Livre numérique: on refait en France les mêmes erreurs qu’avec la musique

Le 24 juillet 2010

Le piratage augmente de plus en plus, car les éditeurs ne proposent pas encore une offre légale attrayante.

J’ai beaucoup de retours autour de moi sur les pratiques de lecture, l’adhésion à des lecteurs à la fois comme l’iPad et les lecteurs eInk. J’avais relayé il y a deux ans déjà le petit calcul qui avait été fait sur le Kindle, le nombre de livres à partir duquel on amortissait l’achat d’un lecteur. C’était dix-sept titres. Peut-être vous rappelez-vous ce billet ?

J’ai essayé de refaire cette petite étude (en toute subjectivité) avec quelques éléments chiffrés avec des prix moyens que j’ai pondérés à la fois grand format/poche/occasion/prêt/échange quand il s’agit de l’univers papier et légal/piratage/échange quand il s’agit de l’univers numérique. Le petit tableau ci-dessous synthétise l’ensemble. Il ne repose sur aucune études statistiques mais je pense qu’il n’est pas si éloigné que cela de la réalité. Merci de me donner votre sentiment.

À mon avis, un lecteur qui lit plus de deux livres par mois est aujourd’hui interpellé par l’offre du livre numérique, c’est indéniable. La pondération du côté du gratuit est maintenant forte. On a dépassé très largement le domaine des classiques à papa ! Un univers clandestin du livre s’organise. Près de 1.500 fans sur certains groupes Facebook… D’après mes estimations et quelques sondages réalisés, c’est entre trois cents et cinq cents titres parmi les best-sellers qui circulent déjà sur les réseaux avec une qualité excellente et un format ePub maintenant proposé plus de deux fois sur trois. À la fois scannés et craqués. Les livres scannés sont même souvent de meilleur qualité que ceux proposés par les éditeurs ! Un comble. L’offre est exponentielle depuis quelques mois seulement. Entre trente et quarante-cinq jours, c’est le délai où l’on voit apparaître une version pirate d’un best-seller qui vient de sortir. Confirmé d’ailleurs par un éditeur en début de semaine.

Un marché en retard

Le marché du livre numérique en retard en France ? Du côté des éditeurs, c’est indéniable. Du côté des consommateurs, les choses vont maintenant très vite. Je fais le pari que dans ce domaine comme dans d’autres, nous allons très bientôt rattraper les pays anglo-saxons, mieux les dépasser du côté de l’offre illégale, nous sommes au pays de Voltaire et de Balzac, non ?

La France championne mondiale du piratage, aucune raison que cela reste étanche aux livres ! Nous sommes bien en train d’attiser (avec un très gros soufflet) les charbons de l’offre illégale avec des réductions de prix d’éditeurs qui attendent une baisse de la TVA qui ne viendra sans doute jamais, des DRM qui nous empoisonnent la vie quand on change de lecteurs (tous les deux ans environ et aucune certitude sur des bibliothèques pérennes), l’absence totale de collections de poche et de pans entiers de l’édition populaire (fantasy, polars, fantastique, science-fiction, les plus piratées évidemment). J’ai même rencontré cette semaine un libraire qui vend du livre numérique et qui me dit qu’il n’en achètera jamais pour lui ! (il se reconnaîtra).

Bref, on n’a tiré absolument aucun enseignement de ce qui s’est passé dans la musique et on comprendra mieux l’ombre de la Bérézina des éditeurs, la route sera longue pour inverser les pratiques, croyez-moi…

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Billet initialement publié sur le blog Aldus sous le titre “Livre numérique: les pratiques françaises”

Crédit Photo CC Flickr : Brian J. Matis

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  • Bat00 le 25 juillet 2010 - 14:37 Signaler un abus - Permalink

    Je faisait exactement le meme constat hier dans mon article “Papier Vs Numerique” ( http://www.snowcrash.fr/papier-vs-numerique ).

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  • Laurent d'iGoMatiK le 26 juillet 2010 - 3:31 Signaler un abus - Permalink

    On fait pourtant des efforts !

    Et on a convaincu quelques auteurs déjà que le numérique peut leur ouvrir des publics qu’ils ne trouveront pas sur les circuits de diffusion classiques du papier.
    Le seule condition c’est d’être moins cher, comme pour la musique, mêmes causes mêmes effets, seul l’intérêt de casser la barrière du prix élevé motive les pirates, à un prix raisonnable il n’y a plus de raison de gaspiller temps et énergie à cette activité.
    Un de mes aïeuls a fait passer la Bérézina aux troupes de Napoléon, nous pourrions bien faire passer quelques auteurs dans l’ère numérique.

    Lisez des BD numériques !!

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  • best ab workout for men le 18 juin 2011 - 10:31 Signaler un abus - Permalink

    I really like what you guys are up to at http://owni.fr/2010/07/24/livre-numerique-on-refait-en-france-les-memes-erreurs-quavec-la-musique. This sort of clever work and reporting! I wish I could do something similar. Keep up the fantastic works guys I’ve added you guys to my personal blogroll.

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  • Thaelm le 31 juillet 2011 - 14:44 Signaler un abus - Permalink

    Une différence majeure avec la musique (concernant notamment le piratage massif et le manque à gagner correspondant) est que 200 ou 500 titres de musique peuvent s’écouter en un mois
    200 ou 500 livres ne peuvent être lus dans le même temps.

    La boulimie a donc une limitation d’un côté et pas de l’autre.

    Cela dit,
    ce n’est que par la destruction du livre papier (par exemple par la rareté imposée et donc l’augmentation des coût/prix de vente) que le livre numérique, dont la qualité de “virtuel” n’est un avantage qu’en phase d’attrait de la nouveauté, se vendra davantage.

    (Livre numérique/livre pesant = table en formica/table en chêne … à condition de remplir correctement les cahiers des charges fonctionnels sans oublier des fonctions jugées annexes et pourtant essentielles*)

    A terme, le véritable produit (celui qui a une partie pesante) retrouvera (à quel prix ?) de la valeur, pour peu qu’il reste encore suffisamment de lecteur non-frénétiquement zappeur.

    *On se trompe souvent sur la fonction principale d’un service ou objet
    Ainsi, il suffit d’une grève d’enseignant pour s’apercevoir du fait que
    la fonction principale de l’école – au moins jusqu’au lycée – est de “garder les élèves pendant que les parents font … autrechose”.
    Une bonne étude du cahier des charges fonctionnel de la cigarette aiderait à mettre au point une véritable campagne d’aide au sevrage.

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