“Mediapart”: une marque, la consécration du journalisme d’investigation numérique

Le 13 juillet 2010

Grâce à l'affaire Woerth-Bettencourt, le pure player fondé par Edwy Plenel se fait un nom.

La consécration. Depuis quelques semaines, dans le cadre de l’affaire Bettencourt, dont il a fait une affaire Woerth-Bettencourt, en publiant le 16 juin des enregistrements de conversations très perso de Liliane Bettencourt, Mediapart marque un nouveau tournant pour la presse en ligne. Et, en égrenant les scoops au fil des jours, se distingue de ses petits camarades “pure players du web”, Rue89, Bakchich

Augmentation des abonnements

Car au fil des jours, il a vu ses abonnements en ligne augmenter, chaque jour, grappillant jusque trois cents nouveaux abonnés par jour. Aux dernières nouvelles, il compterait près de trente mille abonnés à la version payante de son site (cinq mille nouveaux abonnés depuis le début de l’affaire), contre deux mille cinq cents début mai, comme me le précisait alors son rédac’ en chef François Bonnet.

Du coup, le site d’infos créé par Edwy Plenel s’est d’autant plus légitimé comme site de journalisme d’investigation à l’ère du numérique. Et s’est même imposé comme marque média (comme le soulignait Alain Joannès), étant relayé par les médias classiques (radios, télés, presse écrite). Avec des valeurs telles que l’indépendance vis-à-vis du pouvoir, l’enquête. Et du coup, est devenu connu du grand public.

Coup de projecteur sur les pure players du web

Un phénomène inédit, un événement politique, mais aussi un virage positif pour la presse en ligne. Alors que c’est la première “affaire” qui explose à un moment où Internet s’est imposé comme support pour de nouveaux médias, qui n’avait pas la même force de frappe lors des autres grandes affaires. Par définition, c’est un média de l’immédiateté, très réactif, où l’on peut publier l’info en temps réel. Pas besoin d’attendre l’édition du lendemain ou de la semaine, comme ce fut longtemps le cas pour la presse écrite…

Car par extension, au-delà du cas de Mediapart, cela a apporté un coup de projecteur médiatique sur les Bakchich, Arrêt sur images, Slate.fr, et autres Rue89, créés par des journalistes expérimentés venus de la presse papier, qui y ont importé leurs méthodes de travail – et d’investigation – et nourris par le travail de jeunes journalistes, qui prennent donc le relais pour ce travail d’investigation à l’heure du Net. Les relais précédents de telles actus ? C’étaient Le Canard Enchaîné, L’Express, ou Le Monde qui les révélaient.

Un phénomène dont ont aussi profité les sites web de titres de presse comme LePoint.fr, qui a lui aussi dopé ses audiences grâce aux écoutes téléphoniques qu’il a mises en ligne le même jour que Mediapart.

Modèle économique, nouveaux types de récit journalistique

Mediapart a aussi osé miser sur un modèle économique hybride, avec des contenus en bonne partie payants, et une édition papier. Le modèle payant étant rarissime dans la presse en ligne : dans un échange donnant-donnant, ils sollicitent une certaine forme de soutien – et de confiance – de leurs abonnés.

Comme d’autres, ils testent aussi des formats innovants, comme la “carte mentale” de l’affaire Woerth-Bettencourt, un format plutôt anglo-saxon, mais qui demeure rarissime en France. Un format proche du journalisme de données qui fait beaucoup débat en ce moment – OWNI résume aussi, à sa manière, l’affaire en une image – mais qui permet ici de résumer, d’un coup d’œil, un dossier complexe.

Certes, les journaux papier ou JT sont coutumiers de cet exercice journalistique, mais ici ils ne l’ont pas fait. Surtout, Mediapart l’utilise avec des ingrédients propres au web, pour en faire un document infiniment plus riche, plus interactif. Pour aboutir à une forme de carte interactive, un format qu’ont testé déjà il y a quelques années des start-ups visionnaires, comme le RTGI. En un clic, chaque point de la carte nous renvoie à un article, chaque image constitue la porte d’entrée à un article, un document complémentaire, ce qui permet à l’internaute d’avancer dans son enquête perso.

Billet initialement publié sur Miscellanées

Image CC Flickr Stéfan

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  • Jean Robin le 13 juillet 2010 - 16:33 Signaler un abus - Permalink

    Dans ce concert de louanges pour Mediapart, notre nouveau site journalistique en ligne (qui n’a pas encore été notifié sur Owni malgré l’envoi d’un communiqué de presse et une relance) souhaite apporter un léger bémol.
    D’une part, nous voyons d’un œil critique la constitution d’un nouveau corporatisme, celui des médias en ligne.
    Les médias en ligne se sont constitués notamment pour faire contrepoids avec les médias traditionnels, mais si c’est pour refaire les mêmes erreurs, ça n’a pas grand intérêt. Le Spiil regroupe des médias en ligne qui n’osent pas, semble-t-il, se critiquer entre eux, à de rares exceptions près. L’affaire Bettencourt en est un nouvel exemple.
    Pourtant, et c’est mon deuxième point, M. Plenel n’est pas un perdreau de l’année, et son passé journalistique est plutôt chargé, comme l’ont établi dans La face cachée du monde Pierre Péan et Philippe Cohen. Nous sommes le seul média à avoir rappelé ces quelques vérités, et les liens avec l’affaire Bettencourt, alors qu’elle se dégonfle et qu’il ne s’agissait pas du fruit de l’investigation de Mediapart ou d’Edwy Plenel mais d’une information donnée à Mediapart et au Point par une source qui cherchait à faire du buzz en plein procès Bettencourt.
    Pour ceux que ça intéresse, notre article est là :
    http://www.enquete-debat.fr/archives/plenel-le-machiavelique/

    Par ailleurs nous avons relayé sur notre site une arnaque de Mediapart, concernant les abonnements à 1€ qu’ils proposent “en période d’essai” et qui se transforment comme par magie en abonnements fermes au bout de ladite période d’essai… :
    http://www.enquete-debat.fr/archives/mediapart-arnaque-en-ligne/

    Bref, le travail journalistique de qualité doit se faire à charge et à décharge, voilà pourquoi il est important que d’autres sites émergent, Enquête et débat a été créé notamment pour ça. J’en profite pour lancer une invitation à Nicolas Voisin pour notre émission le 1/4h de célébrité, puisqu’il m’avait invité lors d’un débat sur l’avenir de l’édition : http://www.dailymotion.com/video/x4u7ef_lavenir-de-ledition-debat-a-la-reda_news

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  • Corinne N le 13 juillet 2010 - 19:43 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,
    C’est sympa de faire un bon article au sujet de Médiapart, journal en ligne payant et sans publicité auquel je suis abonné depuis sa création.
    Vous me pardonnerez donc de rectifier deux erreurs de votre part : avant l’affaire Bettencourt Médiapart avait environ 20 000 abonnés payant, plus 5 000 “institutionnels” (exemple, les bibliothèques), un des fondateurs que vous citez ne s’appelle pas “Bruno” Bonnet, mais François Bonnet… êtes-vous sûr de l’avoir eu en personne ?
    De plus, Médiapart ne publie que très occasionnellement un contenu sur “papier”, deux ou trois numéros, en guise de synthèse sur des dossiers précis, en deux ans d’existence
    Cordialement,
    Corinne

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  • Admin le 14 juillet 2010 - 11:07 Signaler un abus - Permalink

    @Corinne: Merci pour ces précisions, le prénom a été modifié :)

    @Jean: Concernant vos remarques sur le système d’abonnement à durée libre par tacite reconduction mis en place par Mediapart, il semble qu’il soit tout à fait classique dès lors qu’on le compare avec les pratiques en vigueur.

    Nous avons tout de même contacté le service abonnement pour en avoir le coeur net, qui nous confirme que moins d’une cinquantaine de personne se sont plaint. La procédure de résiliation est très facile, et si l’abonné souhaite être remboursé, c’est le cas.

    Le message a été transmis à Nicolas Voisin :)

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  • Denis le 19 novembre 2010 - 12:21 Signaler un abus - Permalink

    Je boycotte le journalisme en ligne payant. Je paie deja un abonnement pour acceder au Net, faut pas me prendre pour un pigeon.
    Pouriture de capitalistes

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