Les 35 heures à l’école, une copie à revoir…

La passion du moment pour les 35 heures ne s'affaiblissant pas, on polémique à droite comme à gauche. Chacun y va de son petit mot, qu'il soit lambda ou élu et le tout au sein d'une joyeuse allégresse qui pourrait ouvrir le débat. Dans le texte, les 35 heures. Et dans les faits, bien autre chose.

La passion du moment pour les 35 heures ne s’affaiblissant pas, on polémique à droite comme à gauche. Chacun y va de son petit mot, qu’il soit lambda ou élu et le tout au sein d’une joyeuse allégresse qui pourrait ouvrir le débat. Dans le texte, les 35 heures. Et dans les faits, bien autre chose.

Estimation complexe: calcul d’un temps de travail basé sur celui de 1950

Dernièrement, le temps de travail des enseignants a largement occupé les médias. Le PS, dans ses récentes propositions, a repris l’idée de Ségolène Royal et proposé un réaménagement de notre temps de travail. La droite expérimente la hausse du travail par la suppression des personnels, obligeant les autres à travailler et anime un grand débat sur les vacances qui suscite de nombreuses réactions dans la profession mais aussi dans les lobbies touristiques. Estimer le temps de travail réel qu’on utilise est réellement très compliqué. Cela doit être simple pour un salarié utilisant une pointeuse. Pour moi, je ne peux me baser que sur des estimations, forcément très personnelles et forcément très subjectives.

En théorie, notre boulot s’appuie sur différentes missions. Nous devons donner un certain nombre d’heures de cours en fonction de notre statut (15 heures ou 18 heures). Nous devons fournir des cours de qualité durant ces heures, s’appuyant sur la recherche universitaire actualisée (pas celle du moment où nous faisions nos études) et nous devons participer à toute une série d’examens, soit dans nos classes, soit dans des examens divers comme le brevet ou le bac. Notre temps de travail est calculé sur le temps de travail de 1950, qui était de 43 heures pour les salariés de l’époque. Pour moi qui suis agrégé, cela signifie que je suis censé travailler 2,86 heures pour une heure de cours effective. Nous avons de plus un certain nombre de semaines de vacances (j’exclus l’été car nous ne sommes pas payés sur cette période) durant lesquelles on travaille toujours un peu, mais évidemment bien moins que durant les 36 semaines de cours. Personnellement, je travaille beaucoup pendant les vacances de la Toussaint et celle de février, nettement moins en avril et quasiment pas durant les vacances de Noël.

Dans la pratique, c’est encore pire

J’avais estimé utiliser, en fonction des semaines travaillées, entre 30 et 45 heures. Ces variations importantes sont liées à l’organisation de l’année scolaire. Je travaille bien plus en début d’année (je prépare tous mes cours en les adaptant aux classes que je viens de découvrir) ou durant les périodes de conseil de classe et au moment des examens. Par exemple, une période assez calme est le mois de mai. On a tellement préparé de cours et on est tellement en retard sur le programme qu’on n’a plus grand-chose à faire en dehors des corrections.

Lorsqu’on interroge les collègues sur le sujet, ils affirment travailler beaucoup. Le billet de Cycee de ce matin en est un excellent exemple.

Tous les profs vous diront que « c’est de plus en plus dur », que « les vacances sont encore loin » ou que « y en a marre de ce boulot lourd et si mal payé ».

En fait, quand on creuse, on constate que deux choses émergent nettement : ce sont finalement les heures de cours devant élèves qui sont citées comme étant réellement le moment usant du travail, surtout dans les bahuts difficiles, en particulier les collèges, et les enseignants ont le sentiment qu’on leur rajoute sans arrêt toute une série de trucs inutiles et sans intérêt, que ce soit dans les cours ou hors des cours, qui les éloignent de leur mission centrale qui est déjà assez difficile comme cela.

Responsabilités, propositions et bases de discussion

La droite est clairement vu comme responsable de cette dégradation : les suppressions de poste ont amené à une nette hausse des heures supplémentaires, certes bien payées, mais qui ont alourdi nettement la charge de travail. Elle a aussi contribué à toute une série de décisions qui n’ont cessé de faire penser aux profs qu’ils étaient mal considérés et qu’ils faisaient un peu tout et n’importe quoi.

Les propositions du PS ne sont pas vraiment mieux passés. Les socialistes proposent une diminution des heures de cours et une revalorisation salariale pour continuer à faire des économies en supprimant de nombreuses professions comme les surveillants, les conseillers d’orientation ou les CPE : les profs devraient ajouter bien d’autres missions à leurs arcs.

Je ne sais pas ce que souhaitent vraiment les profs, mais il y aurait deux bases pour discuter je pense :
- que les changements dans notre temps de travail fassent du bien aux élèves (ce qui n’est pas le cas en ce moment, regardez les résultats de PISA),
- que ces changements donnent l’impression (au moins) que l’on prend en compte le fait que notre travail premier (donner des cours) est important pour la société.

Si on s’appuie là-dessus, on pourra discuter. Sinon…

Article initialement publié sur Les privilégiés parlent aux Français et au Monde sous le titre Parlons sérieusement du temps de travail: et les profs?

Photos Flickr CC Alain Bachellier, USNationalArchive

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  • Batboy le 7 janvier 2011 - 17:37 Signaler un abus - Permalink

    On revient toujours au même problème pour les fonctionnaires, l'injustice quant à la quantité (et surtout la qualité) du travail produit.

    Il faut bien admettre qu'il y a des professeurs qui ne font pas grand choses en dehors des cours et d'autres qui se donnent à fond pour leurs élèves. Malheureusement ces derniers ne sont pas récompensés. Celui qui travaille peu en dehors des cours se retrouvera de toute manière avec la même fiche de paye que celui qui fait l'effort d'actualisé son cours et de proposé des documents intéressants pour l'enrichir.

    Mais comme vous le dites, le problème c'est qu'il est difficile d'évaluer ce genre de choses. Les professeurs sont évalués par un inspecteur très rarement et de manière ponctuelle lors d'un unique cours.

    Cependant 15h de cours est-ce vraiment trop ? Un élève passe 30h sur sa chaise par semaine… (sans compter les devoirs qu'il a lui aussi à accomplir…)

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  • JeanSaigne le 7 janvier 2011 - 19:03 Signaler un abus - Permalink

    Précisions: le temps de travail jamais redéfini depuis ce fameux décret se compose aujourd'hui de quelques 1607 heures soient les inévitables 35 heures dues sur chacune des 47 semaines annuelles. Étant données les conditions d'exercices réels des enseignants sont en fait concentrées sur les 36 semaines de l'Obligation Réglementaire de Service: libre à chacun de ne pas rendre les presque 45 heures hebdomadaires accompagnant les temps de formation des élèves lors des semaines ouvrables (reconquête du mois de Juin incluse).
    Remarque: vous devriez regarder les grilles indiciaires des enseignants, cadre A voir A+ de la fonction publique, comparées à celles des cadres équivalents, et essayer de comprendre pourquoi un enseignant gagne moins à ancienneté équivalente, et pourquoi leur progression est saucissonnée en trois paquets “au choix”opaques…

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  • Gelth le 7 janvier 2011 - 21:43 Signaler un abus - Permalink

    @Batboy : Terminer en parlant juste des 15 h par semaine de présentielle prouve simplement que tu n'a pas lu l'article. De plus, si les inspecteurs/recteurs faisaient leur boulot correctement (ou si on leurs en donnait les moyens), les profs “qui se donnent à fond pour leurs élèves” serait mieux payé (à ancienneté équivalente) que les autres.

    Mais si tout le monde faisait sont boulot correctement, il n'y aurait pas besoin d'inspecteurs (et ce serait déjà pas mal de salaire économisé). Mais de grâce arrêtons de croire que les fonctionnaires (enseignants ou autre d'ailleurs) en font moins que les autres, c'est justement ce que veut expliquer, avec raison cet article.

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  • Gelth le 7 janvier 2011 - 21:58 Signaler un abus - Permalink

    Et si on ajoute à cela les autres catégorie de profs (genre ceux que l'on trouve en université par exemple, ou encore ceux qui sont dans des structures publiques (ou presque) mais ne dépendent pas du même ministère. Bref le sujet est encore bien plus complexe que ce qu'il semble déjà.

    Et je ne vous parle pas de ce qui est visible par le grand publique qui lui perçoit encore moins bien ce qu'il se passe dans les universités par exemple. Et c'est normal, vu le mélange des genres nécessaire dans ces milieux et vu la dés-information faite pas les ministère actuel (mais oui, tout va bien dans les universités d'après notre chère président et les ministres de tutelles, Mme P. en-tête qui aime tant l'université).

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  • Batboy le 7 janvier 2011 - 23:23 Signaler un abus - Permalink

    Il faut arrêter de se voiler la face, il y a autant de “flemmard” dans le public que dans le privé. La différence c'est la sécurité de l'emploi. Dans le privé le salarié est souvent sous pression et peut facilement perdre son emploi, c'est pourquoi il est quelque part “forcé” d'être productif à l'inverse du secteur publique où je suis désolé de le dire, mais il y a des gens qui se reposent sur leurs lauriers puisque de toute façon ils ont très peu de chance d'être renvoyé sauf faute grave. Je ne veux pas dire que par conséquence, personne ne fait rien mais que ceux qui font quelque chose ne sont pas récompensés et ceux qui ne font rien ne sont pas sanctionnés.

    J'ai bien lu l'article et bien compris votre proposition de faire profiter aux élèves un réaménagement du temps de travail des enseignants mais les programmes sont déjà très chargés ce qui parfois vous rend au retard sur les programmes. De ce fait je vois mal comment réduire l'emploi du temps des élèves.

    Il est clair qu'au final on bute sur le même problème, comment évaluer la “productivité” d'un enseignant.

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