vraiment un article écrit d’une traite un dimanche soir avant d’aller dormir, donc j’y vais évidemment avec mes gros sabots de geek frustré par ce qu’il voit.

    Par contre, j’aimerais bien connaître les idées “inédites” des jeunes que tu cites, tu titilles ma curiosité là :)

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  • Cécile Jandau le 1 juin 2010 - 12:15 Signaler un abus - Permalink

    Je suis étudiante en première année (bientôt deuxième) école de journalisme à Toulouse (oui oui sur les traces de @stevenjambot). J’ai trouvé ce billet intéressant, mais je ne suis pas d’accord avec tout ce qui y est dit. Je reconnais qu’il y a effectivement beaucoup d’entre nous “fanatiquement” intéressés par l’Ipad,les webdocus, les réflexions sur le journalisme web (et je m’inclus dedans!)…et pour cause, c’est notre avenir. Parfois à outrance, mais cela vient peut être de la frustration que nous ressentons: pour ma part, en école, je ne reçois aucun cour/ intervention/ formation en matière de web journalisme, de nouveaux modèles économiques. Alors, c’est à moi de chercher, de réfléchir, de m’informer sur le sujet et d’essayer de trouver des réponses à des questions que je ne peux poser à personne dans cette “fameuse” école.
    Autre remarque, dans ma classe, nous ne sommes que 2 ou 3 apprentis-journalistes qui nous intéressons de près au web journalisme. C’est sur ce point que je rejoins votre opinion: un grande majorité des autres élèves rêvent de grands médias, papiers, Albert Londres&co. Le problème c’est qu’ils ont tendance à dénigrer le web, ne le considérant pas comme un “Grand” média au sens “noble” du terme. L’arrogance dont vous parlez est existe, c’est indéniable. Mais ne blâmez pas ceux qui prennent la peine de réfléchir à ces problématiques, même si c’est parfois excessif et que ça pollue les TL! Après tout, le propre du journalisme c’est aussi de savoir se remettre en cause en permanence. Et puis, ces jeunes journalistes assoiffés de “métaréflexion” ont largement contribué à RT votre billet!;-)
    Bye the way, très sympa ce clip!

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  • guenaelpepin le 1 juin 2010 - 13:28 Signaler un abus - Permalink

    Cécile > On en revient à ma méconnaissance de la réalité des écoles :)

    Pour la frustration et la recherche d’informations, c’est naturel et bienvenu (voire assez logique pour des gens censés être curieux). Par contre je vois toujours les mêmes liens tourner, les mêmes réflexions aussi. Parfois, plusieurs articles avec un point de vue similaire sur un même thème.

    Par exemple mon billet a été balancé sur Twitter par Jérémy Joly, repris par Steven Jambot (que j’aime bien quand même) et mécaniquement retweeté par une bonne partie de leurs contacts. Pourquoi ? Bonne question. C’est ce côté très mouton qui donne des retours disparates que je critique.

    Même sur Twitter il faudrait bien plus chercher des liens vraiment inédits plutôt que RT, pour avoir une vraie valeur ajoutée. On peut y arriver en 140 caractères, si.

    Je critique aussi parce que je vois l’effervescence et la volonté de construire quelque chose qui retombe en soufflé à chaque nouveau lien alors que le réseau est immense.

    C’est l’intérêt d’Owni notamment, même si ça reste très anglé “ce qu’il y a de nouveau dans les grands médias et notre réseau” :p

    Merci d’avoir RT mon billet (écrit pour un blog à cinq visiteurs par jour au passage) même si tout ça m’est tombé dessus sans que je comprenne vraiment, à cause de Jérémy :)

    Sinon oui, Towa Tei c’est le bien.

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  • Christophe le 1 juin 2010 - 14:56 Signaler un abus - Permalink

    Vous vous rappelez pas de http://transfert.net ? Dans le gente pionnier…

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