Poche et ebook, duo gagnant

Le 30 juillet 2011

La mutation du milieu de l'édition met à mal le livre de poche aux États-Unis. Pourtant celui-ci est probablement le meilleur espoir de survie du livre papier.

On connaît maintenant, chiffres à l’appui, aux États-Unis l’érosion importante que connaît le secteur du poche (paperbacks) qui suit en général les versions cartonnées (hardbacks) de six mois à un an selon les cas. Le New York Times revient sur le sujet. Le problème est maintenant pour les éditeurs d’anticiper les sorties poche, concurrentes des livres numériques en terme de prix, en évitant au maximum d’engendrer de la frustration pour les lecteurs qui attendent le poche et qui se trouvent défavorisés par rapport à ceux qui optent pour la version numérique qui accompagne la sortie nouveauté en cartonné. Sans bien entendu concurrencer ces mêmes “hardcovers” !

Vous me suivez ? Bref un vrai casse-tête pour les éditeurs, le grand gagnant étant le livre numérique qui mord bien maintenant sur tous les secteurs.

Les éditeurs disent qu’ils ont un nouveau sentiment d’urgence avec le livre de poche, puisque l’effort sur la sortie simultanée cartonné/numérique recueille maintenant l’essentiel de l’attention que le livre est susceptible de recevoir, en laissant le poche relativement loin derrière. Ils peuvent également prendre leurs repères d’Hollywood, où les studios de cinéma ont imposé une constante réduction de l’écart entre la sortie des films en salles et de leur arrivée en DVD.

“Je cherche à en faire de plus en plus tôt”, commente Jane von Mehren, éditrice de livres de poche chez Random House.

Nous pensons à cet acheteur de poche et nous voulons faire en sorte de le servir de notre mieux. L’idée que quelqu’un puisse attendre un an est une hypothèse que nous ne devrions plus faire. Nous cherchons donc à raccourcir la fenêtre.

 Livre de poches

Le poche, la seconde vie d’un ouvrage

L’avenir du poche a été un sujet souvent débattu parmi les éditeurs qui ont longtemps considéré la sortie de la version poche comme un moment de réinvention, dans lequel ils peuvent prendre un livre qui était déjà sorti du marché et repenser sa mise en forme pour un public plus vaste.

“Nous pensons que notre travail d’éditeur de poche est de trouver la seconde vie pour le livre, pour apporter une dimension supplémentaire à l’audience pour le livre de poche”, a déclaré Anne Messitte, l’éditeur du Vintage/ Anchor, un secteur de Random House.

Nous regardons chaque livre très attentivement afin de déterminer le meilleur moment pour sa publication en poche.

Le cycle de vie complet d’édition s’est accéléré ces dernières années. Les “hardcovers” ont moins de temps pour faire leur preuve dans les librairies, car les détaillants ont tendance à les déplacer hors des étagères plus rapidement qu’auparavant. Les livres numériques ont en général des ventes plus fortes dans la période de sortie qu’après la date de publication mais ne connaissent pas de pic à nouveau quand le livre de poche sort, a déclaré Terry Adams, éditeur numérique/poche pour Little, Brown & Company.

M. Adams a publié le livre de poche de Room, le roman d’Emma Donoghue, huit mois après la version cartonnée parce que les ventes avaient ralenti mais pas arrêté complètement.

L’élan était là et nous voulions capturer l’élan pour le poche, a t-il dit. Pour les livres qui s’élèvent à un certain niveau de visibilité, vous voulez vraiment surfer sur la vague.

Les livres numériques ont fait du prix un problème pour les éditeurs qui reconsidèrent le timing d’un livre de poche. Alors qu’il y a souvent un énorme fossé entre le coût d’une couverture cartonnée (disons, 25$) et sa version ebook (13$), les livres de poche et les livres numériques ont tendance à être assez près en terme de prix, laissant de nombreux éditeurs se demander si les acheteurs des versions numériques sont plus soucieux du coût réduit, que de la possibilité de lire immédiatement sans attendre la version poche.

 Paper planes

Réduire les délais de sortie de l’édition de poche?

“Je crois vraiment que les livres numériques font partie de la raison de cette tendance de se dépêcher pour faire le poche”, a affirmé Carrie Kania, éditrice chez Harper Perennial. “Vous n’avez pas à attendre une version à bas prix de ce livre maintenant. Je pense que nous devons aller plus vite en général.”

Mais il y a encore beaucoup d’exceptions à l’avancement du poche. Plusieurs éditeurs déclarent que la fenêtre d’un an était encore la règle pour la plupart des livres. Et aussi longtemps qu’un livre se vend allègrement en cartonné, les éditeurs ont tendance à tenir au loin l’édition de poche. Le troisième livre de Stieg Larsson dans la série Millenium n’a pas encore été publié en livre de poche aux États-Unis, plus d’un an après sa sortie en cartonné. Il a été vendu à 2,5 millions d’exemplaires en cartonné et à 1,1 million en version numérique.

Leslie Gelbman, la présidente du secteur mass-market pour les livres de poche chez Penguin Group USA, a déclaré que l’édition cartonné de The Help, un roman qui traîne sur la liste des best-sellers depuis 103 semaines, se vendait si bien que Penguin a attendu plus de deux ans avant de produire le livre de poche.

Quel est l’intérêt de sortir un livre de poche lorsque les ventes cartonnées sont si importantes ?

Les librairies eux-aussi soutiennent que les lecteurs aiment le poche. “C’est certainement faire un consommateur heureux d’avoir le livre de poche disponible plus tôt”, a déclaré Peter Aaron, le propriétaire de l’Elliott Bay Book Company, à Seattle, un magasin indépendant.

S’il y a une forme de livre imprimé qui va survivre, s’il n’y en avait qu’un seul, ce serait le trade paperback (poche).


Article initialement publié sur Aldus sous le titre : “Marché américain: le poche en questions”

Illustrations: Flickr CC Paternité Horia Varlan Paternité ronbrinkmann PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification bikertect

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  • 2pasag The papoteur le 30 juillet 2011 - 17:03 Signaler un abus - Permalink

    L’avenir nous le dira, peut-être un peu tôt pour savoir si le livre électronique percera ou si le poche en subira les conséquences !! @suivre…

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  • Thaelm le 31 juillet 2011 - 11:40 Signaler un abus - Permalink

    L’erreur qu’a fait le monde du disque.

    Accélérer le passage au poche c’est de fait tuer le livre objet.
    Après un court moment de répit les ventes s’effondreront et le public passera directement au produit le plus ligth à savoir le livre numérique.

    Les bonnes combinaisons me semblent être :

    - Le livre (le vrai) seul
    - Le livre (le vrai) + la version numérique
    - Le livre numérique seul

    C’est le livre de poche qui perd sa place avec l’apparition d’un produit qui est mieux réduit à l’essence de la lecture que le poche à savoir l’ebook.

    Comme toujours
    c’est le vrai produit qui finit par ressortir
    malheureusement c’est souvent après une grosse période trouble qui fait des dégâts.

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  • an391 le 1 août 2011 - 3:20 Signaler un abus - Permalink

    @Thaelm
    Parceque le livre numérique est faux ?
    Bizarre je croyais qu’un livre c’était surtout un texte

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  • an391 le 5 août 2011 - 18:51 Signaler un abus - Permalink

    Sans compter que le hard cover n’existe pas vraiment en France, c’est toujours du soft cover plus “classu”, perso entre lire dans la blanche, collection poésie, ou en folio (pour prendre exemple Gallimard), je ne fais pas trop la différence. Par contre je n’aime pas lire en Pléiade, la transparence du papier m’énerve, ainsi que trop de ligatures utilisées dans la typographie.

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  • Aldus le 5 août 2011 - 20:00 Signaler un abus - Permalink

    Je crois qu’à long terme, le livre n’existera que deux façons, son édition classique qu’il faudra rendre plus beau, plus soigné pour donner une vraie valeur ajouté (pourquoi pas tirage limité comme le pratique déjà plusieurs éditeurs) et une édition en tirage à la demande (print on demand) pour ceux qui souhaiteront une édition bas de gamme dérivée de la version numérique. Le modèle du livre de poche, relais de l’édition classique, ne trouvera plus sa place.

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  • an391 le 6 août 2011 - 0:09 Signaler un abus - Permalink

    Je pense pas non, le livre de poche en a encore pour très longtemps, surtout pour la littérature si il en reste, et les contenus numériques pas limité à l’aspect livre (ou écrit).

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  • Aldus le 6 août 2011 - 9:56 Signaler un abus - Permalink

    Problème de rentabilité qui remet en cause toute l’économie du livre de poche tirage/prix/distribution/coût marketing. Peut-être qu’un jour cela ne sera tout simplement plus rentable de faire du poche, avec un livre à peu de valeur ajoutée. Problème de maintenir des catalogues importants si les tirages s’érodent. Le livre à la demande prendra le relais. Ce n’est bien entendu pas à court ou moyen terme, mais les caractéristiques pratique/pas cher qui ont fait le succès du poche sont remises en cause, cela me paraît indéniable.

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  • an391 le 6 août 2011 - 11:16 Signaler un abus - Permalink

    @Aldus

    C’est quoi actuellement en gros la différence de cout de production à l’unité entre un poche et un livre imprimé sur demande ?
    (en considérant que les objets finaux sont équivalents)

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  • Aldus le 6 août 2011 - 11:47 Signaler un abus - Permalink

    Comme son nom l’indique, le livre à la demande de suppose aucune avance financière pour l’éditeur. Beaucoup de livres de poche que vous voyez en librairie sont déjà réalisés en impression numérique car leurs rotations sont très faibles et que l’offset n’est pas compétitif (en gros au-deçà de 400/500 exemplaires). Le livre de poche étant par essence un produit peu cher, à des tirages en deçà, la rentabilité est en question. Certains éditeurs le font en terme d’image de marque pour éviter la rupture. Quand le numérique se sera développé de manière importante (je n’ai aucun doute là-dessus), le maintien physique de collections de livre de poche telles que nous les connaissons actuellement se posera. Il supposera un investissement important pour les éditeurs avec une rentabilité faible. Je pense qu’ils passeront dans leur grande majorité en collection virtuelle avec un service de livre à la demande qui simplifiera la production. Cela explique pourquoi des groupes comme Hachette dont déjà engagé sur des réflexions en livre à la demande, un secteur qui va exploser dans les années à venir.

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  • an391 le 6 août 2011 - 12:43 Signaler un abus - Permalink

    @Aldus

    Merci beaucoup pour les infos.

    Note : Sans vouloir passer pour un ultra pointilleux, on pourrait dire que l’offset c’est aussi du numérique, la plaque offset étant produite en numérique (comme un CD même si pressé et non gravé à l’unité reste un support numérique). Et une collection est avant tout pour moi une liste d’oeuvres au catalogue de l’éditeur, je ne qualifierais pas de “virtuelle” une collection du fait que les livres sont produits à la demande. Des détails certes, mais pourquoi ne pas laisser tomber ce détournement de l’adjectif virtuel qui a quand même fait son temps et amène surtout à brouiller les choses ?

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  • Aldus le 6 août 2011 - 13:22 Signaler un abus - Permalink

    Non, deux technologies d’impression qui n’ont rien à voir. La révolution du numérique, c’est aussi celle de l’impression numérique avec de nouvelles générations de machine qui font que l’imprimé va rester dans la course pour les courts tirages, avec des livres plus beaux. Une grande chance pour le livre imprimé qui va rester concurrentiel. Va pour l’abandon de l’adjectif “virtuel” si vous voulez, même si ce sera bien le cas dans les librairies de demain! :)

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  • an391 le 6 août 2011 - 13:26 Signaler un abus - Permalink

    @Aldus : jamais dit que ces technologies d’impression étaient les mêmes, simplement que l’une n’est pas forcément plus “numérique” que l’autre, c’est tout ! :) La vraie différence étant clairement entre “à l’unité” ou “en série”, mais pas bien grave ..

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  • Aldus le 6 août 2011 - 13:49 Signaler un abus - Permalink

    Sous la dénomination impression numérique, pas de recours à une forme imprimante. L’article wikipédia est pas mal fait:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Imprimerie#Les_proc.C3.A9d.C3.A9s_num.C3.A9riques_.28sans_forme_imprimante.29
    Unité et série ne sont pas forcément lié à l’un ou à l’autre. On tire en numérique quelquefois des quantités importantes et l’offset est quelquefois concurrentiel sur des très petites séries. Les deux complémentaires.

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